‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 12 sur 44 · PREUVES ET TÉMOIGNAGES · texte numérisé non relu

PREUVES ET TÉMOIGNAGES

Nous avons exposé. Nous pourrions nous arrêter ici ; mais nous entendons des objections, nous pressentons des doutes plus ou moins ironiques.

— C'est^ fort bien, va-t-on dire ; les théories sont belles, les promesses réconfortantes, et l'exposition de celte « nouvelle doctrine », prise dans son ensemble, ne manque pas d'une certaine ampleur; mais qui nous assure que tout ce que nous venons de lire n'est pas le produit pur et simple de l'imagination exaltée, surchauffée, de tous ces voyants, illuminés ou visionnaires qui, sous la qualiflcation commode d' « initiés » , ont rempli les âges et les « Bibles » de leurs élucubrations ?

Il est si naturel de croire ce que l'on espère, de se payer de complaisantes convictions, si doux, si séduisant, de planer d'une aile audacieuse dans ces régions iranslunaires que personne n'a jamais visitées... qu'en songe, puis de venir ensuite se poser en révélateur et, comme Moïse, de descendre de la montagne, en portant les nouvelles « Tables de la loi ».

174 INE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI

Ou sonl-elles, ces preuves annoncées ; oii, ces témoin gnages promis ?

— Elles seront données, ces preuves ; ils seront fournis, ces témoignages.

Nous allons commencer par résumer rapidement Thisloriqiie de la question, après quoi viendra la relation des phénomènes divers, faits anciens, faits modernes, irrécusables témoignages, preuves visibles et palpables qui, par centaines, par milliers, nous ont été fournis par les populations des deux mondes.

8'il (>st une doctrine de noble et antique origine pouvaut s'autoriser des témoignages les plus aulhantiques que puissent fournir les annales de la race humaine, c'est bien à coup sûr la Doctrine dite ésotérique, c'est-àdire occulte ou cachée, a laquelle on a donné, dans l'Inde, le nom de « Fakirismo ), en Europe, le nom de « Spiritisme, » en Amérique, le nom de « Spiritualisme moderne >» — c'est de ce dernier que nous nous servi» rons.

Le principe fondamental de cette doctrine est en tout premier lieu l'immortalité de l'ame ù laquelle se rattache indissolublement la communication possible entre les vivants et ceux que l'on appelle « les morts » bien autrement vivants que nous ne le sommes nous-mêmes.

Quant aux principes généraux qui en constituent le programme et la loi, voici en quels termes les résume Eugène Nus, l'auteur si souvent cité au cours de cet ouvrage (1),

(1) Choses de rautre monde.

PREUVES ET TÉMOIGXAGER 475

« Le progrès pour loi de la vie — l'expiation personnelle effaçant le crime — Ja responsabilité proportionnelle aux forces — la monstrueuse et immorale conception de l'enfer à tout jamais arrachée de la conscience humaine — la solidarité érigée en dogme — la charité ^'échelonnant de sphère en sphère — partout le fort ayant pour mission d'élever le faible — partout la sympathie — partout la fraternité — partout le devoir.

Tout cela n'est pas autre chose que le souffle chrétien élargi,, grandi, épuré. »

A l'inverse de ce qui se passe aujourd'hui,, où le spiritualisme a été popularisé et prend ses adeptes dans la foule, les pratiques de l'ancien ésotérisme n'étaient Tapanage et le monopole que de quelques initiés et des prêtres particulièrement qui, outre les profits elle prestige qu'ils en retiraient, s'en servaient pour maintenir les peuples dans l'ignorance et la servilité.

C'est dans la pénombre des premières aurores que s'alluma l'étoile qui dirigea la marche indécise des lointaines humanités. C'est à des milliers d'années avant notre ère que remonte le premier code religieux, les Védas, et ces Védas nous parlent déjà de l'existence des Esprits.

Les Esprits des ancêtres, dit Manou, invisibles mais présents, accompagnent les Brahmes sous une forme aérienne. Longtemps avant qu'elles se dépouillent de leur enveloppe mortelle, dit un autre révélateur hindou, les âmes des justes acquièrent la faculté de converser avec les Esprits.

C'étaient les fakirs, dit M. L. Jacolliot (1), préparés

(\) Le Spiritisme dans le monde, •

par les prêtres, qui formaient des collèges où ils se livraient à Tévojcation des Esprits et obtenaient des phénomènes magnétiques qu'il a fallu découvinr de nouveau après toute une série de siècles.

Et que l'on ne vienne pas dire que c'est grâce à leur ignorance que les hommes primitifs étaient accessibles à toutes les superstitions. N'est-ce pas bien plutôt, parce qu'ils étaient au seuil de 1 ère humaine nouvelle, qu'ils se souvenaient de leur ancienne .patrie à laquelle les liaient des attaches que relâchèrent, puis dénouèrent, peu à peu, les progrès ultérieurs des civilisations? En les rapprochant de la terre, elles les éloignèrent du ciel.

