‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 59 sur 172 · VINGT TROISIEME PRONE · texte numérisé non relu

VINGT TROISIEME PRONE

La descente de Jésus Christ aux enfers.

Descendit lul Inferos, ferlin die }'es)irre.iit n tiioiinis.

Il est (lesceiidu aux enfers, et il est ressuscité, le li'oisième jour, d'eulre les morts.

Hujus ( aiiiculi) priori [jarto lior iioliis orctleiiihun proponitur : Chrislo jsini inortuo, ojiisaniniani ad Inferos descoii- (lissp, ibique taiuliu matisissp, fpiaiidiii (•jus coiinis in sepulcro l'uil.

Catecli. liuiit. cap. (>.

La Rédemption par Jésus Christ, tel a été l'objet de la dernière Instruction. Or, de cette Rédemption, que nous avons démontrée véritable, gratuite, universelle, surabondante, voici que la première application va être faite (i). Vous le verrez clairement dans l'Instruction d'aujourd'hui ; à cette condition pourtant, que vous ne perdiez pas de vue ce que l'Église enseigne : à savoir que, Jésus Christ étant mort, comme nous mourons tous, par Iji séparation du corps d'avec l'âme, la divinité resta unie à 'son corps et à son âme ; à .son corps qui l'ut mis au tombeau, à soi» âme qui descendit aux enfers ; en telle sorte que s'il est vrai de dire qu'un Dieu a été enseveli, cette autre proposition n'est pas moins exacte: qu'un Dieu est descendu aux enfers... Mais à quels enfers? Et dans quel but? C'est ce que nous allons expliquer. Dieu nous aide de sa grâce ! ...

(I) S.TiioM. III p. (]. i.fi, art. I. I'->T

Nous l'avons dit précédemment : ce fut au jour même de leur péché, et de la déchéance de leur race qui en était la suite né- <;essaire, que nos premiers parents reçurent la promesse d'un Rédempteur (1); avec cette réserve toutefois, sinon expriméje, (lu moi'ns sous-entendue : que bien des siècles s'écouleraient avant que cette promesse s'accomplît. — Ils s'écoulèrenten effet; et la plénitude des temps étant venue, c'est le mot de saint Paul, Dieu envoya son Fils, formé de la femme, assujetti à la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, et même ceux qui n'y tétaient pas, ainsi que l'ajoute le grand Apôtre, aux versets suivants, c'est-à-dire les Juifs et les Gentils (1). — Mais, pendant ces longs siècles d'attente, qu'allait devenir l'humanité coupable?.. Ouand on réfléchit peu, on s'imagine trop facilement que la Ré- «lemption du genre humain ne date quede la mortde Jésus Christ sur la croix, ou tout au plus de sa naissance à Bethléem ; que cette Rédemption ne fut vraiment effective qu'à partir de ce moment; et conséqueniment, que tous les hommes d'avant Jésus Christ étaient perdus, et voués à la damnation éternelle. C'est une erj'eur capitale, cet aperçu manqui» autant de vérité que de grandeur. Dan? tous les temps, vous entendez, aussi bien en ceux qui ont précédé la venue de Jésus Christ, qu'en ceux qui l'ont suivie. Dieu a voulu, d'une volonté efficace, c'est-à-dire en leur en fournissant les moyens, que tous les hommes pussent se sauver. L'Agneau de la Rédemption, dit saint Jean dans un magnifique langage, a été immolé dès l'origine du monde : Agnus oceisus rsl (I. constitutione mundi (3). Comment ; et qu'est-ce que cela veut dire: dès l'origine du momie... puisque Jésus Christ n'est venu que quatre mille ans et plus après l'origine du inonde ? Cela veut dire, si nous voulons nous donner la peine de le comprendre, que la Rédemption par Jésus Christ, bien qu'accomplie dans la plénitude des temps, a eu un effet rétroactif, en la manière suivante : que, de même que nous autres hommes, postérieurs à Jésus Christ, nous sommes sauvés par la foi au Rédempteur venu, et par les œuvres que cette foi inspire ; de

(1) Gen. cap. III.

(2) Galat. c. IV, V. 4.

(3) Apoc. c. XVII, V. 8.

