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s’y est trouvé en présence d’hommes de lettres. Ses oreilles sans cesse frappées de sons pour lui étrangers, devaient naturellement réveiller son attention, exciter sa curiosité ; aussi n’a-t-il pas manqué d’interroger, en maintes occasions, l’usage quant à la prononciation difficile de la diphtongue oi, qui fait le sujet de la présente discussion, et il ne peut revenir de son étonnement quand il lit aujourd’hui dans le “ Troisième Article ” déjà cité, que notre prononciation de la diphtongue oi est conforme à celle de Paris! Il serait presque tenté de soupçonner une mystification, si la réflexion et les convenances ne l’arrêtaient.
Du reste l’auteur du Manuel, quoique convaincu des avantages qui résultent naturellement de discussions amicales et polies, dans l’intérêt de la science, ne se serait point avisé de se placer devant le public, si la question importante de la prononciation de la diphtongue oi ne fût venue le forcer d’offrir des observations rassurantes aux parents, qui ont placé le Manuel entre les mains de leurs enfants.
Ayant accompli une tâche importante et obligée, hauteur du Manuel se retire de l’arène, se condamne à un silence qu’il ne rompra que dans un cas extrême. Il n’a garde de vouloir pallier les erreurs de son opuscule, d’alléguer les difficultés qui accompagnent un premier jet de cette nature. Il ose néanmoins se flatter d’avoir indiqué les fautes les plus saillantes de son
ouvrage dans l’errata attaché au Manuel qui est en vente à la librairie de MM. Fréchette et Cie.
Fort de mes convictions, surtout depuis la publication du Troisième Article de la critique de mon Manuel, j’avais résolu de ne reparaître sur la scène de discussion que dans un cas urgent. Les trois Articles publiés dernièrement, sont venus doubler l’intensité de mes sentiments, et fixer sans retour ma pensée. Mais voilà que quelques personnes, peu versées dans les questions grammaticales, sont ébranlées dans leur foi première, et attribuent mon silence à l’impuissance de défendre mon terrain.
Je cède donc à une nécessité, qui ne s’était point trouvée dans mes prévisions: et j’aborde de suite les objections publiées • dans vos feuilles, en priant toutefois le lecteur de se rappeler, que mon Manuel est un petit livre destiné au jeune âge, et qui, par cette raison, ne devrait pas arriver aux discussions profondes, aux disputes interminables sur les difficultés de la langue.
i. La grammaire de Le Tellier [39e édit.] adoptée pour les Maisons des ordres royaux de France, dit: votre sœur à l’air “ bon ”. L’Académie [édit, de 1832] et Lequien disent: elle
a l’air “ content et contente ”. J’étais donc libre de choisir, et j’ai usé de mon droit. Et j’ajouterai, une fois pour toutes, qu’en général une locution adoptée par quelques auteurs respectables, fût-elle repoussée par l’Académie même, dont l’autorité est incontestablement très grave, peut être reproduite dans l’enseignement sans encourir de blâme. Autrement il faudrait flétrir et condamner tous les manuels, toutes les grammaires et tous les dictionnaires qui existent. Car tous diffèrent sur plusieurs points entre eux et de l’Académie, qui à son tour ne manque jamais d’offrir des variations à chaque édition nouvelle.
2. Un catalogue des pays, des royaumes, des provinces, etc , qui exigent l’article, eût été interminable, et par là même déplacé dans un petit manuel : aussi n’en existe-t-il pas. Quant au passage que l’on m’oppose, j’y trouve moi la condamnation formelle des expressions, il demeure “ en ” Pérou, “ en ” Mogol, “ en ” Japon, “en” Canada: aussi bien que de ces autres, il arrive “ de ” Japon, “ de ” Pérou, “ de ” Canada. Le Canada pendant plus de deux siècles a été regardé en Europe comme une contrée éloignée; donc ce nom, suivant Lévizac, doit prendre l’article.
3. Selon Boiste, la baie de la canneberge porte aujourd’hui le nom de l’arbuste qui la produit. En conséquence de cette dénomination toute récente, je dois réformer mon ar-
ticle, et dire cueillir, manger des “ canneberges Mais je me garderai bien de dire, cueillir, manger des “ atocas ”, parce que le mot atoca est purement indien, et qu’il ne paraît pas qu’on l’ait adopté en France.
4. Plusieurs grammairiens, il est vrai, prononcent à la manière française le ch des mots Ezéchias, Ezéchiel. D’autres lui donnent le son du k, et j’ai opté pour l’opinion de ces derniers.
5. L’autorité de Duvivier jointe à celle de Noël et Chapsal, m’a fait adopter la locution demain soir. L’Académie ne s’est point prononcée sur cette manière de parler, dit-on. Et qu’en résulte-t-il, si ce n’est que je me trouvais par cette circonstance plus au large?
