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Messieurs, nous nous étions figuré, sur la foi de déclarations hautaines, que formulaient, au nom de l'Église, des organes réputés autorisés, que le pouvoir religieux, loin de répugner à une séparation, ne demanderait pas mieux que de recouvrer son indépendance sous une législation lui assurant le libre fonctionnement de son culte. 11 parait que nous nous triompions. Car on nous a prévenus que la doctrine catholique repousse tout système de liberté réciproque dans les rapports de l'Église et de l'État, et l'on a invoqué, à l'appui de cette thèse, l'encyclique fameuse de Pie IX, le Syllabus. C'est une singulière façon de restituer à Tidée concordataire la faveur qu'elle a perdue dans l'opinion que de la placer sous l'égide du Syllabus, cet effroyable répertoire des sentences les plus oppressives pour la conscience et la raison humaines. Heureusement, messsieurs, nous ne sommes plus au temps où l'on pouvait s'émouvoir des anathèmes perfectionnés que le Syllabus prodigue à ceux qui le méconnaissent, et nous ne ferons pas aux républicains, môme les plus timides, l'injure de croire qu'ils puissent se déterminer par des arguments de ce genre. {Bravos.)
Nous pensons de même qu'aucun d'eux ne se laissera ébranler dans ces résolutions par la menace que des feuilles amies du Vatican nous ont faite de perdre, à la suite de la séparation de l'Église et de l'État, le protectorat des chrétiens dans les contrées orientales.
D'abord, les deux questions ne sont pas nécessairement liées ensemble, Tune concernant uniquement nos rapports avec la papauté, l'autre nos relations diplomatiques avec d'autres puissances. Mais je veux, sans m'arrêter à cette
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cousidéralioii. fiiNisaycr (liicflemnii l'i'viMiliialih' dmil un cherche à nous effrayer.
Si la croyance des siècles passés a attach(^ au protectorat une idée de pieux dévouement et de grandeur chrétienne, si elle a servi notre influence à une époque de foi, il s'est trouve alors aussi, qu'on ne l'oublie pas, d'autres motifs très positifs et très humains, qui ont contribué largement à faire décerner à l'ancienne France un privilège glorieux, j'en conviens, dans resi)ril d(> ce lemps, mais parfois encore plus embarrassant que glorieux. {C'est vrai !)
11 fallait, pour l'exercer, une puissance militaire et navale de premier (trdre. La France r('unissait celte double condition. Notre pays a rempli honorablement les obligations découlant des capitulations et des traités, et il peut .s'étonner k bon droit de la menace dont il est l'objet.
Mais, messieurs, la papautt' s'abuse, si elle s'imagine nous amener par ce procédé comminatoire à quelque acte de résipiscence. Nous n'avons plus la même prétention au litre de fille aînée de l'Église, dont la monarchie se faisait un sujet d'orgueil pour la France, et nous avons la conviction absolue que notre considération et notre ascendant dépendent exclusivement aujourd'hui de notre puissance matérielle, aiusi que des principes d'honneur, de justice et de solidarité humaine, qui ont valu à la France moderne, héritière des grandes maximes sociales de la Révolution, une place à part dans le monde.
Je me refuse donc à considérer le privilège dont il s'agit, comme un motif susceptible de nous détourner de la séparation de l'Église et de l'État et, à plus forte raison, de nous faire passer sous les fourches caudines de la papauté.
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J'observe, en outre, que les autres puissances n'ont pas attendu que la séparation fût votée pour substituer vis-à-vis de leurs nationaux, comme le suggèrent la raison et la nature des choses, leur initiative propre à celle de notre diplomatie.
Messieurs, tout à l'heure, j'ai cru devoir résumer devant vous en quelques chiffres signiflcatifs les résultats de notre lutte contre la Congrégation, afin ([uc vous puissiez vous rendre compte de son importance et de ses difficultés. Qwand même une pareille lutte aurait absorbé entièrement notre action gouvernementale, nous estimons que nous aurions assez fait pour qu'on nous pardonnât d'avoir négligé momentanément d'autres alTaires, d'avoir ajourné temporairement d'autres solutions. IBravos.)
Qui donc oserait soutenir que c'est trop de deux ans de travaux continus pour l'œuvre de sécularisation entreprise par le cabinet ?
