PREUVES ET TÉMOIGNAGES
vibrations de l'humanité provieDiieiU du fil électrique qui relie notre monde au monde des désincarnés.
D'un bout à l'autre de notre planète, de siècle en siècle, elle s'étendit la traînée lumineuse, intermittente parfois, mais reparaissant sans cesse, passant d'un continent à Tautre et éclatant en de certaines époques avec (l<;s irradiations soudaines.
« A la même heure et sur divers points du globe, se levèrent des réformateurs qui prêchèrent des doctrines analogues. Alors qu'en Chine, Lao-ïsée héritait de l'ésotérisme de Fo-Hi, le dernier Bouddha, Çakia-Mouni prêchait sur les bords du Gange. En Italie, le sacerdoce (Hrusque envoyait à Rome l'un de ses initiés, muni des livres sibyllins, le roi Numa qui tenta de refréner par de sages institutions Tambition menaçante du Sénat romain.
Et ce n'est nullement au hasard que ces réformateurs apparaissaient en même temps chez des peuples si divers. Leurs missions différentes en apparence mais analogues et convergentes concouraient à un but commun, qui n'était rien moins qua l'inauguration de l'ère moderne, la transition du monde antique à une nouvelle phase de révolution humaine.
Klles prouvent qu'à certaines* époques fixées parles desseins d'en haut, un même courant spirituel traverse niyscérieusement toute Thumanité, indécise et frissonnante. D'où vient-il? De ce monde divin qui est hors de notre vue, mais dont les génies et les prophètes sont les envoyés et les témoins. » (Ed. Schuré.)
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CHAPITIŒ Vlil
La phase d'incubation du spirilualisme moderne remonte aux années i847, 1848 et 1849.
C'est en 184T, au mois de décembre (1), que la maison d'un nommé John Fox, demeurant à Hydesville, petite ville de l'État de New-York, fut bouleversée par des manifestations absolument insolites. Cela commença par des coups frappés qui semblaient venir de la chambre à coucher ou du cellier situé au-dessous. Aux coups succédèrent d'autres causes de désordre et d'effroi. Le mystérieux frappeur se mit à agiter les meubles et surtout à balancer le lit dans lequel dormaient les deux filles de M. et M'"^ Fox, Marguerite âgée de quinze ans et Kate âgée de douze ans. C'était parfois comme des bruits de pas, sur le parquet, d'autres fois les enfants se sentaient touchées par des mains invisibles mais froides.
En février 1818, les bruits devinrent si distincts et
(1) Tiré du récit d'un témoin oculaire, M^^ Emma Hardinge, femme intelligente et instruite qui a écrit (^Histoire du Moderne Spiritualisme e?i Amérique. {Choses de l^ autre monde, E. IVus.)
LE SPIRITUALISME MODERNE EN AMERIQUE i8J
si continus que le repos de la famille lut troublé pendant des nuits entières. M. et M™« Fox cherchèrent minutieusement, mais sans résultat, quelle pouvait être la cause de ces désordres aussi désagréables qu'inquiétants.
Pendant la nuit du 31 mars, les coups frappés retentirent plus forts et plus obstinés que jamais. Les enfants appelèrent, le père et la mère accoururent, firent jouer, comme ils l'avaient déjà fait tant de fois, les fenêtres, les portes, tandis que le mystificateur inconnu se mit à imiter, comme par moquerie, le bruit et le grincement que faisaient les volets agités.
C'est alors que l'innocente Kate, qui avait fini par se familiariser avec le nocturne tapageur, fit claquer ses doigts et s'écria :
— Ici, Monsieur Pied-Fourchu I Faites comme moi.
L'eflet fut instantané. M. Pied-Fourchu fit entendre
immédiatement les mêmes claquements de doigts et en nombre exactement pareil.
— Compte dix, demanda la mère non moins stupéfaite que ses filles.
Le personnage, docilement, frappa les dix coups demandés.
— Quel âge a ma fille aînée ; quel âge a Kate ?
Aux deux questions furent faites deux réponses absolument exactes : quinze ans et douze ans.
— . Combien ai-je d'enfants ?
La réponse cette fois fut erronée. Sept coups furent frappés. M"^« Fox n'avait que six enfants.
La question fut répétée ; même réponse : toujours sept
Et M"»^ Fox se ravisant :
— Combien en ai-je de vivants ?
— Six, fut-il répondu.
— Combien sont morts ?
