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d'êinaiicipation et de liberté. Ah! sans doule. le Gouvernement n'entend pas l'émancipation et la liberté à la façon de l'opposition. Ce n'est pas à l'esprit clérical, ndii plus qu'à l'esprit conservateur, qu'il emprunte ses inspirations. Il se regarde couuue le fondé de pouvoirs d'une démocratie ennemie des privilèges, et il met son honneur, ainsi (|ut' son devoir, à assurer son triomphe. \ApplaiuHssemeiits.\
Puisqu'on incrimine notre conduite, qu'on cite donc a notre charge un seul jjrojet de loi. une seule mesure administrative qui soit en oppositiun avec le principe directeur de notre politique. C'est grâce à cette politique que nous avons pu réunir en faisceau toutes les forces républicaines pour les opposer victorieusement au faisceau des forces ennemies. Je sais bien, messieuis. (pic cela même, <t'lli' union des forces républicaines en vue d'un but précis à atteindre, constitue un des griefs habituels de l'opposition contre le cabinet.
L'opposition ne nous pardonne pas de gouverner avec les élémeuls de gauche. Je lui ai déclaré vingt fois, je lui déclare de nouveau que nous ne nous pardonnerions pas à nousmêmes de ne pa.s gouverner avec ces éléments, et que plutôt que de rompre l'accord délibéré qui les rattache à nous, nous abandonnerions à d'autres la direction des affaires publiques. {Assentimeiit général.)
Nous n'avons assumé la responsaltilité de cette direction que pour réaliser un programme déterminé, dont la Fiance connaît les grandes lignes : a\ant tout et par-dessus tout, la sécularisation intégrale de notre sociiMi' par la victoire complète de l'esprit la'ique sui- l'esprit cliMical : en second lieu, la réforme de notre organisation militaire par la réduction de
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la (liMVc du service à deux ans ; enlroisiàne lieu,rinlroducliou dans notre It'gislalion financii're de l'impôt sur le revenu, connue correctif des inégalités et des injustices de notre régime llscal; en quatrième lieu, le vote des lois d'assistance el l'établissement de retraites ouvrières, terme de tout temps entrevu et en quelque sorte couronnement obligé de toutes les lois, de tous les projets ou propositions de lois d'ordre social qui ont éveillé ou retenu depuis quinze ans la sollicitude des assemb ées républicaines. {Salves (rapplaudissemeids.)
Messieurs. It; ministère s'est adonné sans relâche à l'exécution de ce programme. 11 en a rempli la première partie. oOO congrégations d"hommes et de femmes ont été' sui)primées. 12,001» t'tablissements congréganistes environ ont été fermés. La réduction du service militaire a été votée par les deux Chambres, (jui s'entendront sans peine dans une dernière délibeialion sur des différences de détail qui existent encore. Le Gonvernement a pris jour a\ec la Chambre pour aborder, dès l'ouverture de la session extraordinaire, la discussion de l'impôt sur le reveiui. {Bravos.)
Il a été de même convenu de lixer au mois de janvier le débat sur les retraites ouvrières. {Nouveaux bravos.)
Une autre question, la (piestion si grave des rapports entre les églises et TÉtal, se présente concurremment avec les deux premières et avec un caractère d'urgence. Des incidents récents l'édairenl d'un jour singulièrement lumineux. Us sont de nature à favoriser une solution qui est dans les vœux de tout le parti républicain. {Bravos répétés.)
.Messieurs, c'est pour l'ensemble de cette œuvre capitale (|ue nous a\on> lait a|>pel, {\c<, le début de noln^ ministère, à
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toutes les l)oniies xutoiités. Jeu atteste les ilépiités qui m'écouteiik iKius. n";noiis exclu de l'appel aucune des Iractious de lopiiiidii républicaine. Nous les avons invitées toutes éyaleuieiil. sans la nioindi-e réserve, sans aucune arrièrepensée, à entrer en colIat)oralion avec nous poui' l'accomplissement dune tâche essentiellement démocratique. iL'Vs? irait)
Ce n'est pas notre faute, si les progressistes nous ont refusé leur concours. Les discussions diverses doid le Parlement a été le théâtre depuis cinq ans ont prouvé surabondanunent que cette fiaction du parti républicain est en désaccord de sentiments et de vues avec les groupes de gauche. Dés lors, il était naturel quelle se tînt en dehors d'une majorité dont elle désapprouvait les tendances, de même (pril était naturel que la majorité restât unie jusqu'au bout pour faire prévaloir ses doctrines. [Approbation (jéuérale.\
Comme U' pays n"a pas discontinue de ratifier d'une manière nnu e(|nivoque l'attitude de la majorité, les progressistes ont imaginé de persuader à l'opinion publique que, .s'ils se sont séparés de la majorité républicaine, ce n'est pas tant parce qu'ils étaient en dissentiment avec elle, que parce que majorité et Gouvernement sont opprimés par un des groupes de gauche, par le groupe socialiste, dont les exigences seraient devenues, parait-il, intolérables aux autres groupes. Us font dire par leurs organes qu'ils sont disposés à se cnncriicr avec les groupes prétendument fatigués de la tyrannie socialiste, pour former avec eux une majorité nouvelle sur la double base de la mise à l'index des socialistes et du renversement du ministère. -
Messicui-s. sans examiner si celte double base peut 'suffire
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à la constilution d'une majorité et à l'ambition d'im cahin»^. je la prends pour ce qu'elle est dans la penstie de l'opposition, pour un expédient destiné à donner le chanitre au pays el à. faire passer le pouvoii' en daulres mains. Mais il est intéressant, il esl indis|)eiisaijle de rechercher publifpiemtMit. au moins par conjecture, ce (pie serait, connue composition et comme nombre, la majorité de demain. (Nouvelle approhalion.)
Les progressistes pensent-ils vraiment que rexclusion. des socialistes de la majorité nouvelle laisserait indifférents les autres groupes de gauche? Pourtant il nie semble bien, si mes souvenirs ne m'abusent, que le groupe radical-socialiste n'a pas attendu cette heure pour déclarer catégoriquement qu'il ferait caus(^ commune avec les socialistes et se considérerait comme atteint par l'ostracisme qui les frapperait {Bravos.)
