XXXVII. - LA SAINl'i': KCLISK C A II lOIJOI 'K AV
eiitclitlii (lire: (jlic Jésus Christ est, ou J{;aii-I5aptistc, ou Klio, ou Jéréniic, ou quelqu'autre des prophètes d'autrefois. Quant à la seconde, Simon seul répond : Vous, Sei.yneur, vous êtes le vrai Christ, le vrai Fils du Dieu vivant . . . Qu(! lui importent, à lui, les opinions d'antrui ! Sa conviction (.'st laite depuis longtemps, (.'est pourquoi Jésus reprenant : Tu es bienheureux, Simon, car ce n'est ni la chaii' ni le sang qui te l'ont l'é-vélé. mais mon Père qui est dans les Cieux. Et, puisque tu sais si bien qui je suis, je vais te flire qui tu es : tu es Pierre, et sur cette pieri'e je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel (1) . . . Quelle déclaration! Et que l'on juge de l'effet produit sur l'Assemblée !
Et pourtant ce n'est pas tout. Si le nouveau nom, substitueau nom ancien et vulgaire, est ac({uis maintenant: pour tout le reste le Maître n'a parlé qu'au futur. L'Ouvrage n'est donc pas encore à son terme. Il y sera bientôt. Jésus Christ ressuscité, immortel et glorieux désormais , vient d'apparaître pour la cinquième fois à ses Apôtres réunis en un même lieu. S'adressant à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, lui dit-il — l'ancien nom revient, comme pour signifier que rien n'est fait, tant que la dernière forme n'a pas été donnée — Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? c'est-à-dire, toi qui seras le premier en dignité, seras-tu aussi le premier en amour? Seigneur, répond l'Apôtre, vous savez que je vous aime — Jésus reprend: Pais mes agneaux — Il continue, et dit: Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? Pierre répond: Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime — Pais mes agneaux, dit encore Jésus — Vue troisième fois, Jésus dit : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre est attristé, il ne compi'end pas encore qu'ayant renié son Maître jusqu'à trois fois, il est juste qu'il témoigne autant de fois de son amour: Seigneur, vous savez toutes choses, vous savez donc que je vous aime. Et Jésus reprend ; pais mes brebis (2).
(1) Matth. c. XVI, V. 17, 18.
(2) JoANN. c. XXI, V. 15 etsuiv.
:î20 LE SYMBOI.K DES APOTRES
Dieu soit béni ! à cette lieure l'Ouvrage est achevé. Pierre a reçu entière et définitive investiture, car le vrai sens de tout ce langage métaphorique, si plein de grandeur, ne peut vous avoir échappé. A Pierre seul il est donné d'être ce roc inébranlable, cette pierre visible qui, soudée par un impérissable ciment à la pierre invisible, Jésus Christ, tirera de cette soudure elle-même assez de force pour porter, sans fléchir, tout l'édifice. A Pierre seul est attribuée la magistrature suprême, c'est-à-dire le droit de lier, de. délier, de faire des lois, de porter des décrets, toutes choses merveilleusement exprimées par le symbole des clefs. Que si un peu plus tard les autres Apôtres reçoivent, eux aussi, les pouvoirs les plus étendus, et à certains égards égaux à ceux de Pierre, il reste entendu que c'est sans préjudice de la sul)ordination qu'ils doivent au chef unique; autrement dit,, il reste entendu que chacun ne les reçoit qu'en tant qu'il fait partie d'un corps dont Pierre seul est la tète. Enfin, et pour rappeler encore une fois les paroles qui donnent à l'Institution sa dernière forme, c'est à Pierre seul qu'est confié le soin de régir, de gouverner, di.scns le mot vrai, le mot tellement propre qu'aucun,' autre ne peut le remplacer, de pailre les agneaux, c'est-à-dire les petits, et avec les agneaux les brebis, c'est-à-dire les mères, finalement tout le troupeau, et les pa.steurs aussi, pasteurs à l'égard des peuples, mais brebis à l'égard de Pierre, comme parle I^ossuet d'accord avec toute la Tradition (1).
