XXXII. — LA SAINTIO KCLISI'l ( ;A Tl K )LI(jr K
î^erie unique (h, un Iroupeau unique vOj/i par un pasLeur iini- (jue (2). De plus, la prière, justernent appelée sacerdotale, (jiic .h'.sus Christ adresse à Dieu le Père, la veille de sa Passion d, (le sa mort, en laveur de son Église, a pour objet prineii)ai l'iinité : Père saint, conservez en votre nom tous ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils ne fassent qu'un, comme vous et moi nous ne faisons qu'un u'î) ... 11 ajoute : Ce n'est pas seulement pour ceux-ci que je prie, niais encore pour tous ceux ({ui croiront en mol, afin que tous ensemble ils ne soient qu'un. Comme vous, o mon Père, vous êtes en moi et moi en vous, (ju'ils soient de même un en nous, afin que le monde sache que <''est vous qui m'avez envoyé (4j. Enfin, les droits que Jésus Christ confère à son Église, les pouvoirs qu'il lui met en main, l'autorité dont il rin\estil, toutes ces choses supposent l'nnitc'. hlst-il besoin de longs raisonnements? Qui ne le voit d'une claire vue ? Si l'pjglise n'est pas essentiellement une, et dans son gouvernement, et dans sa doctrine ; si elle ne doit èti'e rien autre chose qu'un mélange de parties hétérogènes, c'est-à-dire de sectes discordantes, je le demande: dalis quel sens Jésus Christ aura-t-il pu dire : Qui vous écoute m'écoute, qui vous méprise me méprise (5) ... et encore : Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, tenez-le pour un païen et un pulilicain (6; . . . Serait-il donc possible d'obéir tout à la fois à plusieurs autorités (]ui se combattraient, d'accomplir des ijréceptes opposés les uns aux autres, de croire h' oui et le non sur un même point'.' l'uis-je écouter en même temps, et Arius, et Nestorius, et Eutychès, et Pelage, et Luther, et Calvin, et l'Église Romaine qui les condamne tous? N'insistons pas davantage. L'essence de l'Église veut qu'elle soit une, c'est-à-dire que les membres qui la composent, aient et professent la même foi, participent aux mêmes sacrements, obéissent aux mêmes pasteurs, sous un clief unique. Et comme il est dans la nature de cette propriété, non de rester cachée, mais de se produire au dehors ; que d'ail-
(1) JOAXN. C. X. (-1) Ii)i(l.
(-1) Iliid. (5) Luc. c. X.
(3) JOANN. C. XYII. (0) MATTH. C. XVllI.
leurs elle est d'une constatation facile et qu'il ne faut qu'ouvrir les yeux pour la voir : Dès ce moment nous avons une marque sûre au moyen de laquelle nous reconnaîtrons sans effort la véritable Église de Jésus Christ : C'est l'unité.
Elle ne restera pas isolée.
Il est certain en second lieu, que la véritable Église de Jésus Christ ne peut pas ne pas être sainte. Comment ne le serait-elle pas? Chez elle tout est saint. — Sa formation est sainte; elle la tient de Jésus Christ, la sainteté même, qui, comme le dit saint Paul dans son beau langage, a aimé son Église à ce point, de .se livrer à la mort pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par l'eau et la parole de vie, et de la faire paraître devant lui toute glorieuse, sans tache ni ride, ni quoi que ce soit qui la défigure, sainte désormais et irrépréhensible (1). — Sa doctrine est sainte; c'est la doctrine même de Jésus Christ qui, ayant institué l'Église pour qu'elle continuât sa mission en ce monde, l'a faite en même temps et en ce but dépositaire de ses Enseignements: Allez, enseignez toutes les nations, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit (2), c'est-à-dire les préceptes de la morale non moins que les vérités de la foi. — Ses sacrements sont saints ; plus saints, et de beaucoup, que les rites céréinoniels de l'ancienne Loi. Sans nul doute, ils signifiaient la grâce, les sacrements de la Synagogue judaïque, mais ils ne la conféraient pas ; ils montraient, à la manière d'enseignes, le Sauveur à venir, mais ils ne procuraient pas le salut . . . Tout autres les Sacrements dont l'Église de Jésus Christ est la dépositaire et le ministre ; ce qu'ils expriment, ils le font, la grâce qu'ils signifient, ils en sont pleins, et la confèrent par une vertu qui leur est propre. — Son Sacrifice est saint; pourrait-il ne pas l'être ? C'est Jésus Christ lui-même qui est immolé, toute sa personne, son corps, son sang, son âme, .sa divinité. La victime du Juif, dit un ancien auteur, c'était un bœuf: Habiiit bovem Judœus; la victime du Chrétien, c'est Jésus Christ lui-même: Hahet Christum Chrislianus ; la conclusion s'impose, et il l'exprime avec son même langage
(1) Eph. c. V, V. 27.
(2) Matth. c. XXVIII.