Un seul coup fut frappé. Tout était expliqué.
— Êtes-vous un homme, vous qui frappez?
Pas de réponse.
— Êtes-vous un Esprit ?
Des coups rapides et répétés avec énergie ne laissèrent aucun doute sur la nature affirmative de la réponse.
— Voudriez- vous frapper encore, si j'appelais des voisins?
Nouveaux coups afiirmatifs. L'on appela des personnes du voisinage et, pendant toute la nuit, Ton procéda aux mêmes expériences, avec le même succès.
L'on en fit beaucoup d'autres* par la suite, mais posément, avec plus d'ordre et de précision, les curieux aitirés ne se contentèrent plus de demandes et de réponses laconiques. In certain Isaac Post, membre estimé de la Société des Quakers, s'avisa de réciter à haute voix les lettres de l'alphabet, en invitant l'Esprit à désigner par un coup celles qui devaient composer les mots qu'il voulait exprimer. L'expérience réussit de tous points. — Dès ce jour fut trouvée la télégraphie spirituelle et rendue possible la communication avec l'invisible.
On remarqua de plus que le phénomène se manifestait surtout en présence des demoiselles Fox et de Kateparticulièrement. La médiumnitéîui découverte etconstatée(i).
Tel fut, dans &a naive simplicité, le début du phéno-
(1) On appelle mtkiiums les èires spécialement propres, par la délicatesse et la sensibilité de leur système nerveux, à favoriser la manifestation des Esprits et chez lesquels s'opère parfois une incarnation véritable, une prise de possession par TEsprit qui se substitue à eux. Ce sont les sensitifs^ les clairvoyants, ceux dont
mène qui allait révolutionner l'Amérique et le monde. Nié par la science officielle, ridiculisé par une presse ignare et systématiquement malveillante, anathématisé par l'intolérance d'un dogmatisme qui ne voulait rien voir, ni rien entendre, condamné par ce qu'on appelle la « justice des tribunaux », exploité par des charlatans sans Vergogne, ayant contre lui tout ce que le monde officiel peut déverser d'injures et de mépris... mais possédant en revanche cette force toute-puissante qui s'appelle la vériié, en même temps que lirrésistible attrait qu'a toujours exercé le merveilleux sur l'imagination des hommes — le nouveau spiritualisme allait entrer en scène et conquérir cet innombrable peuple d'adeptes
h vue perce le brouillard qui nous cache les mondes éthérés, et, par une sorte d'éclaircie, parviennent à entrevoir quelque cliose de la vie céleste. Certains ont même la faculié de voir Ifs Ksprils, d'entendre d'eux la révélation des vérités supérieures.
Nous sommes tous médiums, mais plus ou moins et à des degré.-i fort difTérenls. Beaucoup le sont qui l'ignorent complètement. Mais il n'est pas d'hommes sur qui n'agisse Tinfluonce bonne ou mauvaise des bons ou des mauvais Esprits. Nous vivons au milieu d'une foule invisible qui, silencieuse, attentive aux détails de notre existence, participe par la pensée à nos travaux, à nos joies, à nos souffrances . Parents, amis, indifférents, ennemis, tous sont ramenés vers les lieux et vers les hommes qu'ils ont connus. Celle foule invisible nous influence, nous inspire à notre insu ci même, dans certains cas, nous obsède, nous poursuit de sa liaino ei de ses vengeances.
. Les aptitudes des médiums sont multiples et variées. Il y a des médiums à effets physiques^ des médiums sensitifs, auditifs^ parlants, voyants^ somnambules^ guérisseurs, écrivains ou )tsychof/raphes.
11 ne faut pas s'imaginer que tous les médiums sont des malades. S'il en est qui sont plus ou moins névropathes, il en est aussi ei en grand nombre qui, malgré leur organisation sensible, jouissent d*un parfait équilibre et d'une santé ne laissant rien à désirer.
184 UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFIM
qui, d'un bout du monde à Taulre, se compte aujourd'hui par milliers et par millions.