Et maintenant que l'Église est fondée, et pourvue de celui de ses organes de fonctionnement qui mettra en mouvement tous les autres: qu'il remonte au Ciel d'où il est venu, le chef désormais invisible, Jésus Christ; le chef visible, Pierre est présent, Pierre est partout, et partout il agit. Fermez l'Évangile, puisque les temps évangéliques sont clos, et ouvrez les Actes des Apôtres, car les temps apostoliques commencent : C'est Pierre qui propo.se de donner un successeur à Judas déchu de l'Apostolat, et fixe les conditions d'éligibilité; c'est Pierre qui le premier parle en public, au jour de la Pentecôte, et est le seul dont le discours, en ce jour mémorable, ait été gardé pour être lu dans l'Église jusqu'à la fin des temps; c'est Pierre qui le
(1) Sermon sur l'unité de l'EyUse.
XXX Vir. — LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE 321
premier lait un mirarle pour confirmei' la Toi en Jésus Ciu-ist; c'est Pierre qui le premier convertit les Juifs, et reçoit dans l'Église la Gentilité reprc-sentée par le centurion Corneille; c'est l*ierre qui le premier porte un jugement dans una cause majeui'e, et inflige une peine; c'est Pierre qui le premier [)rend la parole dans le Concile de Jérusalem, et tranche les dilficultés pendantes (1). Enfin, et pour redire le mot de l'Kglise, qui le chante chaque année, au vingt neuf Juin, fête du Bienheureux Pierre: C'est Pierre qui est le pasteur suprême des brebis, c'est Pierre qui est le prince des Apôtres, c'est à Pierre qu'ont été confiées les clefs du Royaume des Cieux : Tu es paslor ovium, pr'uiceps apostolorum , l'ihi traditse sunt claves regni cœloriim (2).
Mais le sujet n'est pas épuisé, il s'en faut. Puisque le but à atteindre, et proposé dès le commencement de cette Instruction, est celui-ci: savoir ce qu'est le Pape dans l'Église; à vrai dire, tout ce qui précède n'est qu'un prélude.
Oui, Pierre est le Pasteur des pasteurs, le suprême Hiérarque, le chef unique choisi i)ar J(''sus Christ qui lui a donné l'investiture. A cet égard, notre conviction est faite. Mais qui succédera à Pierre? Car, d'une part, Pierre ne vivra pas toujours; autant il est plus élevé qu'aucun autre parmi les hommes, autant il est mortel, non moins que le dernier des hommes; etd'autre part, qui ne voit clairement que la primauté, cette lieutenance générale remise en ses mains, ne doit pas périr avec lui? Que voulait eu effet Jésus Christ? Que prétendait-il laisser après lui pour assurer les fruits de la Rédemption? Ne l'avons-nous pas (lit maintes fois déjà: Une société visible, fortement assise et capable par sa constitution même de résister à tous les assauts ; une Église féconde dont la jeunesse, se renouvelant sans cesse, et rinépuisai)l(' vitalilc'' pussent mettre en défaut les propliètes menteurs qui ne ni:ui(pieraient pas, dans la suite des âges, d'aniumcer sa fin i)rochaine? Et cette Eglise forte, féconde et durable, elle sera catiiolicjuc, c'est-à-dire universelle, nt)ii quant aux temps seulement, mais quant aux lieux eux-nieni( s; il le faut ainsi, parce que Jésus Christ, qui est mort pour tous, veut
(!) \c?. passim.
