Lerolle. — Où avez-^ nus vu cela
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — MeSSlt'UlS. 011 UC UégOClC
pas avec un pouvoir ainsi constitué.
M. Lucien Millevoye. — Et le conseil eu faveur du ralliement ?
M. le président du conseil. — 11 faut le subir dans toute l'étendue de son domaine ou l'écarter résolument de la sphère civile et politique. (Applaudissenients à l'extrême gauche et à gauche.)
Tous les ministères qui se sont évertués depuis 1870 à entrer en colloque avec lui pour l'amener à reconnaître les droits du pouvoir civil inscrits dans notre législation concordataire y ont perdu Imi temps et leur peine. (Très bien! très bieni à l'extrême gauche.) Ils ont en vain discuté sur les textes les plus iirécis en apparence: ils ont en vain institiu' des controverses sur le sens réel des mots les plus usuels. La controverse a dû finir par lassitude, en des commentaires divergents. (Très bien! à gauche.]
3o6 lA. l'oMTigi i: inxniiKfSK
Messieurs, s'il est parmi \oiis dos lioimiies qui rêvent de négocier encore avec le Saint-Siège, soil pour le décider à une (ji)servaUon loyale du Concordat, soit pour conclure avec lui un Concordai nouveau (pii consacrerait les droits de souveraineté de l'État, ceux-là, qu'ils me permettent de le leur dire, ignorent tout de l'Église et de sa constitution présente. {ApplaudlssemenU à (/anche et à l'extrême (jauche.)
M. Chaules Benoist. — Vos longs séjours à Rome vous ont sans doute appris à la connaître ?
M. LE pRÉsioENT DU CONSEIL. — EU admettant qu'ils parviennent à jeter les bases d'un inodm viirndl quelconque, je leur prédis, .sans crainte de me Iromper, qu'ils seront fatalement et tout à la lois dupes et comi)lices. (Applamlisfiements à l'extrême gauche et à (/auche.) Dupes des çlau.ses destinées à sauvegarder des droits de souveraineté que la doctrine catholique repousse, complices de ^e(lui^oque inavouée qui condamnera leur gouvernement à une impuissance finale. {Nouveau. r applaudissemeatK.)
Quant à moi. messieurs — je le déclare hautement à la Chambre et au i)ays — je ne veux être ni dupe ni complice. (Applatidissements à gauche et à l'extrême gauctie.)
Je n'entends pas taire peser sur les consciences catholiques des sujétions morales su.sceptibles de les révolter. Mais je n'entends pas davantage me prêter à des accords, les seuls possibles, (pii outrageraient ou supprimeraient par prétérition les droits inaliénables de l'État. {Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)
J'entends (pie l'État reprenne vis-à-vis des Églises sa complète indépendance, en mèuK! temps (piil assurera aux asso-
ciatious it'liyifuses l;i lilx'ik' du cullc dans la plus large luesnie. mais daus uue mesure (•(iiupatible avec nos autres libertés publiques. {Apptauflissemerits à gauche et à l'extrême gauche.)
La traiisitidu est délicalc. M. Desebauel le disait éloquemmeut daus sou discours : je le reconnais avec lui. Elle exige, pour que la séparation des Églises et de l'Èlat s'opère sans secousses fâcheuses, sans agitations motiYées. sans plaintes légitimes, tant à l'égard des personnes qu'à l'égard des édifices affectés aux cultes, de justes ménagements. (Trè^ bien ! 1res b'u'u! à gduclu'.)
Et c'est dans ce sens que je m'expliquerai devant la œmmission de la séparation des Eglises et de l'Etat.
Messieuis. j'aurais ItM-miné. s'il ne me paraissait opportun d'ajouter eucore un mol en réponse au dernier orateur qui a parlé à cette tribune.
(^n a essayé de rendre le président du conseil responsable de la situation présente.