Je revois en esprit un bon nombre de députés, l'immense majorité des députés appartenant au groupe radical, don! les sentiments me sont assez connus pour que je puisse avancer, sans crainte d'être démenti par eux. qu'ils ne consentiraient pas à rompre avec leurs collègues de gauche. {Applaudusements. )
Il n'est pas jusqu'à l'Union démocratique qui ne se divisât irrémédiablement dans l'hypothèse que j'examine.
Vraiment, me.ssieurs, les progressistes en prennent un peu trop à leur aise dans les combinaisons qu'ils inventent, ils n'ont pas l'air de .se dernier que. si l'union s'est faite dans le Parlement entre les groupes de gauche, c'est (lu'elle s'était faite préalablement dans le pays entre l(?s électeurs des mêmes groupes. [C'est vrai !)
Messieurs, c'est de ces électeurs que relèvent en toute pio-
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l)ité et en toute logique les membres de la majorité, et c'est aux mêmes électeurs qu'ils doivent compte de leur conduil(\ Issus de l'union répuljJicaine par des sutTrages républicains de nuances diverses qui se sont concentrés sur leurs noms, les membres de l'Union démocratique, les radicaux et les l'adicaux-socialistes mentiraient à leur origine, ils se discréditeraient eux-mêmes, ils se suicideraient, s'ils brisaient au sein du Parlement l'union légitime et féconde qui fait leur force devant leurs commettants. iBravos répétés.)
Que les progressistes s'avisent de rompre en \ isière nettement cl ouvertement avec les conservateurs, dont ils ont sollicite ou simplement obtenu les sufirages contre la candidature menaçante d'un radical, qu'ils opèrent à leur droite la coupure effective qu'ils conseillent aux radicaux de pratiquer à leur gauche, ce sera la fin de leurs espérances, l'échec fatal de leurs combinaisons. Pourquoi donc attendent-ils des radicaux un acte inconsidéré qu'ils sont incapables d'accomplir eux-mêmes? {Applamlmements.)
Messieurs, c'est un leurre, indigne d'honnêtes gens, de promettre au pays, moyennant la condamnation des socialistes, une majorité composée uniquement de républicains. Une majorité nouvelle, succédant à la majorité actuelle, qui est une majorité de concentration à gauche, serait forcément une majorité de concentration à droite. La conjonction des centres n'a pu survivre à la législature qui l'avait inventée.
Tant que le cléricalisme ne sera pas complètement abattu, tant que le progranmie ministériel ne sera pas entièrement réalisé, cette conjonction des centres, tant rêvée par les fai- .seuis de cal)inets. n'aura que la valeur d'une cliimtre et
288 BANQUET DÉMOCRATIQtîF.
(rime cliimcic fiiiiucmincnl (hiiigcrcnsc poiii' l;i Hcpiiljlifiuc
De iiK'iiii' (|in' los iiilcrpcllalinns dirijit'cs en ccri diTiiicrs temps nmlic If iniiiisicn' ne pouvaient rt'iissir (pi'à la coiidiliiili (le ^iidiipcr l'iisriiihle Ions les partis du (•ciiliv et de la droite a\ec un ceitaiii iionihre de nnronleiits de candie, de même le cabinet sorti de ces interpellations aiiiait ete forcé d(> s'appu.ver. itonr \i\re. sur les mêmes éléments. Kt cette considération Jui^f les lionnnes (pii ont ete on (\m seiaieid assez ambitieux ou assez peu clairvoyants pour être leidés d'escalader le pouvoir à laide de coud)iuaisons parlementaii'es doid la condition première, avouée on tacite, seiail labandon du i)rograuuue ^iouverueniental et une réaction plus ou moius déguisée ou plus ou moins violente coidre la ])olitique anticléricale des deux dernières anuc'es. iApplaïu/issewenls. )
Reste à savoir, messieurs,*si la majorité a eu raison de soutenir cette politique. Elles'y est engagée devant seselecteurs. Les faits constatés sont-ils de nature à lui faire ivgrelter cel engagement ?
Assurément, messieurs, l'éloge d'une politique est toujours mal placé dans la bouche de l'homme qui la dirige. Mais, puisque je suis dans. robligation de la jusiiller. je demande qu'on indique clairement sur quels points le ministère a méconnu les devoirs d'un gouvtM'nement.
On déplore la direction donnée à notre action gouvernementale. Nous sommes, dit-on. les prisonniers des socialistes, ('/est entend n. Mais pourquoi s'arrêter à cette accusation si vague ? 11 serait intéressant d'entrer dans l'examen des mesures et des actes qui en soid la demon.stration. L'opposi-
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lion, pressée à cet égard, se dérobe. Et je le comprends fort bien : les faits lui manquent pour colorer ses critiques même d'une ombre de raison. (Applaïulissements.)
En tout cas, je mets l'opposition au déll de contester que le ministère ait rempli en toute circonstance la tâche d'un gouvernement protecteur de l'ordre, respectueux de la liberté des citoyens, soucieux de la bonne gestion de nos finances et aussi jaloux que n'importe quel autre gouvernement du bon renom et de l'autorité de la France dans le monde. (Bravos.)
Rappelez-vous, messieurs, les circonstances critiques que nous avons traversées, notamment tant de grèves formidables, qu'il nous a fallu endiguer. Nous déplorons, comme tout le monde, que ces phénomènes, inséparables de notre vie économique, se produisent avec une fréquence également préjudicialjle au bien-être des ouvriers et au développement de notre industrie. Nous sommes d'autant plus fondés à le déplorer devant vous, au milieu de vos populations jadis si paisibles, que vos grèves agricoles, commencées avec calme et sur un mode paciJique, ont dégénéré promptement sur quelques points eu mouvements désordonnés et même en attentats contre la liberté des travailleurs.
Toutefois, obligés de subir cet apprentissage laborieux de la liberté des syndicats, nous pouvons nous féliciter de l'avoir contenu, autant que faire se pouvait, dans les limites de la légalité. Avec une mauvaise foi qui se retrouve dans la plupart des attaques dont nous sommes l'objet, l'opposition a prétendu que nous nous montrions pour les émeutiers d'une indulgence inépuisable. Messieurs, où et quand avons-nous laissé l'émeute se manifester impunément ? Ferait-on allusion,
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|)ar hasard, aux soiilovomeiils ilh^gaux cl vidlciils tiiic les cougrégations et leurs défenseurs out provoqués syslémaliquement dau>. cvnlaius déparlemenls à l'occasion de la fermeture des établissements cougréganistes ? Là, comme ailleurs, nous avons défendu l'ordre contre les gens qui le troublaient. (Marques d'assentiment.)