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hardi, mais d'une exactitude théologique parfaite: donc le Sacrifice dont l'Église de Jésus Christ est en possession, l'emporte autant sur le Sacrifice du Juif, que Jésus Christ l'emporte sur un animal sans raison: Ciijus Sacriftcium lanto cxcellenlius est, qmmto Christus bovc major est (1). — Son ministère est saint ; je ne dis pas, remarquez-le, ses ministres, car ils sont hommes, et comme tels ils peuvent participer à l'humaine faiblesse: mais ce qu'ils font en qualité ou d'apôtres, ou d'évangélistes, ou de docteurs, ou de pasteurs, tout cela est saint, tout cela tend à faire des saints; diverses sont les lonctions, commun est le but : édifier le Corps de Jésus Christ, qui est l'Église (2). — Ses membres sont saints, non pas tous, certes, il y a, et il y aura toujours mélange; l'Église est, et sera toujours, comme dans les paraboles Évangéliques, ce champ où l'ivraie croît avec le bon grain, cette aire qui contient à la fois la paille et le froment, ce filet jeté à la mer et qu'on retire plein de poissons de toute espèce; mais tous sont appelés à l'être, tous peuvent l'être, et beaucoup le sont, qui plus, qui moins, et cela suffit comme il suffit à un arbre, pour qu'il soit jugé vivant, de porter des fruits, et même simplement de pouvoir en porter, quand bien même dans sa forte ramure on compterait plusieurs branches mortes. — Enfin et surtout l'esprit qui régit l'Église et la vivifie, comme l'àme régit et vivifie le corps, cet esprit est saint, trois fois saint, c'est le Saint Esprit lui-même qui, promis à l'Église par Jésus Christ, et par Jésus Christ envoyé, au jour de la Pentecôte, n'a point cessé depuis, et jusqu'à la fin des temps ne cessera de résider dans son sein, de s'y manifester selon les temps, les lieux, les circonstances, les besoins, soit par la prophétie, soit par le miracle, ou par toute autre opération extérieure, sensible, facile à constater, tendant à démontrer et démontrant en effet à tout homme désireux d'arriver au vrai : que là où l'Esprit de Dieu manifeste sa Ijrésence, là est l'Église de Dieu, comme là où l'àme manifeste la sienne, là est le corps qu'elle anime ... Ici non plus, n'insistons pas davantage. La seconde marque au moyen de laquelle
(I) Pierre de Cluny. — Voir notre Ouvrage sur les Sdcreiiieiils, \>. 181. (;2)Epu. c. V, V. 10, 11.
on peut reconnaître la véritable Église de Jésus Christ : C'est la sainteté.
Mais notre tâche n'est point achevée.
Il est certain en troisième lieu, que la véritable Église de Jésus Christ ne peut pas ne pas être catholique, c'est-à-dire universelle.
Si vous me permettez cette question: de vos lectures de l'Évangile, notamment du récit de la Passion de Notre Seigneur, avez-vous retenu: que l'Inscription apposée par ordre de Pilate au haut de la Croix, et portant ces mots: Celui-ci est Jésus le Koi des Juifs, était écrite en Hébreu, en Grec, et en Latin c'est-à-dire en les trois grandes langues du monde connu des Anciens: E>'at. et snperscrij^tio ■•^cripta super eion, litteris grœcis, et latuiis, et hebraicis: Hic est Jésus Rox Judœorum (Ij ... Eh bien ! en cet écriteau, prédicateur à sa manière de la divine Royauté du Sauveur, les plus autorisés parmi les Interprètes ont vu une figure de l'Église universelle, appelée, par sa destination propre, à prêcher la même divine Royauté, dans chacune de ces mêmes trois grandes langues, et dans chacun de leurs dialectes ou dérivés, c'est-à-dire au monde entier.
Il y a mieux que des figures : ce sont les prophéties. Chose très digne d'attention ; s'il est vrai que les Prophètes ont fait par anticipation toute l'histoire de Jésus Christ, tant ils décrivent jusque dans les détails les plus circonstanciés, sa vie, sa passion, sa mort ; il n'est pas moins exact de dire, qu'ils ont été plus explicites encore au sujet de son Église (2) ; rien ne leur échappe des luttes c{u'elle aura à soutenir, ni des phases <liverses par lesquelles elle devra passer; néanmoins il n'est rien que leur plume inspirée ne mette autant en relief que sa (^atholicité ou diffusion par tout l'univers : C'est la maison du Seigneur où viendi'ont se réunir tous les peuples (3). . . C'est une liante montagne qui remplira toute la terre (4). . . C'est un
(1) Luc. c. xxiii, V. 38.
(2) Prophetœ plenius et aportius de Ecclcsia rpiam do Thristo lociili suiit, l'iim in ea multo plures orrarc ac ciccipi possc, qiiaiii in Iiicariialioiiis saciaîiiento, prœvidereiit. Calecli. lioiit.
(3) Isa. c. ii, v. t.
(4) D.\N. e. Il, V. 35.