‹ Une dispute grammaticale en 1842Chapitre 4 sur 17 · PAR · texte numérisé non relu

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M. l’abbé J. Demers

Imprimé à Québec, chez Fréchette & Cie.

Les ouvrages cités dans ces remarques sont les dictionnaires : —

de l’Académie, 6me et dernière édition, 1835. de Boiste, 9me édition par C. Nodier et L. Barré, Paris, 1839.

de Napoléon Landais, 5me édition, Paris, 1840 et

de Gattel, 2de édition, Paris, 1813.

de Nodier, 6me édition, Paris, 1833.

de Boyer, nouvelle édition, Paris, 1829. de Salmon, 25me édition, Paris, 1817.

de Nugent, 8me édition, Paris, 1797.

de Noël et Chapsal, 4me édition, Paris, 1833. de Catineau, 7me édition, Paris, 1821.

de Jannet, 4me édition, Paris, 1830.

de Rolland, 5me édition, Lyon, 1819.

Les grammaires citées sont celles: —

de Duvivier, 6me édition, Paris, 1827.

de Lévizac, 7me édition, par Drevet, Paris 1822.

REMARQUES sur le “ Manuel des difficultés les plus communes de la langue française ’ ’

Au mot Air. — L’auteur du Manuel s’exprime ainsi : “ On dit, cette femme a l’air bon et non pas bonne, parce que bon se rapporte à l’air. Mais on dit cette pomme à l’air cuite, et non pas cuit, parce que l’adjectif ne peut être dit du substantif air. ”

Selon le dictionnaire de l’Académie, avoir l’air signifie quelquefois sembler, paraître ; alors quand le mot air est immédiatement suivi d’un adjectif, si cet adjectif se rapporte au sujet de la proposition, il doit s’accorder avec ce sujet; s’il se rapporte seulement au mot air, il doit être mis au masculin; ainsi on doit dire: cette femme a l’air bonne, furieuse, etc. ; ces poires ont l’air excellentes, — bien fraîches, parfaitement mûres, etc. Il vaudrait mieux dire cependant: cette femme a l’air d’être bonne,

etc. ; ces poires ont l’air d’être excellentes, etc. ; on doit dire au contraire: cette femme a les yeux fripons, elle a un certain air coquet; on lui trouve l’air coquet \

Au mot Article. — L’auteur, après avoir parlé assez au long de l’article, ajoute: “ il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l’article ; et l’on dit toujours : les empereurs de la Chine, — du Pérou, — du Japon, — les habitants du Canada. ” Cette remarque est de M. Duvivier, tome I, page 232, excepté les mots les habitants du Canada, que l’auteur du Manuel a cru devoir y insérer.

Il est aisé de voir qu’il aurait fallu expliquer ici quels sont ces noms de royaumes et de pays qui. exigent toujours ainsi l’article, soit en les désignant de manière que l’on pût facilement les distinguer des autres noms de royaumes et de pays qui ne l’exigent pas ; tel est le moyen facile dont s’est servi M. l’abbé Lévizac, lorsqu’il a dit, tome I, page 215 : “ on met l’article devant

1. Voici ce que dit Larousse à ce sujet: Si le sujet est un nom d’objet inanimé, un nom de chose, l’adjectif s’accorde avec le sujet: Ex. Pomme qui a l’air mûre. Si le sujet est un nom de personne ou d’animal, l’adjectif s accorde: lo. avec le mot air, quand il désigne l’expression des traits et de la physionomie. Ex. Femme qui a l air ion; 2o. avec le sujet, quand l’expression avoir l’air est synonyme de sembler, paraître. Ex. Femme qui a lair bonne, femme qui a l’air bossue, c’est-à-dire qui parait être bossue, sans qu’on affirme qu’elle le soit

les noms de contrées éloignées et peu connues, comme, j’arrive du Japon, de la Chine, du Pérou, ” etc.; soit en faisant connaître les circonstances particulières qui, dans le principe, ont fait joindre l’article à certains noms de royaumes ou de pays; c’est ce qu’a fait M. Duvivier à la page précitée de sa grammaire.