6. Il me suffit que l’Académie ait approuvé l’expression, les cheveux me dressent “à ” la tête, pour l’offrir avec confiance au jeune âge. D’ailleurs Rolland et Noël et Chapsal approuvent le même langage. Le lecteur aura, sans doute, remarqué que le critique de mon Manuel a abandonné dans cette circonstance l’autorité de l’Académie, pour recourir à celle de Landais !
7. On lit dans Duvivier : “ Le verbe éclairer n’a point de régime direct, s’il désigne l’action d’apporter de la lumière à quelqu’un, pour qu’il voie clair. ” La conséquence est patente. D’ailleurs l’Académie, dans l’édit, de 1 798, et encore
dans celle de 1832, veut que l’on dise, éclaires “ à ” Monsieur.
8. Ayant détruit toutes mes notes, je ne puis en ce moment indiquer la source où j’ai puisé mes remarques sur les mots latins et cœtera. Mais à défaut d’autorité positive, la raison ne dit-elle pas que cette phrase, Pierre, Jean, Paul, etc., enseignent que. . .peut se lire correctement comme suit : Pierre, Jean, Paul “ et autres ”, enseignent que. . .?
g. L’Académie, [édit, de 1832,] Trévoux, Rolland, Noël et Chapsal, auxquels il faut etc., mettent tous exclu, exclue, et exclus, excluse. Il me semble que mon article aurait dû passer sauf en si belle compagnie.
10. Duvivier et Noël et Chapsal prendront fait et cause pour mon article sur la prononciation de 1’/ finale de certains mots. Duvivier dit :. . . œuf frais, œuf dur, bœuf gras, bœuf salé, dont le f ne se prononce ni en prose ni en poésie; et il cite à son appui Lévizac. Duvivier continue: dans cerf, on ne prononce pas non plus la lettre f ; et ce qui surprendra peut-être quelqu’un, c’est que Duvivier invoque, en faveur de la prononciation de ce dernier mot, l’autorité de l’Académie, de Lévizac, de Gattel, de Wailly!
Noël et Chapsal disent : f ne se prononce pas dans cerf. . . œuf frais. . . œuf dur. . . bœuf gras.
Reste 1’/ du mot neuf à expédier. Plusieurs
grammairiens célèbres, dit l’auteur des Remarques, veulent que 1’/ du mot neuf [fait depuis peu] soit muette au pluriel. C’est précisément sur 1 autorité de ces grammairiens célèbres, que j’ai prononcé au pluriel habits neu; et l’on veut m’en faire conscience !
11. Noël et Chapsal condamnent l’expression hier au matin, et veulent que l’on dise hier matin,
12. Le Tellier (39e édit.) dit: “malgré que” est une faute grossière. Noël et Chapsal écrivent: “malgré que ” n’est plus français. Quelques grammairiens admettent un seul cas où l’on puisse dire malgré que: c’est quand il est construit avec le verbe avoir. Je puis donc affirmer de nouveau que la locution il sort malgré qu’on le lui défende, est vicieuse.
13. Duvivier dit que “massacrant” ne se trouve dans aucun dictionnaire ; et il ajoute. . . il nous semble que “ massacrant ” ne peut pas avoir une analogie naturelle avec l’idée qu’on veut exprimer. On lit dans Noël et Chapsal: “ massacrant ” n’est pas français; du moins on n’en trouve d’exemple ni dans l’ Académie, ni dans nos bons auteurs.
Supposons maintenant que l’Académie, dans une nouvelle édition de son dictionnaire, et autres grammairiens aient accueilli récemment le terme massacrant: qu’en conclure? — que Duvivier, Noël et Chapsal et une foule d’autres ont tort de l’avoir rejeté? — Ce serait le comble
de la déraison, ce serait condamner in globo tous les lexicographes, tous les grammairiens qui ont jamais existé. D’un autre côté, faut-il blâmer l’Académie d’avoir adopté un nouveau mot? — Nullement, parce qu’il est possible que le poids de son autorité l’emporte avec le temps. Mais accorder à l’Académie une autorité sans limites, serait une absurdité.
Suivant Noël et Chapsal, le verbe “moucher ’’ n’est jamais neutre. Duvivier s’exprime dans le même sens. Boiste [édit, de 1836] dit que ce verbe est actif et pronominal. L/ Académie [édit, de 1832] dit aussi qu’il est actif. C’est d’après ces graves autorités que j’ai écrit: moucher n’est jamais neutre.
15. On lit dans Rolland: “nouveau” s’emploie adverbialement, pour dire nouvellement: du beurre nouveau battu. On ne s’en sert pas en ce sens avec un substantif féminin. L’Académie [édit, de 1832] dit: “nouveau” s’emploie aussi quelquefois dans une signification adverbiale. . . Du vin “ nouveau ” percé. . . On ne s’en sert pas dans ce sens avec un substantif féminin. Donc, etc.
16. Duvivier, Rolland, Noël et Chapsal écrivent sans s, numéro, duo, trio. Ces autorités en valent bien d’autres, surtout quand on les joint à l’Académie, qui suivant Duvivier, remarquons le bien, écrit ces mots également sans s.