‹ Une deuxième campagne laïque, vers la séparationChapitre 26 sur 71 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

A la suite des violations répétées du Concordat par le Saint- Siège, notamment en ce qui touchait la situation faite à deux évoques français, M. Geay, de Laval, et M. Le Nordez, de Dijon, le Gouvernement avait prononcé, durant les vacances parlementaires de 1904, la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège. Venant après cet acte décisif, les déclarations très nettes du président du conseil à Auxerre avaient vivement ému les réactionnaires, qui, dès la rentrée des Chambres, chargèrent quelques-uns de leurs représentants d'interpeller à ce sujet le Gouvernement.

D'autre part, certains républicains, désireux de faire aboutir le plus vite possible la séparation des Églises et de l'État, interpellèrent également pour permettre au président du conseil d'indiquer quelles étaient exactement ses intentions.

A ces interpellations de MM. Boni de Castellane, Grousseau, Gayraud, Fernand Engerand, Hubbard, de Baudry d'Asson et Paul Deschanel, M. Combes, président du conseil, répondit en justifiant les mesures prises et en démontrant la nécessité, pour la République, d'organiser enfin un régime de liberté à la place du Concordat de 1801 (1).

1. Journal officiel. Déb. Pari. Chambre. N» du 23 octobre 1904. Pages 2128 et suivantes.

320 I^V l'OLITIQUK RELIGIEUSE

■M. EMILE Combes, président du conseil, minisln' de l'iiilrrieîo' et des eiiltes. — Jo m'excuse d'avînice auprès de la Chambre si je retieus sou attiMilioii un p<'ti plus longtemps que je ne le voudrais. Mais uuedouble tàclie siinposeii moi. A la nécessit(' de justilier. i)ar uu expose de fails jns(|u'a |)ri'senl assez mal coiimis. la rupture de ikis rt'l.iliuns (liplitinali- (|ues avec le Saint-Siège se Joiiil celle ;iiili-e uecessile de démontrer à la lois i)ar des raisons el des faits (|u'il n'est pas possible de maintenir plus lonahMnps le i-e^inie concordataire actuel ou de songer à instituer un reginu^ concordataire nou\eau. {Très l)ien ! très hien ! ii (jaiirlie et à l'e.itrèmi' (jaiiclie.)

Messieurs, si nous nous reportons au iioinl initial de cette discussion, nous nous trouvons en présence de deux alTaires, de deux démêlés, dissemblables quant a la nature du litige, identiques quant au but poursuivi et aux moyens employés. A ne considérer les incidents qu'en eux-mêmes, le cas de l'évèque de Laval peut sembler dilTérer du cas de l'évêque de Dijon. Mais ces incidents n'ont joué qu'un rôle secondaire dans le procès intenté aux deux évèques par la curie romaine. Us n'ont occupé la scène qu'un temps voulu, le temps de bien mettre en lumière et de faire triompher la doctrine ultramontaine, son incontestable toute-puissance dans le domain(> de l'administration leligieu.^^e. Ce résultat une fois atteint, ils se sont évanouis comme par enchantement. Les deux évêqiies, acteurs résignts dans cette pièce dun nouveau genre, qui constitue le persiflage le plus caractérisé de notre législation concordataire... {Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche) sont rentrés dans la coulisse aux applaudissements

imauimes de leurs collègues eu épiscopat, qui se (lisent à l'envi heureux et fiers d'immoler au bon plaisir du Yatican leurs garanties concordataires les plus certaines.

A Laval, un prélat, méchamment réputé par ses ennemis de mœurs légères, est accusé d'être un sujet de scandale... (Mouvements divers.)

M. DE Baudrt d'Asson. — Examinez votre conscience, monsieur le président du conseil, avant de prononcer ces paroles.

M. LE PRÉsiDEXT DU CONSEIL. — Peut-ètre a-t-il franchi plus souvent que de raison le seuil d'un couvent de carmélites. (Rumeurs à droite.)

M. Cachet. — Ce ne sont pas des arguments à apporter à la tribune.

.4 l'extrême gauche. — Ce sont les journaux réactionnaires qui l'on dil.

M. le président du conseil. — Mais, messieurs, s'il n'y avait pas cela, il n'y avait rien. Pourquoi donc lui intenterait-on un procès à Rome ? (Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)

Il a entretenu pendant quelque temps avec la supérieure du couvent un commerce épistolaire des plus suivis. (Rires à gauche.) On a discuté sur le caractère de ces lettres. Les uns ont cru y voir un caractère mystique, d'autres un caractère profane.

.M. Maurice Dutreil. — Ce ne sont pas, encore une fois, des arguments à apporter à la tribune, du moins sous cette forme.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — La charilé chétienne aurait

322 l.A POLITIQUE RELIGIEUSK

voulu que l'iulerprclatiuii mystique l'emportât sur l'interprélatiou profane, et, de fait, c'est l'iuterprétation mystique qui a dominé dans l'esprit du pape défunt. Mais, messieurs, l'exégèse a changé avec un nouveau commentateur. (Rires à gauche.)

Le pape actuel a cru discerner l'œuvre de Satan dans les élans épistolaires controversés. {Rires et iipplaudissements à yauche et à l'extrême gauche.)

31. Paul Lerolle. — Ou n'a jamais entendu un chef de gouvernement parler ainsi.

M. le président du conseil — 11 a mandé l'évèque devant un tribunal romain, absolument inconnu de notre législation française. Ce n'est même pas le pape ni son secrétaire d'État, c'est un prélat, dépourvu à nos yeux de tout caractère officiel, le cardinal Yannutelli, secrétaire de la congrégation du saintoffice, qui a écrit à l'iuculpé pour le sommer de comparaître devant la congrégation.

Naturellement, l'évèque de Laval, obéissant <à son devoir le plus élémentaire de fonctionnaire de l'Ëtat français (Interruptions à droite. — Applaudissements à gauche et à Vextrème gauche) a donné connaissance au ministre des cultes de la situation qui lui était faite, et il était d'autant plus fondé à lui communiquer la lettre du cardinal Vaunutelli, qu'aucune partie de cette lettre, qu'aucun membre de phrase ne présentait le caractère d'un ordre .secret, d'une conlidence. La lettre eût-elle été contidenlielle, que l'évèque ne pouvait se dispenser de s'en ouvrir à son ministre. Car il savait fort bien, ainsi que tous ses collègues en épiscopat, que la loi du 18 germinal an ■ X — une vraie loi française, monsieur Grousseau — iulerdil

expressément aux évêqiies rie quilter leur diocèse sans y être autorisés par le Gouvernement.

Si, dans la pratique — une pratique trop souvent abusive — on s'est relâché du texte légal en territoire français, l'interdiction a été maintenue par tous les gouvernements, depuis un siècle, et, au besoin, appuyée de répressions dans la très faible mesure de nos moyens disciplinaires, pour tout déplacément au delà des frontières.

Ainsi l'évèque aurait manqu»' à son devoir s'il était parti pour Rome sans la permission du Gouvernement. {Assentimetil à udHchc et à l'extrême (jauche.)