(-1) A ni. (les l'^- Vêpres.
l'I.XT. — I.K SYMl!. KES Al'. — "i ! .
lVi2 I.K SYMBOLE DES AI'OTRKS
que tous puissent être sauvés. Elle devi'a donc s'implanter sur les grands continents, parcourir une à une toutes les iles, habiter sous la tente avec les tribus voyageuses, jîarler toutes les langues, franchir toutes les limites, se faire à toutes les i-aces, à tous les climats, au tempérament de chaque peuple. Mais pour être telle, pour être forte, durable, universelle, qui ne voit qu'elle doit être une, une dans sa foi, dans sa morale, dans son culte, dans son gouvernement; autrement, elle s'épuiserait par ses propres divisions, jusqu'à total émiettement? et que pour être une, il lui faut, et à perpétuité, un centre d'unité, un fondement inamovible, ini lien de cohésion d'autant plus fort que les extrémités seront plus éloignées?
['ierre aura donc des successeurs. Quand sera-ce ? Quand Pierre mourra, non avant, pas même une heure, et après lui, tel, puis tel antre de ses suivants, l^ierre fut emprisonné, beaucoup de ses successeurs le seront ; Pierre fut martyrisé, tous les papes des trois premiers siècles le seront. Le pape peut être tué, ou jeté dans les fers, ou envoyé en exil; le pape peut se démettre, s'il le veut; mais le pape être déposé, en tant que pape, non, jamais, cela ne se peut; ses pouvoirs, qu'il tient d(^ Dieu, ne cessent que de son plein gré, ou avec la vie. Où serace? Là où Pierre viendra définitivement se fixer, là où pendant sa vie, et jusqu'à sa mort, il aura établi son siège, non d'évéque particulier seulement, mais de primat universel, à Jérusalem, si c'est à Jérusalem, à Antioche, si c'est à Antioche, à Rome, si c'est à Piome, ou ailleurs, si c'est ailleurs. 11 porte en effet les destinées de l'Église avec lui, elles sont inséparables de sa personne, la parole de Jésus Christ est irrévocable: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église . . . Donc, là où Pierre s'arrêtera et mourra, c'est là même, et non ailleurs, que sa succession .sera ouverte, et tellement fixée par sa mort, qu'aucune puissance terrestre ne pourra désormais la porter auti-e part, et tellement immuable, que qui la recueillera la recueillera entière, sans division, ni partage. Mais qui sera-ce? Celui que l'Église aura élu, ou par elle-même, ou par des mar)dataires; mais attention . . . L'Église n'aura que la faculté' de présentation, après quoi, son droit sera épuisé. C'est Dieu, et nul autre, qui donnera l'investiture. Les hommes ne feront ja-
wxvii. i.A sAi.Ni'i-; Kchish: c.Aiiiui.KM I-: 'A-2:\
mais nu pap»', ils t;ii sont incapahlos. Los pouvoirs fie. l'iern' m; lui sont venus ([un de Dieu seul ; à ses sucrcssoui's les mêmes pouvoirs nt; viendront <|iii' ili' la sdin'ci- ijon ils sont oi'lginairement sortis.
Ah ! Glin'-ticns, vous ave/, trop (l'intelligence pour n'avdir pas saisi tout reneiiaincnicnt de, cfs pn'-misses, et li'ur p(irl(''c. \)f ce moment, la question est résolue, e't vous savc-z ce (pi'cst h- Pape... Puisque saint l'ierre ne rest<' pas à .h'-rusalcm, ville ingrate et déicide qui s'obstine dans son impiMiitence, ni à Antioclie, qu'il ne fait, pour ainsi dire, que traverser, mais a Home, où il s'est définitivement lix<'', où il a établi sa Chaire, où il est mort, martyrisé par Néron, ai)rés vingt cinq ans de l^ontiiicat: (".'est donc lévéque de Rome, il l'exclusion de tout aud'e, qui t'St le légitime successeur de saint Pierre . . . l'uisque saint Pierre, en vertu de l'Institution divine, a étt'- lait, non l'évétpie d'un lieu seulement, mais l'i-vèque des évéques, le pasteur des pasteurs, h; chel" des cliels, le primat universel, le suprême hiérarque, le centre de l'unité, la b'-te de toute l'Eglise: Semblablement l'évéque de Home, est, non l'évéquc du territoire romain seulement, mais l'évéque des évèques, le pasteur des l)asteurs, le chef des chefs, le primat universel, le supriMue hiérarque, le centre de l'unité, la tête de toute l'Église.