11 est d'ailleurs, vous le savez, messieurs, un critérium infaillible du bon ordre et de la marche normale des affaires : c'est l'état financier du pays. Est-ce que notre crédit pul>lic ne supporte pas avantageusement la comparaison avec le crédit public de toute autre puissance ? Dans la crise continue (pii a sévi pendant quelques années sur le monde des affaires, la rente française a fait preuve d'une solidité hors pair. Elle a été beaucoup moins touchée par les baisses accidentelles que les autres valeurs. On n'a qu'à regarder les bons du Trésor, les obligations à terme et généralement les emprunts contractés par les autres gouvernements, par l'Angleterre, par exemple, pour s'apercevoir qu'on les a émis à des taux plus élevés que chez nous. [Bravos répétés.)
Quand nous avons pris le pouvoir, nos budgets étaient en déficit par suite de réformes liscales qui avaient profondémeut ébranlé certains intérêts et restreint considérablement certaines consommations. Depuis loi's, nos linances ont été remises sur pied, autant par nos économies que par d'autres mesures, et l'équilibre budgétaire a été réalisé d'une façon effective sans le moindre artHice. [Très bien! très bien ! )
Messieurs, si notre politique intérieure, financière ou autre défie la critique impartiale, notre politique extérieure est un sujet d'envie, et j'ose dire d'admiration, pour l'univers entier
DE CARCASSOX.XE 291
Ah ! sans doute, nous ne rêvons pas, comme d'autres, la gloire des batailles, nous ne courons pas après les aventures guerrières et les conquêtes coloniales. Nous avons la modestie de penser que nous agissons sagement en utilisant les territoires conquis, avant de songer à d'autres agrandissements. (Brams.)
Mais nous avons la joie patriotique de constater que jamais la France n'a joui dans le monde d'une plus grande considi;ration et d'un plus grand respect. Jamais son alliance et son amitié n'ont été plus appréciées ni plus recherchées. Jamais la franchise et la loyauté de sa diplomatie n'ont été plus hautement reconnues. Jamais ses conseils, inspirés par le constant souci de la paix du monde, n'ont été écoutés avec plus de déférenœ. (Double salve (l'applaudissements.)
Messieurs, je me garderai bien d'en faire honneur uniquement, ni même, si vous le voulez, principalement au ministère actuel. Mais on me concédera bien que, si les ministères antérieurs ont eu une part légitime dans la situation que je signale, le ministère actuel estbien venu à revendiquer la sienue,et peutêtre ne sera-t-il pas taxé de fatuité, s'il l'estime prépondérante.
En tout cas, c'est lui qui a eu le mérite de signer les premiers traités d'arbitrage, qui ont donné corps aux doctrines de paix théoriciuement émises parla conférence de La Haye. Et, non content d'apposer la signature de la France au bas de ces traités, il en a pris occasion pour faire disparaître entre l'Angleterre et nous les causes anciennes et uouvelles de conflits toujours à craindre. Si l'opposition nous refuse sou approbation, nous nous en consolerons facilement au spectacle de la joie sincère que les peuples témoignent de la tendance pacitiquede notre diplomatie. (Bravos répétés.)
292 BANgUKT DK.MOCUATIQUE
Notre alliée, la Kiissie, conliaiile dans la solidité des liens qui nous unissent à elle, a (Me la première à se rtïjouir de nos efforts pour nous rapproclitM' d'autres puissances.
L'Angleterre, reconnaissante de l'accueil di^ne et coi'dial que nous avons fait à son roi, a liatlu des mains à l'annonce de nos accords nouveaux avec elle. Nous avons encore dans l'oreille les acclamations enthousiastes qui ont salué dans la capitale de l'Italie le. Président \énéré de cette Répuljlique française que la réaction cliu'icale affectait de représenter aux Italiens comme une secrète ennemie de leur unité nationale. (Vifs applaudissements.)
Ce qui nous charme le plus en tout cela, ce qui fait battre le plus vivement nos cœurs, c'est que les sentiments intimes des peuples sont en harmonie complète avec les vues de la diplomatie pour regarder les conventions nouvelles, non seulement comme des gages assurés, mais aussi comme des instruments efllcaces d'une paix universelle. Car, en dépit des bruits de guerre qui retentissent au loin, la paix demeure notre premier besoin comme notre ferme résolution. (Bravos.)
Messieurs, en nous enorgueillissant à bon droit des résultats de notre politique, nous n'oublions pas que c'est à vous surtout, électeurs républicains, à la majorité formée de vos élus que nous devons en rapporter l'honneur. Votre union a fait notre force. (Assentiment (jènéral.)
Vous avez fermé l'oreille aux alarmes feintes d'une opposition systématique, qui se faisait un prétexte de nos luttes intérieures contre le cléricalisme, pour nous cojidaraner à l'impuissance en matière de politique étrangère. Les événements vous ont donné ph^nemeul raison. Nous pouvez
DE CARGASSONNE 293
aujourd'hui vous montrer fiers de votre œuvre. Quand l'impartiale histoire comparera la législature en cours aux législatures qui l'ont précédée, elle dira en toute justice qu'aucune période parlementaire ne présente à son actif un plus bel ensemble de résolutions viriles, de mesures généreuses et de triomphes pacitiques. {Triple salve d'applaudissements.)
Vous le direz aussi à votre manière, électeurs, vous le direz dans huit jours par votre bulletin de vole, en fermant à la réaction cléricale et nationaliste l'accès des assemblées départementales et en inscrivant une victoire démocratique de plus au livre d'or des victoires de la République.