Mis au courant de ce ([ui se passait, nous avons défendu à l'évèque de Laval de s'éloigner de son diocèse, afin de bien établir que, comme tous nos devanciers de tous les temps, nous ne reconnaissions de juridiction sur nos évoques à aucune de ces congrégations cardinalices que tous les régimes politiques sans exception, soit avant, soit après la Révolution, ont voulu ignorer de la manière la plus absolue. [Très bien ! très bien ! à l'extrême gauche et à (jauche.) En même temps nous avons protesté auprès du Saint-Siège contre l'intervention aussi audacieuse qu'insolite d'un tribunal étranger dans une question religieu.se qui intéressait au premier chef le droit .souverain de l'État français.

Nous avions sujet d'espérer que notre protestation produirait un effet légal, quand nous avons été avisé que Tordre de se rendre à Rome avait été intimé derechef à l'évèque de Laval, sous peine d'encourir à jour fixe et par le seul fait de n'avoir pas désobéi à la loi française une suspension de ses pouvoirs ecclésiastiques. (Applaudissements sur les mêmes bancs). Et

324 LA POLITIQUE UELIGIEUSE

cette fois c'était le cardinal secrétaire d'État qui avait adressé à révoque de Laval la nouvelle sommation. Vous conviendn^z, messieurs, qu'il n'était pas possible de traiter plus légèrement le Gouvernement français, de lui marquer plus clairement une parfaite indifférence à l'endroit de sa protestation...

M. Grousseau. — Et la lettre du 10 juin ?

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL... d'afliclier avec plus de désinvolture une insouciance allière pour nos droits concordataires.

Tel est, messieurs, en ce qui concerne l'évèque de Laval, le véridique exposé des faits. Il en ressort que le Saint-Siège a méconnu nos droits et violé ses propres engagements : 1° en suscitant à l'évèque de Laval, devant un tribunal étranger, en dehors de toute entente avec nous, un procès pouvant aboutir soit à une démission forcée, soite à une sorte de diminitio capitis, par suite de je sais quelle mesure disciplinaire ; 2» en passant outre à notre protestation et en renouvelant à l'évèque de Laval une menace sous condition, qu'il n'avait pas le droit de faire sans notre agrément ; 3» en arrachant à l'évèque sa démission par une pression morale indûment exercée sur sa conscience de prêtre. [Applaudissements à l'extrême gauche).

M. LE GÉNÉRAL Jagquey. — Est-cc avaut ou après la rupture ?

M. Paul Lerolle. — L'évèque de Laval a protesté luimême contre ce que vous dites, monsieur le président du conseil, et affirmé la pleine liberté de sa décision.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — C'est dire, messieurs, que

LA PULITKJUE HELKIIEUSE 32o

la (|ualitt' d ovèque fraucais est à la merci diiii caprice ou (ruiir intrigue de la curie r(niiaiiie. {Applaudmementii à l'crirème gauche. — Interruptions à droite.)

Il est plus facile de mïuterrouipre que nie réfuter.

A Dijon, le bruit s'était répandu que lévèque de cette ville était affilié à une secte exécrable, la franc-maçonnerie. Yoiis sentez i)ien. nie,ssieurs, surtout après avoir entendu décrire à celle tribune les horreursépouvantal>lesdont les loges maçonniques sont le théâtre à peine caché... [RircsàVextrème iimiche et à guHCtii'.)

M. Prache. — Je n'ai parle ipie de leurs ridicules et \(»us ixjuvez en prendre voire large pari, car vous appartenez à cette congrégation. {Applnudisseiaents an mitri' ft à droih-.)

il. LE puÉsiDENT DU CONSEIL. — \ ous uic permettrez alors de répondre que s'il y a eu que'lque chose de ridicule. (}'a (le le lésultat de votre interpellatioiL {Applaudissement.'^ cl rirrs n fjauclif ff à l'extrême gancfie.)

M. Prache. — Vous oubliez de dire, monsieur le président du conseil, et vous savez mieux que moi qu'il y a dans cette Chambre i)lus de 250 francs-maçons lesquels ont été, à la fois, jng(!S cl partie.

.AI. LE l'iîÉsmENï DU conseil. — Messieurs, il est visible qu'il y avait là de quoi soulever contre Févèque de Dijon la légitime indignation des âmes pieuses et le perdre entièrement dans l'opinion de son clergé.

On n'a jamais pu dire comment la iiimeur avait pris naissance. Elle n'était étayée d'aucun indice, autorisée par aucune induction. On parlait assez vaguement de visites 'ailes par l(;vi-i|ue chez un pliulographe, doinicilit: dau- le

326 I.A POLITIQUE KELIOIEUSE

jiièiue iimii(Mil)lr (iiic le (Tiaiid-Onoiil (\r Fr.incc. {liirrs à yauclie.)

Au reste, ses eiiiiemis se préoccupaient très peu d'aller aux preuves. Le seul fait de passer pour franc-maçon ou d'avoir été pliotogiapbié par un franc-maçon équivalait pour eux à une condamnation morale. D'ailleurs, les curés et les vicaires delà cathédrale de Dijon sétaieut portés garants de l'indignité de l'évèque.

Les professeurs sulpiciens de son grand séminaire, à l'exception du supérieur, homme timide et faible, avaient accrédité Faccusatiou auprès de leurs élèves et, parmi ces derniers, ceux qui devaient recevoir les ordres sacrés, redoutant fort, s'ils les acceptaient des mains de l'évêque, de tomber avec lui dans un abîme d'indignité, imaginèrent de former un syndical d'espèce nouvelle, de se déclarer en grève et d'abandonner en masse l'établissement. Mais ils avaient compté sans le ministre de la guerre... (Rires et opplaudmements à gauche.)

M. Dejeante. — Voilà le patriotisme clérical.

M. Paul Lerolle. — C'est un roman que vous racontez là.

M. Gatbaud. — Qu'il en fasse autant contre les inscrits maritimes.

M. le président du conseil. — Le ministre de la guerre prescrivit au bureau de recrutement de constater la fugue des séminaristes et de les incorporer tout de suite dans leurs régiments respectifs. La grève cessa comme par enchantement. (Très bien! très bien! et rires à gauche.)

M. LE GÉNÉRAL Jagquey. — Si VOUS pouviez employer un procédé analogue pour ai'rêter les autres grèves !

LA POI.ITIgUK UELKJIEUSE 327

.M. i,K pKiisiDENT J)r CONSEIL. — .Ahiis. messieurs, les oreilles des couseilleis du pape s'étaieiil dressées au seul uimi delà fr;mc-niaçonuerie. A aucun prix cette secte infâme ne devait a\(ur le dernier mot. Défense fut faite à l'évèque par la nonciature de Paris, agissant sur les ordres directs du i)ape, de procéder aux ordinations habituelles.

Le ministre des cultes, instruit de ces incidents plus ou moins inexactement rapportés par la presse, invita l'évèque de Dijon à lui fournir ûc^ explications. L'évèque dut avouer l'intervention du nonce el conunnniciuer au niinistre le document otTiciel (|ui l'avait suspendu d'une partie de ses fonctions.