Et maintenant, si le temps le souffrait, et que les limites de celte Instruction le permisst'ut: ({uil serait intéressant, non muins ([u'instructif, de faire une excursion, à travers les dix neuf siècles du Christianisme ! Avec quelle légitime satisfaction, comme hommes, et quelle noble lierté, comme chrétiens, vous verriez en tous lieux, non moins qu'à chaque époque de l'histoire, le droit, pour ainsi dire, incarné dans les faits ! Quelle abondance de témoignages ! Et avec le nondire ({uelle concordance, quelle harmoni(^! Ecoutez plutôt:
C'est saint Irén(''e, tout i)roclie encore des temps Apostoliques qui dit: qu'en raison de sa principauté suréminente, c'est à l'Eglise de Rome que doivent recoiu'ir toutes les autres, c'est-àdire les fidèles répandus dans le monde entier.
C'est l'Église d'Afrique qui, pai" un de ses organes les plus autorisés, saint Gyprien, nonune l'Église de Rome: l'Église racine,
l'Église matrice de toutes les autres Églises, l'Église où l'unité sacerdotale a pris sa source.
C'est saint Athanase qui, dans ses grandes luttes doctrinales pour la plus sainte des causes, demande au pape Félix le secours de sa toute puissante autorité, et pour l'obtenir : Dieu vous a placé, lui dit-il, vous et vos prédécesseurs, sur le haut de la forteresse, et vous a commis le soin de tout le troupeau.
C'est saint Jérôme, une des grandes lumières de l'Église, au quatrième siècle, qui, du fond de sa solitude, écrit au pape Damase : Je ne connais, ni ne veux connaître d'autre maître que Jésus Christ: C'est pourquoi je m'attache à Votre Sainteté, c'està-dire à la Chaire de Pierre ; sur laquelle je sais que l'Elgli-se est bâtie. Quiconque mange l'Agneau hors de cette maison est un profane. Quic'onque ne reste pas dans cette Arche périra dans les eaux du déluge.
Et cet autre phare plus lumineux encore, le grand évoque d'Hippone ; au sens de saint Augustin, qui a rompu la trame, pourtant si bien ourdie, de l'hérésie de Pelage dont toute l'Affrique est infestée? Ses propres écrits? Non, certes, son humilité n'est pas moins profonde que son savoir. Le jugement porté par deux C-onciles de province? Pas davantage. Le coup décisif est parti de plus liant : Home a parlé, s'écrie-t-il, c'est-à-dire, le Pape a parlé, la cause est finie: Borna locuta est, causa finit a. est.
Mais écoutez toujours: Ce n'est plus tel Docteur pris isolément, mais les C.onciles généraux eux-mêmes, c'est-à-dire l'Église universelle, à sa plus haute représentation, qui reconnaissent dans l'Église de Rome: L'Église mère et maîtresse de toutes les Eglises : Omnium Ecclesiavuhi mater et magistra, l'Eglise qui a toujours eu et ne cessera d'avoir la primauté: Oiae semper primatum t.enuit . . . et dans celui en qui elle se personnifie: non un évéque particulier, n'ayant, comme tous autres, qu'une portion déterminée du troupeau, mais l'évéque des évoques, le prince de la tribu sacerdotale, le suprême pasteur, le très grand pontife, le chef, le père, le docteur, qui a reçu de Notre Seigneur Jésus Christ, en la personne du Bienheureux Pierre, le plein pouvoir de paître, de régir et gouverner l'Église universelle : Cai in Beatn Petrn jHisceiuJi, rege}uU, fi\(}>ernandi u))lrcrsa-
xxxvri. — r.A saintk kiilisk catiioliolM'; 325
Icm Ecclesiain, a Domino Noslro Jesu Christn jilena jjoteslu.s l.radita est (i).
