MADAME DE FADAS
C'e.st d«\jâ vous ? Vous avez eu à peine le temps de tourner le coin do la rue. La réflexion vous aura dit que ma commission n'avait pas le sons
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commun,- et vous y avez renoncé. Je vous approuve sincèrement,
M. DE REL'ILLY.
Détrompez-vous. On s'est acquitté de votre commission. Je n'avais pas fait deux cents pas que j'aperçois le coupé de Mademoiselle Phina, très-reconnaissable au cocher moscovite, à longue barbe, qui le conduit, comme tout Paris sait. C'est une manière de payer ses dettes à la Russie. Je fais signe à la longue barbe d'arrêter, et je me montre à Mademoiselle Phina. Je lui dis : '» Conmient, c'est vous, Mademoiselle, dans ce quartier perdu? Vous qui avez connu d'illustres militaires, permettez -moi de vous comparer à un général d'armée, égaré loin de la base de ses opérations. » Elle répond : « Je suis ici pour une chose importante où vous pourrez peut-être m'aider. » — " Très- volontiers, mais j'ai moi-même un service important à vous demander » Je continue : « Une belle dame dont je suis...
MADAME DE FABAS.
Passons, passons, je connais le discours. Et elle vous répond?...
M. DE REOILLY, seneux.
Madame, je suis confus de ce qui arrive, mais ce meuble ne peut demeurer chez vous.
MADAME DE FABAS.
Et pourquoi cela ?
M. DE HEUILLY.
Parce que la personne qui en avait fait cadeau à Mademoiselle Phina est de vos amis, et qu'elle pourrait le reconnaître ici, ce qui la mettrait dans une situation ridicule, et aussi moi qui vous ai offert ce meuble.
MADAME DE FABAS.
Ma précaution n'était donc pas vaine. Et cette personne est de mes amis intimes ?
M. DE REUILLY
Oui.
MADAME DE FABAS.
pile vient ici souvent ?
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M. DE REUILLY
Assez souvent.
MADAME DE FABAS.
Elle est venue récemment ?
M. DE REUILLY
Pas très-récemment, je crois. Ne m'interrogez plus; je me suis promis le secret.
MADAME DE FABAS.
Ail!... Eh bien, Monsieur, j'en suis fâchée; ce meuble me plaît infiniment, et je le garde.
Comment, Madame, un meuble dont vous connaissez les aventures légères, qui a été le témoin, innocent à la vérité, mais trop certain des discours et des choses les plus...
MADAME DE FABAS.
Je vous trouve charmant. Voulez-vous que je
VOUS refasse votre thèse sur l'indulgence qu'il faut avoir pour les pérégrinations plus ou moins risquées, qu'ont pu faire, avant de nqus appartenir, les objets qui sont l'ornement de nos demeures et la parure de nos personnes ? Quoi, vous auriez été vif, érudit, éloquent, vous auriez remué l'antiquité et les temps modernes, et tout cela en pure perte! Non, Monsieur, non, vous m'avez persuadée, et vous trouverez bon que j'agisse en écolière docile.
M. DE REUILLY
J'ai fait un paradoxe et pas autre chose; je voulais atténuer les conséquences de mon étourderie.
MADAME DE FARAS.
Ceci est trop fort. Qui vous a demandé ce meuble? Nous avions fait une gageure, dont je ne me souvenais pas plus que de la forme des chapeaux d'il y a trois ans. Vous pouviez m'envoyer une boite de bonbons de chez Boissier, ou un mirliton. C'est tout ce que cela valait. Au lieu de cela, vous faites le magiiilique, et vous achetez
un meuble qui vous coiUe les yeux de la tête, soixante louis, au bas mot. J'apprends par hasard que ce meuble a été en mauvaise compagnie. Vous vous livrez à une démonstration étourdissante pour prouver que cela n'est d'aucune conséquence, et qu'il fout même que ce soit ainsi. Je me laisse prendre à votre feu d'artifice, et avec la mobilité d'impressions que nous autres femmes nous apportons en tout, je m'attache à ce meuble comme s'il avait été donné à mon aïeul le comte Hector-Marie de Fabas, maréchal de camp, contemporain d'André Boule, par le roi Louis XIV en personne, et que depuis lors il ne filt plus sorti de la famille, ce qui n'est pas tout à fait le cas, grand Dieu 1 Maintenant vous faites volte-face ; vous voulez me convaincre que j'ai tort et qu'il faut mettre ce meuble sur le palier. Non, encore une fois, c'est fini, j'entends le garder.
M. DE REUILLY
Soit, mais vous vous exposez à jeter un galant homme dans un grand embarras.