Comme pour Laval, le Gouvernement protesta aussitôt auprès du Saint-Siège contre la démarche du n'once et exigea le désaveu dun acte aussi contraire aux u.sages diplomatiques qu'à notre législation, (!t. comme pour Laval, le cardinal secrétaire d'Etat du Vatican répondit à notre protestation p.ir rinjonclion faite à l"è\è(iue de partir dans les quinze jours pour Rome : faute de (|uoi il serait suspendu de ses pouvoirs de prêtre el d'évèque. {Très bien I à droite.}

Ainsi, dcii\ fois bravé dans l'usage le plus régulier (]<■ .'^t'> droits les plus légitimes, le (iouM'rnement ne pouvait licsili')-. Il mil il' Naticaiien tlcmeuie de rclircr i)iin'meni ci simpleniiMit dans les vingt-quatre heures les lettres écrites aux évèques de Laval et de Dijon, sous peine d'une rupture inuuèdiate de ses relations diplomatiques avec la France. [AjjpIdKdisxciiuutts a Vexlrèmt' (janclic et à (jaaclie.)

M. LKOKNKRAL Jacquev. — C/est le train ia|)ide !

M. LK i'iU';su)ENT 1)1' CONSEIL. — N'axaul pa> uiilcnu satislai'lioii d;iii> li' di'laj indiiiuè, il mit a excculiou ^on ultinia-

328 LA POLITIOUK RELIOIEUSE

tiiin. on lappclaiit de Roiiu? ce (iiii restait de I'anil)assade. {Très bien! très bien! à (lamhc et à l'extrême ynnche.)

Messieurs, aucim desoi-ateurs qui ont pris iH)sitiou dans ce débat en faveur du Saint-Siège n'est eutré dans l'examen des faits qui ont servi de prétexte à la conduite irrégulière et anticoncordataire de la papaut»;. Nous-mêmes, nous n'avons pas été appelés à eu coimaitre, à en apprécier le bien ou le mal fondé. Car nous n'avons jamais été saisis par Rome.

Que les deux évèques aient été des prélats indignes, comme la presse religieuse l'a pendant assez longtemps aftîrmé {Rires et /ipplaudisseitients sur les tnèities bancs à (luuche et à l'extrême (/(luclie) que la morale ait dû se voiler la face devant l'un et l'orthodoxie gémir devant l'autre, ce n'est pas notre alYaire. Le Gouvernement français n'a jamais entendu se rendre solidaire de leui' conduite privée. (Très bien! très bien! à gauche et à l'extrême yauche.)

A droite. - Et alors ?

M. LK PRÉSIDENT DU CONSEIL. ^ Cc qu'il a rclevé comme nu manquement aux stipulations du Concordat, ce que tout ministère républicain aurait relevé comme lui...

A droite. — Non !

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — ... C'était la prétention du Saint-Siège de disposer du sort des deux évèques, d'agir isolément, sinon en cachette, sans prévenir d'un signe le Gouvernemenl français, bien que ces journaux t)ftîcieux aient soutenu faussement le contraire, sans engager avec le Gouvernement français le plus petit pourparler.

M. LK MARQUIS DE La Ferronnays. — Vous veucz de dire que cela ne; nous regardait pas !

LA POLITIQUK RELKJIEUSE 329

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Et Cela, luessieurs, le Saint- Siège l'a fait iiitentiomielleineut, délibérément, rompant avec tous les piéct'dents, et pour ctalilir un précédent destruclifde nos droits concordataires. (Très bien! très bien t à gauche et à l'extrême gauclw.)

M. DE Baudry d'Asson. — Il a bien lait !

M. Bernard Cadsnaï. — Et nous, nous allons mieux faire.

M. Paul Lerollk. — \ ous passez sous silence la note du 10 juin par laquelle le nonce vousavait informé des dispositions du Saint-Siège. Cette note, vous l'avez écartée.

A droite. — Vous l'avez escamotée !

M. LÉ président du conseil. — Jamais de la vie !

M. Paul Lerolle. — Comment ! le Saint-Siège vous a avisé dans la note du 10 juin que, s-il y avait lieu, selon lui, à déposition, il vous en informerait.

M. le président du conseil. — C'est sur nos protestations que cette note a été envoyée. Elle est donc postérieure aux faits.

M. Paul Lerolle. —Non ! Elle est antérieure à la rupture.

M. LE président du conseil. — Dans ces conditions, nous n'avions pas à nous enquérir de la réalité des faits imputés aux deux évêques.

Aussi pourrons-nous nous dispenser de nous prononcer à cet égard. Mais bien que nous ne nous soyons livrés là dessus A aucune étude spéciale, les suites données k ces deux affaires par la curie romaine nous autorisent d'émettre des jugements tout à fait impartiaux.

L'évoque de Laval a été mis en cause pour des relations suspectes avec une carmélite. (E.vclamatinns à droite. — Assentiment et rires li i//iiirl)e l't à fe.rt renie iiaiietie.)

330 t.v l'oi.nKjri; ukligieuse

M. Maurigk DiiTRKiL. — Cc ii'esl i)as vraiiiK'iil IVaiK-iis de, tenir un paroil lan^aji"»' <'i la trihiiin".

.4 l'i'.virènic f/((uche.— C'est di; votre cOt('! (|iie (;ela a élti dit.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL — Ce griol'. vrai ou faux — je le tiens, quant à moi, pour faux — remoulc à une date relativement ancienne. Vous ignorez ce détail. Le pape Léon XUl l'a connu en 1900, alors que les relation.s iut^riuiinées avaient cessé. Il .s'en est entretenu avec lévèque de Lavai, qui a fail à cette époque un voyage apostolique ad limuin, et il ue s'en est pas autrement inquiété, puisqu'il a classe l'affaire.

En tout cas, (juclque jugement qu'il en ait intérieurement |)orté, le pape Léon Xlll a sagement passé là-dessus.

Peut-èlre, messieurs, n'est-ce ))as de son plein gn'i (juc le pape actuel a réveillé une affaire réglée quatre ans aupara- \anl par son |)ri'(lécesseur.

(]eux-là mêmes qni le repré.sentent comme un |)ape essentiellenicnl religieux, en opi)osition avec Ir itorliai! moral qu'ils Iraccnl ûo. Lcoii XIII. comme d'un ))aite emincmnienl politique, n'o.s(Maient avancer (|n'il a \oulu désavouer son j)rédéces.senr, en adoptant mie conduite différente vis-à-vis de IN'vèque de Laval.

.M. LK (iÉNÉu.vL .lv:ui KV. — La (pieslion n'esl |)as là.

M. LE PRKSU)E.\T. — .M. le président du conseil est conslainmenl inlerrompu. .le \ous prie de le laisseï- patier et d'écouler en silence.