11 fut établi, au cours de nombreuses expériences, continue M™^Hardinge, que, « dans certaines conditions, « des Esprits bons ou mauvais, élevés ou abjects, peuc vent correspondre avec la terre; que ces relations « magnétiques entre lés deux mondes sont d'une naiurc a très délicate, sujettes à des troubles et singulièrement « sensibles à l'influence des émolions des opérateurs ; a que les chefs spirituels qui ont présidé à l'inaugurau lion de ces communications entre vivants et trépassés (( sont des esprits philosophiques et scientifiques dont « la plupart, durant leur existence terrestre, s'étaient « livrés à l'étude de l'électricité et autres corps impon- « dérables et en première ligne le D"^ Benjamin Fran- « klin, qui vint souvent lui-même donner ses instruc- « lions aux nouveaux adeptes, sans compter nombre « d'J^sprits amenés par des affection^ de famille, dans « le but de réjouir le cœur de leurs amis vivants par u des témoignages directs de leur présence, procla- « mant la joyeuse nouvelle qu'ils vivent toujours, qu'ils i< aiment toujours, et annonçant, avec les plus tendres u expressions, qu'ils veillent sur les bien-aimés et rem- (( plissent auprès d'eux le gracieux ministère d'anges
(( gardiens. »
Tel est, dans sa touchante simplicité, le procès-verbal qui fut dressé à l'occasion de ces authentiques et providentielles manifestations.
* L'Esprit qui se manifeslaitaux demoiselles Fox déclara
qu'il se nommait Charles Rosna, colporteur de son
vivant, et qu'il avait été assassiné dans cette maison, dépouillé de son argent et enterré dans la cave même d'où étaient partis les premiers bruits.
C'est alors que commença, pour l'infortunée famille Fox, un odieux et long martyre que leur firent subir des hordes de fanatiques véritablement sauvages qui ne leur épargnèrent ni les injures les plus grossières, ni les pires violences. Elle crut bien faire en allant se fixer à Rochester et, encouragées par les conseils de Kosna, leur ami invisible, les jeunes demoiselles Fox, se faisant résolument missionnaires de la nouvelle doctrine, n'hésitèrent pas à braver les haines des congrégations religieuses et à se soumettre au contrôle le plus humiliant et le plus rigoureux.
Accusés d'imposture et impérieusement mis en demeure, par les ministres de leur confession , de renoncer à leurs pratiques, M. et M'"^ Fox résistèrent courageusement, déclarant qu'ils considéraient comme un devoir de propager la connaissance de ces phénomènes qui apportaient aux hommes de grandes et consolantes vérités. En conséquence de quoi, ils furent ignominieusement chassés deleurEglise,euxetleurs adeptes. CetteEglise,on|le voit» ne sortit pas de la tradition. L'intolérance religieuse n'eslelle pas toujours la même, sous quelque latitude qu'elle s'exerce ?
Les pauvres Fox, contre lesquels s'ameutèrent tous les conservateurs fanatiques, prétendant emphatiquement qu'ils voulaient défendre la « foi de leurs aïeux », offrirent alors de fournir publiquement la preuve de la réalité des manifestations. Toute la population de Rochester fut convoquée, à cet effet, dans la plus grande salle de la ville.
1H<» UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINï
La séance débuta par une conférence où furent exposas, dans leur irréfutable simplicité, les progrès des phénomènes d(»s les premiers jours de leur apparition. Otie communication, accueillie, cela va sans dire, par (le formidables huées, aboutit cependant, chose assez (•liante, à la nomination d'une commission chargée de faire sur les laits incriminés une sérieuse et rigoureuse <'nqii(4e.
Or, à la stupéfaction et à l'indignation générales, ne Toilà-t-il pas que les membres de cette commission, romme malj'ré eux et en dépit de tout le violent déplaisir qu'ils en éprouvaient, furent contraints de reconnaître et de proclamer que nulle trace de fraude n'avait pu être découverte.
Fureur de la foule bien pensante. Nomination d'une deuxième commission qui naturellement redoubla de rigueur dans ses procédés d'investigation. On fit fouiller les jeunes lilles; des dames adjointes à la commission les firent même déshabiller complètement... ce qui n'empêcha nullement les coups de retentir avec énergie dans la table des séances, tandis que tous les meubles de la salle dansaient la plus invraisemblable sarabande. Des réponses furent correctement faites par les Esprits à toutes les questions qui leur furent posées même mcntaloiiKMU, et le tout, dans la pleine lumière d'une séance publique où tout subterfuge était impossible.
Second procès-verbal, second rapport plus favorable encore que le premier. La bonne foi des spiritualisles (»lait reconnue, la réalité des faits constatée et le tout ofllcieUement.
« Impossible, dit M'"^ Hardinge, de décrire l'indignation furieuse de la foule deux fois déçue.
