XXVII. — i:ST ASSIS A LA DIÎUlTi: l)l', ini:i' KIC. !2X
tant, pour l'Iiuinanité considérée dans son ensemijle, doIa;^Iorilication de Celui qui en est la tète ?
Qui nous le dira 7 saint Paul lui-mèinc ; saint Paul, ct'lni de tous les Apôtres, qui a le miiuix vu, et le mieux exprimé les conséquences de la Rédemption, et les immenses avantages (lue nous avons le droit d'en attendre. Il écrira dans son Épitre aux Hébreux que : Jésus Christ est entré au ciel, comme notre avant-coureur : Pnr'CHrsor pro nohis infroivll Jcsna rii. Jésus (Jlirist, notre avaut-cour(Hir ! Cela suppos»,^ une suite, l'omme le détachement suppose, et à peu de distance, le gros lie l'armée.
Qui nous le dira encore '? Les grands Docteurs de l'Église, et
dans un langage d'une magnificenco telle, qu'il n'y a que la
, grandeur seule du sujet (jui y soit supérieure. Écoutons-les:
Puisque la tète est au ciel, il n'est pas douteux qu(^ les membres aillent l'y rejoindre : Capilis jim'crssio .yics me.mhmruiti est. C'est saint Augustin.
JjC jour où Jésus monte au ciel, ce senties prémices de l'iuimanité qui y entrent, le reste viendra en son temps : Hodic tios- Irœ pnmitiœ Christ iis asccndif. C'est saint Jean Chrysostome.
Ceux, de qui l'infernal ennemi de notre race, Satan, a causé hi ruine, Jésus Christ les a faits un même corps avec lui, et les a placés à la droite du Père : Quos virulentus initnicKs prlini hahitaculi felicitate dcjccit, cas sibi comwrpofatos Dri Filins iid dcxleram Patvis collocavit. C'est saint Léon.
La précédente Instruction nous a fait assister à l'entré'e triomphale du Rédempteur dans le ciel ; nous y avons entendu les chants alternés des esi)rits angéliques — les uns disant : Princes du ciel ; ouvrez vos portes, et vous, portes du eiel, élargissez-vous, et le Koi de gloire entrera — les autres l'épondant : Qui est-il, ce roi de gloire, qui est-il donc : Qiiis est istr liex yloriœ :^ . . . Ah ! c'est avec raison, dit saint Crégoir(3 de Nysse, que les Anges sont invités à ouvrir toutt^s grandes les portes du ciel, dont ils sont les garillens. parce que, au jour où le roi de gloire, Jésus Christ, monte au ciel, ce n'est
(1) Heb. c. M, V. -20.
23G LI-: SYMBOLE Di:S APOTRES
pas lui seul qui y entre, mais le monde entier compris et comme récapitulé en sa personne : Qui sitmmatim imuiia in se collegit, et jrristinuut {)i. statuni cuncla rcsiituif, ipsr est Bcr (jlorise (1).
Et l'Archéologie chrétienne: qu'elle vienne, elle aussi, apporter son témoignage :
Dans les catacombes de Rome, dit un éminent écrivain qui a vu ce qu'il décrit (2), notamment en celle de Sainte-Agnès, il y a une peinture qu'on rencontre presque à chaque pas : Jésus en habit de berger, qui, une brebis sur ses épaules, est représenté prenant son essor vers le Ciel. . . Que cette peinture est éloquente, jusque dans son silence même! C'esttout le mystèrc^ de Jésus Christ : le mystère du Verbe éternel, qui, étant venu du Ciel en terre, et ayant pris une brebis de notre troupeau, c'est-à-dire un corps humain et une âme humaine, qu'il s'est unis en unité de personne, a emporté avec lui, au jour de son triomphe, cette humanité prise chez nous, divinisée par lui, et l'a fait asseoir au plus haut des Cieux, pour qu'elle y demeurât jusqu'aux siècles des siècles: Coiiressuscitarit nos, et conseden: fecit in cœlestibKs (3). . . Ainsi parle saint Paul, avec cette particularité très remarquable et très remarquée des commentateurs : que le verbe, qui est au passé, exprime donc une action déjà faite, bien qu'en réalité elle soit encore à faire, tant il est indubitable qu'elle se fera.