M. LE PRÉSIDENT DU coNSEH.. — Cc ([ui pnunf Cil soiniiie. que Pie X n'a pas pensé antremenl (pic Léon XIII sur les giiels dirigés couiic IV'\c(pic de La\al. c'csl (pTil a snfli à ce (Icniicr (rohicnipcivi' a la xolonli' du pape en se démetlant

LA l'OLITIoUE RELIGIEUSE 331

de son siège pour rccijDquérir du uumui' coup l'eslime et les bonnes grâces de la papauté.

En réalité, ce que Rome à poursuivi dans l'évêque de Laval, ce «pi'il a voulu cliàlicr. c'est sa snuuiissiou trop resix-ctueuse au Gouverneuieiit et aux lois de sou i)ays...

M. GnoussEAU. — Ce uest pas exact!

y\. LE l'KÉsiDEiNT iJi CONSEIL. — ...c'csl SOU refus lullial (l(^ se plier à des exigences anticoncoi'dalaires et de reconiiaiti-e publiquement la suprématie du pouvoir religieux à l'égard du pouvoir civil. (Appldudissements à (lanchc.)

M. Paul Lerolle. — C'est là une afflruiation que \ous ue basez sur rien !

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ou lui a dit. à Rouie, quaiul il protestait de la pureté de ses mœurs : « Ah ! s'il n'y avait que cela ! » [Rires à f/iniche et () Vextrème (/anche. )

M. Paul Lerolle. — En avez-vous les preuves ? Montrez donc où il a dit cela ! 11 vous a écrit qu'il était allé à Rouie pour soulager sa conscience.

M. LE Président. — Monsieur Lerolle, vous rendez le débat impossible ; je vous invite à garder le silence.

M. Paul Lerolle. — Ou ne peut pas admettre qu'où jjorle à la trilnme des afflrmalious de ce genre sans les étayer de preuves.

M. LE Président. — Monsieur Lerolle, vous répondrez si vous le voulez; mais vous n'avez pas la parole en ce moment, et je vous rappelle au silence.

M. Fernand de Ramel. — ('/est une al'lirinaiioii dcuiiee de toute preuve.

332 I.A l'OLlTIQUK HEMC.IEl'SK

iM. (U'NKt) d'Oknano. — Il nVst pas pciniis d'atliilmer au pappiiiio ppiis('e pan'illo!

M. LE PiiKsiDKNT. — Eucorc uiic fols. M. Lerollo ri'pondra s'il le désire; mais gardez le silence.

M. LE PRÉSIDENT Dt' CONSEIL. — Mais il y avait autre chose et une chose bien autrement grave: il y avait la correction de son altitude connue fonctionnaire de l'fitat : il y avalisa répugnance à enfreindre sur un signe du pape l'ordre de son gouvernement...

M. Pail Leholle. — Donnez les preuves de ce que vous dites.

M. LE PRÉSIDENT Di' CONSEIL. — Vous leiidez inexplicable la conduite du pape.

A droite. — C-omment?

M. Paul Lerolle. — Voulez-vous me permettn^ un mot?... Le pape cite devant le tribunal un évèque en sa qualiti'^ d'évèque. L'tivèciue donne sa démission : de ce moment même il échappe à la compétence du tribunal; par const'quent celui-ci n'avait pas à statuer; voilà pourquoi il n'est pas intervenu de condamnation et il n'y a pas de conséquence k en tirer.

M. LE PRÉSIDENT lu' CONSEIL. — 11 y avait en tous cas, au .su et au vu de tout le monde, ces âpres et implacables vengeances que l évèque a dt'peintes avec amertume dans ses épanchements plaintifs au sein d'un journaliste...

M. Paii. Lerolle. — Vous .savez bien qu'il a dt'inenti par deiiv fois le récit du journalLste. {Bruit à gdiicfie.)

.M. LE Préside.nt. — Monsieur Lerolle, voulez-vous donc rendre la di.scu.ssion impossible? •

.M. Pail Lerolle. — Je ne puis pas permettre...

M. I E Président. — Vous n'avez pas le droit d'interrompre. Il y a des orateurs inscrits. Si vous voulez rendre le débat impossible. dites-le et montrez-le. {ApphiiKUxsciiietitHà gauche.)

M. PaclLerolle.— 11 n'est pas admissible (pie l'on apporte à cette tribune un récit qui a été démenti.

>r. DE Bai'dry d'Assox. — Monsieur le président du const'il, Je ne vous laisserai jamais insulter le i)ape.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je uapporteàla tribune — la Chambre peut m'en croire — que des faits que je connais parfaitement. tApplaiidisKenients à gauche et à l'extrême gauche. — Bruil ii droite.)

Personne n'ignore que l'évèque de Laval s'est attiré, dès le début de son épiscopat, la haine de la faction royaliste de la Mayenne. (ApplaudisnemeutA à gauche.)

Vu nieiuhre à gauclie. — Non ! pas la haine, le mépris ! (Bruit.)

M. DE Baudry d'Asson. — Les royalistes valent mieux que vous, brigand! (Exclamations et bruit.)

M. LE Président. — Monsieur de Baudry d'As.son, je vous rappelle à l'ordre.

Il m'est impossible de vous laisser plus longtemps abuser de la tolérance que tous les présidents vous ont accordée jusqu'ici avec l'assentiment de la Chambie. Veuillez garder le silence.

M. de Baidry d'Asson. — Je ne laiï^serai insulter ni les royalistes ni le pape !

M. LE PRÉSIDENT Di CONSEIL. — II a détaché son clergé de la politique. Il l'a confiné dans l'exercice de son mini.stére,

334 I.A Pdl.ITInrK. HKI.HîIKUSK

et ce pays d'opinions arriérées... iE-rcloiiiations à riroilr ci an centre. — 7'r^.s bien ! très bien ! à l'extrême (faiicliej

M. DÉRiBÉRK-DEsr.AUDKS. — Je rtemanfle la parole.

.M. i.K PRKSiOKNT DIT coNSKU.. — (Iii sera peilKélli' l)lll< tolérant de ce côté (la droite) si je inodilie ma phrase. Je dis donc : « dans ce pays l'oyaliste »...

M. |)HRn{KitK-l)Ksr,.\RDES. — Je ne puis pas laisser passer, sans protester, les paroles que M. le jjrésident du conseil \ieni de prononcer.

M. LE Président. — Vous n'avez pas la parole.

M. Déribéré-Desgardes. — Mais, monsieur le Pré.sidenI !...

M. LE Président. — Faites- vous inscrire.

M. LE ijeutenant-colonel du Halgouet. — On n'a pas le droit d'insulter un département.

M. Déribéré-Desgardes. — M. le président du conseil a attaqué la circonscription que j'ai l'honneur de représenter. Je ne la laisserai pas insulter sans protester. (Applaudissements an centre et à droile. — Bruit à ganclie.)

M. Dutreil. — Je proteste au nom de tous mes éiecleurs et de 'toute la population de ma circonscription.

M. le président du conseil. — Je m'étonne vraiment qu'un député républicain me conleste le droit de dire qu'un depart(,'menl qui élit trois députés royalistes est un département dopinion arriérée. (Vives interruptions à droite. — Applaiidis.sements à f/nucfie.)

