‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 78 sur 172 · TRENTIÈME PRONE · texte numérisé non relu

TRENTIÈME PRONE

Les œuvres attribuées au Saint Esprit.

Credo ht Spirilum StniclKm.

Je (Tuis au Saint Espi'il.

Docere iirœterea oportcbit , qiiosdam esse Spiritus Saiicti admirabilcs effectus, et amplissima qiuçdam niiiiiera, quai ab ipso lanquam a perenni bonitatis fonte oriri et inanare dicuiitur. Cfilecli. Rom. c. D.

Dans la dernière Instruction, nous avons considéré le Saint Esprit en lui-même et dans son essence. Il est une Personne réelle, véritable, non une abstraction, ni simplement un attri- )iut de Dieu. Il est une Personne réelle, véritable, divine, distincte des deux autres, égale pourtant aux deux autres, parc ((uo, pi'océdant de toute éternité du Père et du Fils, le terme numérique qui sert à le désigner, exprime non pas une infériorité de iiature, ni une postériorité dans la durée, mais uni- (|uement l'ordre de son origine.

Cela dit, et exposé, croyon.<^-nous, en toute exactitude de docti'ine, nous considérerons aujourd'iiui le Saint Esprit dans son action sur les créatures, c'est-à-dire dans ses œuvres extél'ieurcs, (l'uvres de l>onté et d'amour qui, l,)ien que communes à la l'riniti' tout cnlière, sont cepeiulanl attiiiiuées plus particulièrement à celle des trois Personnes qui est l'amour substantiel et consubstantiel des deux autres, au Saint Esprit. Dieu imiis aille de sa grâce!. . .

Le Saint l^sprit agissant, cl faisant les a'uvres qui lui sont

PL.Vr. — LE SVMi;. DES .\i>.— 17. -2h~

plus proprement attribuées, de bonté et d'amour, il faut en dire ce que Bossuet a dit de la divinité de ce même Esprit cl) : Les Écritures en sont toutes pleines. Suivons-le pas à pas, comme on suit un beau fleuve dans son cours bienfaisant.

Le Saint Esprit fait œuvre de bonté et d'amour, lorsqu'au principe de toutes les choses créées, porté sur les eaux de l'abîme pour les féconder, il éveille et fait éclore les germes de vie encore endormis dans leur sein : Et Spiritus Dei ferebatur super aqiias (2).

Le Saint Esprit fait œuvre de bonté et d'amour, lorsque, au sixième jour de la création, il forme, conjointement avecle Père et le Fils, le premier-né de la race humaine, et l'anime de son souffle. Il n'y a pas à se méprendre ici : le nombre pluriel en\ployé par le texte sacré, indique assez une action accomplie par plusieurs : Faisons . . . Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance : Faciamus hominem ad imaginem et similltudinem nostram (3).

Je tourne quelques feuillets. Le Saint Esprit fait œuvre de ]>onté et d'amour, lorsque diversifiant ses dons selon les temps et les circonstances, et en emplissant l'un après l'autre, Moïse (4), Josué (5), Gédéon (6), Jephté (7), Samson {8), et les suivants, il façonne le peuple que Dieu s'est choisi, et le préparc de longue main à devenir un instrument docile, apte au grand dessein de miséricorde qui devra s'accomplir dans la plénitude des temps. Car la destinée de ce peuple est une destinée à part, privilégiée entre toutes. C'est de son sein, c'est d'un rejeton d'Abraham, Père des Croyants, que sortira le Désiré des nations. C'est en Israël et par Israël que le salut sera fait au monde entier.

Mais voici les Prophètes — car, encore que l'avènement du Fils de Dieu sur la terre ait été annoncé, figuré, prédit, attendu

(I; Bossuet, Ecrit. Sainte. T. 26, p. 401.

[i) Gen. c. l, V. 2. — Sur l'action fécondante et vivifiante du Saint Esprit exprimée par ce verset, voir S. Augustin et les grands commentateurs.

(3) Ge\. c. V. ((■)) JiiD. c. VI, v. 34.

(4) Nuji. c. XI, V. 17. (Tj Il)id. c. xi, v. 29.