Messieurs, je lève mon verre en Thonneur de la ville de Carcassonne. Je remercie cette cité si ardemment républicaine, si justement Hère du grand citoyen, à lesprit libre et vigoureux, à l'âme chaude, qui avait nom Orner Sarraut, un nom encore si bien porté aujourd'hui, de l'accueil enthousiaste qu'elle a fait aux deux membres du cabinet qui représentent le Gouvernement de défense et d'action républicaines. Je la remercie aussi de m'avoir fourni l'occasion de célébrer d'avance notre victoire de dimanche prochain. Et cette victoire, je la caractérise en deux mots : je bois à la prise de possession par la démocratie de celles de nos assemblées départementales que la réaction dispute encore désespérément à lai.Ri'\m\)\ique. [Salves d'applaudissements. Crisrépélés de : Vive Combes ! Vive la République ! )
Le président du conseil avait été invité par la municipalité d'Auxerre à l'inauguralion d'un édifice municipal. Un banquet déuiocralique comprenant plus de deux mille couverts eut lieu à cette occasion. Le préfet de l'Y'onne, puis iM\L Siirugue, maire d'Auxerre, et Bienvenu-Martin, député, y prirent la parole.
M. Emile Combes se vit acclamer, lorsque, dans son discour?, il apporta son adhésion publique à la séparation des Églises et de l'État, terme logique d'une politique de laïcisation et de progrès social (1).
Messieurs,
Quelque éloigné que je sois |)ai' habilude et par fjoùtde rechercher les occasions de me produire en public, je ne peux que ni'applaudii' aujourd'hui d'avoir cédé aux instances de mon excellent ami M. Bienvenu-Martin, et de vos autres représentants, et d'avoir accepté la présidence de cette fête
1. Journal officiel. Partie non oflicielle. N' du 6 septembre li;04, page 5502.
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locale. L'accueil si cordial qui m'était réservé, l'universelle et manifeste allégresse de la foule, la spontanéité des ovations vraiment enthousiastes dont je suis l'objet, toutes ces marques de la comnumauté de sentiments qui m'unit à vos populations si ardemment, si profondément républicaines, sont bien propres à échauffer l'âme la plus froide et à laisser dans l'imagination la moins impressionnable d'ineffaçables souvenirs. ( Appla udissemen ts. )
11 déplaît à certaines gens que j'invoque ces manifestations populaires. C'est, à leurs yeux, d'un très mauvais goût de faire état des adhésions publiquement données parle parti républicain à la politique du cabinet. La publicité n'est bonne, parait-il. que pour les protestations dirigées contre cette politique. Celles-là, le Gouvernement est tenu de les subir et de les enregistrer. Mais il lui est interdit de se complaire dans les démonstrations sympathiques. Il lui est interdit surtout de s'en autoriser pour persévérer dans une politique si malencontreusement encouragée. Qui sait si je ne donne pas moi-même, en la défendant, un détestable exemple de suffisance et d'indélicatesse? Peut-être même, n'ai-je pas le droit de faire observer que je suis obligé de me justilier, par ciila même qu'on m'accuse. Car on me répoudrait que le moi est haïssable et doit être banni de mes discours. (Rires.)
Messieurs, au risque de m'exposer à des critiques encore plus acerbes, je ne me départirai pas de la règle générale que je me suis tracée. Si je me fais quelquefois un devoir et toujours un plaisir de participer à des fêtes populaires, ce n'est pas, croyez-le bien, pour la vaine et puérile satisfaction d'y
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l'aire acclanici' !»• président du conseil; c'est pour soumettre sa personne et ses actes à l'appréciation de ses juges naturels, les électeurs républicains, et ma règle absolue est de leur exposer en toute francliise ce que j'ai (ait et ce que je me propose de faire. {2'rès bien !)
Il y a du moi forcément dans cette façon d'opérer. Mais je me permets de penser que ce moi n'est haïssable que pour ceux qui font n)(''lier de ha'ir la politique dont il est l'organe, politique essentiellement agissante, qui ne vise pas plus à la (inesse des aperçus et à l'élégance des formules qu'à la pompe des phrases, politique résolument réformatrice, qui puise sa raison d'être et ses motifs d'action dans les besoins reconnus et les aspirations constatées du parti républicain, politique de combat pour le présent et de paix pour (avenir, qui se rattache à la politique courageuse et prévoyante de nos chefs les plus honorés, Gambetta, Jules Ferry, Paul Bert. Waldeck- Rousseau, et se caractérise par la même lutte ardente, la même offensive vigoureuse contre le même ennemi, cette réaction cléricale au sein de laquelle se sont donné rendezvous les convictions hésitantes et les factions hostiles à la Rf'publique. {Bravos répétés.)
J'ai nommé Waldeck-Rousseau. Ce grand r('publicain nous appartient après sa mort, quoi que l'Église ait pu entreprendre sur soù cadavre, quoi que la Congrégation ait pu comploter contre sa mémoire, comme il nous appartenait de son vivant, nonobstant certaines divergences de vues, qui s'expliquent facilement par la trempe de .son caractère et des détails encore ignorés ou mal connus des deux dernières aiiiK'cs de sa vie. iSensatioti.)
d'auxerre 297
Messieurs, tant que sera nécessaire notre politique d'action r(''publicaine. nous serons condanuiés à entendre les mêmes accusations injustes, à supporter les mêmes attaques passionnées, et nous serons conduits, comme contre-partie, à présenter des réfutations directes de ces attaques et de ces accusations. Le pays jugera les unes et les autres. Que dis-je ? Le pays a déj.à jugé, et il a jugé contre les attaques en faveur des réfutations. {C'est vrai!)
Je me fonde pour le déclarer sur les deux dernières consultations du suffrage universel. Oui, messieurs, le pays est maintenant fixé sur le caractère véritable des élections municipales. Il sait qu'elles ont procuré au Gouvernement un succès du meilleur aloi. {Applaudissements.)
L'opposition, déconcertée par ce .succès, s'est bien ingéniée tout d'abord à nier sa signification politique et son étendue. Mais ses dénégations de la première heure n'ont pu tenir contre l'évidence des faits. Elles ont été promptement démenties par la nomination des municipalités, qui a mis en pleine lumière de la façon la plus saisissable la vraie composition des conseils numicipaux, avec cette particularité précieuse à relever, que nombre de conseils, classés d'abord douteux par les préfets, à qui le Gouvernement avait prescrit la plus scrupuleuse sincérité, .se sont révélés d'eux-mêmes, par le choix des maires, conmie nettement acquis à la politique gouvernementale.
