‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 82 sur 172 · TRENTE ET UNIÈME PRUNE · texte numérisé non relu

TRENTE ET UNIÈME PRUNE

L'Église.

Credo... sdnclam Ecdesiam rathol/aim.

Je crois ... la sainte Église catholiiiue.

Curent omni stuclio pastorcs, ut fidèles, cognito hoc (Ecclesiœ) mysterio, contra adversarii artes muniti, iii fidei veritatc persévèrent.

Catecli. Hoiii. cap. !(•.

Après Dieu le Père qui a créé le monde, et le réyit par des lois pleines de sagesse ; après Jésus Clu'ist Notre Seigneur, Fils unique de Dieu, son Verhe, son consubtantiel, son coéternel, qui s'est fait homme dans le temps, et nous a rachetés de son sang; après le Saint Esprit, qui procède du Père et du Fils, connaturel au Père et au Fils, un même Dieu avec le Père et le Fils, qui nous sanctifie en répandant la divine charité dans nos âmes: il n'est point dans tout le Symbole de sujet plus important que celui que nous abordons aujourd'hui : l'Église . . . (Test pourquoi, dit le Gatécliisme Romain, les Pasteurs s'efTorceront d'expliquer avec le plus grand soin aux Fidèles qui leur sont confiés, la doctrine qui s'y rapporte, afin que, prémunis contre les artifices de l'ennemi, ils demeurent dans la vérité de la foi.

Il ne nous en faut pas davantage, pour entreprendre un travail qui sera long, mais auquel une aussi belle récompense est promise. Nous dirons aujourd'hui l'origine, et la divine institution de l'Église. Dieu nous aide de sa grâce ! . . ,

Et d'abord, que Notre Seigneur .lésus Christ, lui-même et par lui-même, ait fondé l'Église, laissons aux Théologiens et aux Maîtres, de le démontrer savamment, et par l'Évangile qui le dit, et par les Actes des Apôtres qui le répètent, et par les Épitres de saint Paul qui le confirment en cent endroits divers, et par tous les monuments de l'Antiquité chrétienne qui en témoignent hautement. Pour nous, un raisonnement sommaire moins laborieux à établir, plus facile à saisir, nous sied mieux: Avant que Jésus Christ vienne, il n'y a aucune époque, ni siècle, ni fraction de siècle, où l'Église existe. Depuis que Jésus Christ est venu, vous ne trouverez, dans toute la suite des âges, aucune époque, pas un siècle, pas un jour, pas même une heui'e, où l'Église se disant fondée par Jésus Christ, n'existe pas. La conclusion s'impose: donc Jésus Christ est l'auteur, auteur unique, de l'Église qui porte son nom.

En second lieu: à cette Église qu'il fonde, <'t au jour même où il la fonde, que Jésus Christ donne la forme sociale, à ce point qu'on la définit très légitimement: Une société d'hommes professant la même foi, participant aux mêmes sacrements, obéissant aux mêmes ciiefs, sous un chef unique: Ici encore il ne saurait y avoir le moindre doute. Ouvrez votre Nouveau Testament, et lisez: L'îlglise est un Royaume, Regnum (1); l'Église est une cité, une réunion de citoyens, Civitas (2); l'Église est une famille, Domiis (3). Au chapitre dixième de saint Jean: Jésus Ciu'ist est le bon Pasteur, et ceux qui l'écoutent sont des brebis; puis il ajoute: Et j'aî d'autres brebis qui ne sont pas encore de cette bergerie, et il faut que je les y amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura plus qu'un seul troupeau et un pasteur unique (4). Récapitulons : Bergerie, famille, ville, royaume : tous ces mots impliquent l'idée de société, et ne rendent un son juste qu'autant qu'on les emploie en ce sens.

Et ce n'est pas tout encore. Les faits sont plus concluants que

(1) In Evang. passim.

("2) Matth. c. V, V. 14. (3) I TiM. c. III, V. 15.

