UANQUET DU COMITÉ RÉPUBLICAIN
Vous avez pu remaiviuer les caractères successifs que cette réaclion a revêtus depuis trente ans. Tant que les partis monarchiques ont pu se vanter d'avoir le pays avec eux, le cléricalisme, qui partageait leurs illusions, s'est effacé devant eux et s'est contenté de les servir au second rang. Mais il a pris hardiment la tète, et les antres partis lui ont abandomié le premier rôle, dès que leur impuissance a été démontrée par les laits. C'est lui maintenant qui mène la bataille contre la République; c'est lui (|ui traine à sa remorque tous les partis de l'opposition. (Bravos prolongés.)
Ah! sans doute, ces partis se défendent de lui être subordonnés; il leur déplaît d'être qualifiés de cléricaux. Tous ont la prétention de se dire, peut-être même de se croire libres, alors qu'ils ol)éissent docilement à la direction cléricale. Tous s'indignent ou feignent de s'indigner, quand ou signale leur situation humiliée. Mais l'opinion publique ne prend pas le change sur le trist<» sorl <|iii leur est échu. Elle sait parfaitement qu'ils tombeiaieul a plat dans leurs circonscriptions électorales, s'il leur arriverait un jour de s'aliéner par un acte, même irréfléchi, le patronage du cléricalismt*.
D'ailleurs, messieurs, reportez-vous à leurs votes. C'est nu moyen infaillible de juger sans prévention les hommes qui les ont émis. Depuis que nous ai)pliquons aux congrégations les lois existantes, monarchisles et nationalistes se sont dressés contre nous dans une opposition intraitable. Leur langage, comme leur vote, a été la pure nt'gation des droits de l'État, la méconnaissance absolue des intérêts de notre .société. Toucher à la congrégation leur a iciiii un sacrilège La soumettre aux l(ii«; civiles. c'('t;iil usui'|)i'i' sur le domaine fie l;i conscience.
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Je rogniti; dètre obligé de dire qu"uiie portion des républicains, les républicains qui sintitulent eux-mêmes libéraux, se sont joints ;i roppositiou de droite pour essayer de perpétuer le régne néfaste de la congrégation. [Applaudmements.)
Je les plains, encore plus que je ne les blâme, d'avoir si mal interprété les sentiments du pays, et je laisse au pays le soin de juger leur conduite, ou, s'il en est temps encore, de les éclairer sur leur devoir, qui. dans l'espèce, se confond avec leur intérêt.
Me.ssieurs, si je rappelle incidemment ces malheureuses défaillances, c'est pour mieux faire ressortir par le noml)re des difticultés surmontées la \ aillante attitude de la majorité républicaine. C'est à cette majorité qu'il faut reporter tout riKjnneur de la victoire que nous avons gagnée sur la réaction.
Elle a inauguré sous le ministère de M. Waldeck-Roiisseau, elle a continué de pratiquer sous le ministère actuel un système d'action parlementaire que l'opposition s'évertue à discréditer, parce qu'il ruine de fond en comble ses espérances. Vous le connaissez, il consiste dans l'union des groupes de gauche, dans leur entente concertée en vue des délibérations à engager et des résolutions à prendre. Ce système garantit la majorité contre les entraînements iiréfléchis. Il déroute ses adversaires, parce qu'il n'abandoime rien au hasard.
C'était pour le (Jou\ernenient un motif déterminant de s'y associer, dût son action propre n'apparaitre que comme l'action de la majorité. Qu'importent les satisfactions de l'amour-propre, quand l'intérêt de la République est en jeu? J'y suis, pour ma i)arl. alisnlument insensible ci. pour nu-
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tV'lifilcr (lu s.xsicmc. Je n'ai licsnin ((iic de riipprcrirr (l;ins ses résultats.
Grâce à celle union. ;'i celle entente du (imivcnH'nicnl a\ec les firoupes de yauclie et des groupes de gauche entre eux. les di\-iiuil preniieis mois de cette Ii'gislalnre ligureront avec liouiieur iiarnii les périodes parJenientaires les plus utiles. Il ine^t facile de justilier cette assertion en m'arrètanl un instant, si \ous le permettez, aux deux faits principaux, l'un d'ordre politique, l'autre d'ordre linancier, qui ont ouvert et fermé la période dont il s'agit.
Dans l'ordre poli(i{pie, nous avons livré au cléricalisme personnifié dans la congrégation la plus rude des batailles et nous pouvons dire d'ores et déjà que nous l'avons gagnée sur toute la ligne. (Vifs (ippUtudmements.)
L'arme dont nous disposions au début était fort imparfaite. K(jrce nous a ele d'abord de l'approprier à sa destination. Le Ojuseil d'État, chargé expressément pai' la loi de lixer la procédure à suivre, s'est fait, dans .sa pleine indépendance, le ciillaboi'alenr du Gouxernement, avec uu respect des textes et une logique impeccable, que je me fais un devoir de louer. 11 faut croire que l'opposition avait escompté de ce (dh'-là des l'i'sistances. ])eul-ètre même des refus, ituisqu'elle englobe niainleiiani celle asscniblee dans le nn-pris affecte qu'elle |Mddigiie ,iii\ pdUMiiiv publics.
A l'heure actuelle, loules les congrégations uuu autorisées ont disparu, sauf les contemplatives et les hospitalières, dont le sort sera réglé ultérieurement. Quelques mois ont sufll pour délivrer la France de cette invasion monacale qui setendail de pi*oche en proche avec une rapidité efft'ayante.
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Les postes fortiliés qu'elle occupait, je veux dire les cloîtres et les couvents, sont maintenant entre les mains des liquidateurs, qui rendront bientôt aux usages de la vie commune ces vieux loyers de réaction. (Bravos répétés.)
Pendant ce temps, le président du conseil, usant du pouvoir personnel que la loi lui confère, a délogé les congrégations autorisées des établissements illégaux qu'elles avaient disséminés sur tout le territoire.
La France laïque, la France de la Révolution, reprend ainsi possession de son sol. Vainement les expulsés s'ingénient par des changements de costume à éluder les décisions des pouvoirs publics. Ce travestissement ne les sauvera pas. La Cour de cassation a commencé d'en faire justice. Sa jurisprudence, qui s'affirme dans un sens conforme auxvolontés du législateur, s'imposera de gré ou de force aux tribunaux récalcitrants. Au besoin, nous en appellerons à la majorité parlementaire. {Bravos.)
D'ailleurs, messieurs, le but principal est atteint. L'école congréganiste, eu perdant le prestige d'un genre particulier, qui s'attachait à la robe du bon frère ou à la cornette de la bonne sœur, a perdu le principal attrait qu'elle pouvait offrir à la pieuse crédulité des familles.
Me sera-t-il permis d'ajouter que les mœurs perverses d'un monde profane opèrent leur effet naturel sur l'àme sensible de l'ancien religieux ou de l'ancienne religieuse?
Le nouveau laïque, en se mêlant au monde, en adopte peu à peu les goûts. Déjà une moustache robuste et bien peignée ombrage s^ lèvre supérieure. La lèvre elle-même se ferme avec délice sur le bout d'une cigarette. Des nœuds de