Puis, messieurs, sont arrivées place Beauvau les adresses de sympathie et de dévouement en nombre tellement considérable que les anciens fonctionnaires du ministère de l'intérieur ne se .souviennent pas d'avoii' assisté sous aucun autre
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cabinet, je uc dis pas à une lelle alflnence, je dis à quelfnie chose d'approchant. {Bravos.)
Messieurs, la déconvenue n'a pas ét(' nu)ins cruelle i)()ur les adversaires du Gouvernement dans les élections départementales. Au lendemain de cet autre scrutin, qui trompait leurs prévisions effrontément (>i)tiraistes, certains d'entre eux ont essayé de balbutier quelques réponses incohérentes, de se réfugier dans quelques réserves embarrassées. {Rires.)
D'autres ont pi'is prétexte de quelques erreurs de noms commises par des correspondants mal informés d'une agence pour jeter de la suspicion sur les statistiques du ministère et révoquer en doute leur exactitude. Ce pitoyable échappatoire a été dédaigné même par une partie de leurs amis. Car, si les journaux progressistes, remontés de leur premier désappointement à grand renfort d'audace par une association soi-disant nationale républicaine et. plus exactement, nationaliste républicaine, ont persisté à soutenir que le ministère avait essuyé un revers électoral, les organes d'une opposition plus accentuée et plus franche, sans être plus violente, ont avoué honnêtement, en face des résultats vérifiés, que le suffrage universel, en s'obstinant dans un engouement aveugle i)oui- le cal)inet. décourageait l'opposilion la v)lns intrépide. {Applai((li.ssemenls.\
Et pourtant, messieurs, jamais circonstances politiques n'avaient été plus propices à une «levée de boucliers contre le ministère. Le conflit du Gouvernement français avec la papauté avait atteint son plus haut point d'acuité. 11 venait d'aboutir à la rupture des relations diplomatiques.
L'opposition s'attendait cette f(jis, du moins elle paraissait
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s'attendre à nue protestatiou générale du sufTrage populaire.
Elle comptait que la France, témoin attristé des méfaits d'un Gouvernement sectaire, saisirait avec empressement l'occasion de lui signiOer qu'elle en avait assez de sa politique irréligieuse et qu'elle allait châtier par sou bulletin de \ Ole les attentats journellement perpétrés contre le Dieu de ses pères.
Hélas ! messieurs, le Dieu de nos pères, qui devait armer d'un papier vengeur la main de l'électeur, s'est montré d'une longanimité, d'une indifférence sans pareille. Nulle part ses éclairs n'ont illumint' le ciel politique. Nulle part sa foudre n'a pulvérisé les urnes criminelles. (Hilarité générale.)
Le scrutin s'est déroulé tout le long du jour dans une tranquillité parfaite. Catholiques et mécréants se sont coudoyés devant l'urne sans éprouver la moindre envie d'en venir aux mains.
Visiblement, ce jour-là, le ciel s'est désintéressé des choses de la terre, et peut-être, ce faisant, a-t-il voulu donner à ses croyants un exemple salutaire, dont nous souhaitons qu'ils se souviennent, quand les Chambres auront à instituer un nouveau mode d'existence pour les deux sociétés, civile et religieuse. (Bravos répétés.)
Le dépouillement des votes et la pruclamaliou du scrutin se sont faits au milieu du même calme.
Il en est sorti, à la confusion de ceux qui avaient spéculé sur une intervention céleste, une nouvelle approbation de la politique gouvernementale et un surcroît de force pour le cabinet. Toutes les Croix de France en ont tressailli
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d'horreur. Tous les journaux do sacrisli(! en oui pousse des cris de colère. Mais tous ont f'té d'accord pour reconnaître à cette importante consultation le caraclère d'une épreuve éminemnienl douloureuse à l'àme des dévots et des dévotes.
Au reste, messieurs, jamais douleur ne fui jdus jusIirK'e. 1.354 conseillers généraux étaient soumis au renouvelhnnenl. De ce nombre, 844 étaient ministériels, 673 anti-ministériels, 37 douteux. Après le renouvellement, le noml)re des ministériels monta de 844 à 978; celui des anti-ministériels bais.sa de 673 à 53d; celui des douteux fut de 41.
Il faut bien supposer que les journaux progressistes ont été moins prompts dans la soumission due aux desseins impénétrables de la Providence, ou peut-être sont-ils restés quelque peu voltairiens, en dépit de leurs accointances intimes avec les défenseurs de l'autel. Car ils ont continué de passer les opérations du scrutin au crible de leur incrédulité rechignante. Ils ontdécouvert que cinq ou six députés du bloc ont succombé dans la journée du 31 juillet, par suite de circonstance locales.
Ils ont découvert en même temps que quarante-un conseillers généraux ministériels avaient été battus, et ils ont opposé triomphalement ces défaites partielles à la victoire d'ensemble et aux cent soixante-onze gains des troupes gouvernementales. Ou se console comme on peut. Les journaux progressistes se sont consolés, en donnant une vigoureuse entorse aux règles de l'arithmétique.
Malheureusement pour eux, cette maigre consolation n'a pu les préserver d'un déboire final. Les conseils généraux se sont réunis. Les effets de l'élection ont apparu à ce moment
d'auxerrk 301
sous la forme la moins discutable. Cliaque départemeut a pu les contrôler eu comparant les bureaux nouvellement élus avec les bureaux antérieurs. {Applaudissetue)its.)
Avant le renouvellement, les bureaux des assemblées départementales se divisaient de la manière suivante :
Bureaux ministériels 61
Bureaux antiministériels :26
Bureaux mixtes et douteux 3
Après le renouvellement, la composition des bureaux a été modifiée comme suit :
Ministériels 62
Autiministériels 20
Douteux 3
En outre, les ministériels gardent la majorité, comme auparavant, dans les conseils généraux des Bouches-du- Rhône, des Alpes-Maritimes, du Gers, de la Corse et des Pyrénées-Orientales, qui ne se sont pas encore réunis. Ce qui porte à 67 le nombre des conseils généraux ministériels. Ainsi les ministériels ont déplacé à leur profit la majorité dans 6 conseils généraux.
La plupart de ces conseils ont voulu corroborer par une manifestation expresse de leurs sentiments la signiflcation d'ailleurs non équivoque qui se dégageait de l'élection de leurs bureaux.