.M. DuTiîKU.. — Je piolesle contre cette affirmation. Je ne me suis pas i)n'senlé comme royalisle. mais comme ri'puhlicaiii. Vous afiirmez là une clKise contre laquelle je ni"ele\e énergiquemenl.

r.A l'ftl.niOCK UKLKHEUSE 335

M. |)kribkré-Des(;ardes. — Vous avez généralisé, monsieur le président du conseil. Vous avez une singulière façon de prt'parer le pays à la séparation de l'Église et de l'État. (Très bien! trèa bien! an rentre.)

.M. LE PRÉSIDENT DL' CONSEIL. — C'CSt cette faCtiOH QUi il

(IfMioncé l'évèque de Laval à la curie romaine ; c'est elle qui la dt'signé à la cougrégatiou du saint ofllce; c'est elle qui a fail ouvrir contre lui une instruction dépourvue de toute garantie sérieuse et d'ailleurs discréditée dans l'opinion l>ubli(iue par h* mystère dont elle s'entoure, non moins que par la façon dédaigneuse dont ou lécarte. après l'avoir mise en mouvement. (Applaudissements à (lauche et à l'extrême iiauche.)

.M. P.\UL Leroli.e. — Quel singulier langage !

M. LE PRÉSIDENT OU CONSEIL. — Messieurs, le cas de l'évèque de Dijon est tellement fantaisiste qu'on l'assimilerait volontiers à une pièce légère de théâtre, à un vaudeville, sans le st'rieux du dénouement. (Interruptions à droite.)

Quelqu'un, on ne sait qui, entend dire et répète que l'évèque est franc-maçon. Il ne fournit à l'appui aucun commencement de preuve, aucune probabilité, fût-ce la plus légère.

Il en est de même de ceux qui s'en vont racontant et propageant ce qu'ils ont entendu dire. C'est là une de ces rumeurs qui naissent on ne sait comment et qui font leui- chemin dans l'ombre, à la faveur de l'imbécillité des esprits. Et comme elles n'ont pas de racines, elles meurent un jour de leur belle mort sans qu'il soit nécessaire de faire le moindre effort pour les anéantir. Un mot leur a donné l'être; un mol W leur enlève.

Dès (|ne rr mot a été prononcé' par l'évèque de Dijon. l;i

;{;}(; I.A I'OIITIOIK RELICIEUSK

li'ficiidc lraiic-ina(;i)iiiii(Hi(' sVsl clciiilccl le rrcn- Ti'ois-l'uiiils. \o Iraiic-inaçoii ahlioiiV' des (l('V(»ls csl (Icncihi aussit(M. daiis l'ospiil fies mêmes gens. !r pirlal digix' pI resi)eclabl(' (iiii fera désoi-mais r('dili( ali(ui di's croyaids.

\(iiis (•(Hiiiaisscz. iiicssicins. W uu\\ sarr.-imciilcl (|iii a cliaiigé en (ir \mv le pldiiih \il de Tt-MM'lic de Dijiiii : c'est celui de démission. Tant (iiic lY'viviiic de Dijon a refusé de s'associer à la vioialion de nos lois concordataires, il a ('It' poiii- le monde callioli(iue un (thjcl de rcprohalion cl t\r douliMii'. Mais à peine a-t-il eu pratiqué la maxime chère à quelques-uns des membres de cette Assemblée, qji'il vaul mieux obéir à la curie romaine (pi'au gouYeniement de son i)ays. qu'il a été jugé pur de toute souillure franc-maconnique et qu'il s'est même placé phis liaii! (pie jamais dans l'eslime du l)ape et de ses fidèles.

11 y a pourtant une explication au renom diabolique que les sulpiciens du sénUuaire de Dijon avaient lait à leur é\èque, et cette explication, il est intéres.sant de la connaître.

L'évêché de Dijon \erse annuellement .35.000 fr. aux sulpiciens pour rentretien du séminaire. Jamais, ju.squ'à l'année courante, l'évoque n'avait demandé compte de l'eniploi des fonds; mais son attention s'éveilla et des in(puétudeslui \inreid. quand il apprit que le procureur de la congrégation s'était rendu acquéreur d'un petit domaine. Alor's il demanda aux religieux de lui soumettre leurs comptes. Évidemment, s(Md. un évêque francymaçon étail cai)al)le d'une pareille audace. On le lui lil bien \oir ! {liii'rs à uditchc.)

.M. Paul Lkuollk. — Ce soni de simples insinnaiioiis. sans pr(!uves el déjà démenties.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Si VOUS ajoutez à CG fait. •Idiit jo garantis la parfaite authenticité, que l'évèque de Dijon s'était tcini jusqu'alors en dehors des partis politiques, comme aussi des bravades lancées à tout propos et hors de propos par un très grand nombre d'évèques contre le Gouvernemenl de la République, vous concevrez sans peine la haine féroce que la réaction cléricale lui avait vouée. {Appltnidisxempiits à (jaiiche et à l'extrême gauche.)

Messieurs, il est à remarquer que cette hostilité religieuse, qui s'est as.souvie avec délices sur les deux évêques de Laval et de Dijon, s'étend à la petite portion de l'épiscopat qu'elle soupçonne de tiédeur pour les doctrines les plus farouches de l'ultramontanisme. Et ce n'est pas d'aujourd'hui que je l'ai notée. En 1895, chargé du ministère des cultes dans le cabinet de M. Bourgeois, j'ai pu suivre l'expression de ce sentiment dans les manifestations de la presse religieuse. Alors aussi l'évèque était montré au doigt, dénoncé comme un faux pasteur à la gent dévote, pour peu qu'il s'abstînt de comploter contre le régime républicain.

Il y avait bien peu de prélats qui osassent affronter pareille réprobation. Je me .«souviens que, quand je faisais dans ma pensée le décompte de ceux qui tâchaient de concilier leurs devoirs envers l'État avec leurs devoirs envers l'Église, j'aboutissais péniblement au chiffre de quatorze ou quinze. [Mouvements divers.)

Loin de s'accroître depuis lors, le chiffre s'est noiablemeiit réduit. Faut-il s'en plaindre ou s'en étonner?

S'en plaindre? Non, si l'on préfère la réalité à l'apparence- [Applandhsements à gauche et à l'extrême gauche.)

338 I.A l'Dl.lTIOl i; lîKI.K.lKIlSK

S't'ii tîUinncr? Moins encore, si Ton renechil (|M"nii senil)lable état de choses est la résultante loglcjne de la révolution iutérieure (jui s'est accomplie depuis trente-(|uatre ans dans le sein de l'Église catholique. C'est là. sans contredit, le côté le plus intéressant de la question (|ui se traite à l'heure présente dans cette enceinte. J'y viendrai tout à l'heure...

M. VA.VL Lerolle. — Avec la même élévation !

M. LE PRÉSIDENT uv CONSEIL. — A l'aborder de suite, il nous ferait perdre de vue l'objet direct de l'interpellation, et je dois avant tout démontrer à la Chambre, par des textes précis, que la conduite du Saint-Siège à l'égard des évêques de Laval et de Dijon justifie amplement le retrait de notre ambassadeur, parce qu'elle Implique la violation syst('matiquement voulue de notre droit public international et. dans des parties essentielles, de notre droit concordataire. (Applnntlhaements à gauche.)