Gloire, louange, actions de grâce vous soient rendues à, jamais, ô Jésus Sauveur ! En établissant votre Égiist! pour nous appliquer les mérites de la Rédemption; en la mai-quant de signes qui la rendissent facilement reconnaissable ; en la faisant être un seul troupeau sous un seul pasteur, et en nous donnant la preuve certaine, évidente, sans réplique, qu'il enseignerait par vous, qu'il gouvernerait en votre nom, ce pasteur unique, vous avez agi au mieux de nos intérêts spirituels. Hemontant sans effort de son Curé de paroisse à l'Évéque diocésain, de l'Évêque diocésain à l'Évéque de Rome, qui l'est aussi du monde entier, de l'Évéque de Rome au Pasteur éternel, qui n'est autre que vous-même. Seigneur Jésus, le fidèle catholique se sait être en pleine possession de la vérité, et marche sûrement dans la voie du salut. . .
(1) Pour tous ces textes, et une foule d'autres, voir Perronk, De Pétri priluatus in Cliristi Ecclesia perpetuitale. T. 2, 1)29. Et Gousset, Théol. Dogm. t. I, p. 681.
Tl{EN'J'l<: Ill'ITlKME l'IiOXK
Les droits du Pape.
Credo . . . siiuriam Ecclcsi(nn calholkam.
Jo crois ... la sainte Eglise eatholiqne.
Qiiaiiii)lii'(Mii oniiiium fulclium rt c- [liscoponiin rtrtcri)riiiiu|iir Aiitistiliim, (]ii()ciini(iiHî illi inuiu'n^ et ]iotcstal(; ])rcPditi siiit, pater ac inoderator iiniversali Ecclesiœ, ut Pelri successoi-, Gliristiqun Domini verus et legitiinus Vicnriiis prfT'siilet.
Cftlech. Rom. cap. "H'k
Nous l'avons snffisammont démontré dans la précédente Instruction: La primauté du Pape n'est pas une primauté d'honneur seulement, bonne tout au plus à lui assurer la première place parmi des ép;aux, mais une primauté de juridiction, c'està-dire réelle, efTective, conférant r/(\s droits. A cet égard les paroles de Jésus Christ sont précises et l'enseignement de l'P^glise est formel. Les paroles de Jésus Christ: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ; tout ce que tu diMieras sur la terre sel'a délié dans le Ciel, tout ce que tu lieras sui- la terre sera lié dans le Ciel ... et encore: Pais mes agneaux, pais mes brebis, (î'est-à-dire le troupeau tout entier. L'enseignement de l'Église : Nous définissons que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain tiennent la primauté sur le monde entier ; que le Pontife romain est le successeur de saint Pierre, prince des Apôtres, le véritable Vicaire du Christ, le Chef de toute l'Église, le Père et le Docteur de tous les Chrétiens; qu'à lui il a été donné par Jésus Christ, en la personne de Pierre, le plein pouvoir de pai-
tre, de régir, de gouverner l'Église universelle. Ainsi s'exprime le Concile de Florence, résumant dans sa déclaration authentique, comme il le dit lui-même, la tradition de tous les siècles chrétiens: Quemadmodnm etiam in gcslis œcumenicormn Concilionim et i» Sacfis Canouibus continetur (1).
Mas ces droits juridictionnels que nous savons réels et véritables, quels sont-ils? Quelles sont les pi'érogatives attachées à la suprême magistrature dans l'Église? C'est le sujet de la présente Instruction. Dieu nous aide de sa grâce ! . . .
Enseigner l'Église tout entière, en matière de foi et de mœurs, édicter des lois qui obligent tous les fidèles sans distinction, porter des jugements irréformables dans les causes qu'il retient ou qui lui sont déférées; en d'autres termes, posséder au plus haut degré l'autorité doctrinale et gouvernementale : tels sont les droits du Pape, en tant qu'il est Pape et le représentant de Jésus Christ sur la terre.
