Voyez ma réponse à l’objection No. 5 de l’auteur
12. L’auteur s’exprime ainsi dans son Manuel, page 64 : “ Malgré que, dans le sens de quoique, a vieilli, et n’est plus français. Ainsi ne dites pas: il sort malgré qu’on le lui défende. Je demande au lecteur si ce n’est pas là déclarer formellement qu’on ne peut jamais faire usage de malgré que pour quoique? A cette assertion j’ai opposé, dans ma remarque sur cet article du Manuel, l’autorité de l’Académie, de Landais, et des grammairiens modernes 1, qui tous conviennent que la conjonction malgré que peut s’employer avec le verbe avoir et le subjonctif : malgré qu’il en ait, nous savons de quoi il s’agit. Voici de quelle manière l’auteur répond à ce passage si décisif : “Le Tellier (édit, de 1839) dit: malgré que est un faute grossière: Noël et Chapsal écrivent : malgré que n’est plus français. Quelques grammairiens admettent un seul cas où l’on puisse dire malgré que; c’est quand il est construit avec le verbe avoir. Je puis donc affirmer de nouveau que la locution, il sort malgré qu’on le lui défende, est vicieuse. ” Il est bon
1. Tels que Boiste, Nodier, Duvivier, Lévizac, etc., que je m’étais dispensé de nommer alors.
de remarquer avec quelle réserve Fauteur s’exprime dans ce passage, quelques grammairiens. . ., et surtout avec quel soin il se garde de mentionner l’Académie. Je présume qu’il avait de bonnes raisons d’en agir ainsi.
Voyons maintenant si MM. Noël et Chapsal sont parfaitement d’accord avec lui sur la conjonction malgré que. Voici les propres paroles de ces deux célèbres lexicographes : “ malgré que, employé dans le sens de quoique, a vieilli, et n’est plus français; ainsi ne dites pas: il sort malgré qu’on le lui défende. Cependant l’usage a consacré l’emploi de malgré que, dans ces sortes de phrases : malgré que vous en ayez, malgré qu’il en ait. ”
Il paraît que l’auteur n’a omis dans son Manuel la dernière partie de ce passage (sans en prévenir le lecteur) que parce qu’il préférait alors l’opinion précitée de Le Tellier. La grammaire de cet auteur estimable, est, en général excellente dans son genre ; mais elle n’est après tout, qu’un ouvrage purement élémentaire, que l’on ne voit pas communément cité dans les discussions grammaticales des grands maîtres. Je n’ajoute ici aucunes autres réflexions que pour ne pas priver le lecteur du plaisir de les faire lui-même.
13. L’auteur, pour ne pas avouer qu’il a eu tort d’avancer dans son Manuel que massacrant ne se trouve dans aucun dictionnaire, cite Duvivier et Noël et Chapsal à l'appui de son
assertion. Si ces savants grammairiens avaient publié leurs ouvrages depuis 1835, ils se seraient bien gardés de dire que massacrant ne se trouve dans aucun dictionnaire. Cette erreur de Duvivier a été corrigée dans l’édition de Bruxelles de la Grammaire des Grammaires de 1839. Elle le sera pareillement dans la nouvelle édition de Noël et Chapsal, si même elle 11e l’a pas déjà été.
L’ auteur ne s’en tient pas là. “ Supposons maintenant, ajoute-t-il, que l’Académie, dans une nouvelle édition de son dictionnaire, et que d’autres grammairiens aient accueilli récemment le terme massacrant, qu’en conclure ? ” que Duvivier, Noël et Chapsal et une foule d’autres ont tort de l’avoir rejeté? Je réponds de la manière la plus positive qu’il serait ridicule et injuste de les blâmer d’en avoir agi ainsi. Mais il serait difficile d’excuser de la même manière un grammairien qui aurait avancé, en 1841, que le terme masacrant ne se trouve dans aucun dictionnaire. Encore un mot, et je termine ma réponse à cette objection. L’Académie, comme personne ne l’ignore, a toujours été ennemie de toute espèce d innovations hasardées, et, jusqu’à présent, tous les vrais grammairiens, ainsi que les plus savants littérateurs, ont considéré son dictionnaire comme l’œuvre mûrie d’un grave aréopage, qui ne sanctionne que les expressions et les locu-
tions consacrées par le temps \ Il paraît c]ue l’auteur ne partage pas cette opinion, du moins si l’on en juge par ce qu’il ajoute à la fin de son objection. Voici ses propres paroles: “d’un autre côté, faut-il blâmer l’Académie d’avoir adopté un nouveau mot? — Nullement; parce qu’il est possible que le poids de son autorité l’emporte avec le temps. ”
14. L’auteur continue à soutenir, contre le sentiment de l’Académie et de Landais, que le verbe moucher n’est jamais neutre. Il appuie son opinion sur l’autorité de Noël et Chapsal, de Duvivier, de Boiste (édition de 1836), et de l’Académie (édition de 1832). Ma réponse à cette objection est renfermée dans celles que j’ai déjà données précédemment; ainsi il me suffira de faire observer que cette erreur qui se trouvait dans l’édition de Boiste de 1836, a été corrigée dans celle de 1839.
15. Le dictionnaire de Rolland a été publié avant 1835; ainsi ma réponse est la même que la précédente.
16. Même réponse, excepté que je dois ajouter que 1 erreur dont il s’agit, a été corrigée dans l'édition de Duvivier de 1839.
Il ne sera pas inutile de faire observer, en terminant ces remarques, que l’on doit user d'une grande circonspection et d’une extrême