III. — .iK ciuiis Kx i»ii-:i
Lo pécheur n'est jamais tant à i)luiii(lre, que quand buMi semble Toublier : lorsque Dieu ne paraît pas irrité, c'est alors qu'il l'est davantage, dit saint Bernard : iunc mayis imsciLnr Deus, cum non irascitur (i). C'est un signe que Dieu est en grande colère contre un homme, dit saint Augustin, quand, bien loin de le punir de ses péchés, il abandonne les rênes, et le laisse se précipiter dans le péché : marpia ira Dei est, quo.niJo 'pcccantem non corripif, sed llcentiam vagam in pcccatum ru- '■ndi penniltil (2). C'est-à-dire, si nous l'entendons, que la providence de Dieu s'exerce non moins dans l'ordre surnaturel que dans l'ordre naturel, et que le salut éternel des uns, comme la réprobation à jamais consommée des autres, sera le dernier mot, et la sanction du Gouvernement divin.
Terminons par quelques réflexions pratiques sur ce que nous venons de dire en cette instruction.
Il y a un Dieu ; ne perdons pas un instant de vue, que nous sommes ses créatures et l'ouvrage de ses mains; que rien ne se faisant sans raison déterminante. Dieu n'a pu se proposer autre chose, en créant, que la gloire de .son nom; que tous les êtres, chacun à sa manièi'e, sont appelés à lui rendre hommage, l'homme surtout, comblé de tant de grâces, enrichi de tant de faveurs, après l'ange, le mieux fait pour glorifier son Seigneur et Maître.
Il n'y a qu'un seul Dieu; bénissons-le de nous avoir révéléune vérité si longtemps mise en oubli. On est stupéfait quand on vient à penser, qu'une partie considérable de l'humanité en était venue à ce degré d'aberration, de prostituer .son encens à des dieux de bois, de pierre, de marbre, aux arbres des forêts, aux animaux des champs, aux vivants de l'air ou des eaux. Plus heureux mille fois, nous vivons, aux pures et vives clartés de l'Évangile, qui ont dissipé ces grossières erreurs, comme les premiers feux du jour chassent au loin les ombres épaisses de la nuit. Il reste seulement que connaissant, au moyen de la foi, le seul et unique vrai Dieu, nous n'en servions
(I) Ap. Li'DOLPH. DE Saxon, priin. part. cap. 3. (•2) Ibid.
pas quelqu'autre par nos passions. Le faire, ce serait changer lie paganisme, et non y renoncer.
Ce Dieu unique, c'est l'Être, excellemment l'Être, l'Être qui est toute justice, toute bonté, toute sagesse, toute sainteté, toute perfection. II est le souverain bien. C'est assez dire qu'il faut nous >■ attacher de toute la force de notre amour, ne chercher qu'en lui seul notre contentement, notre repos, l'apaisement de nos désirs. Tout le reste est changeant, le torrent du temps l'emporte dans .son cours, et ne nous laisse que le déplaisir de l'avoir aimé.
Dieu est partout; il entend tout et voit tout. Que conclure? Je ne sais quel philosophe avait imaginé un sage qui vivrait dans une maison de \erre, et dont les actes pourraient être facilement contrôlés par tous les regards. L'idée était singulière,, elle ne trouva jamais de partisans. Mais, que nous le voulions, ou que nous ne le voulions pas: pour Dieu nous habitons une maison de verre, toutes nos actions, toutes nos paroles, toutes nos pensées, toutes nos volontés sont à découvert devant lui. A'oudrions-nous donc offenser sa vue? Le mot de saint Anselme trouve ici sa place: péchez, .j'y consens, pourvu que ce soit là où vous sachiez que Dieu n'est pas : jyecca, ubi Deum cssc ncficis (1).
Enfin, Dieu est partout; et il conduit tout, il règle tout, il pourvoit à tout. Sa providence n'est point une abstraction, ni rien qui soit distinct de son être. La providence de Dieu, c'est Dieu lui-même. Dieu toujours agissant. Dieu très sage, trè.s juste, très bon, qui, ayant fait le monde, lui-même, semblable ment le gouverne, lui-même: miindum per seipsum régit, quern pcr seipsum condidit (2). Mais si nous le croyons, comme nou&t en avons le devoir, pourquoi nos paroles et nos actes sont-ils, si peu d'accord avec notre foi? Pourquoi ces mots, de hasard, de fatalité, de destin, mots d'origine et de signification toute païenne, qui équivalent à la négation de la providence? Pourquoi ces murmures, ces récriminations, ces défiances inquiètes et chagrines, comme si Dieu ne veillait sur nous ? Plus-
(1) Ap. LuDOLi'H. DE Saxon, priiu. part. cap. 4.
(2) Ap. S. Thom. I p. q. XXII, art. 3.
m. — .II': CHOIS ks diki: 2.")
sages désormais, parlons en chrétiens, agissons en chrétiens; mais parce que le salut de notre àme est le premier de nos intérêts, cherchons d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, (!t le reste nous viendra comme par surcroit: Quœrilc primum regnum Dci et jnstifiam cji(!<, et omnia aûjicicnlar vohis (1).
(I) Lie. c. VI, V. 33.