‹ Une deuxième campagne laïque, vers la séparationChapitre 3 sur 71 · PAR LAUTEIK DES DISCOURS IX · texte numérisé non relu

PAR LAUTEIK DES DISCOURS IX

accord avec le pouvoir religieux, tendait à libérer la société civile dans l'exercice de ses droits les plus essentiels de toute intervention de ce pouvoir, de même qu'il était évident pour lui, comme pour tous les esprits attentifs à son action gouvernementale, qu'en brisant l'indépendance des congrégations, en les assujettisant à leurs évêques, contrairement à leurs propres statuts, en légiférant sur elles au même titre que sur les autres associations, il portait un nouveau coup et un coup décisif à la doctrine des Concordats en matière de politique religieuse.

Les actes du dernier ministère prêtent à des réflexions analogues. Tous, du premier au dernier, relèvent de la même conception révolutionnaire, qui considère le contrat social comme un simple produit de la volonté humaine et le place légalement en dehors et au-dessus des dogmes et des communions religieuses. Je ne m'étendrai pas ici sur les principes directeurs de sa politique. On les trouvera tout au long exposés dans l'article de revue qui sert d'introduction à ce volume de discours et, mieux qu'exposés, on les trouvera réalisés dans les discours. On pourra les juger ainsi en connaissance de cause, d'après l'application qui en a été faite.

Une seule particularité, mais une particularité bien piquante, mérite en ce moment de retenir l'attention ; c'est que la séparation dès Églises et de

X PnKFACE

ri-^lat a i^^agiK' d'autant i)liis dans l'cipinidn i)iilili((MO que le Concordai a été plus loyalPiuenl el plus strictement appliqué par l'Etat. L'organisation religieuse qui paraissait être la plus [)ropre à garantir l'accord du pouvoir religieux et du j)ouvoir civil, a été l'instrument le plus efficace de leur désaccord et la cause la plus déterminante de leur rupture. Réclamer l'observation honnête et légale du Concordat équivalait pour le dernier ministère à le faire déchirer par le pouvoir religieux. Car il n'est pas un seul article de ce contrat séculaire, j)armi ceux qui reconnaissent quelque droit au pouvoir civil, qui n'ait été enfreint des milliers de fois i)ar les représentants de l'autre pouvoir. Ces derniers s'estimaient tellement assurés de l'impunité pour toutes les transgressions qu'il leur arrivait de commettre qu'on aurait pu s'imaginer, en les voyant opérer avec tant de sans-gène, qu'ils mettaient une sorte d'amour-propre, une véritable émulation à les mulli|ilier. Ils étaient frappés à cet égard d'une sorte d'aveuglement, ne concevant pas ou ne voulant pas concevoir que chaque coup porté au Concordat, en faisant ressortir plus manifestement son impuissance, devait rejeter ses propres partisans, non moins que ses adversaires, vers la dénonciation d'un traité ainsi convaincu d'ineflicacité.

PAR L Al'TErR DES DISCOURS XI

C'est en assistant continuellement au s|)ectacle de CCS \iolations infatigablement répétées que la iloc trine de la séparation des Eglises et de l'Etat a recruté des adhérents chaque jour plus nombreux et s'est imposé à l'opinion publique avec une force maintenant irrésistil)le. Ainsi le pouvoir religieux, en traitant le Concordat en ennemi implacable, a contribué plus que les partisans les plus déterminés de la séparation à la réalisation très prochaine de cette réforme. Je dis très prochaine et je ne crains pas de répéter le mot presque à la veille du jour où la Chambre des députés aura terminé la discussion de ce sujet impoitant entre tous.

Vainement le })Ouvoir religieux, qui s'indignait jusqu'ici qu'on pût exiger de l'Église catholique qu'elle se soumît aux prescriptions concordataires, notamment aux fameux articles organiques qui consacrent certains droits imprescriptibles du pouvoir civil, s'est ravisé à la vue du péril imminent où ses insolentes prétentions ont jeté le Concordat. Vainement, il annonce ou, ce qui revient au même dans la circonstance, il laisse entendre qu'il composerait volontiers avec l'Etat sur la base de ces articles. Vainement, pour se soustraire au reproche pourtant bien mérité d'avoir mis en pièces de ses propres mains le pacte concordataire, il accuse le

MI PHEK.\(.K

gouvernemeni Iraiwais d'avoir seul failli aux enj^agements de ce pacte, sans oser et, pour dire plus, sans pouvoir citer un seul manquement qui puisse être porté au compte du pouvoir civil. C'en est fait du Concordat et de son autorilé morale. 11 n'a pas |)lus de valeur ([u'un chiffon de papier représentant un ancien traité de paix anéanti par une récente déclaration de guerre. Il n'est pas de ministère, fùtil composé des progressistes les i)lus inféodés au parti clérical, qui puisse rendre la moindre valeur à ce misérable chiffon de papier.

Vainement encore le pouvoir religieux appelle-t-il à son aide tous les partis d'opposition pour retarder l'échéance fatale d'une solution qui le désespère. Vainement, par un reniement singulier de son système absolu de gouvernement et par un hommage inattendu rendu au système démocratique, réclame t-il une consultation générale du pays, afin que les Chambres ne se prononcent que conformément à la sentence émise par le corps électoral. Vainement nous menace-t-il, comme il a été dit plus haut, d'insurrections locales, de coups de fusils, si nous n'ahandonnons pas aux paroisses, sans condition, les édifices du culte. Ces coalitions d'hostilités, comme ces menaces impudentes, se heurteront à une résolution inéhranlablement arrêtée dans l'esprit de la inajoriti' républicaine

Page 1