WIU. — KST DESCENDU AIX ENFEHS 199

même, aux hommes d'avant Jésus Christ, il suffisait, pour être sauvés, qu'ils (crussent au lîédempteur à venir, d'une foi plus ou moins implicite, informée par la charité. Par ce moyen, tous pouvaient l'être, et en fait beaucoup le furent. Laissons les générahtés, pour ne dire que des choses faciles à saisir . Avaient été sauvés par la foi au llédempteur à venir, Adam et Eve, Abel <'t Knoch, leurs premiers descendants; Abraham, Isaac, Ja- H'ob, et tous les anciens Patriarches ; Moïse, Josué, et tous les Conducteurs du peuple de Dieu, jusqu'à Samuel ; Isaïe, Jérémie, Kzécliiel, Daniel, et tous les Prophètes; David, Ézéchias, et j)lusieurs rois de Juda. .. et combien d'autres d'une notoriéti' ^noindre, ou même n'en ayant aucune. Dieu ne s'était pas choisi un peuple, en vue de ses desseins, et n'avait pas fait, non plus, <m sa faveur des miracles par milliers, pour n'y recueillir qu'une maign^ moisson d'élus ! Allons plus loin : 11 y eut des élus même dans les rangs de la C.entilité; Job était Iduméen de nation, .Melchis(''dech n'appartenait pas à la race d'Abraham. Fui-ent-ils nombreux, surtout si l'on fait attention au long espace de temps <iui s'écoula jusqu'à la venue du Sauveur'? Il est très permis de le croire. Les Traditions primitives, entr'autres la promesse d'un llédempteur futur, s'étaient conservées partout, quoique défigul'ées. DicK. ne s'était pas laissé sa)is témoignage {{), même parmi les païens ; et nous entendons le prince des Docteurs, saint Xugustin, nous dire dans sa belle Exposition sur l'Épître aux Romains : Que s'il y a eu des Prophètes chez le peuple Juif, il s'en <'st trouvé semblablement chez les autres peuples, qui ont pn'-dit des choses ayant rapport au Rédempteur promis (2). . . Et au dix huitième Livre du plus admirable de ses ouvrages, la Cité de Dieu, le même grand Docteur dit encore : On croit avec raison qu'il y eut chez les autres nations des hommes à qui hi mystère de J(''sus Christ fut révélé, et qui se sentaient poussés à le prédire : Non incongi'Kr crédit nr fuisse ctinaliis Gcntibns liomincs (pùbiis hoc nii/st(t)-iinn revelalnin est, et qui Jioc elia)n jinv- 4licere inijutlsi siuilÇA)... D'où il faut conclure, et pour le sujet

(1) AcT. c. XIV, V. Hî.

("2) K.ip. in Epis, ad Itoin. c. m.

(!() De cirit. lib. xviii. <■. xi.vii.

qui nous occupe, cette conclusion est capitale: que Jésus Christ était annoncé, connu, attendu pai'tout;et conséquemnient, que partout aussi, non seulement en Judée, mais dans le monde entier, on pouvait obtenir le salut par son moyen, c'est-à-dire par la foi en sa venue.

Mais ces rachetés par anticipation, morts tout le long des siècles, depuis Adam, où étaient-ils ? Où les rencontrerons-nous ? Dans l'enfer proprement dit ? Ce serait contradictoire à ce quenous venons de dire. C'étaient des Justes, dans le sens vrai du mot. Ils avaient quitté la vie, en grâce avec Dieu, et justifiés par leur foi au Rédempteur promis. Dans le ciel de la vision béatifique ? Non, pas davantage ; les portes du bienheureux séjour avaient été fermées par le péché du premier père, transmis à toute sa race ; et personne n'y pouvait entrer, qu'après que le Rédempteur y serait entré lui-même, et à .sa suite seulement, comme faisant corps avec lui (n. Dans le purgatoire? Sans aucun doute, plusieurs d'entr'eux y avaient séjoui'né, mai.< pour un temps, jusqu'à entière expiation de leurs fautes personnelles ; cette expiation achevée, ils en étaient sortis pour aller rejoindre les Justes, membres désormais de leur société. Mais où étaient-ils donc, ces Justes? Disons-le enfin : Dans un lieu distinct qui n'était ni l'enfer proprement dit, ni le ciel de la vision béatifique, ni même le purgatoire. Ils étaient dans \e^ Limbes, autrement appelés par les saintes Écritures : Le sein d'Abraham (2i, parce que ce Père des croyants étuit tenu pour l'homme exceptionnellement Juste, auprès duquel devaient se rendre, après leur mort, et se rendaient en elTet, tous ceux qui, pendant leur vie, avaient professé la vraie foi au Rédempteur à venir.

Comprenez-vous maintenant les mots dont l'explication fait l'objet de cette Instruction : Il est descendu aux Enfers : Desccvtlit ad /^/'t'co.s?