Et d'abord, en vertu de l'Institution divine, le Pape possède l'autorité doctrinale entière et sans contrôle. S. lui, d'enseigner toute l'Église et chacun des membres qui la composent; ce membre fùt-il roi, empereur, ou le moins en vue parmi les hommes; fùt-il le plus profond des Théologiens, ou le plus modeste des Catéchistes ; fût-il un des Princes de l'Église, Évê- (pie. Primat, Patriarche, ou le dernier de la tribu .sacerdotale. Le Pape est le Docteur universel, la Bouche qui parle au monde et lui suffit. Tout jugement doctrinal, tout enseignement' contraire aux jugements du Pape, aux enseignements du Pape, est sujet à anathême et doit être repoussé avec horreur. Seriezvous tentés de vous en étonner? Le Pape n'est-il pas la pierre très ferme sur laquelle l'Église est bâtie pour résister à tous les assauts de l'Enfer: Ta es Petnis, et sKper hanc pelram œdificaho Ecclesiam, meam, et portœ Infcri non prsevalebunt adversus cam (2) ! Le Pape n'est-il pas le successeur, en toutes ses prérogatives, de celui pour qui Notre Seigneur a particulièrement prié, afin que sa foi ne défaille pas, et qu'une fois confirmé
(1) Concile de Florence en l'an \Ml. Dcrnif/re scs.sion.
(2) Loc. jam cit.
\\X\ III. I-A S.M.N'Ii: KdMSI', C.A rilOLinUK 329
dans la vérité, il y confirme ses frères: Ego rufjavi pro te ut non (Icfickit fuies tua; et tu aliqunndo conversus con/inna fratres tuos (1)'? L'Église romaine, et conséciuemmcnt le Pape qui la personnifie, ii'est-(ille pas celle en qui demeure l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne (2)? Celle qui, tenue plus que toute autre de défendre la vérité de la foi, doit semblablement, plus que toute autre, déiinir par l'autorité de son jugement les «luestions relatives à la foi (.'}) : afin, comme le conclut admirablement le grand Concile du Vatican, que les dommages portés à la foi trouvassent leur souverain remède là où la foi ne peut l'éprouver de défaillance : Ut ibipctissimum resarcirentur damna fidei, nbi fuies von potest sentire defectum (4) ? Et les faits ne parlent pas moins sûrement, ni moins éloquemment que les textes. Qui a gardé intact et sans mélange le dépôt sacré des vérités révélées? Les Églises de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, d'Éphèse, de Constantinople ? Non. Quoique apostoliques, celles-là, patriarcale, celle-ci, en un temps ou en un autre elles ont failli, elles sont devenues ces chaires de pestilence dont parle le Prophète ; le reste de la chrétienté porte le deuil de leur défection déjà depuis des siècles, et selon toute apparence le portera encore longtemps. Seule, l'Église romaine est restée toujours pure, toujours immaculée, sans tache ni rides, et pour (emprunter de nouveau le langage de notre grand Concile : toujours vierge de toute erreur: Ab omni semper errore illibata (5). Qui a frappé d'un coup irrévocable ces hérésies monstrueuses, l'Arianisme, le Nestorianisme, le Pélagianisme, et tant d'autres qui ne tendaient à rien moins qu'à saper le Christianisme par sa base? UnÉvèque, un Docteur particulier? Non, fùt-il saint Athanase, ou saint Hilaire. Un Concile de province? Non, fùt-il présidé par saint Augustin en personne. Un Concile général ? Pas même, si dans les grandes Assemblées qui portent ce nom, on ne considère que le nombre, la science ou le mérite personnel de
(1) Luc. r. .xxii, V. 33.
(2) Formule do. S. Horniisdas, pape, souscrite par les PP. ilu VIII""^ Conc. ipcum. .Vpud. Conc. Vatic. pastou .kternus. cap. i.
(3) 11 Conc. LiKjd. Ap. id.
