‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 77 sur 172 · I JOANN. C. V, V · texte numérisé non relu

I JOANN. C. V, V

\\(x. — .(!•: cRors ai; saint ksimut 251

l)i(!n que distincts, non par des dinérences ou des propriétés essentielles, mais seulement par leurs mutuels rapports et l'ordre de leur origine respective, les trois, disons-nous, ne sont {\ii\n\c >iQu\e chose : Et ht très Knum sunt (1), qu'un Être inflni unique, qu'une substance divine unique, qu'un Dieu unique.

Ces j)réliminaires établis, vous saisissez déjà ce qu'est le Saint Esprit, considéré en lui-même.

11 est une personne, non une abstraction, non un être de raison, c'est-à-dire fictif, non un attribut de Dieu, une manifestation de Dieu, une opéi'ation de Dieu, mais une personne réelle, véritable, subsistante, qui vit, qui pense, qui parle, qui agit, <{ui a un être propre, un moi propre, une individualité distincte, une piirsonnalité qui la fait être ce qu'elle est, et non autre <'lio.se.

Il est une personne véritable, et véritablement divine. Comme le Père est Dieu, comme le Fils est Dieu, semblablement le Saint Esprit est Dieu. Je prends l'Évangile : je vois Jésus Christ associer le Saint Esprit aux deux autres personnes divines, le mettre au même rang d'honneur (2), lorsque s'adressant à ses Apôtres, il leur dit : Allez, enseignez toutes les nations, et les baptisez au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit (3). De l'Évangile, je passe au Livre des Actes : J'entends saint Pierre dire àAiianie, qui a fraudé sur le prix de son bien : Tu as menti au Suint Esprit, et en mentant au Saint Esprit, c'est à un Dieu que tu as fait cette suprême injure (4). Non seulement le Saint esprit est qualifié Dieu par les Écritures, mais encore toutes les propriétés qui se rattachent à cette dénomination lui sont -îittribuées. A l'égal de Dieu, le Saint Esprit sait tout, les choses les plus cachées, les plus impénétrables, même de l'Être divin : Spiriliis onuiia srrutatii)', etiam profioida Dci (5). A l'égal de Dieu, le Saint Esprit est partout, il remplit le monde entier de

(1) Ibid. V. 8.

{i) Si l'ator Deiis esl, et Filins Dons, oniiiino falcri (■oi;iiiiiir etiam S|iiiiluiii ^iaiicluni, (lui cuin ois pari homiris t;Ta(lii conjuns'itiir. Catech. Rom.

(:i) MATTH. C. XXVIII, V. l'J.

(-4) ACT. c. V, V. i.

(5) I Cor. c. ii, v. 10.

252 LK SYMBOLE UF.S Al'OTRIÎS

sa présence: Spirittis Dotnud vcplcvil urhcm icrrarum (1). A l'égal de Dieu, le Saint Esprit est Tout Puissant et Très Ilaul Seigneur: Spiritus sanctus sKperveniet in te, et virtus Altif^siml uhombrabit tibi (2). A l'égal de Dieu, il est maître de ses dons, et les distribue à qui lui plaît: Hfec omnia npcratur imus atque idem Spiritus, dividens singidis jn'out vidt (3). Enfin, à l'égal de Dieu, il a des temples qui lui sont consacrés et qu'il habite ; ov, c'est nous-mêmes qui sommes ces temples : Ne savez-vous |)as, dit l'Apôtre, que vos membres sont les temples du Saint Esprit : .1/; tiescdis quoniam meynhra vestra templum smil Spiritus Sancti qui in vohis est (4i. Ainsi s'expriment les Écritures. Après le témoignage des Écritures, l'enseignement de l'Église. Il est conforme. — Lisez ses professions de foi : De la même manière qu'elle croit au Père et au Fils, l'Église croit au Saint Esprit (5). . . ('/est le symbole des Apôtres. Entière est sa foi en un seul Dieu, Père tout puissant, qui a fait le ciel et la terre, les choses visibles et les invisibles, et en un seul Seigneur, Jésus Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. . . .semblablement, entière est sa foi au Saint Esprit, lui aussi. Seigneur, qui est vie et donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. . . C'est le Symbole de Constantinople, que vous allez chanter tout-à-l'heure (6). Autre la personne du Père, autre la personne du Fils, autre la personne du Saint Esprit ; mais du Père, du Fils et du Saint Esprit, la divinité est une, la gloire est la même, et la majesté coéternel-

(Ij Sapien. c. I, V. 7.

