LA RENAISSANCE
Ébloui.^scinenl et vertige I...
Pauvre langue inexpressive que la nôtre. En quels termes» par quelles images vais-je essayer de donner une idée, même confuse, des sensations inconcevables qu éprouve, dès son arrivée dans la patrie reconquise» l'ànie lumineuse, sous sa transparente enveloppe éthérée?
Tout souvenir de la terre des douleurs s'est momentanément mais subitementenvolé. (iue deviennent songes noirs et cauchemars sinistres aux premières lueurs d» réveil ?
Nous renaissons comme nous sommes nés. C'est dans une inconscience de limbes que nous quittons celle terre où vient de s'accomplir notre dernière phase d'épuration. Après l'inconscience vient une sorte do sommeil ou de rêve, rêve diaphane dans l'extase duquel nous éprouvons de vagues mais exquises délices. Nous sentons s'opérer en nous, par lente métamorphose, une régénération graduelle. C'est dans une ivresse de jeunesse triomphale que nous voyons tomber, écaille par
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LÀ REXiISSAiXCK 107
écaille, toutes nos tares humaines, tous nos anciens stigmates d'infirmités et de douleurs.
C'est alors que se réalise, dans son intensité radieuse, la vieille mais admirable image du papillon symbolique qui, au sortir de son obscure chrysalide que déchire un dernier coup d'aile, s'élance dans un rayon de soleil.
x\utour de nous, dans les transparences d'une atmosphère astrale et comme diamantée, nous entrevoyons de blanches formes qui flottent. Nous sentons comme de légers frôlements qui nous soulèvent...
Qui donc nous berce ainsi en de molles ondulations 1
Ce sont nos guides célestes, nos amis de là-haut qui nous attendaient et viennent nous recueillir dès les premières heures de la désincarnalion pour nous emporter daiis les profondeurs de l'empyrée (1).
C'est alors que nos sensations jusque-là plus ou moins confuses se précisent avec netteté. 11 se fait en nous une écloslon de facultés endormies. Il émane de nous commiv une multiplicatioâ de sens inconnus qui, subitemêni, rayonnent et fonctionnent dans une inexprimable unK(\ Tout, en nous, voit, entend, perçoit, devine à distance, dans une sorte d'intuition magnétique. Ne sommes-nous pas plongés dans Téther dont les vibrations nous pénètrent ?
Et c'est dans une envolée de rapidité vertigineuse à
(l) Vous souv.enez vous de la mélodieuse strophe du poète :
En ce lemps-là, du ciel les portes d'or s'ouvrirent, Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ; Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés, Kt les élus voyaient, lumineuses plialanges, Venir une jeune âme, entre deux jeunes anges, Sous les portiques étoiles.
KiH UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFLM
travers les profocdcurs de Tespace, que s'opère ce prodigieux épanouissement de nous-même. Avec une intensité de vision qui dépasse toute conception terrestre, nous voyons passer,. en tourbillons fuyants, les myriades de mondes qui peuplent rinfini, et c'est après avoir franchi, à travers longues vagues et flots pressés, comme des océans de poussière lumineuse, que nous abordons enfin... Visions de rêveî... Sur quelle terre du ciel nous sommes-nous arrêtés ?
Tout ici est transparence, pénétration, vision illimitée. Dans ces radiations de lumière incomparable, tout vit et respire, de la montagne à la plaine, de l'animal à la fleur. Par émanations réciproques de chaque être à chaque être, flottent des effluves électriques qui surexcitent les facultés sensitives — combien multipliées du reste !
Nos cinq sens terrestres sont ici doublés, triplés, dans des conditions absolument étranges d'associations inattendues. Perceptions intuitives, assimilations immédiates font de notre être transfiguré un organisme réceptif où viennent retentir toutes les impressions fournies par les milieux ambiants.
C'est dans je ne sais quel océan de clartés mélodieuses que s'enivre le regard, dans je ne sais quel autre océan de lumineuses harmonies que se délecte l'oreille.
Les mots de notre langage habituel n'ont plus ici d'application possible. Tout se pénètre, se confond, s'amalgame en combinaisons indicibles, où les sens intervertis se remplacent, s'associent et s'exaltent.
L'on ne sait plus d'où jaillissent tous ces éclats. N'estce pas de ces sons qu'émanent ces gammes de teintes
LA RENAISSANCE lOU
prismatiques ; n'est-ce point de ces lumières colorées que sortent ces harmonies célestes dont nul, ici-bas, ne saurait exprimer les inouïes magnificences ?
Du milieu de ces vagues mélodieuses, de ces longs accords mourants s'étalant en nappes ondulées, mais d'où jaillissent, eà et là, des notes qui fusent, puis éclatent par arpèges en gerbes de sonorités, du sein de ces résonances ineffables mais flottantes et impersonnelles, surgissent des voix. .. voix inentendues, accents miraculeux ! Tout ce que possèdent de troublantes suavités le timbre cristallin de nos cithares, de nos harmonicas ouïes gammes veloutées de nos harpes, émane de ces voix surnaturelles, véritables voix d'âmes qui, ne pouvant traduire en un verbe quelconque leur harmonie débordante, l'exhalent en cette langue musicale qui semble être la vibration même de la vie universelle que répètent et prolongent les frissonnants échos de Tinfini.
Et c'est d'éblouissantes arabesques, c'est de prestigieuses variations, que ces chœurs incomparables brodent le thème que soutiennent et accentuent les basses profondes de l'orchestration générale.
Arrêtons-nous... Que peut la langue humaine pour donner une idée, même lointaine et insuffisante, de ces harmonies ultra-terriennes, aux accords desquelles rame, comme enivrée de surhumaines sensations, palpite et s'abandonne.
Que sont les concerts de la terre — ce sont les Esprits eux-mêmes qui nous le disent — à côté de l'ineffable et troublante musique sidérale ?
Que dire maintenant des habitants qui peuplent ces régions élyséennes ?
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Autour de nous flottent des formes lumineuses, hommes et femmes, (|ui viennent nous initier aux mystères de la vie spirituelle.
Soûl-ce des anges, des dieux, des déesses... ces (Mres élranges, translucidei. incarnations de je ne sais quelles personnalités invraisemblables 1
[\\en d'invraisemblable ; nulle vision de rêve. — Ce sont nos parents qui nous ont devancés, nos chers disparus qui nous sont rendus, sous le glorieux aspect de leur transfiguration divine : pères et mères, femmes et enfants, frères cl sœurs, amis retrouvés, amis oubliés dont nous fûmes les contemporains dans les âges passés et que nous reconnaissons bien vite, alors que surgissent à nos yeux telles images effacées que ravivent ces subites évocations.
De tous ces visa<»es radieux d'éternelle jeunesse, de tous ces corps diaphanes, rayonnent leur tendresse, leur amour, et ces pénétrantes sympathies dont la physionoinie humaine ne nous donne si souvent que l'expression déguisée ou mensongère. Point n'est besoin de la parole entre ces êtres glorifiés, pour se comprendre, s'apprécier et s'aimer. Toute pensée devient commune dans la solidarité de ces âmes sœurs qiii de tout cœur s'associent pour l'œuvre de leur collective régénération.
Quelle harmonie et quelle sainte émulation, entre ces créatures transligurées dont les aspirations, toujours plus hautes, n'ont d'autre objectif qu'un idéal toujours supérieur et à la conciuéle duquel elles s'élancent avec une certitude de triomphe que ne décourage aucune défaillance.
Et dans quel milieu incomparable évoluent toutes ces