Messieurs, s'il est une maxime universellement admise eu droit public international, c'est que l'envoyé d'une puissance (juelconque. ambassadeur, ministre plénipotentiaire, chargé d'affaires, ne peut avoir de rapports officiels qu'avec le gouvernement auprès duquel il est accrédité. Même la plus grande réserve lui est prescrite dans ses relations privées. La situation du nonce est celle d'un ambassadeur.

M. Grousseau. — Ce n'est pas exact.

.M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Elle ne lui confère aucun droit spécial ; elh? ne, le dispense d'auciiin' obligation (-(mmmiine.

S'il a des instructions à transmettre delà pari de son gouvernement à des membres du clergé, c'est par l'intermé-

LA POLITIQUE RELir.IKLSK 'XV.)

(liaiiv (lu ministre des cultes qu'il doit les faire passer. Tout autre mode de procéder est incompatible avec son caractère officiel.

Ai-je besoin, messieuis. de rappeler à l;i Chambre avec (jnelle fcimeti'. dans une ciiconstancc ((miiiie de \ous tous, un jit)U\erneinent modère, celui de M. Casimir-l'erier. a mainlemi ce principe essentiel de notre droit public, en menaçanl le nonce d'alors de lui remettre immédiatement ses passe-ports, s'il ne donnait pas au Gouvernement français la satisfaction désirée ?

Or non seulement nous n'avons pas olitenu satisfaction par le retrait de la lettre du nonce à févèque de Dijon, mais le Saint-SièKe a aggravé sa faute {luteirupHons et bruit à droite. — Applaudissements à (jnuche et <i l'crtrèwe (/OHClie) par des injonctions subséquentes, qui sont dans la forme et dans le fond, la négation la plus audacieuse de nos prérogatives concordataires.

De même, messieurs, pour révêque de Laval, le Saint- Siège a donné abusivement pouvoir au secrétaire d'une de ses congrégations cardinalices, que ni la Fi'ance des anciens temps ni la France des temps modernes n'ont jamais voulu reconnaître {Très bieu ! très bien ! à </t(uche). de sininiiscer dans une question de politi(iue religieuse qui ne peut être abordée sans l'accord préalable des deux gouvernements.

M. Paul Lerolle. — C'est une question de discipline.

M. le PuÉsiDENT DU CONSEIL. — La prlvatioii de son siège p(jur un évèque, ce n'est pas une question de discipline, c'est une question concordataire, une question de politi<iue religieuse.

:V»0 LA POIJÏlytJK KKLKilElJSF

Aux ternies de l'article 4 de la convention diplonialitinc du 26 messidor an IX, le Gonvenienient nomme les (!Vè(ines.

La ijapanté a l)ien ('(inivoqué de linil temps sur ce di'oil de nomination, (]u"elle a voulu rabaisser à un simple droit de présentation ; elle mettait sur les bulles presentavil et nominavit, quelquefois presentavit seulement. De tout temps aussi le Gouvernement français a repoussé rinter|)r('tation arbitraire de la papauté.

Mais, messieurs, même toute controverse sur ce poinl-là mise à part i)oui' Tinstanl, n'est-il pas manifeste que. si IViitente des deux pouvoirs est indispensable pour faire un évêque, elle n'est pas moins indispensable pour entamer une procédure en vue de défaire ou simplement de modilier ce que l'entente a fait? {Très bien ! très bien! à gauche.)

Tout contrai (lui stipule une entente \)(mv faire stipule Implicitement la même entente pour défaire, à moins qu'il ne contienne quelque clause spéciale visant cette dernière éventualité. Or, la convention du 26 messidor an IX ne contient aucune restriction, aucune clause particulière dont Rome ait pu arguer pour se conduire comnx' elle l'a fait.

Le Saint-Siège a violé manifestement la convention; il a entrepris avec un sans-gêne impardonnable sur nos droits les moins équivoques, quand il a voulu coidraindre un évêque français à se démettre de son siège, sans entente préalable avec son gouvernement. Et c'est vraiment forcer un évêque à se démettre de son siège que de le })lacer dans l'allernalive de renoncera la nomination (|u'il licnl de son gouvernement, ou d'être frappé par .son chef spirituel de peines canoniques entraînant une incapacité épiscopale. (Très bien .' très bien ! à (/anche.)

LA POLITIQFK KKLIGIKUSK 3il

M. Pail Lkkolle. —On lui a flomaiidc^ seulpincnt devenir s'expliquer sur les accusations portées contre lui.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Messieui's. si le Saint- Siège montre un tel mépris pour la lettre comme pour l'esprit du Concordat, on ne sera pas surpris qu'il professe le même dédain ou un dédain encore plus accentué pour les articles les plus importants de la loi organique du Concordat. Je n'exagère pas eu disant qu'il n'est pas un .seul de ces articles, dans le nombre de ceux qu'une sage prévoyance destinait à protéger les droits de l'État contre les usurpations de la papauté, qui ne soit tenu par elle pour non existant ou sans valeur. S'il faut vous en donner la preuve, je n'ai que l'embarras du choix.

Il est dit H l'article 1" qu'aucun écrit, aucune expédition de la cour de Rome, même ne concernant que les particuliers, ne pourra être reçu ni mis k exécution sans l'autorisatitju du Gouvernement. Et toutes les semaines, parfois tous les jours, nous li.sons dans les journaux religieux tantôt un bref du pape, tantôt une lettre du secrétaire d'État, qui non seulement ont passé par-dessus la tête du Gouvernement, mais qui contiennent le plus souvent, au moins implicitement, une censure des actes du Gouvernement. (Appliniflisnemrnts li gauche et à l'extrême gnuche.)

M. Charles Benoist. — Monsieur le président du conseil, vous paraissez oublier que le journalisme a <'»té inventr'' depuis lors.

M. le président du (X)NSEiL. — Il est stipule, à l'article 2. que le nonce ne pourra exercer sur le sol français aucune fonction relative k l'Église de France. Et vous savez ce (|u'il

342 I A POLITIQUK IIELIGIEUSE

est advenu sur ce point (le notre protestation coiitrc l'iiitcrvenlion du nonce dans l'alîaire de l'évèque de Dijon.

^]. Groussau. — Ce n'est pas une disposition du Concordat.

.M. LE PRÉSIDENT 1)1' coNSKM.. — L'article lo aboli! tout privilèfie portant exemption ou allriliulioii de la juridicliou ('piscopale. Et .M. Buisson \oiis a appris, dans la discussion du projel de loi su)- la siii)pressioii de l'eiisei^iienient con^rejianiste, comment Romeéludail. dans l(^s constitutions des congrégations reli^^ieuses. celle disi)osition précise de noire léfrislation.

Larlicle t.") confère aux métropolitains la connaissance des réclamations et des plaiides fonnulées contre les décisions de leurs suffragants. Et journellement Rome anmiie, de l'ait, cette prérogative de nos archevêques, en évoquant devant elle, sans nul souci de nos représentations vingt fois rt'pélées, les plaintes élevées par des desservants contre leurs évèques.