(5) Delt. c. XXXIV, V. 9. (8) Ibid. c. xiv, v. 6.

lE CROIS AU SAINT ESPRIT

pendant les quatre mille ans et plus qui Tout précédé, et que le souffle de l'Esprit n'ait cessé de pousser les hommes de l'Éden jusqu'au Calvaire, il y a eu cependant une Ère prophétique proprement dite. — Voici donc les Prophètes, les grands Voyants, pour qui les siècles futurs n'ont plus de secrets. Isaïe aperc^'oit dans le lointain des âges la Vierge incomparable qui concevra et enfantera un fils encore plus grand qu'elle-même. Daniel compte à l'avance les semaines d'années qui restent encore à courir jusqu'à l'arrivée du Rédempteur promis et la consommation de son sacrifice. Chacun des suivants donne un trait de sa vie, de son évangélisation, de sa passion, de sa mort, de sa résurrection, de son règne glorieux. Vous diriez autant d'historiens qui racontent des faits passés (1). Quel est donc l'agent mystérieux d'un tel prodige? Qui donc les inspire, ces hommes? Qui dont; déchire devant eux les voiles de l'avenir ? David le sait par expérience, et le dit : C'est l'Esprit du Seigneur qui a parlé par moi, c'est sa parole qui est sortie de mes lèvres : SinriticsDomini locntuH est per me, et sermo ejus per linguam 7neam (2). Lui aussi, saint Pierre le sait, et le dit : C'est inspirés par le Saint Esprit, que les hommes de Dieu d'autrefois ont parlé : Spiritu Sanclo inspirati, locuti sunt sancti Del homines (3i. Enfin l'Église le répète, et vous allez le chanter tout-à-l'heure (4) : Je crois au Saint Esprit, vie ej principe de vie... qui a parlé par les prophètes : Cvedo in Spiritum Sancticm Dominum, vivifiecoitem... qui lociifus est pet' Proplictas.

Mais il ne suffit pas de commencer, il faut finir d'ébaucher, il faut parfaire. Prenez l'Évangile. Allez tout droit au chapitre premier de saint Luc, car la plénitude des temps, tant de fois prédite, est venue. Lisez le nom de l'Ange que le Seigneur envoie : c'est Gabriel, \m des sept qui se tiennent devant le trône de Dieu (5) ; l'objet de la mission qu'il est chargé d'accomplir ; les paroles qu'il adresse à l'humble Vierge de Nazaretii ; le trouble de celle-ci en entendant un message si inaccoutumé;

(I) Voir le trei<i('me prdne (i) II REfi. c. x.xiii, V. 2.

{•i} II Petr. c. I, V. -21.

(i) SijDil). lie Conslantinople.

(5) Daniel, c. .\, v. 13.

l'assurance enfin qui lui est donnée, qu'elle sera Mère sans cesser d'être Vierge, car l'Envoyé céleste ajouta : Ne craignez point, Marie, c'est le Saint Esprit qui surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pour- (juoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu ^1)... Quel récit, tout abrégé que je suis forcé de le faire ! Mais en avez-vous saisi toute la portée, relativement au sujet qui nous occupe à cette heure ? Y avez- vous suffisamment remarqué le Saint Esprit, accomplissant ici comme partout les œuvres de lionté et d'amour? Notre humanité que le Fils de Dieu va prendre entière, c'est-à-dire avec les deux éléments qui la composent, cette àmc, vraie âme humaine, ce corps, vrai corps humain, qu'il va s'unir en unité de personne : ce corps, cette Ame, toute cette humanité, et aussi la A'ierge associée à ce grand mystère, sa sainteté incomparable qui l'en rend digne, la grâce d'En-Haut qui la remplit, tout cela, c'est le Saint Esprit <jui le fait (2i. Aussi bien, avec l'Évangile qui le dit, l'Église le chante tous les dimanches ; et vous, vous le répétez chaque jour : Je crois en Jésus Christ, Fils unique de Dieu, Notre Seigneur, qui a été conru du Saint Esprit, dans le sein de la Vierge Marie : Credo. . . et in Jesuni Christum, filiuin Del unlcum, Dominion nostrum, qui conceptus est de Spiritii Sancto, natits ex Maria Virgine (3).

Ce n'est pas encore assez. Cet avènement du Fils de Dieu qui ne devra s'accomplir que dans la profondeur des siècles, il ne suffit pas qu'il y ait eu des prophètes pour l'annoncer d'avance, les propliôtes n'étaient que prophètes, et ne parlaient que pour les temps prophétiques. Maintenant donc qu'il est accompli, et pour employer le langage de saint Paul, maintenent que le yraad mystère de Dieu s'est manifeste dans la.

(1) Luc. c. 1.

("2) Voir le (luntiti^ictne prune.

(;î) S\iinl)ole (les Apdtre.'i. — Dans une gracieuse comparaison, dont il ne fanilrait cependant pas trop |)resser les termes, un aneinn auteur, 8. Proclus, assimile la Sle Humanité du Fils de Dieu à un vêtement pris par lui, en venant (m ce monde, et dit (pu; c'est le St Esprit, ouvrier d'un art consommé, qui en a ourdi la trame : Hœc admiranda tela. . . admirabilis luuica, cujus textor Spirilus Sanclus. Ap. CoRNEL. A Lai>. in Luc. c. 1.

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