Cinquante ont fait parvenir au ministère, sous forme d'adresses, l'assurance de leur sympathie et de leur concours.
Messieurs, au simple énoncé des chiffres que je viens de citer, l'esprit le moins logique concluera nécessairement que
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la poliliqiK! iniuislériolle est sortie victorieuse de la deruièie épreuve. (Applaudissemenls. )
La conclusion s'imposera d'autant plus riyoureusenienl ijue les partis d'opposition avaient fait ])orter tous leurs efforts, concentré lous leurs a|)pels aii\ électeurs sur le d('saveu de cette politi(jue. Aussi, n'est-ce plus (pie pour la tonne et du bout des lèvres (pi'lls iinpulcnl la victolie du cainnet à la pression administrative et à l'intimidation. Comme si nue telle pression était possible à un Gouvernement dépouivu des moyens de l'exercer! Comme si l'intimidaliijn pouvait se concevoir dans nue régime de libertés publiques, qui soustrait le dernier des citoyens à l'autorité arbitraire du pouvoir!
La vérité, messieurs, c'est que les élections des conseils généraux ont Jel(' l'opposition dans le plus comjjlet d('sarroi; c'est qu'elles ont attesté avec éclat la parfaite identité d'asinrations et de vues qui existe entn^ le miinstére et le pays républicain. [Très hieit ! ]
Certes, le cabinet ne saurait élre mal venu à s'en glorilier. Mais ce serait rapetisser misérablement le succès obtenu que de le restreindre aux proportions d'une satisfaction ministérielle, quelque légitime qu'elle puisse être. Le succès fait plus qu'honorer les honnnes qui d('tiennent le pouvoir. Il consacre un système politique pratiqué depuis plus de deux ans avec un esprit de suite que personne ne contestera, attaqué dans le même laps de temps par tous les partis d'opposition avec un acharnement qu'on ne contestera pas davantage, et cette consécration est d'autant plus imposante qu'elle s'ajoute <'i une consécration de même nature, (pii s'esl l)roduite dans des conditions identi(jues trois moisanpara\aiil.
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Messieurs, le système politique en question consiste dans la subordination de tous les corps, de toutes les institutions, quelles qu'elles soient, à la suprématie de l'État républicain et laïque. {Applaudissements.)
11 a pour base, en thèse générale, le principe fondamental de la Révolution, la souveraineté nationale, pour formule dernière et pour conclusion, la sécularisation complète de la société. [Nouveaux applaudissements.)
La République de 1870 a débarrassé la France de la dernière torme de la monarchie. Le ministère actuel entend que la République de nos jours l'affranchisse absolument de toute dépendance, quelle qu'elle soit, à l'égard du pouvoir religieux.
Tous ses actes depuis son avènement au pouvoir ont été calculés vers ce but. C'est pour l'avoir poursuivi avec une opiniâtreté de tous les instants qu'il a ameuté contre lui les tenants de toutes les réactions; de la réaction royaliste, dont le représentant se morfond piteusement dans les intrigues impuissantes de l'exil ; de la réaction bonapartiste, qui guette inutilement derrière quelque caserne l'occasion d'un coup de force; de la réaction nationaliste. (|ui ne rougit pas de prostituer le patriotisme à la ré.-<urrection du pouvoir personnel ; de la réaction cléricale, la jilus insidieuse et la plus redoutable de toutes, parce (|u'elle est le trait d'union des trois autres et qu'elle déguise sous un masque républicain son projet d'asservissement intellectuel et moral. (Bravos.)
Messieurs, quand nous avons i)ris le pouvoir, nous avons trouvé la France envahie et à demi conquise par les ordres religieux. Notre premier soin a été de refouler les envahisseurs au-delà des frontières. La loi des associations nous en
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fournissait les moyens A l'éfrard des congrégations non autorisées. Nous en avons fait l'application à tous les ordres enseignants, prédicanls et commerçants, (pii n'avaient pas d'existence légale. {Nouveaux Wavos.)
Des décrets div premier Empire et une loi de la Restauration, aggrav(''e par d'autres décrets subséquents, avaient livré la France à une invasion monacale plus ancienne, (pii l'avait couverte d'un flot dévastateur de 914 congrégations. Sans désemparer, nous avons pris k partie celles de ces congrégations qui s'adonnaient à l'enseignement et qui, par un enseignement de doctrines contre-révolutionnaires, battaient en brèche l'édifice républicain. (As.<sntiment.)
Nous avons proposé et fait voter par les Chambres la suppression des congrégations enseignantes, l Acclamations.)
Conformément h ce vote, nous avons fermé aussitôt leurs établissements partout où nos écoles communales disposaient de locaux assez vastes pour recevoir leurs élèves.
Nous ne perdons pas de vue qu'il nous appartient de fixer des délais pour la fermeture des autres établissements similaires, en tenant compte de la situation financière des communes. Nous nous emploierons de notre mieux à raccomplissement de cette lâche; car il nous tarde plus qu'à qui que ce soit de pouvoir dire en toute vérité' qu'en France l'enseignement congréganiste a vécu. [Brarus répétés.)
Messieurs, s'il se rencontrait par hasard dans cette ri'iinion, comme il s'est rencontré fâcheusement ailleurs, des républicains assez mal avisés pour nous reprocher d'avoir fait jusqu'à ce jour de la lutte conti'e les congrégations l'objet princii)al de notre activité et le point culminant de notre
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politique, qu'ils veuillent bien méditer un petit tableau d'ensemble qui les éclairera tout à la fois sur l'étendue du péril couru par la République et sur la nécessité d'une action décisive pour le conjurer.
Ali moment de notre arrivée aux affaires, le 7 juin 1902, il existait, en France. 914 congrégations autorisées, dont o congrégations d'hommes et 909 congrégations de femmes et 437 congrégations en instance d'autorisation, dont 61 d'honunes et 306 de femmes, en tout 1.371 congrégations.
Oui, messieurs, dans ce beau pays de France, où la liberté, paraît-il, n'est plus qu'un souvenir de temps lointains, sous cette République, qui n'a pas d'égale au monde pour l'intolérance au dire de la .société bien pensante, un siècle seulement après la Révolution française, qui avait aboli tous les ordres monastiques, 1,371 congrégations religieuses d'hommes et de femmes, autant ou plus que l'ancien régime n'en avait connu, s'étaient librement et grassement constituées.