Mais, quoi qu'en disent des adversaires trop visiblement désireux de s'emparer du pouvoir pour n'être pas suspects de partialité, notre œuvre de sécularisation n'a pas été exclusive des réformes politiques et des améliorations sociales ; en même temps que nous arrachions la société française à l'accaparement congréganiste, nous poursuivions l'exécution d'un programme bien défini, qui satisfait aux exigences les plus pressantes de la démocratie.
Je l'ai si souvent exposé que je retomberais certainement dans les redites fatigantes, en l'exposant encore. Qu'il me suffise de rappeler que la réduction du service militaire y figure, à côté de l'impôt sur le revenu et des retraites ouvrières. (Vifs applaudissements.)
Les éveiionieiils y ajouk'iil la .séparation des Églises et de l'État.
J'ai eu l'occasioii d'indiquer à la tribune du Parlement suivant quel rang ces divers projets de première importauce me semblaient pouvoir venir en discussion. Je n'y trouve rien à changer.
11 a été décidé à la (Chambre que la .session d'octobic s'ouvrirait au Palais-Bourbon par la discussion de l'impùl suv le revenu.
11 a été aussi implicitement convenu qne la Chambre inscrirait en tête de son ordre du jour pour la session ordinaire de 1905 la proposition de loi relative aux retraites ouvrières.
tous les partis, je l'espère, seront d'accord pour demander, et, en tous cas, je demanderai instamment moi-même que le débat sur la séparation des Églises et de lÉtat conunence immédiatement après. {Bravos.)
Dans le cours de la session extraordinaire de cette année, la réduction du service militaire, qui nécessite une nouvelle délibération du Sénat, devra être dérmitivement votée.
Un crédit de quelques mois, fait au cabinet, permettra de liquider un ordre du jour ainsi arrêté. C'e.st beaucoup demander, je le sais, à des ambitions impatientes que de réclamer un crédit de quelques mois. Cependant j'aime à croire que, le premier moment de déplaisir passé, la solidité de leurs convictions républicaines reprendra le dessus et que, par l'ardeur généreuse qu'elles mettront à seconder l'action du cabinet, elles abrégeront elles-mêmes le temps d'épreuve que les circonstances actuelles imposent à leur dévouement. {Riirs.)
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Messieurs, fussions-nous do(:us dans cette attente, nous comptons sur l'union persistante des groupes de gauclie pour nous aider à surmonter les difficultés. Nous comptons sur cette union et nous avons le droit d'y compter, tant que les raisons qui l'ont fait naitre n'auront pas disparu et tant que les groupes animés de l'esprit clérical s'uniront de lenr côtrpour entraver la marche du progrès républicain.
L'union des gauches s'est retrouvée résolue et compacte dans toutes les occasions critiques. Elle se retrouvera telle au début de la session prochaine pour achever de concert avec hr Gouvernement son œuvre de défen.se et d'action répui)licaines. (Bravos.)
Messieurs, un cabinet peut avoir toute confiance dans la lidélité de ceux qui le soutiennent, quand ses regards tomijent sur les hommes qui m'entourent, sur des collaborateurs anssi dévoués que mon ami Bienvenu-Martin, le président si hautement considéré de la gauche ladicale socialiste, et ses collègues républicains de la représentation de l'Yonne, sénateurs et députés, que j'ai à cœur de louer publiquement par une parole de justice, qui sera en même temps une parole de reconnaissance pour leur attachement inébranlable à la politique du Gouvernement. (Bravos.)
Messieurs, un de vos élus manque à cette fêle, un des plus appréciés, des plus laborieux et des plus fidèles, notre ami Merlou. Mais il est de cœur avec nous. Il n'avait pas besoin de m'en donner l'assurance. Néanmoins il a tenu à me l'apporter lui-même, avant de partir pour la station où l'appelait le soin de sa santé.
Messieurs, je lève mon verre à la ville d'Auxerre, qui me
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reçoit avec un entrain si cordial et si (.lialeiireux. Je garderai de la visite que je lui fais un souvenir énui. J(^ bois aussi à la démocratie de l'Yonne, aux vaillants vignerons de ce département, qui s'est distingué de tout temps par l'indépendance du caractère et l'ardent amour de la liberté. (Applaudissements prolongés. — Nombreux cris de : « Vive la République laïque! » )