‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 80 sur 172 · XXX. — .IK CROIS AU SAINT ESl'HIT · texte numérisé non relu

XXX. — .IK CROIS AU SAINT ESl'HIT

quod agit anima in omnibus mcmhris unius corporis (1). . . Une fait une ùme conjointe à un corps humain ? Elle l'in forme, autrement (lit, elle le contient, beaucoup plus qu'elle n'en est contenue, elle retient ensemble, comme par un ciment très unifiant, les éléments divers et tous les membres dont il est composé. De même le Saint Esprit dans l'Église : il la garde dans l'unité, il en rattache toutes les parties à un centre commun, il la fait être un tout d'une force invincible. Qu'elle grandisse, cette Église, c'est sa destinée ; qu'elle parte de la Judée, son lieu d'origine, comme au prophète une longue route lui reste à parcourir; qu'elle se propage et s'étende, jusqu'à remplir le monde, n'est-elle pas faite pour le monde entier? Mais nulle part, ni en aucun temps, le Saint Esprit ne laissera, ou une dualité quelconque s'introduire dans son gouvernement, ou un seul iota s'eflacer de son Symbole, ou un sacrement s'échapper du septénaire sacré : Unus Dominns, nna fides, uniim baptisma (2). Ce que le Saint Esprit garde est bien gardé.

Mais la comparaison du grand Docteur est susceptible d'une seconde application qui n'est pas moins attachante que la première. Non seulement l'âme humaine exerce une action générale sur l'ensemble du corps auquel elle est conjointe, mais encore une action particulière, spécifique, sur chacun des membres de ce corps, selon le besoin. Autrement dit, elle fait pour chaque partie du tout ce qu'elle fait pour le tout lui-mèine. De même le Saint Esprit dans l'Église. Chaque chrétien, chaque fidèle, toute àme de baptisé, finalement chaque membre de l'Église est l'objet de ses attentions non moins que l'Église entière. Si le temps le souffrait, et que les limites de cette Instruction déjà longue le permissent, combien il serait intéressant de suivre le Saint Esprit dans ses opérations intérieures, en tant qu'elles ont pour fin le bien des âmes ! Qui leur parle en eflVt? — Ah ! nous sommes beaucoup dans l'Église, qui parlons aux âmes, ou plutôt qui faisons un peu de bruit aux portes de rame ; mais y entrer, y pénétrer , arriver jusqu'à cet endroit plus intime où l'àme se tient chez elle, où la vérité se

(1) S. AuGUST. feria scninda Pciilecosl. Scriiin II.

(2) EiMiES. 0. IV, V. 5.

fait, où les fortes déterminations se conçoivent, en nn mot, se faire entendre dans le fond, comme parle Bossuet (1), nous ne le pouvons pas, nos discours n'ont pas cette portée. Ces discours, si fournis de pensées qu'ils soient, si riches d'éloquence qu'on les suppose, à quoi les comparerai-je ? A un vaisseau, répond saint Jean Ghrysostome : Ce vaisseau est monté par un pilote et de nombreux rameurs, il a ses voiles, ses cordages, ses ancres, tous ses agrès enfln ; mais le vent manque, la voile ne s"enfle pas, et toute cette masse reste immobile. Or, il en est de même de nos discours, ajoute ce grand homme, si le souffle d'En- Haut fait défaut : Licet sit dives sermonis supellex, et inens profonda, et eloqiientia, et intelligentia, si non adsit Spiritus sanctiis, qui vini suppeditat, otiosa s>())t omnia. — Qui donc parle aux âmes efficacement, quoique sans bruit de paroles ? Qui les éclaire et les échauffe du même coup? Qui les meut au bi(>n, sans les violenter? Qui les plie et les façonne aux habitudes surnaturelles ? Qui les purifie ? Qui les justifie, non de cette justice seulement imputée, fictive, extérieure, se tenant aux abords de l'âme, sans pénétrer dedans, mais d'une justice réelle, véritable, inhérente à fàme, et n'y entrant que pour y demeurer? Oui, tout ce travail de purification, de justification, de déification, qui l'ébauche? Qui le fait et le parfait? Qui... L'Eglise le dit et le chante, les derniers échos de la Pentecôte sont à peine éteints : C'est vous, ô divin Esprit, vous, principe immédiat et substantiel de toutes les opérations de la grâce ; vous, ciiarité vraie ; vous, feu actif; vous, onction céleste ; vous, lumière des âmes, moteur des âmes, sanctificateur des âmes, au sens propre du mot, parce que toute cause tendant à produire des effets qui lui ressemblent, du- moment où vous agissez dans une âme, c'est pour la rendre semblable à vous, spirituelle, sainte, et, autant qu'une créature est susceptible d'un tel perfectionnement, divine comme vous.

Mais .s'il en est ainsi, si cet exposé ast exact, une conclusion s'impose : Il faut que l'âme se laisse faire; il faut qu'elle n'oppose ni lenteur, ni résistance, aucun obstacle, de quelque genre que ce soit, à l'action du Saint Esprit. Saint Augustin qui

(1) Médit, sur l'ÉranijHe. t. 2, p. 450.

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