Les 5 congrégations d'hommes autorisées occupaient 1.410 établissements et les 909 congrégations de femmes étaient réparties dans lo,91o éatblissements.
Quant aux- congrégations en instance d'autorisation, les 61 congrégations d'honunes avaient fondé 1.964 établissements et les 396 congrégations de femmes 1,334 établissements.
Ainsi, messieurs, les établissements congréganistes de tout genre s'élevaient au chiffre formidable de 20,823.
Ce chiffre se décomposait en 16,904 établissements enseignants et 3,919 établissements mixtes, c'est-à-dire enseignants et hospitaliers ou contemplatifs, ou l)ieu purement hospitaliers ou purement contemplatifs.
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Pour des raisons cou nues (l(i tout le monde (>l approuvées par le Parlement, le ministère a dû négliger pour un temps, la dernière catégorie d'établissements et s'occuper d'abord des établissements d'enseignement, les plus dangereux sans contredit pour l'avenir de la République.
Messieurs, vous lavez vu à l'onivre. C'est à vous de dire s'il s'est montré ci la hauteur de sa tâche. (Oui! Oui! )
Sans se lasser une minute pendant deux années consécutives, sans pr(Midre garde aux injures, aux calomnies et, ce qui devait lui être plus pénible, aux défections, il a continué méthodiquement la mission dont il s'était chargé.
A l'heure actuelle, sur 16,904 établissements d'enseignenlent congrégauiste, 13,904, près de 14,000, ont été fermés. Nous nous proposons d'utiliser les crédits inscrits au budget de I90r). pour prononcer cinq cents fermetures nouvelles sur 3,000 établissements qui restent à supprimer. {Bravos.)
Messieurs, c'est beaucoup, on en conviendra, pour un ministère forcé de combattre à tout instant pour son existence propre, d'être parvenu à expulser de notre France les ordres religieux qui aspiraient à la subjuguer. Il nous reste un autre devoir k remplir pour répondre à l'attente du parti républicain, c'est de libérer la société française de la sujétion traditionnelle que font peser sur elle les prétentions ultramontaines. (Sensation.)
Depuis un siècle, l'État français et l'Église catho.'que vivent sous un régime concordataire (lui n'a jamais produit ses effets naturels et légaux. Ce régime a été présenté au monde comme un instrument de pacification sociale et religieuse. C'est là. du moins, le caractère conventionnel que ses
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partisans lui ont gratuitement attribut'. En réalité, il n'a jamais été qu'un instrument de lutte et de domination.
Sous les gouvernements autoritaires, comme le premier Empire, l'Etat s'en est servi pour contraindre le clergé catholique à la soumission la plus humiliante, aux adulations les plus basses, môme à un rôle répugnant de policier, eu usant contre les ministres des cultes récalcitrauts de moyens coërcitifs violents. (C'est vrai f]
Sous les gouvernements faibles et timorés, qui se piquaient de pratiquer l'alliance du trône et de l'autel, c'est l'Église qui s'est prévalu du Concordat pour assurer sa prépondérance, en supprimant de fait toutes les clauses des articles organiques qui gênaient son dogmatisme intolérant.
La République, n'ayant pour elle ni la crainte résultant des habitudes violentes du pouvoir personnel, ni les bénéfices politiques corrélatifs d'une pieuse docilité, s'est débattue depuis plus de trente ans dans des difficultés inextricables pour régler, conformément au pacte concordataire, les rapports de l'autorité civile et de l'autorité religieuse. Toutes ces tentatives sont demeurées infructueuses. Ses ministres, même les mieux intentionnés, ont dû céder finalement, après d'inutiles efforts, au sentiment de leur impuissance.
Ou peut dire que, depuis plus de trente ans, le pouvoir ecclésiastique a exploité le Concordat au profit de ses intérêts avec une hardiesse croissante. 11 Fa audacieusement violé, il l'a violé sans discontinuité dans toutes celles de ses prescriptions qui proclament les droits du pouvoir civil. [Bravos.)
Et ce n'est pas là, messieurs, une affirmation sensationnelle, une thèse de circonstance réservée à dessein pour une
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roimioii populain". Je l'ai portt'o moi-mèmo, il y a dix-huit mois, à la Irihmic du S(Miat, ou lappuyaut df nombreux exemples, tous plus convaincants les uns que les autres, et le Sénat en a reconnu le bien fondé, puisqu'il a ordonné laflichage de mon discours.
Mais, messieurs, sans même remonter à cette date, prenez les faits les plus récents. Qu'avez-vous vu hier? Que voyezvous aujourd'hui ?
Vous avez vu nos évêques, à très peu d'exceptions près, au mépris des prohibitions les plus certaines de notre législation concordataire, se concerter en vue de manifestations collectives, ou se livrer, tantôt isolément, tanlôt sinuiltanément, h des manifestations individuelles contre les actes les plus réguliers du Gouvernement. (Approbation.)
Vous les avez vus, vous les voyez tous les jours, en guise de bravade contre l'application de la loi des associations aux ordres religieux, ouvrir avec fracas les chaires de nos églises aux membres des congrégations dissoutes, qui n'ont jamais eu le droit d'y monter. (Bravos.)
Vous les avez vus, vous les voyez s'insurger avec arrogance contre les décisions des Chambres et l'autorité de la loi, prêcher l'insoumission à leurs fidèles dans des documents publics, en alléguant que la loi des hommes doit s'effacer devant la loi de Dieu, encourager, à l'occasion de l'exécution des mesures les plus légales, les mouvements les plus tumultueux, quand ils ne les provoquent pas eux-mêmes, et recevoir de Rome à ce propos des approbations explicites. (Bravos.)
Rome, de son côté, sans nul souci de nos textes légaux les plus formels, donne pleins pouvoirs à son nonce et à
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ses tribunaux, l'irangers de correspondre directemeut avec nos évoques, de fausser la situation ofilcielle de ceux qui lui déplaisent, en les mutilant dans leurs attributions essentielles, de leur intimer des ordres manifestement contraires aux lois organiques du Concordat. (ApplaïuUssetnents) .
