MADAME DE HAP.LOVILLE
— De quel droit, monsieur, me faites-vous toutes ces questions ?
— Mon Dieu, mademoiselle, c'est l'intérêt que vous m'inspirez, je ne pensais pas que cela pût vous fâcher...
— Je n'ai pas besoin que l'on s'intéresse à moi, monsieur, je n'ai besoin de personne... je ne cherche personne... et je ne dois compte à personne (le ce que je fais... de ce qui me regarde... Je vous salue.
Après avoir dit ces mots, Emma est partie si vite, (jue M Dauberton n'a pas même eu le temps de la saluer. Mais il rentre chez lui tout pensif, car les réponses singulières de la jeune fdle étaient plutôt capables de fortihcr ses soupesons que de les dissiper.
Cependant Reginald se flattait que sa belle maîtresse, qui l'avait trouve si changé, reviendrait bientôt pour avoir des nouvelles de sa sanlé ; mais les jours s'écoulent, une semaine entière se passe et madame de Harloville n'a point reparu chez lui, elle n'a même pas daigné envoyer pour avoir de ses nouvelles. Cet abandon confirme ses soupçon^-, il ne doute plus de la trahison de cette dame et pourtant il voudrait en avoir la preuve. Il se dit encore :
— Puisqu'elle ne m'aime plus, pourquoi est-elle revenue me voir?... C'était donc un simple mouvement de pitié... Mais elle ignorait que j'étais malade... Si Ilerminie a cessé de m'aimer, pourquoi ne pas me le dire franchement?... pourquoi me tromper encore?... Je
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110 veux pas qu'elle se joue de moi ! je veux sortir de (^ette incertitude.
Avec le dépit, avec l'impatience, la santé était revonue ; car dans la colère même on puise du courage. Douze jours après la visite de sa maîtresse, Reginald, qui a recouvré ses forces, se décide à se rendre chez madame de Harlovillc. Celle-ci lui avait toujours défendu de venir la voir, sous prétexte que cela pourrait la compromettre ; mais cette fois Reginald brave la défense qu'on lui a faite. Il veut connaître son sort ; peut-être se flatte-t-il encore que sa vue ramènera à lui l'infidèle.
Après avoir fait une toilette irréprochable, Reginald monte dans une victoria et se fait conduire chez la belle Herminie. En entrant dans la maison il s'adresse au concierge. Il était deux heures de l'après-midi, à cette heure une jolie femme est visible. Après avoirsu que celle dame était chez elle, le jeune homme croit devoir ajouter :
— Et son mari... le général de Ilarloville, est toujours en voyage?
Le concierge fait un air très-étonné et répond :
— Son mari?... le général?... voilà la première fois que j'en entends parler!... Ah! cette dame a un mari!... je ne m'en serais pas douté !
Reginald n'en demande pas davantage, il comprend qu'il a fait une bêtise. Il monte, sonne, et, quand la femme de chambre lui ouvre, pénètre tout de suite dans l'appartement, en disant :
MADAME DE IIARLOVILLE. 1<J1
— Madanio de Ilarloville est chez elle, je le sais, et je désire lui parler.
— Monsieur! monsieur! mais on n'entre pas ainsi clic/ madame ! s'écrie la suivante en courant se mettre ilevant Ileginald : il faut d'abord me dire voire nom... que je vous annonce... il faut savoir si madame veut vous recevoir...
— Mon Dieu ! que de cérémonies !... Diles-hii que c'est M. Iicginald... que je veux la voir... il lei'ant... je ne m'en irai pas sans l'avoir vue !... je no pense ])as d'ailleurs qu'elle veuille refuser de me recevoir !
La femme de chambre va faire sa commission près lie madame, qui attendait bien quelqu'un, mais ce n'était pas Reginald. La belle Ilerminie, qui donnait tous SCS soins à sa toilette, fronce le sourcil en entendant le nom de son visiteur. Elle frappe du pied avec impatience en s'écriant :
— Mais sotte que vous êtes ! il fallait dire que je n'y étais pas!... vous n'avez pas la moindre idée...
— Mais, madame, cet imbécile de concierge avait dit que vous n'étiez pas sortie...
— Comment ! ce petit Reginald se permet de venir chez moi... melgré ma défense!... Dites que je dors, que vous ne voulez pas me réveiller...
— 01) ! madame, il a l'air très-déterminé, ce petitlà... il a dit qu'il ne s'en irait pas sans vous avoir vue... et je crois bien qu'il est capable de s'installer
— Ah ! mon Dieu i... eh bien, faites-le entrer dan^