Et maintenant, nous pouvons faire le tour du monde antique et, partout, nous retrouverons des pratiques semblables à celles qui caractérisent les premières manifestations religieuses. De temps immémorial, on se livre en Chine à l'évocation des âmes des ancêtres. De la Chine, nous voyons ces rites passer en Asie, puis en Palestine, aussi bien qu'en Egypte. L'on connaît les prodiges qu'accomplissaient les magiciens des Pharaons, rivalisant avec ceux qu'opérait Moïse lui-même, d'après le témoignage de la Bible, et, tout en faisant la part des manifestes exagérations que peuvent renfermer ces récits légendaires, nous ne pouvons contester que c'étaient bien des évocations que faisaient ces magiciens, puisque Moïse, qui s'y connaissait, ayant été initié dans lestemplesd'Égypte, défendit formellement aux Hébreux de se livrer à ces pratiques mytérieuses.

Ce qui n'empêcha nullement Saùl d'aller consulter la pythonisse d'Endor et de communiquer par son intermédiaire avec l'ombre de Samuel.

PRFXVES ET TÉMOIGNAGES 177

Des pythonisses, nous en retrouvons en Grèce. Homère, dans son Odyssée^ raconte tout au long comment Ulysse a pu converser avec l'ombre du divin Tirésias. Apollonius de Tyane, savant philosophe pyihagorlcien et thaumaturge d'une remarquable puissance, possédait des connaissances très étendues sur la science occulte. Sa vie fourmille de faits extraordinaires. Or, au nombre des principes fondamentaux de sa doctrine, figurait la croyance aux Esprits, et à leurs communications possibles avec les vivants de celte terre. L'on sait, d*îiutre part, quel rôle important jouèrent à Rome ces mêmes pratiqués d'évocation des morts. Les sibylles, dont on connaissait les rapports avec les Esprits, étaient consultées avant toute entreprise, et les généraux euxmêmes — personnages peu mystiques d'habitude — avaient grand soin de prendre l'avis de ces prêtresses, avant d'entreprendre yne expédition quelconque.

Pures superstitions, dira-ton sans doute. — Soit, mais qu'importe l'esprit dans lequel étaient faites ces consultations? La superstition des gens vulgaires n'était sans doute que la parodie de la foi des hommes sérieux, mais elle n'en témoignait pas moins en faveur de l'importance attribuée aux convictions sincères.

Peu à peu ces pratiques se vulgarisèrent et furent exercées en dehors des temples, sans le contrôle de la classe sacerdotale. TertuUien, Ammien Marcellin laissent entendre qu'elles tombèrent pour ainsi dire dans le domaine public. Ils parlent de c tables qui prophétisent », de « bassins magiques » et « d'anneaux révélateurs y>.

Inutile d'ajouter, sans doute, que c'est par les plus rigoureuses mesures de répression que les pouvoirs

i78 UNE ÉCHAPPÉE SLR l'i>FIM

ihéoeratiques s'efforcèrent, dès le début, de s'opposer ù cette vulgarisation des doctrines secrètes. L'on sait, en particulier, combien l'Église calholîque, qui plus que toute autre a besoin d'une foi aveugle, sentît la néces- »ilé de combattre par le fer et le feu ces pratiques « détestables et au plus haut point condamnables >. Avec quelle indignation t d'outre-tombe » pourraient en témoigner ces innombrables légions de martyrs, ces millions de prétendus magiciens et de sorciers innocents qui, condamnés avec une férocité inouïe par les Bodin, les Delancre, les Del Rio et autres infûmes, expièrent dans les pires tortures l'inexpiable crime d'avoir évoqué les Esprits. Combien de misérables hallucinés, névrosés, affolés par la misère et les maladies, périrent au milieu des plus effroyables supplices... « pour la plus grande gloire de Dieu », c'est bien entendu (1).

Tout ce sang ne noya pas l'idée. Invincible, indomptée, l'Ame humaine remonta, aspirant au ciel, appelant ses frères de là-haut et les frères répondirent.

Ne sont-ce pas eux qui, sous l'arbre des fées, viennent à l'oreille de la bergère deDomrémy, lui parler de la France, de la patrie et la secouent de frissons héroïques? Ne sont-ce pas eux qui, dans le laboratoire des alchimistes ou le cabinet des philosophes, viennent inspirer les Paracelse, les Cornélius Agrippa, les Swedenborg, les Jacob Bœhm, le comte de Saint-Germain, saint Martin et tant d'autres, agiter les possédées de Loudun, exalter les trembleurs des Cévennes, tout comme les crisiaques du cimetière Saint-Médard ? — Toutes les nervosités de la terre, saines ou maladives, toutes les

(1) Gabriel Dolanne, te Phénomène spirite ; Michelet, la Sorcière .

Page 1