Alors que le Concordat attribue au Gouvernement de la façon la plus nette la nomination des évèques, Rome refuse systématiquement lïnvesliture canonique aux prêtres promus à l'épiscopat par le Gouvernement, sous prétexte qu'elle doit être consultée préalablement à toute nomination. Elle s'arroge ainsi le droit d'écarter de l'épiscopat qui bon lui semble, en dehors de toute raison canonique de doctrine ou de moralité, sans même se croire obligée de fournir le moindre motif à l'appui de ces évictions arbitraires. C'est le bon plaisir remplaçant la légalité concordataire. (Bravos).
Malheur à ceux de nos prêtres qui sont signalés làbas par les meneurs de notre réaction ou par les jésuites dispersés dans nos villes, comme coupables d'une soumission respectueuse au Gouvernement et aux lois de leur pays!
Même les immixtions anticoncordataires dans nos affaires intérieures ne suffisent plus à la papauté. Qui de vous ne se souvient de son injurieuse protestation contre la visite rendue par le Président de la Republique au souverain de l'Italie? Qui n'a présente à l'esprit la circulaire envoyée à ce propos par la curie romaine aux puissances catholiques de l'Europe? (Vifs applaudissements).
Ainsi, messieurs, nous devons l'avouer humblement, nous n'avons pas été plus heureux que nos devanciers dans nos
efforts obligaloircs pour réfréner chez les représentants du pouvoir religieux le mépris ontrecuidaut du texte concordataire.
Vainement, au dé) ml de notre ministère, avons-nous annoncé que nous nous placions sincèrement sur le teriain du Concordat. Vainement, avons-nous déclaré que nous ferions l'essai loyal de ce régime, estimant qu'il serait prématuré et impolitique de l'abandonner avant de l'avoir soumis à une dernière et décisive expérience. Loin de s'arrêter, les violations du Concordat par le pouvoir ecclésiastique ont suivi leur cours habituel.
Je ne dis pas assez : elles se sont multipliées au delà do toute mesure, elles se sont en quelque sorte exaspérées, à la suite de l'application de la loi des associations aux ordres religieux. La curie romaine et l'épiscopat français n'ont plus observé le moindre ménagement dans l'exposi' public comme dans la mise en pratique de leurs prétentions. [Bravos.)
Une heure est venue, où patienter encore et nous taire n'aurait pas été seulement une faiblesse insigne, mais une abdication avouée de nos droits, un manquement impardonnable à nos devoirs. (Oui l Oui ! )
Force nous était, sous peine de trahison envers la Republique, d'élever une suprême protestation.
Nous avons mis eu demeure le pouvoir ecclésiastique, violateur ol)stiiié du pacte concordataire, de rentrer dans la vérité, dans le respect légal du texte, de nous faire savoir une fois pour toutes, par oui ou par non, s'il entendait se soumettre aux obligations du Concordat, comme le Gouvernement s'y était lui-même constamment soumis.
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La mise en demeure restant sans effet, nous avons signifié au Vatican ta rupture des relations diplomatiques. {Bravos).
Messieurs, aucun homme réfléchi n'a pu se méprendre sur la situation nouvelle qui est née tant des réponses évasives de la curie romaine que de la résolution prise par le Gouvernement. Le pouvoir religieux a déchiré le Concordat. En ce qui me concerne personnellement, il n'entre pas dans mes intentions de le rapiécer. Ce serait perdre son temps et duper l'opinion républicaine que de l'essayer. (Acclamations.)
En séparant délibérément la convention diplomatique des articles organiques qui avaient déterminé les Chambres françaises à raccepter, le pape de l'époque et, après lui, ses successeurs, lui ont ôté son efficacité, par cela même qu'ils ont annulé les règlements de police destinés à l'appliquer. Faut-il rappeler, au surplus, que l'avant-dernier pape. Pie IX, l'a caractérisée expressément comme un don gracieux de la puissance pontificale, comme une simple concession motivée parla dureté des temps ? Tout aussi hardi et tout aussi franc, le pape de nos jours, qui certes n'a pas adopté le vocable qu'il porte pour renier les doctrines de Pie IX, ne se prêterait pas à une convention nouvelle qui ne serait pas la justification explicite de l'attitude antérieure delà papauté. {Bravos).
Comme aucun ministère français, fùt-il composé des éléments républicains tes plus modérés, ne pourrait entrer dans une négociation de cet ordre sans revendiquer hautement les droits méconnus de l'État, il est évident que la .seule voie restée libre aux deux pouvoirs en conflit, c'est la voie ouverte aux époux mal assortis, le divorce et, de préférence, la divorce par consentement mutuel. {Rires et bravos,)
Je n'jijdulc [Kis, i('inarquoz-k', pour cause d'iucompalibilitii d'iiiiineur. Car il ue saurait ôlro question dans l'espèce d'accès d'irritatiou et de mauvaise humeur, il sayil d'une cliose bien autrement sérieuse et grave; il s'agit d'une incompatibilité radicale de principes.
Messieurs, je crois sincèrement que le parti républicain, éclairé enfin pleinement par l'expérience des (leu\ dernières années, acceptera, sans répugnance, la pensée du divorce, et je crois aussi, disons mieux, je suis sur (luil l'acceptei-a non dans un sentiment d'hostilité contre les consciences chrétiennes, mais dans uu sentiment de paix sociale et de liberté religieuse. C'est aussi sous l'empire du même sentiment que la Chambre abordera la question de la séparation des Églises et de l'État, déjà étudiée avec beaucoup d(i soin par une des commissions dont les travaux, heureusement empreints d'un sincère désir de conciliation, serviront de base à une discussion également conciliante et sincère.
Il importe que les républicains fassent preuve dans ce débat d'une largeur d'idées et d'une bienveillance envers les personnes qui désarment les défiances et rendent acceptable le passage de l'ordre de choses actuel à l'ordre de choses à venir.
Qu'il s'agisse des édifices affectés au culte ou des pensions à allouer aux titulaires actuels des services concordataires, il n'est pas de concession raisonnable, i)as de sacrifice conforme à la justice que je ne sois disposé pour ma part à conseiller, afin que la séparation des Églises et de l'État inaugure une ère nouvelle et durable de concorde sociale, en garantissant aux communions religieuses une liberté réelle sous la souveraineté incontestée de l'État. (Bravos.)