(2) Luc. c. I, V. 35.

(3) 1 COK. c. XII, V. 11.

(i) I Cor. c. m, v. 19.

(5) Le Catéchisme Romain fait cette judicieii-se remarque : que la |)réi>ositioii //; filacée devant chaciiiic des trois personnes, exprime de la part de l'Église nn(^ fdi (le même, nature en Dieu, le Père, en Jésus Ctirist, et au .S. Esprit. Voir le texte, c. 9.

(fi) Le fdioque implicitement renfermé dans le Symiiole de Constantinople, Cnt ajouté à une épo(pie qu'il est difficile de déterminer au juste. Cette addition fut délinitivenient confirmée par le Concile de Florence en 1439.

XMX. — .11-: CHOIS AI SAINT i:si"itir ii.).)

If (1). . . C'est le Synil)Ole de saint Athanase, qui fait autoi'itéeii cette matière presque à l'ét;al d'un Concile. — Entendez ses iirands Docteui's, par exemple un saint Basile de (^ésarée : l.e Saint Esprit est appelé saint, comme le Père est saint, comme le Fils est saint, saint non à la manière de la créature qui tire sa sainteté du dehors, mais saint par l'essence même de son (tic. . . un saint Grégoire de Nazianze, surnommé le Théolo- ;4ien : Le Saint Esprit a toujours été, il est, et il sera, il n'a pas (.'U de commencement, il n'aura jamais de fin, pas plus que le Père et le Fils, avec lesquels il est inséparablement uni. Il perfectionne et n'est point perfectionné ; il remplit tout, sanctifie tout, et n'est rempli ni sanctifié par aucun autre ; il donne et ne reçoit pas, ce qui est le signe de la plénitude, toujours le même, toujours égal au Père et au Fils, invisible, éternel, immense, immuable, incorporel, actif par essence, indépendant, tout pui.ssant, vie et père de la vie ; lumière et foyer de lumière; l)onté et source de bonté ; Esprit d'adoption, de vérité, de .sagesse, de prudence , de science, de piété, de conseil, de force, de crainte ;qui possède tout en commun avec le Père et le Fils : l'adoration, la puissance, la perfection, la sainteté (2). . . Voiln comment on parlait dans l'Église, au quatrième siècle. — Et la Liturgie, autre organe d'enseignement! (Jucl vaste champ, s'il fallait le parcourir ! . . . (Ju'est-il, sinon personne divine, Celui, cti (jiii et p(tr(itii le Père et le Fils so)it conjoi)ils,j)ou}' vivre et l'c- (jiier eux siî'cles des siècles. . . C'est la finale obligée, comme oflicielhj, de toutes les invocations adressées à Dieu par l'Église".' Celui il (lui ir<iitcieiis vîtes sacres altrihucnt le cliauçicmod du udtii ail cdi-iis de Jésus Christ, du vin en son .se/;;/, pendant la célébration des saints mystères, comme si, après avoir j)ris, forme'' par le Saint Esprit, le corps qu'il porta sur la croix, le Fils de Dieu ne \'oul;iil rec'exdii- d'aucun autre, ce mémo corps poui riiiiiHoler siii' Tauti'l i.'! ? EsL-il lieii de plus eonclnaiit, pour le

( I) Sii>n. : qiilcnituiiu'.

(-2) Aprùs le iiapt' S. I);iin;is(', cl le ('.(iiicile th- (',nnslaiiliiii'|ilc. S, liasil.' et S. ('.ivj;iiirc (ic NaziaiiZ(! l'iiri'iil, au (|iialrit'"iiii' sioclc, les deux i;r.iiuls asscrtciiis ili' la (liviiiilô (lu S. Kspril, iniitrc l'InTÔsio de Maociloiiiiis.

(:!) Vdir lldssiRT. IiisIriicHiins dircrses. Edplicdlioii de la /ncssc, ù un iioiiri'iiii lldlhoUqui', I. it!, p. 1'.] cl siiiv.

'ir^^i.

sujet qui nous occupe, que le signe de croix, au nom des trois personnes divines ; que le Trisagion : Scfiiit, saint, saint, qui comprend dans un même hommage les trois personnes divines ; que le Kyrie eleison répété neuf fois, c'est-à-dire autant de Ibis trois fois qu'il y a de personnes divines : que cette admirable doxologie, qui revient à chaque instant, dans les psaumes, dans les hymnes, dans toute VOfficiature ecclésiastique : (lloirc au Père, an Fils, et au Saint Esprit ! . . . N'insistons pas davantage. La preuve est faite. Comme le Père est personne divine, le Fils personne divine, semblablement le Saint Esprit est personne divine.