L'article 20 fait aux évèques une obligation de se munir de l'autorisation du Gouvernement pour se rendre à Rome. Et vous avez pu juger par les deux affaires de Dijon et de La\al jusqu'à quel point Rome se moque de cette prescription.

L'article 6.'$ attribue expressément à l'évèque la nomination des desservants, de même que l'article 31 lui donne la facultti de révoquer les vicaires. Or, par un empiétement non moins insupportable que les autres et contre lequel toutes nos protestations sont demeurées Impuissantes, Rome s'arroge le droit de se faire juge des nominations de desservants.

Et l'on a eu un jour, il n'y a pas longtemps, le spectacle passablement curieux d'un l'vèque aussi ardemment antigouvernemental qu'il est fougueusement ullramonlain, con-

LA l'OLIÏlgUE RELIGIEUSE 3i3

Oaiiiiit' par uiu' coii;^régatioii cardinalice à, pa> er à un dessciv.nil. (|iri] avait déplact' itoiii' ddnner salisfactiun à l'opinion publique, une rente annuelle de 400 fr. pour le motif très posilif l'I très charnel que la nouvelle paroisse était d"nn rendement pécuniaire inférieur à lancienue. {Exclamât ions à (jiinchc)

Messieurs, il n"est certainement dans cette enceinte aucun républicain qui napprouve le GouvernemenI d'avoir voulu tenir la main, autant qu'il était en lui. à l'ol)seivati(tii deces articles. J'espère donc qu'il ne se trouveia aucun répui)licain pour blâmer le Gouvernement d'avoir sifinitié au Vatican la rupture des relations diplomatiques eu manière de protestation suprême contre Les violations systématiques et obstinéesdu pacte, concordataire qui est le fondement et la raison même de ces relations. (Applaudissements à yauche et à l'extrême gauche.)

On m'objectera peut-être que ce n'est pas la première fuis que de semblables violations ont lieu sans entraîner des suites aussi séiieuses, et, tout en faisant observer que c'est la première fois qu'elles offrent un caractère aussi grave, paicf^ qu'elles affectent l'article capital de l.i ((iiixciilidii d des arliiii's essentiels de la lui du 18 jicniiinat an \. je n'pondrai que plus ces violations ont été fréquentes dans le passé, plus enfin elles doivent nous paraître intolérables. {Applandissemcnts à Vexttème gauche et a gauche.)

La République a supporté pendant trente-(piatre ans ce que les monaichies qui l'ont i)récédée n'auraient pas supporté la dixièmu [lai'tie de ce U'm[)<.iAiJj)laudissemenl^snr les mêmes bancs.)

;J44 I.A l'OUTKjUK llKLKilEUSE

Il est vrai que le sysUMiic! do gouveiiienieiit des monarchies, |)lus (lu moins en harmonie avec les théories ulliamoiitaiiies, leur a valu de la pari du Vatican des niiuiagements que la i{éi)ui)li(iue n'a pas connus, {l'roiesidtions à droite.)

Sous le régime politique aciuel, les violations du Concordat par le pouvoir religieux ont été, pour ainsi dire, incessantes. Kvèqueset prêtres semlilent s'èlre donne le mot pour lasser la patience du parti républicain. (Apjjldiulissementa à l'extrême ycuictie et d yduche.)

Nous trouvons la main de l'épiscopat dans toutes nos crises politiques, depuis le 24 mai et le 10 m;ii jusqu'au boulangisme. [Très bien l très bien ! sur les mêmes bancs.)

Nous relevons par centaines les lettres pastorales qui contiennent de véritables déclarai ions de guerre au Gouvernement.

Quant au clergé inférieur, j'en appelle à vous Ions, messieurs de la majorité, ne l'entendez-vous pas tonner tous les dimanches, du haut des chaires, contre nos institutions et nos lois? [Interruptions à droite.— Applaudissements à yaurhe et à l'extrême gauclie.)

Ne le voyez-vous pas, à chaque renouvellement électoral, se lancer dans la lutte et mettre son crédit officiel au service de la réaction ?

M. LK coMTK i)K L.\ BouRnoNNAYK. — .Méuio pour Ics pays les plus arriérés, c'est absolument inexact.

M. Lucien Millevoye. — Ils n'ont pas fait voler pour vous? {Sourires au centre.)

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ah, luessicurs, ce n'est pas imi)unément que le régime politique actuel s'est inspiré des

LA POLmyUE RELIGIEUSK 345

principes HiiiaiRipateurs de la Révolution! Ce n'est pas impuiienieiil <|ii(' la République s'est appliquée à se séculariser, à se libérer de toute sujétion dogmatique, à diriger sa marche A ers l'idéal de la société laïque.

M. LE GÉNÉRAL Jacquey. — L'idéal, ce sont les trois points.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Lc Cléricalisme, ce cléricalisme raillé par M. Groussau, s'est dresse; toujours contre elle en ennemi implacable, usant et abusant de la situation officielle que nous lui avons donnée. Voilà deux ans surtout que nous assistons à un véritable dévergondage de manifestations haineuses. (Exclmnatiom à droite. — Très bien! très bien ! ri ytincke et à l'extrême gauche.)

M. GAYJtAUD. — Qui les provoque?

M. Paul Lerolle. — ('/est sans doute le clergé qui ferme toutes les écoles municipales ! C'est par trop fort !

M. le président DU CONSEIL. — Nous avons eu la témérité d'appliquer aux ordres religieux la loi des associations. Aussitôt on a appelé à la rescousse tout ce qu'il y a dans le pays de fanatisme et d'ignorance. (Applaudissements à gaucfie et (I l'extrême gauche.)

Un membre à droite. — Toute la science vous applaudit.

M. Charles Benoist. — Vous avez contre vous toute l'élite intellectuelle du pays.

M. LE président du conseil. — On nous a accusés, sous ce prétexte, de vouloir attenter à la religion. .Messieurs, je ne vous défendrai pas d'une pensée que vous n'avez jamais eue; ce serait inutile. (Interruptions à droite.)

M. P.'^UL Lerolle. — On le disait ixiurtaiit assez clairement hier.

34(1 LA l'Ol.llliJLI. UKI.KUKl SI.

M. i.K i'i(,::sii)icNT 1)1 CONSEIL. — 1)(' SDii (•("ilc. \i' S.'iiii t-Sii'';;('. sans se soucier le moiiis du iikhhIi' (r.'iccdrdcr ses propres COUCOplious a\ec les lois exislaiitt^s el la realile (les clioses, a l)ris fait el cause poui' les coii^frégalioiis. couiuie si elles faisaient parlie inleiiiaule de Tf^^lise de France. Alors (juo le (iouverneuienl consulaire selail rtdiisé péreniploirtimenl h faire enireidans le Concordat los inslituls relij;ieiix abolis par la Réxolulion. alors gue ceux de ces instiluts qui ont été autoiisi's par les ^oinei iieuienls sui).sé(iuenls u"out dû leur \ie loyale (pi à la \oloiile du iwuvoir ci\ il. le pouvoir relij.àou\ a dénié le droit de les dissoudre à la v(tloiile iiièiiie (pu les avait fait iiaiire el pai'Ioul ou ])res(pie paiioiil il s'esl insiirjié coiilre les décisions rendues à ce sujet |)ar laChanibre.

