‹ Une dispute grammaticale en 1842Chapitre 11 sur 17 · L’Académie (1832), Trévoux, Boiste · texte numérisé non relu

L’Académie (1832), Trévoux, Boiste

Salmon, Boyer, Rolland, Noël et Chapsal, Prieur et Wailly, rejettent le vieux mot fringale. Je me suis rangé à leur avis, et je m’y tiens.

32. Ginguer a vieilli, dit-on. Cela est si vrai qu’il ne se trouve maintenant que dans les très rares ouvrages qui fournissent une nomenclature des mots et locutions qui ne vivent plus que dans l’histoire. J’avais donc raison de le retrancher du nombre des vivants. Quant au substantif gingue, réservé pour le genre burlesque, n’était-il pas urgent de l’appuyer de quelque nom respectable?

33. Je dis que gadelle n’est pas synonyme de groseille. L’auteur des Remarques prétend le contraire; et il renvoie pour la preuve à plusieurs dictionnaires, qu’il nomme, et dans lesquels, ajoute-t-il, les mots gadelle et gadellier , se trouvent écrits en toutes lettres.

Il est évident que l’auteur des Remarques est ici en dehors de la question. Car il ne s agit nullement de savoir si le mot gadelle se trouve dans quelques dictionnaires, mais de constater qu’il s’y trouve comme synonyme du terme groseille qui, dans tous les lexiques, sans exception aucune, désigne le fruit à grappes, qui fait le sujet de la présente discussion. Or, après avis donné que le mot gadelle ne se trouvait ni dans l’Académie ni dans Bomare, je croyais satisfaire à ma conscience d'humble compilateur, en transcrivant dans mon article le pas-

sage remarquable du Nouv. Dict d’Hist. Nat. que je reproduis ici : Gadelle, nom que portent les groseilles dans la ci-devant province du Perche.

^ Y a-t-il dans ce langage quelque ambiguité? Est-il croyable qu’une société de savants naturalistes français, ait pu affirmer que le mot gadelle n’est usité que chez une portion minime du peuple français, tandis que le contraire serait vrai pour la France entière?

Ouvrons maintenant au mot groseille, l’Académie, Trévoux, Bomare, Boiste, Noël et Chapsal, Wailly, Rolland, Boyer, Salmon, Prieur: nous n’y trouvons pas une seule fois le mot gadelle à côté de celui de groseille.

Dans Lallement, Boudot, le Gradus de Boinvilliers et . la Table latine de Bomare, ribes [terme latin pour groseille] est toujours rendu par le seul mot groseille. Egalement Boyer, Salmon et Prieur, traduisent le mot anglais currants toujours par groseilles, jamais par gadelles.

. Mais enfin> dit-on, gadelle se trouve dans les dictionnaires. Oui, sans nul doute: dans le Nouv. Dict. d’Hist. Nat. ; mais seulement comme terme usité dans la ci-devant province du Perche; et encore dans un petit nombre d autres, pour signifier une sorte de groseille, suivant l’expression de Salmon, de Boiste et de Noël et Chapsal. Or une sorte de groseille n’est pas la groseille même.

Je demeure donc convaincu que gadelle ne peut être usité comme synonyme de groseille, hors du territoire de la ci-devant province du Perche.

34. Rolland et Noël et Chapsal ont figuré la pronnciation du mot gueulard, par gheu-lar.

A leur exemple j’ai figuré le même mot de la même manière.

Cette courte observation me semble répondre au long article de l’auteur des Remarques.

J’ajouterai néanmoins que gheu-lar figure la prononciation française, et gu-elar la canadienne et je laisse au lecteur à comparer les sons de ces deux mots.

Je terminais cet article, Monsieur le Rédacteur, au moment où votre feuille de samedi dernier m’a été remise. La lettre de l’auteur des Remarques que j’y ai lue, me force de discontinuer la présente polémique: et en conséquence, cet article est le dernier que je me permets de vous adresser.

Veuillez, de grâce, lui accorder un coin dans un de vos plus prochains numéros, et accueillir mon respect et ma reconnaissance bien sincère.

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