(Il Le Catéchisme Romain voit dans la prescription do r.\ncicn Tcslament (NuM. c. x,\.\v, V. 25) qui intcrdis.iit à telle catégorie d'exilés, de rentrer dans leur pays, avant la mort du c^rand-prètre, une admirable figure de l'impossibilité pour les hommes, exilés, eux aussi, d'entrer au Ciel, leur vraie patrie, avant la mort du Suprême et Éternel Pontife, Jésus Christ, cap. (i.

("i) I.rc. c. XVI, v. 42.

XXtIl. — EST DESCENDU AUX ENFERS 201

Dans ces lieux Inférieurs, car le mot Enfcvi^ n'a pas ici d'autre signification, ces âmes justes attendaient la délivrance. Soul- Iraient-elles'.' Non, si par cette expression on entend le cliàtiinent dii au péché ; parce que, étant sorties do la vie sans avoir commis de péchés personnels, ou bien, si elles en avaient commte, les ayant expiés, elles n'<''taient assujetties à aucune peine autre que celle d'être privées du bonheur de voir Dieu, en C(; i)eau Ciel pour lequel elles s(» savaient faites. Mais que cette mise en possession était lente à venir ! Et que la peine résultant de ces retards était vive ! Est-il besoin de le démontrer longuement? .luge/.-en par vous-mêmes: Souffrez-vous, quand vous attendez un événement qui vous rendrait dix fois heureux, et que cet événement n'arrive pas'.' Elles soupiraient doue après la délivrance, ces àines saintes, tout épri.ses d'amour pour Dieu, mais jusque-là reléguées loin de lui. 11 est bien permis de penser qu'elles exprimaient à leur manière les mêmes sentiments que l'Eglise terre.sti-e, lorsque dans les temps de l'Avent, qui sont aussi pour nous les temps de l'expectation et de la prière ardente, celle-ci s'écrie avec David et les Prophètes : Cieux, envoyez votre rosée, et vous, nuées, faites pleuvoir le Juste (1)... Venez, Dieu des vertus, brisez nos liens, montreznous votre visage, et nous serons sauvés (2)... ou bien, avec des cris encore plus perçants : Seigneur, que ne déchirez-vous les Cieux, et que n'en descendez-vous, pour venir ju.squ'à nous(3)...

Enfin, leurs vœux sont exaucés. Le Promis, le Désiré, le Rédempteur attendu depuis tant de siècles, Jésus Christ, est descendu dans la sombre demeure, qu'il illumine des plus douces et des plus pénétrantes clartés. Il y est, non par sa vertu seulement et pai' sa puissance, mais par sa présence personnelle elle-même (4). Il y est, connue le dit le Prophète : libre entre les morts, lui, le Libérateur des morts : Iulrr ïHorf nos liber ('y). Il y est, et il y restera autant de temps que son Corps reposera au tombeau (0^. Les saintes âmes, jusque-là captives et anxieu-

(I) ISAI. C. XI.V. (r») PsAr.. lAWVII.

Ci) PsAi.. i.xxi.x. ((■>) Caterli. llani. loc. cit.— S.Tikim.

(3) IsAi. c. i.xiv. ut .suji. ;til. i.

(i) S. TiioM. lit p. (|. I.ii, ;irl. '1.

ii02 LK SYMBOLE DES APOTRES

ses, voient elairement l'essence divine, et la lumière qui s'en échappe à flots. Elles se délectent, elles se remplissent, elles s'enivrent de cette vision que le Sauveur vient de leur mériter par sa mort, et qui les béatifie. Encore quarante jours ; et quand, ce temps écoulé, Jésus Christ retournera au ciel d'où il est venu ; libres déjà de leurs anciennes entraves, encore captives, poui'tant, mais captives cette fois de l'amour du divin Roi qui les attire, ces âmes entreront à .sa suite dans le ciel tl), comme nous ne tarderons pas à le dire.

Finissons par une rétlexion qui ne sera peut-être pas sans intérêt. Si vous avez suivi avec quelque attention les cérémonies, longues, à la vérité, mais singulièrement instructives du Samedi Saint: sans chercher précisément à vous rendre compte de tout le sens caché de la liturgie, n'avez-vous pas remarqué pourtant, jusqu'au milieu des ombres de la mort, je ne sais (juelles clartés qui commencent à poindre et vont toujours en grandissant '?. . . N'avez-vous pas remarqué qu'on chante déjà l'Alleluia, comme pour préluder aux chants plus joyeux encore du lendemain '?. . . Dieu soit loué ! L'âme du Uédempteur va revenir vers nous; sa mission dans les Limbes n'était que temporaire ; maintenant que cette mission est achevée, que les âmes des Justes ont été visitées, et qu'elles ont reçu les arrhes de leur prochaine délivrance: Elle revient; Elle approche; encore un peu, et Elle aura rejoint le saint Corps qui l'epose au tombeau. . . C'est ce que nous verrons prochainement avec tous les développements que le sujet comporte. Dieu nous en fasse la grâce ! . . .