Troisième commission. Celle-ci fut choisie parmi les hommes les plus incrédules, les railleurs les plus incorruptibles... et le résultat de leurs investigations, plus odieuses et plus outrageantes que jamais pour les pauvres jeunes filles, tourna plus que jamais aussi à la confusion de leurs détracteurs.
C'en était vraiment trop, et les Esprits semblaient avoir perdu tout respect pour la vénérable « foi des aïeux » par trois fois outragée.
Le bruit de l'insuccès de cette suprême enquête ne tarda pas à transpirer dans la ville et fit monter à son comble l'exaspération de tous les « bons esprits », Quant à la foule, de plus en plus furibonde et convaincue de la connivence des commissions avec les « imposteurs » , elle déclara tout net que, si le rapport définitif était encore favorable à la cause, elle lyncherait tout simplement les inculpés avec leurs avocats. — C'est ainsi que la foule rend sa justice, en Amérique... et aussi ailleurs.
Les jeunes filles, escortées de leurs parents et de quelques amis courageux, ne s'en présentèrent pas moins, malgré leur épouvante, à la redoutable réunion générale. Pâles, maisrésolues, elles prirent place sur l'estrade de la grande salle, « bien décidées à périr s'il le fallait, martyres d'une impopulaire mais indiscutable vérité ».
La séance commença. La foule était houleuse, frémissante, manifestement hostile. Le silence ayant été obtenu à grand'peine, la lecture du rapport fut faite par l'un des membres de la commission, celui-là même qui, lors de l'élection des nouveaux membres, avait déclaré d'un ton péremptoire que « s'il ne parvenait pas à découvrir le truc^ il se précipiterait dans la chute du Genessée », — le petit Niagara de l'endroit.
El quelle fui la conclusion de ce fameux rapporl qui devail irrévocablement el d'un seul coupabaltre les sept lèles de l'hydre diabolique? C'est que ses collègues et lui avaient bien réellement entendu les coups caractéristiques, mais qu'il leur avait été impossible d'en découvrir la cause.
C'est alors qu'au milieu d'un tumulte épouvantable se dressèrent par centaines les têtes de cette hydre d'une autre nature que celle du monstre mythologique, mais infiniment plus redoutable, bête monstrueuse el féroce qu'on appelle la foule, bête déchaînée dont les passions sont inconscientes dans leur ineptie, aveugles dans leur fureur sauvage.
Et déjà elle escaladait Teslradé toute prête aux pires violences, lorsqu'un quaker, nommé Georges Willets — un nom à conserver — dont la religion pacifique donnait une autorité particulière aux paroles qu'il prononça, déclara que « la troupe des rufians qui voulaient lyncher les jeunes filles ne le feraient qu'en marchant sur son corps ».
Celte honnête et courageuse intervention fit reculer les misérables brutes, et la foule s'écoula tumultueusement.
Celte scène, ajoute Eugène Nus, fut tout à la fois touchante el aussi singulièrement suggestive. Ces jeunes filles qui, avec une résignalicn étonnante, subissent les investigations les plus outrageantes et gardent leur altitude courageuse devant une foule sauvage qui n'eût pas reculé devant un assassinat; ce père et cette mère prêts à partager le sort de leurs filles ; ces commissions si d<)testablement disposées tout d'abord et qui finissent par proclamer loyalement el non sans danger la vérité
qui les confond, — tout cela nous sort un peu de nos coutumes et de notre monde, qui n'a de commun avce les habitants du nouveau monde que l'obstination des foules à tourner le dos à Tévidence plutôt que d'abandonner les idées traditionnelles. Mais cela, c'est l'apanage de la société humaine dans sa généralité, et les vieilles académies n'en sont pas plus exemptes que les jeunes populations.
Jamais persécution n'enraya la marche d'une idée, et si les bourreaux étaient sincères, ils avoueraient qu'elles Taccélèrent généralement.
Ainsi en arriva-t-il aux États-Unis, si bien qu'en 1850 l'on y comptait déjà plusieurs milliers de spiritualisles. La presse, se croyant toujours très spirituellement sarcastique, daubait avec entrain sur la nouvelle doctrine. Entre la poire et le fromage des tables les plus distinguées, l'on se gaussait agréablement des tables tournantes, et les Esprits frappeurs faisaient toujours rire, oh ! mais rire prodigieusement, les forte^ têtes récalcitrantes.