(i) JOANN. C. X. .

xxx[. — LA SAINT!': KC.IJS1-; < ;Ari loi.KjLii 269

les mots. Du jour où elle apparaît dans l'Evangile, déjà l'Eglise est constituée en société: elle a des membres qui ne sont que membres; elle a des chels, choisis parmi les simples membres et ayant une dénomination qui les distingue; elle a un chef suprême et unique pris d'entre les cheTs principaux (1); s'il n'est encore que désigno'^, le temps est proche où cette prérogative insigne lui sera définitivement conférée: de paître tout à la fois agneaux et brebis, c'est-à-dire le Iroupeau tout entier (2). Dès l'origine aussi, et semblablement par institution divine, les chefs principaux eux-mêmes sont mis en possession des pouvoirs les plus étendus. C'est à eux, en vertu de la délégation du Saint Esprit, qu'il appartient de régir l'Église de Dieu (3j. Qu'on les respecte, c'est la loi du commencement, qui ne sera jamais abrogée, autrement l'injure qui leur sera faite, Jésus Christ déclare qu'il la tiendra loour faite à lui-même (4). Qu'on leur obéisse, à cet égard l'obligation est telle que qui osera s'y soustraire ne sera plus qu'un païen et un publicainio) ... N'insistons pas davantage; la preuve est faite: dès le premier jour de son existence l'Église a un gouvernement, des lois, les unes préceptives, les autres répressives; elle est, au vrai sens du mot, une société organisée.

Mais si Jésus Christ fonde l'Eglise, et lui donne la forme sociale — et nous venons de voir qu'il en est ainsi — quel est son dessein? quel but se propose-t-il d'atteindre? Ici non plus, certes, nous n'en sonnnes pas réduits à des suppositions plus ou moins hasardées. Jésus Christ a parlé, sa pensée nous est donc connue. Pi'enez encore votre Évangile, et lisez: Sa mission personnelle achevée, avant de retourner au Ciel, d'où il était venu, Jésus Christ a.ssemble le corps des pasteurs, ses Apôtres, qui sont à rEglise ce que le corps des officiers est à l'armée, lus

(I) Et cum (lies factiis csscl, vocavit ilisci|iiiliis su(>-;, cl rlcïj'it (hiddccim ex ipsis, quos et Apostolos nmuinavit: SimouL'in, quriii cnyiioiiiiiiavit Potniiu, etc. I.ur.. c. VI, V. 13-li.

ci) JO.VNN. c. XXI, V. Il'i-l".

(II) ACT c. .\X, V. tîS.

(i) Lrc. c. X, v. 10.

(5) M.\TTH. c. xviii, V. -17.

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cadres do l'Église: Toute puissance m'a été donnée au Ciel et sur la terre, leur dit-il, allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, apprenezleur toutes les choses que je vous ai commandées, voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles (i) ... Et encore : Qui sera baptisé et croira sera sauvé, qui ne croira pas sera condamné (2) ... Et encore : Que la paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie — avec la même autorité à exercer, la même mission à remplir — recevez le Saint Esprit: les péchés seront remis à qui vous les remettrez, ils seront retenus à qui vous les retiendrez (3) . . . Ainsi s'exprime Jésus Christ. C'est-à-dire, si nous l'entendons : qu'en même temps que société pourvue de tous ses organes de fonctionnement, société visible et facilement reconnaissable par la nature elle-même des éléments dont elle se trouve composée, l'Église est fondée par son divin auteur, dans un but distinct, nettement déterminé : Elle sera comme l'extension et le prolongement même de Jésus Christ . . . Jésus Christ est éternel, il était hier, il est aujourd'hui, il sera demain ; semblablenient l'Église est éternelle, elle était hier, elle est aujourd'imi, elle sera demain. Jésus Christ a pour domaine le monde entier, toutes les nations lui ont été données en héritage (4), entre son divin Père et lui, ça été le prix convenu de sa mort sur la croix (5) ; semblablenient l'Église dominera d'une mer à une autre mer (6), c'est-à-dire sur toute la terre, et là seulement son empire fmira, où le monde lui-même finit. Jésus Christ a enseigné, semblahlement l'Église enseignera. Jésus Christ a baptisé, semblablenient l'Église baptisera. Jésus Christ a remis les péchés, semblablenient l'Église remettra les péchés. Jésus Christ a racheté les hommes par la vertu de son sang, l'Église continuera l'œuvre de la Rédemption en nous en appliquant les mérites. Jésus Christ a révélé les vérités nécessaires au salut, il a dit tout ce qu'il fallait que nous sussions; l'Église n'y ajoutera rien de nouveau, mais faite dépositaire des vérités éternelles, elle aura pour mission

(1) Matt. c. Il, xxviii, V. 18, 19, 20. (i) Psal. ii.

(2) Marc. c. xvi, v. 16. (5) Phil, c. ii. (.3) JoANN. c. XX, V. 21, 22, 23. (6) Psal. lxxi.

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