(1) S. Thom. ut sup. art '>, ad 3.

Ci) Ei'HES. 1-. IV, V. 8.

VINGT QUATRIÈME PUONE La résurrection de J. C, au point de vue historique. ^Tertid die resurrexit a mortnis. La troisième jour, Il est ressuscité d'entre les morts.

Sequitur altéra aiticiili ])ars, in qiia cxplicanda qiianluin laborare parocliiis (Ictieat, (iei'laranl illa Aposloli vorba : Menior eslo Doniiiiuiii J(\siiin Chrisliim resiirrexisse a mortuis; qiiod ciiim Titnotlico prœcepit, idem etiani r(;li(iuis aniniarum curatoribiis pra'ceptiiin esse diibitanduni non est.

Catcch. Rom. cap. 0.

L'Instruction précédcnto nous adonné l'explication de la première partie du cinquième article. Nous avons vu Notre Seitrneur Jésus Ghi'ist descendre aux enfers, autrement dit, dans les Limbes, et porter aux âmes saintes qui y demeuraient, attendant la délivrance, les prémices de la Uédemption. Présentement, c'est la seconde partie de ce même article qui appelle notre attention : Terda die resurrexit a mortKia : Il est ressuscité d'entre les morts, le troisième jour ... et le Catéchisme liomain avertit les Pasteurs de traiter ce sujet avec soin. Aussi bien, l'apôtre saint I^aul recommandait la même chose à son disciple Timothée : Souvenez-vous, lui écrivait-il, que le Sei- Kucur Jésus Christ est ressuscité d'entre les morts; ce qui sij^nifie, si nous allons jusqu'au bout de sa pensée : Et faites-ni souvenir les fidèles qui vous sont confiés. C'est pourquoi le Catéchisme Romain ajoute : 11 n'est pas douteux que cette recommandation s'adresse, dans la personne de Timothée, à tous

les Pasteurs, fi tous ceux qui ont charge cFùmes : Qiiod mim Tiiiinfheo prseccpif Apostohis, idc))i cliam reliquis animarum ciiratoribus pva'ccphon cssc chihitanduni non est. Le devoir est tracé. Il reste ciue nous racconiplissions. Dieu nous aide de sa grâce! . . .

Si nous lisons attentivement les quatre historiens sacrés (4) ; et des récits qu'ils font de la Résurrection de Notre Seigneur, divergents sur quelques détails, mais identiques quant à la substance, si nous composons un récit unique : voici une série de faits historiques, d'une certitude absolue, excluant jusqu'à l'onilire même d'un doute.

Premier fait historique certain : Notre Seigneur était mort sur la croix, le sixième jour de la .semaine judaïque, vei's la neuvième heure, c'est-à-dire, selon le mode actuel de désigner les jours et de compter les heures, le vendredi, à trois heures après midi. Sa mort, non apparente, comme quelques incrédules ont o.sé le prétendre, mais très réelle, avait été constatée, nous l'avons dit déjà, par la foule des a.ssistants, par vies soldats eux-mêmes, dont un plongea dans le côté du Sauveur le large fer de sa lance, puis enfin, et d'une manière officielle cette fois, par le centurion romain, sur l'injonction à lui faite par le gouverneur.

Deuxième fait historique certain : Notre Seigneur étant expin'', et sa mort reconnue réelle : le même jour, avant le coucher du soleil, son coi'ps avait été descendu de la croix, lié de bandelettes, membre par membre, selon le mode d'ensevelissement usité chez lesAncien.s, embaumé avec une quantité considérable d'aromates et de parfums, enveloppé dans un grand linceul blanc, puis ensuite porté à cinquante pas de là, au plus, et posé^dans un sépulcre neuf, taillé dans la pierre vive, et qui conséquemment n'était accessible que par son ouverture.— De.^cente de croix, emliaumcment, ensevelissement, transport et pose du saint Corps dans le tombeau : tout le monde avait pu

(I) Indicalioii t;i''ru''ralo lenfcnnant toiik's les iiidirations jiarlieiilièrcs Irop nomi)reiiscs pour (Mre montionn(''es : Matth. c. xxvii et xxviii. — Marc. c. xv et XVI. — Li'f;. c. xxiii et xxiv. — JoANX. c. xix et xx, auxquels il faut ajouter S. l'AiL : I Cor. c. xv.

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