J’invite 1 auteur du Manuel à examiner attentivement les courtes observations que ce célèbre grammairien fait à ce sujet, et à dire ensuite franchement et sans détour pourquoi les Canadiens d’origine française, qui connaissent non seulement l’étendue, mais encore les différentes localités de la vaste contrée qu’ils habitent, ne pourraient pas dire : il est venu, — il demeure x, — il voyage en Canada, comme on dit : il est allé, — il demeure, — il voyage en France, — en Ecosse, — en Italie, — en Sicile, — en Syrie, — en Egypte, — en Algérie.

1. Je ne vois pas bien sur quelle autorité l’écrivain du Manuel peut affirmer qu'on ne peut pas dire il demeure en Canada. Serait-ce parce que le mot Canada est du genre masculin? Alors généralisons cette règle qui voudrait que les noms de lieus du genre féminin veulent la préposition en, comme France, Chine, Italie, Belgique, Angleterre, Irlande, Allemagne, etc., et servons-nous toujours de l’article quand ces noms sont masculins, comme Portugal, Danemark, Mexique, Brésil, etc. L’expression en Canada qui date de très loin, se dit encore et se dira peut-être longtemps, aussi longtemps qu’on dira en Portugal, en Danemark, en Dauphiné, en Anjou, tous noms de lieux du genre masculin, de même que Canada.

Au mot Atoca. — Boiste, Landais, Nodier, et les autres du nouveau Dictionnaire d’histoire naturelle, désignent sous le nom d 'atoca une espèce d’airelle canneberge, ou d’airelle des marais propre à l’Amérique Septentrionale. Les auteurs de ces dictionnaires, ainsi que les habitants du Canada, indiquent sous ce nom d 'atoca et l’arbuste et la baie qu’il produit. L’auteur du Manuel avance que cette baie ne porte point de nom en français: c’est là une erreur, puisqu’elle porte le nom d 'atoca sous lequel elle est parfaitement connue. Les mots anglais cranberry et whortle-berry ont une signification trop vague pour la désigner d’une manière bien précise.

Verbo Ch. — L’auteur dit que le ch se prononce comme K dans Bséchias et Bséchiel. Comme cette assertion pourrait exposer la jeunesse studieuse de nos collèges et nos couvents à porter des jugements téméraires, il ne sera pas inutile de faire observer que plusieurs grammairiens célèbres prétendent que le ch doit se prononcer à la française dans ces deux noms.

Au mot Demain. — Selon l'auteur du Manuel, on dit demain matin, demain soir, de préférence à demain art matin, demain au soir. L’Académie dit également demain matin et demain au matin. Elle ne dit que demain au soir, sans s’exprimer sur demain soir.

Au mot Dresser. — Selon l’auteur on doit dire : les cheveux me dressent à la tête et non sur la tete.— Le dictionnaire de Landais donne pom exemples, au mot dresser, les cheveux lui dressèrent sur la tête, et au mot cheveu: cette nouvelle fait dresser les cheveux à la tête ou sur la tête. Ainsi selon M. Landais, on peut egalement faire usage de ces deux locutions, j Academie donne pour exemples : cela fait dresser les cheveux à la tête, ou simplement, cela fait dresser les cheveux; les cheveux me dressent à la tête \

Au mot Eclairer. Lorsqu’on donne ordre, dit 1 auteur, de porter une lumière à quelqu’un qui passe par un endroit obscur, il faut dire: éclairés à Monsieur, et non pas éclaires Monsieur Selon l’ Académie et Landais, on disait autrefois éclairer à quelqu’un; on dit actuellement, éclairer quelqu’un. Ainsi éclairer à quelqu un est une vieille locution dont on ne doit plus faire usage * 2. ”

Au mot Et coûtera. — “ Quand il est question de choses, dit 1 auteur, l’on dit et cœtera; quand il s’agit de personnes, il faut dire et autres; ou et d’autres; ou et les autres. ”

.1. Dresser les cheveux à la tête est une expression neu usitee aujourd’hui. ^

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