(4) Ibidem.
(5) PASTOR .«TERNIS. CUp. A.
330 LF. SVMHÔLK DKS A l'( »l'li KS
leurs inonil)res. Qui donc? Le Pape; soit qu'en cette qualit('' il prononce lui-même une sentence de condamnation, soit qu'il approuve, ratifie, confirme les décisions du Concile général et leur doinie force de loi. Tel est le droit dans TÉglise, et c'est aussi l'histoire. C'est alors que les deux cents évêques réunis à Éphèse disent: Contraints par les Lettres de Notre Très Saint Père Célestin, évéque de Rome, nous avons procédé, malgré nos larmes, à la déposition de Nestorius (i). C'est alors que les six cent trente Pères du Concile de Chalcédoine, après avoir entendu la lecture de la lettre du Pontife romain, rendent leur décision par acclamation et s'écrient: Pierre est toujours vivant, Pierre a parlé par la bouche de Léon (2). Enfin, et pour résumer par un mot que nous connaissons déjà : Quand Rome a parlé, c'est alors, mais alors seulement, que la cause est finie . . .
Mais notre sujet n'est pas encore épuisé par ce premier aperçu; non seulement le Pape possède un droit d'enseignement à exercer sur toute l'Église: à cette autorité doctrinale vient s'ajouter l'autorité gouvernementale, elle aussi, entière et sans contrôle. Est-il besoin de le prouver longuement? A qui, si ce n'est à Pierre, et dans sa personne, à ses légitimes successeurs, a-t-il été donné de paître agneaux et brebis, c'est-à-dire tout le troupeau, et avec le troupeau les pasteurs eux-mêmes ? Quel autre sens peuvent avoir les titres déjà cités, donnés au Pape par toute l'Antiquité chrétienne : d'ôvêque des évèques, de chef des chefs, de primat universel, de suprême hiérarque, de tète de toute l'Église? Et si ces appellations avaient besoin d'être interprétées; surtout s'il fallait en justifier l'usage et montrer que l'adulation n'y entre pour rien : quoi le prouverait mieux que ce que nous allons ajouter?
C'est le droit du pape, non moins que son devoir, d'être la main qui dirige tout, l'œil qui observe tout, la vigie toujours en éveil pour saisir jusqu'au moindre mouvement, jusqu'à la respiration même de ce grand Corps dont les membres remplissent le monde entier. Mais attention: le droit d'inspection ou de
(1) Hisf. de l'Eglise. Rohrbachkr. Liv. 39.
(2) Ibid. Liv. iO.
Nxwiii. - i,.\ sAiX'i'i'; i':(;ijsi': CA'riKd.ioci': ;>.'!!
diroetioii n'est pas tout In droit du pape, il s'en faut. Les paroles de Jôsus Christ poitent plus loin, la Tradition en témoigne, et l'Église l'a défini (1): La juridiction du pape est une juridiction pleine, selon tout le sens que ce mot exprime, c'est-à-dire non médiate et par délégation, mais directe et de droit propre, non extraordinaire et dans certaines circonstances seulement, mais ordinaire et pour la totalité des cas, conséquemment absolue, universelle, quant aux lieux, quant aux choses, quant aux personnes. Quittons les généralités pour venir aux détails.
C'est au pape qu'il appartient de convoquer les Conciles généraux, de les présider lui-même ou par ses mandataires, de les dissoudre, de les proroger, d'en confirmer ou d'en annuler les décisions en tout ou en partie. Qu'il soit exclu, ou qu'il se retire, vous aurez un coi'ps sans tête, une assemblée irrégulière, tumultueuse, factieuse même, un conciliabule, mais de Concile, au sens vi'ai du mot, jamais (2).
