EN REGAT^DA^T CHFZ LE VOISIN
lout cela au fond de mon cœur, où je voudrais que personne ne pût jamais le découvrir.
« Allons! le voilà encore qui va au fond et semble écouter... il a Tair d'attendre quelqu'un... Qui peut-il attendre le soir?... Un élève, peut-être?. ..il y a des élèves qui ne peuvent prendre des leçons que le soir... Je verrai bien s'il donne une leçon... Mon Dieu, si ce monsieur savait que j'épie tout ce qu'il fait, que je vois tout ce qui se passe chez lui... ah ! je serais bien honteuse, et cela le fâcherait contre moi, peut-être... Mais il ne s'en doute pas! et Juliette prétend que dans le inonde on passe son temps à chercher à savoir ce que font les uns et les autres... Ah! il prend un livre... mais je gagerais qu'il ne sait pas ce qu'il lit... Moi aussi autrefois j'aimais bien la lecture... Grâce au ciel, je me suis appris à écrire sans faire trop de fautes... Ah! j'aurais voulu être savante... et s'il me faut rougir de mes parents... du moins je voulais ne |)oint rougir de mon ignorance... Mais aujourd'hui je ne peux plus lire... je pense toujours à autre chose qu'à ce (jue je lis... Jolictte a raison... je n'ai pas le sens commun... Ah! il jette son livre de côté... j'en étais sûre !... il se remet à sa fenêtre... Tiens, le voilà qui court au fond... Oh! c'est sans doute les personnes (ju'il attendait qui lui arrivent... »
Ce M. Reginald, que nous ne connaissons encore que par ce qu'en a dit la jeune Emma, est un assez joli garçon âgé de vingt sept ans, ayant de grands yeux doux et tendres, qui pouvaient bien faire des con-
EN r.Er.Ar.DAKT CHEZ I.E VOISIN. lui
(|UL'tes... Le reste de sa personne ne gâtait point le charme de ses yeux. Ce jeune homme, né de parents Tort à leur aise, était destiné à faire un avocat; mais il n'avait aucune vocation pour cette profession, dans laquelle un honnête homme est souvent forcé de dc~ Tendre un infâme gueux, de cherchera pallier, à faire excuser des délits, des crimes même, enfin de s'efforcer de rendre innocent un individu que, dans le fond de son cœur, il méprise profondément...
Reginald avait voulu être artiste, il était né musicien ; car on naît musicien comme on naît poêle et rôtisseur; une oreille juste est un don de la nature que les leçons des meilleurs maîtres ne feront jamais acquérir à celui qui ne l'a pas reçu en naissant. Mais Reginald avait tout ce qui constitue le véritable artiste. En fort peu de tem{)s il avait acquis une force supérieure sur le piano, il jouait agréablement du violon et du piston, enlin il composait des airs charmants, et comme Jean-Jacques, s'était appris lui-même la composition... Et malgré tout cela il ne portait pas ses cheveux longs et traînant sur son cou... Comme ces grands talents qu'on ne comprend pas, cependant sans être positivement romantique, il avait une lêfe exaltée et capable de se livrer à de grandes illusions.
Au total, Reginald était un fort bon garçon, un peu vif, un peu emporté, mais obligeant, sensible, incapable d'une méchanceté, d'une médisance. Inutile de vous dire qu'il était très-aimanf, très-sensible... un