O sainte espérance du Ciel ! . . . Restons grelTés sur Jésus Christ, incorporés à Jésus Christ; vivons de sa vie, recevons et gardons sa grâce, au moyen des Sacrements qui, ou la confèrent, ou l'augmentent. . . A cette condition, le ciel est à nous. Nous sommes aussi assurés de le posséder un jour, que si nous le tenions déjà.
Enfin, et pour compléter notre enseignement : avec la foi et l'espérance, c'est la charité, c'est-à-dire notre amour pour Dieu et les choses de Dieu, qui bénéficie de l'Ascension de Jésus
(1) Haec omnia ap. lirev. Ro/ti. vel in ilie Ascenfi. Domiiii, vel infrti Ocliivâ. — S. Thomas dit, dans les mêmes termes que Si Aiit^ustin : Quia ipse est ca|Mil nostrum, oportet illuc sequi meinlira quo caput pr;ecessit. IH p. q. i.vii, art. ti.
Cl) Ventura, Œuvres poslh. p. 187.
(3) Eph. c. Il, V. G.
XXVri. — KST ASSIS .\ l,A DhOITK l)K [HKIJ ETC. 2^7
(Ihri.st, au Ciel. Je; l'ai déjà laissé entrevoir, dè.s le commencement de cette Instruction : Jésus Christ, demeurant sur la teri'e corporellement, nous l'eussions aimé, sans aucun doute, mais <l'un amour tout humain, tout naturel, trop peu méritoire, i/liumanité n'est guère meilleure à une époque qu'à une autre. \in leur temps, les Juifs même les plus corrects suivaient Jésus, ou bien parce qu'il opérait des oeuvres surprenantes qui les ravissaient d'admiration: Juclfci signa petxnt (1), ou bien parce qu'il leur procurait, selon le besoin, certains avantages temporels ; nous l'entendons s'en plaindre un jour : Vous me suivez, leur dit-il, non précisément pour les miracles que je fais, mais parce que je vous ai donné du pain — c'était au lendemain de la multiplication des pains dans le désert — et que vous avez été rassasiés: Qi(ee)-if.is me, noit. quia ridistis signa , srd t/uia inamhicasfis ex panibus, cl satiirati eslis (2). Jésus continuant .sa présence visible sur la terre, à de rares exceptions près, nous ne l'eussions pas aimé d'un amour plus désintéressé que les anciens Juifs. C'est pourquoi il est allé au Ciel. Et alors, consé- (juence obligée de son absence, notre amour s'est épuré, l'àme chrétienne, faite plus spirituelle, s'est mise en mouvement (3), et a pris sa direction vers le divin Maître, non plus .seulement en tant qu'il est homme, mais surtout en tant qu'il est Dieu, Fils de l^ieu, assis à la droite de Dieu. De ce moment, une vertu, jusque-là al)Solument inconnue, même chez le peuple privilégié et choisi de Dieu, le détachement des choses de ce monde, a commencé à fleurir sur la terre. J'entends un saint Paul s'écrier : Je désire que la mort rompe mes liens, pour que j'aille avec le Christ : Cnpio dissolvi, et esse ciun Christo (4). . . Et dans sa lettre aux Romains : Qui donc me séparera de l'amour du Christ Jésus? l'affliction ? non ; la faim, ou quelqu'autre privation ? non ; les périls (jui m'environnent de toute part? non ; le glaive de la persécution toujours levé sur moi ? non ; quoi
(1) I Cor. c. 1, V. i2"2.
(2) JOANN. c. VI, V. "26.
(3) Ter Christi Ascensionem mens nosU'a niovctiiriii iitsum. S. Thomas III p. q. i.vii, a. G.
(1) Pua. c. 1, V. 23.