C'est au pape seul qu'il appartient de régir l'Église dispersée dans le monde entier, au même titre que l'Égli-se réunie en Assemblée conciliaire, de créer des diocèses, d'en fixer les limites, d'y instituer des évoques, de conférer à chacun d'eux la juridiction sur la portion du troupeau qu'il lui assigne, mais sans abdiquer jamais, ne l'oublions pas, le droit de l'étendre, ou de la resti'eindre, ou de la retirer, s'il le juge nécessaire, ou de l'exercer lui-môme en personne, s'il le veut ainsi. Saint Bernard est ingénieux, et encore plus vrai qu'ingénieux, quand, écrivant au pape Eugène III, autrefois son disciple, maintenant son maître, il lui dit: Chaque Évêqueasa barque propre qu'il conduit, mais le très grand vaisseau, c'est vous, Seigneur, qui le montez, et finalement toute l'embarcation est sous vos ordres: Itu cnw quisqiie cœterorum habeal suam, tibi itna commissa est (fycoidisshtui navis:facla ex omnilnts ipsa univemalis Ecclcsia toto orbe diffitscu'i\).
(1) Si quis (lixcril Romaïuini Pontificem liaberc lanlummodo officiiim iuspectioiiis vel iliroctioiiis, etc. Conc. Valic. p.\.«tor /KTi'.uPirs. cap. 3.
(2) Le pape, pour dissoudro nu (-oiicile coinmo ('oncile, n'a qu'à sortir de la .salle en disant: Je n'en suis plus; de ce moment ce n'est plus (ju'une assemblée, et un coMciliahnle, .s'il s'obstine. I)k Maistue. Du pape. p. 'M.
(3) De coiisideraiione. Lib. "1. cap. 8, ap. I'kuuone, qui addil: integrum lioc caput Ici^i merelur.
Enfin, mais pourtant sans prétendre épuiser la matière, c'est au Pape seul, qu'il appartient de porter des lois, de faire des ordonnances qui obligent indistinctement tous les chrétiens, d'en dispenser, selon le besoin et pour une juste cause, de prononcer des sentences en dernier ressort, c'est-à-dire irréformables, car on ne juge jamais après le pape, non seulement dans les causes qu'il retient, mais encore dans celles qui lui sont déférées. Chose très intéressante à savoir, et qui n'est pas un des moins beaux aspects du sujet que nous traitons en ce moment: ça toujours été le droit des fidèles, des prêtres, des évêques, du plus humble parmi les membres de l'Église, comme du plus liaut placé dans l'ordre sacerdotal, de faire appel au tribunal du pape, des persécutions imméritées, ou des injustes sentences dont ils se croient les objets. Qu'on ouvre l'histoire: Saint Basile le Grand en appelle au pape contre les hérétiques qui le calomnient (I); saint Jean Ghrysostome en appelle au pape contre les impies qui l'ont chassé de son siège (2).. . Et la sainte jeune fille, la vaillante et chaste liéroïne, dont le nom aujourd'hui plus populaire que jamais vole de bouche en bouche, Jeanne d'Arc: Je demande qu'on me conduise au Saint-Père, s'écrie-t-elle, au coui's de son procès ; et à la veille d'être brûlée vive, renouvelant pour la di.xième fois cet appel devenu son unique espoir: Je m'en rapporte à Dieu, et à notre Saint-Père le Pape (3) ... 0 droit d'appel, dernier et suprême asile des consciences opprimées ! Puisse-t-il être toujours respecté, toujours librement invoqué! On l'a dit très judicieusement: l'exclure, ce serait avec le renversement de toute la divine constitution de l'Église, un des plus grands malheurs qui puissent fondre sur la société chrétienne (4) . . .
Et maintenant, tirons quelques conclusions de ce que nous venons de dire. En d'autres temps, quand la Chrétienté reposait en paix à l'ombre de la houlette du suprême Pasteur, elles eussent été presque inutiles. L'époque actuelle, moins croyante et
(1) UoHRBACHER. Hisloire de l'Iùjlise. Liv. 35.
(2) Ibid. Liv. 37.
(3) Ibid. Liv. 82.
(4) L'abbé Perriot. dans l'Unioers, 18 février 1891.