LA CIUCULAIHK AUX PRÉFETS
s(3ij^aent, ces honinies des cuiiiinimes, ce sout des hommes dévorés d'ambilion el d'envie ! »
De quel droit leuez-vous un pareil langage, si vous ne les connaissez pas? (Applaudissements à l'extrême gaucfic et à gauche.) De quel droit, après tout, atlriljuez-vous au système ce qui peut être, dans certains cas, la faute des hommes qui le mettent en usage ?
Non, ce n'est pas un vain mot que la responsabilité du préfet ou celle du sous-préfet, et, lorsqu'il arrive que par imprudence, par légèreté, pai' manque d'informations suffisantes, le sous-préfet induit le préfet en erreur ou que celuici trompe le ministre, le châtiment est alors facile et il ne se fait pas attendre.
Mais la rareté de ces faits vous montre, messieurs, que l'immense majorité de nos administrateurs se conduisentdaus ces questions avec toute la prudence et toute la discrétion désirables. Vous ne pouvez les atteindre que par des accusations en l'air, des suspicions indignes d'un honnête homme, qui ne doit pas attribuer à autrui des sentiments qu'il repousse lui-même. {Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)
Au fond, à quoi tendent toutes ces critiques? Car enfin, il faut bien le dire. M. Ribot me reprochera encore de parler de portefeuille à tout propos. (Exclamations à droite); mon âge et les travaux que j'accomplis depuis deux ans et demi devraient me mettre à l'abri d'un pareil reproche.
Non, ce n'est pas mon portefeuille qui me préoccupe ; j'en ferais bon marché.
M. LE COMTE DE La Rochethulon. — Yous ue parlez que de cela.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je 110 parle que .de cela, dites-vous. Pourquoi donc? Parce que derrière ma personne il y a une p(>lili(|ue .. {Vifs applaudissements à gauche et à f'e.rtrème gauche), et si ma personne disparaît, vous le savez bien, cette politique s'évanouira avec elle. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs. — Mouvements divers.)
M. DE l'Estourbeillon. — Alors, vous êtes l'homme indispensable?
M. LE président du conseil. — Vous imaginez-vous qu'en tenant ce langage, j'aie la fatuité de penser que j'incarne la politique ?
Vous nio coruiaissez bien lual ; ce n'est point ma pensée, vous le savez bien : mais le jour où je disparaîtrais dans une de ces coalitions parlementaires, comme il s'en noue depuis un an... (Vifs applaudissements à gauche et à l'extrême gauclie), vous savez ce qui disparaîtrait en même temps !
Voix au centre et à droite. — Les mouchards !
M. LE président du conseil. — Ce qui disparaîtrait en môme temps, c'est la politique que je représente, parce que, eu même temps et par le même fait, disparaîtrait cette majorité républicaine... [Applamlissements à gauche et à Vextrême gauche. — E.vclamations au centre.)
Oui, c'est la majorité elle-même qui se trouverait atteinte; car entîn, à moins de violer les règles coustitutionnelles, il faudrait bien appeler au pouvoir les représentants d'une autre politique. Eh bieu ! à ce moment, que deviendront les groupes de la majorité ? {Rires au centre, à droite et sur divers bancs à gaucfie. — Applaudissements à l'extrême gauclie et à gauche).
400 LA CIHcriAlIiK AUX l'HKKKTS
M. LI-: 1)1 (; DE Rouan. — Et les bui'(!aii\ de tabac? et les bous dîners ?
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — \'ous lie iii'tMiipôcherez pas, messieurs, par vos exclamations et vos rires, qui ont la prétention d'être ironiques, de dire ma pensée tout entière. {Parlez ! parlez t)
On espère, par une conjonction des centres, arriver à la
formation d'une majorité nouvelle. On se berce de cette douce
illusion. Eh bien ! soit, messieurs. Quelle sera cette majorité
de domain, quand vous aurez mis à l'écart... {Bruit et inter-
,rui)tions). •
Au centre el à droite. — Vadecard !
M. LE PRÉSIDENT. — C'cst uii parti pris d'empêcher M. le président du conseil de parler. {Non ! non! au centre et à droite.) Je vous prie encore une fois de garder le silence.
M. Gayraud. — M. le président du conseil interpelle le futur ministère.
M. LE président du conseil. — Je ne m'adresse pas à la droite. Elle n'a que faire en ce moment dans ce débat. Elle aura tout à l'heure sa pari. {Mouvement.'i divers.)
Quand vous aurez exclu de la majorité de demain — et vous le feriez certainement — un ou deux groupes de la gauche de cette Assemblée, vous figurez-vous qut^ les deux ou trois autres groupes resteront indifférents à cette exclusion ? Ils ne le peuvent pas, vous ne l'ignorez pas. {Applaudissements à l'extrême gauche et à oauclie.)
Les quatre fractions de Ja majorité se sont unies sur un programme commun et vous savez très bien que, seules, ces quatre fractions peuvent le faire triompher. Si vous en
excluez uue ou deux, où prendrez- vous l'appoint qui vous sera nécessaire ? (Très bien ! très bien ! à l'extrême gauche et à gauche).
M. Charles Bos. — Jamais !
M. MiLLERAND. — Vous SRYez bien que non.
M. Alexandre ZÉVAÈs. - Tous les scrutins le prouvent.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Et kl droite le sent si bien qu'elle ne vous refuse son vote dans aucune circonstance.
Elle a ses raisons pour agir de la sorte. Laissez-moi vous dire que, si elle attache de l'importance à toutes les questions politiques qui se débattent dans cette enceinte, il en est une qui la préoccupe beaucoup plus que les autres, et comme elle voit s'avancer le moment où celte question capitale pour elle viendra eu discussion dans cette Assemblée (Applaudissements n l'extrême gauhe et sur divers bancs à gauche), elle «st d'autaut plus ardente à vous seconder dans toutes les attaques que vous dirigez contre le cabinet. Aussi, messieurs, je le répète, s'il in'arrive de faire allusion au pouvoir que j'exerce, ce n'est pas tant à cause du portefeuille que j'ai en mains... (Exclamations à droite et au centre).
Non, messieurs ! ce n'est pas tant à cause du pouvoir luimême — on en est rassasié après deux ans et demi d'un ministère exercé dans les conditions qui me sont faites (Applaudissemenls à l'cctrème gauche et sur divers bancs à gauche) — ce n'est pas à cause du pouvoir lui-même, c'est à cause de l'avenir que vous préparez au parti républicain, à la République elle-même. 11 est de votre intérêt et de votre rôle de couper ce parti en deux. Mais il est de l'intérêt de ce parti et de la République de ne pas se laisser diviser