!2.')8 I.K SV.MBOLK DKS AI'OTJIKS
donc? Rien, ni la vie, ni la mort, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni la violence, ni ce qui est haut, ni ce qui est bas, aucune créature, rien au inonde ne pourra me séparer de Celui qui est mon Dieu et mon iloi, le Christ Jésus (1). J'entends un saint Ignace d'Antioche s'écrier, lui aussi : De toutes les choses (juc je vois, je n'en désire aucune, pour plus sûrement trouver le Christ Jésus, que je ne vois pas : Nihil de his (jhfc vidcnliir. ilri^idcrcDis, ul. Jfsi(iii(!Ii}'isli(iH invcnkoii. Feu, croix, bêtes, l)risement de mes os, dispersion de mes membres, broiement de tout mon corps, tous les tourments que le diable peut inventer, venez fondre sur moi, pourvu que je possède le Seigneur Jésus, et que j'en jouisse : Iç/nis, cni.f, hcsliti-, conlvactlo ossmni, inrihliyoniiii (lirisld , li lotius cor/inris coiil rilio, et told tormcnhi diahiili in hic voiianl : lanlitin iit CInisto frii((r {2) . . . Fatigué du bruit de la grande Ville, et de l'assiduité trop empressée des solliciteurs, le Romain disait: 0 camiDagne fleurie et silencieuse, quand donc te verrai-je ; 0 rxs, qiKoido le aspiciain ! Les aspirations de l'ancien monde n'allaient guère plus loin : le repos dans l'aiiondance . . . l'rivé de Jésus, son vrai, son seul trésor, et souffrant de son absence, le chrétien s'écrie : (Jue la terre me semble misérable, lorsque je regarde le Ciel ; (Jiiani sordct tellus, ciini cœlidn asjiicio ... Et parce que ce ( -ici est si beau, si enviable , depuis surtout que le Christ Jésus y est, et nous y appelle ; mais aussi, parce que, selon la parole énergique et non moins autorisée de saint Augustin, l'orgueil ne monte pas avec le C-hrist : 0?nV( ckdi (J/wista iKin (isee)idil siri)r)'hia, ni l'avarice non plus, ni la luxure non \)\us: Nrquc nvur'diii, nequc Inxuria ; TintiXeincnt, parce qu'aucun de nos vices ne doit monter avec le céleste Médecin venu pour nous en guérir : NhI/ki» ritiiini iinslniin ascendit en»! nx-dico iiosiro (3) ... 11 y aura désormais, au sein de l'humanité reviviliée par le Seigneur Jésus Christ, des prodiges d'humilité, d'al)négation, de j-enoncement, de cliasteté, d'héroïsme sous toutes
(Ij IloM. c. VIII, V. 35, 38, 3'J.
(2) Ilrev. lioiit. Die priin. Febniar. lect. C).
(3) Itrev. Rom. Dom. inlra Od. Asccns. Lect. i.
xwii. — i;s'r ASSIS a la hisorn-; dk i)ii:r irrc. 'j;!!»
fcsseiirs de l;i loi, de Vici'Ki'S, .jiis(|ii';ï des ciiriiiits iihmiic. i''|)i'is, romnio enivrés d'amour pour .li'-sus Christ, disant conimc saint Paul, et agissant eu couséqueu('(^ de leur loi : Tout n'est rien, moins que rien, comparé à la haute connaissance de Jésus, mon Maître ; richesses, honneurs, plaisirs : ordures, tout cela ; le seul iiieii enviai)le, l'unique gain à faire, c'est Jésus Christ : hj.risllnni (inuiiii <lcl ri)in'iil i/tti rs.sr, iiniplcr cniinentem acientioïn JcsH Chi'isti iJoniiiii iiici^ lirofilcr (iiicni o)inii(i. (Iclr'nnciihon fcci, li (t)'hitror ni slo-cara, ni (Ihrisluni hicrlfaciain (1).
() Seigneur Jésus, aux joui's de votre vie mortelle, vous disi(v, : Il vous est profitalile que je m'en aille : Expcdit vobis \tl et/a nultaii (2). Les Apôtres ne comprirent pas ; nous n'eussions pas mieux comj)ris nous-mêmes. Mais depuis que vous vous en êtes allé, et que le divin Paraclet, l'Esprit Saint, est venu, envoyé par vous, comme vous l'aviez promis, ils ont compris, et nous comprenons avec eux, combien vous disiez vrai. Nous comprenons quels biens inestimables, immenses, comme inlinis, nous proviennent de votre Ascension : notre foi faite plus méritoire ; notre espérance fortiliée et n'ayant ])lus qu'un pas à Irancliir pour .saisir la réalité ; notre amour aiguillonné par votre alisence môme, jusqu'au jour où, mis en possession de leur objet, tous nos Vieux seront comblés. . .
( I; Pini.ii'. c. III, V. S.
