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appris à leurs dépens. On peut regretter sans doute que l'exercice du droit de grève occasionne trop fréquemment quelque elTervescence passagère. xMais le même fait atteint dans les autres pays des proportions bien plus considérables. La France se fait peu à peu, sans s'émouvoir plus que de raison, à l'apprentissage des transactions nécessaires entre le capital et le travail.
Quant à la paix, messieurs, cette paix dont vous avez tant besoin, voilà plus de trente ans que la France en jouit sans interruption. Certainement, on nous respecte, parce que nous sommes forts et déterminés à repousser toute atteinte portée à notre honneur et à notre territoire. Mais, messieurs, qu'on le sache bien — et c'est, pour qu'on le sache, que nous estimons indispensable de le dire et de le redire — la paix ne se confond pas pour nous avec le seul sentiment de notre force. Nous tenons la paix en même temps pour le premier besoin et pour le premier devoir des nations. (Bravos.)
C'est pour nous, France républicaine, pays par excellence de la démocratie et de la solidarité, une obligation morale profondément sentie de tout faire pour procurer la paix aux autres, tout en la conservant pour nous-mêmes. (Vifs applaudissements.)
Les principes de notre Gouvernement .sont incompatibles avec cet égoïsme féroce qui l'ail considérer comme un bien amoindri le bien qu'on partage avec autrui. Au contraire, noire générosité naturelle Irouve sa satisfaction dans ce partage. M. Mascuraud vous le rappelait tout à l'heure, ces sentiments se sont fait jour récemment dans deux traités d'arbitrage. Ils s'étaient manifestés auparavant avec éclat dans
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notre mauière à la foiscordiale et digne d'accueillir les visites des souverains amis. L'effet moral produit sur ropinion publique a été tellement intense que le nationalisme en est resté tout désemparé. 11 sonnait à pleine huucbe le clairon de la guerre et c'est une fanfare de paix (|ni lui a ivpondu joyeusement. {Vifs applaudissemenU.)
D'ailleurs, me.ssieurs, il faut tout dire, ses allures de Capitaine Fracasse, imitées du second Empire, Tout vieilli de trente ans. Il est vrai qu'elles ont séduit (inelques quartiers aristocratiques de Paris ou quelques liefs nobles de déparlement, ainsi qu'on voit parfois de vieux beaux séduire des dt)uairières. Mais le pays républicain est demeuré insensible à ses charmes. Ces airs de matamore n'ont plus de prise sur nos populations.
La France est à la paix, entici'emeut à la paix; toutes ses pensées sont dos pensées de paix ; tous ses rêves, même les plus beaux, sont des rêves de paix. {Bravos répétés.)
On égare le patriotisme, quand on lui demande autre chose que de travailler à la consolidation de la paix. Et ce n'est pas seulement le patriotisme qui est étroilement lié à l'amour dé la République. Cet amour de la paix est tellement ancré dans le cœur des générations coulemporaines que ceux-là seuls peuvent être tentés de l'ébranler (|iii iKnirrissent l'arrière-pensée d'ébranler la République.
C'est là, messieurs, ce (jui condanme sans lémission le nationalisme ; c'est là ce qui fait de ce parti, en raison de ses provocations incessantes et de ses menées fanfaronnes, l'ennemi-né de la République.
Au reste, il ne l'est pas seulement par les dangers (|u'il
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fait courir à la paix ; il l'est aussi par sou expédieut du plébiscite, qui altère la vertu Intrinsèque du suffrage universel, en le réduisant à n'être qu'un instrument de dictature, un recommencement de l'empire.
Cependant, je dois le reconnaître, ce n'est pas tant du nationalisme et des partis monarchiques que nous avons à nous inquiéter en ce moment. Les partis monarchiques luttent en vain contre leur destinée. Us n'existent déjà plus que dans l'histoire. La royauté de droit divin, si noblement personnifiée jadis dans le comte de Chambord, s'est éteinte mélancoliquement dans l'exil, et il n'y a pas de fiction au monde qui puisse desceller la pierre tombale qui recouvre les restes de son dernier représentant.
L'empire a fini comme il méritait de finir. Né d'un parjure et d'un soulèvement militaire, il a péri par la sagaie de quelques sauvages dans l'obscurité d'une aventure guerrière. (Bravos.)
Le sort de l'orléanisme n'est pas moins lamentable. A la grandeur du principe héréditaire il a voulu substituer le jeu de la ruse et du hasard ; il s'est fait l'humble auxiliaire du boulangisme et, de chute en chute, il est arrivé à n'être plus que le triste comparse du système plébiscitaire. (Assentiment.)
Ainsi, messieurs, le péril, en tant que péril il y a, vient d'ailleurs. Nationalistes et monarchistes se .seraient lassés déjà de leurs inutiles efforts pour arrêter la marche ascendante du progrès républicain, s'ils n'avaient pas eu, devant eux pour les guider et derrière eux pour les soutenir, toutes les forces de la réaction cléricale. (Applaudissements.)