‹ Une distraction comedie en un acte et en proseChapitre 4 sur 28 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ai offert, par la même occasion, en aurait accepté avec plaisir, car il a pour vous la plus profonde estime, mais madame d’Egmont avait pris l’avance, et il m’a répondu le plus gracieusement du monde par cet a.vioine de droit : Non bis in idem.

MADAME DERVILLE

Et que voulez-vous que je fasse de ces malheureux billets, maintenant?

RICAULT.

Ne pouvez-vous les rendre?

MADAME DERVILLE

Pendant que madame d’Egmond aura placé tous les siens, n’est-ce pas? Je la connais, c’est l’intrigue en personne !... Elle serait capable de faire accepter son dernier billet par Harpagon, plutôt que d’avouer un échec qui blesserait sa vanité !... C’est un petit triomphe dont elle ne sera pas fichée de m’éci’aser! Et vous attendez au dernier moment pour m’informer de ce beau résultat! Un sur trente, est-ce possible? Et en quelles mains, je vous le demande? Du moins, auriez-vous pu suivre l’exemple de votre... client, ne fùt-ce que pour lui tenir compagnie !

RIGAULT

En effet. Madame... excusez-moi de n’avoir pas songé... (Prenant un liillel en soupirant profondénient.) Je dailSe si peu!...

MADAME DERVILLE

Cette madame d’Egmond connaît tout le monde!...

RIGAULT

C’est la différence qu’il y a entre elle et vous. Madame ; tout le monde vous connaît.

MADAME DERVILLE

Oui, c’est ce que me dit, en d’autres termes, l’auteur de cette lettre; car avec vos billets vous me l’aviez fait oublier.

(Elle lui présente la lettr.'.)

RIGAULT

Que voulez-vous du*e ?

MADAME DERVILLE

Usez !

RIGAULT, Usant.

« Cher ange d’amour!... » (il s'arrête et regarde madame Dervillr.)

MADAME DERVILLE

Cela commence bien, n’est-ce pas? Continuez...

RIGAULT

« Trésor de vie et de grâce, je vous ai aperçue hier à voire balcon comme j’étais au mien. Vous êtes belle et je vous aime; vous avez des yeux charmants et j’ai trente mille livres de rente. Faites mon bonheur et je ferai le vôtre... Henry... »

MADAME DERV1LI.E.

Oh! le nom est iudécliill'ruble... Oui, mon ami, voilù ce qu’on écrit.

RIGAUI-T,

Prodigieux!

MADAME DEBVILLE.

Et voici l’adresse. (eIIc lui donne l'cuTcloppu.)

R1GAUI.T.

tt Madame Derville. »

MADAME DERVIU.E.

C’est clair, n’esl-ce pas?

RIGAULT

Parfaitement clair !

MADAME DERVILLE

EU bien?

RIGAULT

Que voulez-vous que je vous dise, il n’y a rien à faire à cela.

MADAME DERVILLE

Ah ! vous trouvez qu’il n’y a rien...

RIGAULT

Mon Dieu! non. L’homme qui a écrit cette lettre connaît la loi!

MADAME DERVILLE

Ainsi, vous souffrirez qu’on m’adresse impunément de pareilles impertinences !

RIGAULT

Hélas! Madame, je ne vois pas là matière àtrainer quelqu’un en justice... si encore... mais non... rien... 11 n’a rien volé.

Et qui vous parle de traîner quelqu’un en justice ! N’y a-t-il que les tribunaux pour ces sortes d’affaires? Il me semble, à moi, que si j’étais homme, si j’aimais une femme, comme vous dites que vous m’aimez, et qu’on se permit de lui écrire une lettre comme celle-ci, il me semble, dis-je, que quand • bien même je le pourrais, ce n’est pas ajix tribunaux que j’au-

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