Cardinaux, arch(m'(pies el (ïvèques se sonl concertés, en dépit des prohibitions les ijlus formelles de noire h'^fiislation, jKMir accomplir auprès du ciiet de l'f^lat el ;i reiicoiiliv (U\ ministère, en laveui' de ces insliliils autorises ou non. les démaiches les plus inconstitulionnelles. ils on! coiiveri de leur proleclion. lis oui encoura^ié dans uiu; résistance coupable les cou)j,reyations rebelles à la loi. [ [iiplaiulisxriiinih n (luiiilir et (I rr.rhhiir (iniicliiw

W. (iAVitu II. — C"esl n\\ coule bleu.

\1. \.K i'i!,..sii)i'.\ I' m coNsiai., Kii Ibel.i^ne. monsieur (i,i.\ laiid, ils ont a|)piou\c. ils(»iil loiiedes souleveineiils pro\o(pii's par leiiis pailisans. de \eiilaliles i.'iilalivcs (reiiieiile coiilre raiiioiile civile. \ .\i>itlinnlis'<rini'iih n (j/iiiclic cl ii l'c.il n'iiir (liiiic'ii'.] ils oui piihli.' dans le iiièiiie ordre d'idées {W<. iiiaiidi'iiieiils aussi iiijuiii'UX dans la r.iiiiie pour le (ioii^eiiieiiienl «pie coiiIimIivs daii^ le loiid aux iiia\iliie> de noire d loi 1 piililic.

Messieurs, le mal, quelque grand qu'il fût, au regard des rapports entre rÉglise calliolique et l'État, aurait pu se réparer, si le chef spirituel de l'Église avait interposé sou autorité supérieure dans les formes concordataires, s'il avait arrêté les emportements des évoques ou simplement s'il avait rappelé ces prélats au seutiment de leur devoir.

M. Paul Lerolle. - Vous ne voulez pas qu'il communique avec eux.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — C'était trop attendre de lui. Non seulement le Saint-Siège n'a rien dit ni rien fait pour calmer les passions qu'il avait contribué à déchaîner ; mais il a tout fait pour les exciter encore. (Très Ment très bien! à l'extrême gauche et à gauche.)

Je pose en fait qu'il n'est pas un seul journal fondé pour combattre la politique républicaine, pas une revue inspirée par la haine des principes fondamentaux de notre société qui ne puisse se vanter à l'heure actuelle d'avoir été honoré de l'approbation explicite du Saint-Siège.

Même des distinctions spéciales sont résenées aux publications les plus violentes, par exemple, à celte Croix qui fait métier de baver sur tout ce qu'il y a de respectable et d'honnête dans le parti républicain. {Exclamations à droite. — Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)

M. Paul Lerolle. — Comparez à cela les injures dont nous sommes couverts tous les jours et les idées que vous exprimez dans vos discours et que vous professez dans vos doctrines !

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Le pape tout récemment a voulu se donner le plaisir de la féliciter de ses mains.

Messieurs, une courte phrase peut résumer cette situation

348 LA l'OLlTlgUE RELIGIEUSE

la jKipaiilc (Ml iisi! iii;uiil(!iiaiil av(3C la France coiiiiiic avec un pays coïKjuis. {lUres ironiques à droite.)

M. IJejeantr. — Mais c'est la véiilé, iiialheurensciiHMil !

.M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Daiis Mil (le ses (Iciiiieis

écrits, (3lle appelU^ ces façons cfayir : déleudre la liberh^ de lÉglise.

Ali ! vraiment, c'est dtifendre la lil)eilé de rKglise tpu! de la dégager de toutes ses ohligations concordataiics einers l'État, en laissant Iranquillenient au compte de l'État toutes les charges généreusement assumées par ce dernier? (Mourcments divers.)

Et notamment ce bndgtîl des ciillcs....

M. dh: Gailhaud-Bangel. — C'est une restiliilioii.

M. Paul Lkholle. — Ce que vous dites là est d'une audace inouïe.

M. LE PKiisiDENT DU C(jNSEiL. — Et uotammeiit ce budget desciilU's. délie prétendue de la. nation, an diiv de M. Kngerand....

M. Feunand Enoeuand. — (>'esl très vrai.

.M. LK PltKSIDENT DU CONSEIL. — ... eu r('alil(! Cl (laiis la pensée des deux ailleurs du Concordat. gag(^ d'alliance eiilr(! (Irii\ despotismes {liitfilaadissenienis à (i/iiirlic cl à l'exArènic Uiiiiche), ce budget des cultes ipii est inonle progressi\eiiieiit du chiffre inliinc de ses débuis à la .somiiK! roiideN.'lle de 40 millions !

Vraiment, c'est défendie la liberté de l'Église que de \oiiloii- régentei' noire politi(pie extérieure, comme le Saint- Siège a tenté de le faire à l'époque du voyage Cin Piésideiil de la République en llaiie? C'esl défendre la liberle de

TÉglise que de déiioiicer le chef de l'État français aux puissances de l'Europe connue coupal)le d'un crime? (Vifs applau- (Usaements à uanclie et à l'extrême gauche).

Et c'est prohablemeut aussi cimeuter le Concordat que d'appeler l'animadversiou des catholiques sur le représentant de l'un des deux pouvoirs qui out signé le Concordat?

"S'raiment, c'est défendre la liberté de rÉglise que de réclamer pour elle la direction tU' notre politique intérieure, sous forme d'un véritable dioit de veto en matière de législation? (Intcrniptions aiir divers bancs à droite).

M. (jRorssAU. — Conuncnt cela?

.M. LE PuiôsiDENT Di CONSEIL. — Sous foinic d'uiic condamnalinn de certaines de nos lois, si v(ms voulez.

Messieurs, on comprend alors que. p(jur délcudie. avec chance de succès, une liberlc ainsi entendue, le Saint-Siège ait senti le besoin d'avoir la haute main sur le recrutement de l'épiscopal, alin d'être bien as.suré de grouper autour de lui .sans hé.sitation possible toutes les milices ecclésiastiques. Telle est. en effet, la raison de sa conduite, quand il viole Tarticle du Concordat qui garantit au Gouvernement la nomination des évèques. De l'aveu de tout le monde, cet article est la pierre angulaire de 1 editice concordataire.

Or, messieurs, (piand nous notifions au Saint-Siège la promotion à l'épiscopat d'un sujet connu tant .soit peu pour son libéralisme et choisi parmi les sujets les plus désignés par leur position, leurs mérites ou leurs services pour les fonctions épiscopales, Rome nous répond à peu près Inva^ riablement qu'elle ne peut adhérer à cette nomination, sans même motiver son refus, ou. par exception, en le motivant

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