CJ) .loVNN. c. XVI, V. 7,
\\\iV\' llliriKMK l'IiOXK
Le jugement des vivants et des morts, par Jésus Christ.
Inde reiihiriis rsl Jinliciirr rii'os cl inorfuus.
D'où il vii'iKlra iimci' li's vivaiils el les niorls.
Sacra" Liltera' tluos Filii Ih-i advciilus fsse testaiitur : allerum, cum saliilis iKtstiw causa carnein assmiipsit, et lioiiiii in Virginis utero efl'eetusest: alliTuiii cuni ia consomniatione sœculi ad judicaudos omnes homines veiiiet.
Catecli. Rom. cap. 8.
liieii qtie nous nous proposions de traiter avec quelque étenilue, mais plus tard, dans la dernière série de nos Instructions sur le Synil)ole, du Jugement dernier, des raisons qui le rendent nécessaire, des circonstances qui le précéderont, raccompagneront et le suivront; cependant, dés aujourd'hui, pour \w |)as passer sous silence, même pour un temps, le septiémi' arlicle de iii).< ci'oyances, nous dirons: qui sera le Juge en cette redoutable journée ; et les motifs pour lesquels il le sera. Dieu nous aide de sa grâce ! . . .
(i'est une vérité de foi: (|u"au dernier jour du monde, le Juge .'^ui)rèine des vivants et des morts, ne sera, ni J)ieu le Père tout i)uis.sant, ni la troisième personne de la très saintt* Trinité, le Saint Esprit, ni même le Fils de Dieu, en tant seulement i[ii'il est Dieu, mais le Fils de Dieu, en tant (pi'il est homme. Dieu et homme tout ensemble, rilomnie-Dieu. .lésus Christ.
Les saintes Écritures le disent :
Elles le disent, au eliapitre vingt cinquième de l'Évangile l'L.vr. — i.E svMi;. i)KS AI". — ICi. iMI
selon saint Mattliiou. Lisez-le avec l'attention que demande Icsujet : C'est THonnne-Dieu, Jésus Christ, et non un autre, qui viendra sur les nuées du Ciel, accompagné de ses Anges, avec une grande puissance et une grande majesté ; qui s'asseoii-a sur un trône de gloire, et rassemblera autour de lui tous les peuples de la terre ; qui séparera les bons d'avec les méchants, comme un berger sépare les iirebis d'avec les boucs ; qui prononcera la sentence finale laquelle sera suivie d'immédiate exécution ; aux uns il dira : Venez, les bénis de mon Père, posséder le Royaume qui vous a été préparé... Aux autres : Allez, maudits, au feu éternel (i) . . .
Elles le disent au Livre des Actes. Le jour de l'Ascension, alors que les Apôti-es regardent encore, et ne voient plus Jésus qu'un nuage lumineux a dérobé à leurs yeux, deux anges viennent, les interpellent et leur disent: Hommes de Galilée, pourquoi i"estez-vous ici, les regards tournés vers le Ciel ? Ce Jésus.. qui vous a été enlevé, tel vous l'avez vu monter, tel il reviendra, c'est-à-dire d'une manière visible, en corps et en âme, eu Homme-Dieu (!2). Au chapitre dixième du même Livre : Quand saint Pierre fait son |)remier sermon à la Gentilité représentée par le centurion Corneille, il raconte successivement la vie, la mort, la résurrection du Sauveur, et il ajoute: Il nous a ordonné de prêcher au peuple, et de rendre témoignage que c'est lui-même qui a été établi par Diçu, juge des vivants et des morts : El prsercpil nobis jii'a^licare popiilo, cl Irsti/icari ([Hic ipse est a Deu juilcr vivuvioii cl uiotiiiorittii (3).
Enfin, elles le disent en maints endroits des Épitres de saint Paul. Aux Hébreux, l'Apotre écrit : qu'une première fois Jésus Christ est venu pour expier le péché ; qu'une seconde fois il viendra pour juger les pécheurs, et récompenser les justes (4). Aux Corinthiens l'Apôtre écrit : qu'au jour décrété i^ar Dieu, nous aurons tous à comparaître devant le tribiuial de Jésu.s Christ, pour que chacun reçoive ce qui lui sera dû, selon les-
(1) Matïh. e. XXV.