Les orateurs de la droite, notamment .M. Groussau, ont la il )jorter sur ce point le principal effort de leur arguineulalion. ils mont représenté comme ayant provoqué de propos délibéré, en vue d'une séparation préméditée des Églises et de l'Etat, les occasions de conflit avec le Saint-Siège. Ils m'unl nionlic ni'acheminant lentement et sûrement depuis deux ans à une rupture des relations diplomatiques, doni les aflaires de Dijon et de Laval n'auraient été qu'un prétexte plus ou moins habilement ménagé. '
Permettez-moi de rétal)lir la vér'ité sur ce point avec la plus grande franchise.
338 LA poLinytE ji^ligielse
J otais certainement, quand j'ai pris le pouvoir, comme nu très grand nombre, sinon connue la majorité des républicains, partisan, eu principe, de la séparation des Églises et de l'État. Je l'étais depuis lougtemps,et je ne m'en suis jamais caché. En 189"). (piaud j'ai eu à diriger le ministère des cultes, j'ai fait conuaitre cette disposition de mon esprit au nonce d'alors, tout en lui déclarant que Je ne croyais pas l'opinion républicaine encore acquise à cette n'-forme. et que. dès lors, je n^gardais comme un devoir de i)rol)it(' politique de respecter et de faire respecter loyalement le Concordat. (Tièsbiculfrés bien! à i/auvhr.)
L'année dernière, quand M. Nisard, à la fin de sou cong(; liabituel, m'a rendu visite avant de rejoindre son poste. Je lui ai dit, ot je lai autorise; expressément à le redire au pape, que, tout en étant partisan de la séparation de l'Église ot (le l'Étal, je ne croyais pas qu'il y eût alors dans les Chand)res une majorité prête à la voter, mais que le Saint-Siège et les évèques faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour réunir cette majorité. (Avplmulmements à owiche.)
Messieurs, si c'est préparer une rupture que de la prévoir, je l'ai préparée, puisque je l'ai prévue. Mais je n'en suis pas plus responsable (pie ne le sont tous les hommes impartiaux et réfléchis (|ui l'ont entrevue comme iuévital)le i\ travers les violations Innombrables du pacte concordataire^ qui remplissent l'histoire de nos dernières années. La responsabilité en incombe tout entière au Saint-Siège. Après avoir asser^i l'Église, le Vatican aspire publiquement à asservir l'État. {ApplmuUssementft à gauche. — Bruit à droite.)
M. Paul Lerollk. — Nous protestons contre celle parole, qui est un outrage au Saint-Siège et h la re'alité.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je liai pas voulu l'y aider par mou silence ou mou inertie, sous le iirélexte vérilablemeut trop commode de conserver à mon pays uu semblant de paix religieuse, qui ne serait qu'une abdication sans honneur et sans profit pour la Rt'publique. (Applaudissements à gauche.)
Les journaux religieux se plaisaient, il y a quelques semaines, à évoquer, par manière de métaphore, le souvenir de Ganossa. Ils annonçaient même — ils ne l'aunoncent plus aujourd'hui, — uu Cauossa nouveau et prochain, en même temps qu'ils essayaient d'égarer l'opinion publi(iue et de faire illusion aux républicains de la Chambre et du Sénat sur les dispositions, prétendues conciliatrices, du Saint-Siège: comme si le Saint-Siège pouvait se désavouer et désavouer sa doctrine constante en matière de juridiction souveraine sur tous les diocèses et d'indépendance absolue dans ses relations avec .ses évoques et .ses lîdèles. {Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche).
Messieurs, ira à Cauossa qui voudra....
M. LE MARQUIS DE La FERRONNAYS. — \ OUS llCZ \OUS-
mèine.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — .... c'cst UU vovage que ni mou âge ni mes goûts ne me permettent d'entreprendre. (Vifs applaudissements répétés à gauclie et à l'extrême gauclie. — L'orateur, en regagnant le banc du (iouvernement, est félicité par un grand nombre de députés).
A la suite de ce cliscoiJis.qiielH majorité répulilicaine acclama, un ordre du jour de confiance fut voté par la Chambre par 318 voix contre 230.