Mais si le Saint Esprit est une des trois personnes divines qui font l'auguste Trinité, quel rang occupe-t-il ? Le troisième. Non pas, certes, que ce soit un rang d'infériorité, ou de postériorité, d'infériorité de nature, ou de postériorité dans la durée. Déjà plus de vingt fois, au cours de cette Instruction, nous avons affirmé le contraire. Et si cela ne suffisait pas, le symbole de saint Athanase nous dirait, avec cette autorité que tous les siècles chrétiens lui ont reconnue : qu'en l'adorable Trinité, rien n'est avant, rien n'est après, rien n'est premier, rien n'est dernier, rien n'est plus grand, rien n'est plus petit ; finalement, que les trois. Père, Fils et Saint Esprit, sont coéternels, et d'égalité parfaite : Et in hac Trinitate nihil prias aut posterius, niliil )n((j)is aut minus : sed totse très personne coœternœ sibi suiU et coœquales (li . . . Mais, parce que de toute éternité le Saint Esprit procède des deux autres, conjoints en un seul et même principe ; autrement dit, parce que le Saint Esprit esl l'Esprit du Père et du Fils, le. don réciproque du Père et du Fils, leur lien, leur nœud, le terme éternel et éternellement subsistant de leur mutuel amour, il n'est et ne peut être que la troisième personne, comme le Fils qui procède du Père seul, n'est et ne peut être que la seconde, comme le Père qui ne procède et ne reçoit l'ètz'e d'aucune autre, n'est et ne peut être que la première. Mais, pour le répéter encoi'e une fois, n'imaginez ni priorité, ni postériorité, ni supériorité, ni infériorité, les trois sont également éternelles, également puissantes, également

(l) Symbole : quicinnque.

xxix. — .iK c.i'.ofs al: saint ksi'iut i>55

immenses, également souveraines, également divines. Si le langage les nomme, celle-ci première, celle-là seconde, une autre troisième, c'est uniquement la diversité de leurs relations, et l'ordre de leur origine, qu'il entend exprimer.

rai fini le premier exposé de doctrine que j'avais l'intention de faire. Vous ai-je intéres.sés? Non, peut-être. De tout l'enseignement chrétien, cet article est le plus difficile à saisir, le plus ardu à traiter, et j'entends saint Augustin kii-mème s'écrier : Je ne sais, je ne puis, je me déclare insuffisant : Nescio, non valeo, non sufficio . . . Mais, si je n'ai pas dit tout ce qu'il faudrait dire, je n'ai rien dit, du moins je l'espère, qu'il n'ait fallu dire. Conséquemment, vous saurez désormais, mieux que par le passé, ce qu'est le Saint Esprit, considéré en son essence : une vraie et réelle personne, une vraie et réelle personne divine, une vraie et réelle personne divine distincte du Père, distincte du Fils, mais égale au Père, égale au Fils, et qui, dans les manifestations divines extérieures, ayant une même action avec le Père et le Fils — car entre les Trois tout est commun, excepté ce qui con.stitue la distinction des personnes, et la diversité de leurs relations. — avec le Père, dans les Œuvres de la toute-puissance, qui sont spécialement attribuées au Père, principe de tout ce qui est, avec le Fils, dans les Œuvres de sagesse, qui sont plus spécialement attribuées au Fils, Sagesse incréée, fait par attribution les œuvres de bonté et d'amour, étant lui-même r.Vmour vivant, et en personne, l'Amour substantiel et consubstantiel du Père et du Fils. C'est ce que nous verrons dans l'Instruction prochaine.

En attendant, prions le divin Esprit, surtout pendant cette octave qui lui est particulièrement consacrée. Demandons-lui qu'il répande ses grâces sur nous, en iiluie abondante l't fertilisante. Qu'il vieinie lui-même avec ses dons, cet Esprit créateur, qu'il visite nos âmes, qu'il les remplisse, qu'il y fasse son séjour, qu'il y allume ses feux, qu'il les pénètre de son amour ; que, rendant nos vertus méritoires, et nous conduisant au port.

-5G LE SY.MliOLK DES APOTRES

il nous mette cii possession du bonheur éternel réservé aux âmes sanctifiées :

l)a virtutis meritum, Da salutis exitum, Da perenne gaudium cli.

Anien.

( I ) Piusc (le la l'onk'côie.

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