SCENE IV
MADAME DE FABAS, seule.
Ce pauvre M. de Reuilly... Il est bien mal récompensé, je l'avoue. J'aurais pu, vraiment, prendre les choses avec plus de tranquillité, et ne pas me tourmenter du crochet que ce meuble a fait à gauche, avant d'arriver ici. M. de Reuilly a raison. S'il fallait aller au fond de tout, on ne jouirait de rien. Décidément, j'ai été très-sotte Quel besoin de l'envoyer chez cette demoiselle Phina avec mon impertinente commission ! Elle pourra fort bien lui répondre : « Monsieur, votre « belle dame est une indiscrète et une malavisée ; » je n'ai de compte à rendre ni à vous ni à elle. » Et elle aurait raison. M. de Fabas me désapprouverait, assurément, s'il était ici. Aussi pourquoi n'y est-il pas ? Voilà trois mois qu'il se promène en Russie pour cette affaire de chemin de fer, dans laquelle il a déjà obtenu la promesse qu'on examinerait s'il y a lieu d'exannner. Cela peut le conduire loin, et il me trouvera, à son retour, avec des fils blancs dans les cheveux et une patte
d'oie à faire peur, sans parler de conséquences plus sérieuses, pour un mari. Car M. de Reuilly me fait visiblement la cour, et, en usant ainsi de lui, je lui donne des avantages. {Regardant le meuble). Ce meuble est véritablement très-joli, et je serais fâchée de le voir partir. Mais pourquoi m'en séparer ? En supposant même, et la rencontre serait extraordinaire, qu'il soit vu ici par le galant de qui le tenait Mademoiselle Pliina, en quoi cela peut-il me toucher? Tous ces meubles se ressemblent, et puis ce n'est pas moi qui serais embarrassée. C'est dit : quoi que rapporte M. de Reuilly, je garde mon bien, avec la douceur de penser que c'est une prise faite sur l'ennemi.