En attendant, et en revanche, se réveillaient et s'ouvraient d'autres esprits, non point frappeurs cette fois : ci, mais sérieux, honorables, de haute valeur intellectuelle et morale. Des écrivains et non des moindres, des^prateurs, des magistrats, voire même des révérends ministres, s'informaient, étudiaient, prenaient fait et cause pour la doctrine bafouée. De véritables missionnaires se mirent en tournées de conférences, des puClicistes de talent] fondèrent des journaux spirilualistes, semèrent à tous les vents brochures, discus-
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sions, pamphlets apologétiques, ébranleront ropinion publique et sapèrent force préjugés.
Le mouvement s'accéléra avec une telle rapidité et la propagande prit de si larges proportions, qu'en 1854 une- pétition revêtue de quinze mille signatures fut adressée au congrès siégeant à Washington, dans le but de faire nommer, par le congrès lui-même, une commission chargée d'étudier les nouveaux phénomènes et d'en d(''couvrir les lois. La pétition resta, iî est vrai, non avenue ; mais l'essor de la nouvelle doctrine en fut si peu retardé que les quinze mille signataires devinrent bientôt des millions.
Les moyens de communication se perfectionnèrent. Apri s la table vint la planchette, après la planchette vint la main du médium elle-même. Aux réponses laconiques succédèrent de véritables messages envoyés par les interlocuteurs d'outre-tombe, après lesquels se maiiifcsia le prodigieux phénomène de l'écriture aulomati(jue.
IVien d'autres surprises étaient réservées. L'on vit apparaître des lueurs, des lumières, des formes de mains humaines. On commença par les voir, l'on en sentit bientôt le contact et, à la stupéfaction des sceptiques les plus endurcis, Ton finit par obtenir des épreuves photographiques de ces apparitions tout d'abord vaporeuses, mais qui se matérialisant, peu à peu, peuplèrent les régions invisibles de personnalités vivantes et agissantes.
Et c'est alors qu'intervinrent, au milieu des adhésions de toute nature et de toute provenance, les témoignages bien autrement importants des hommes de science.
Ce fut tout d'abord le juge Edmonds, l'un des hommes
les plus considérables de la magistrature, chief-justice de la cour suprême du district de New-York et président du Sénat, qui, tout d'abord sceptique et voulant dévoiler V « imposture », finit par se convertir avec éclat à la doctrine des sciences occultes.
Après lul> vint le professeur Mapes — professeur de chimie à T Académie nationale des Étals-Unis. — Lui aussi se mit à étudier les phénomènes et voici dans quelles dispositions d'esprit il entreprit ses recherches : « Voyant, dit-il, quelques-uns de mes amis complètement immergés dans la magie moderne, je résolus d'appliquer mon esprit à cette matière, pour sauver des hommes qui, respectables et éclairés sur tous les autres points, étaient sur celui-là en irarin de courir tout droit à la plus complète imbécillité. »
Or le résultat des investigations de ce professeur « réfractaire à l'imbécillité » et si mal préparé à l'inoculation de la nouvelle doctrine fut, comme pour le juge Edmonds, une « immersion » complète dans les eauK du spiritualisme.
La même aventure arriva à l'un des savants les plus éminents d'Amérique, Robert Hare, professeur à l'université de Pensylvanie.
Il commença ses recherches en 1853, époque où, selon ses propres paroles — étant dans les mêmes dispositions intransigeantes qu'avait manifestées avant lui le professeur Mapes — il se sentit appelé « à employer tout ce qu'il possédait d'influence, pour essayer d'arrêter le flot montant de démence populaire qui, en dépit de la science et de toute raison, se prononçait opiniAtrément en faveur de cette grossière illusion appelée spiritualisme ».
Ayant eu connaissance des travaux de Faraday sur les tables tournantes, il crut que le savant chimiste en avait trouvé la véritable explication. Toutefois, pour son édification personnelle, il répéta ces expériences et, les trouvant insuffisantes, il s'ingénia, pour les rendre plus probantes, à inventer de nouveaux appareils.
Et c'est alors qu'à sa profonde et douloureuse stupeur il aboutit à des résultats si parfaitement différents de ceux qu'il attendait, qu'il crut devoir les publier, loyalement, dans un ouvrage publié en 1856 ei dont l'cITet sur ses contemporains fut bien plus considérable encore que celui qu'avait produit le livre du juge Edmonds.
En dépit de ces conversions retentissantes, la bataille se poursuivit plus âpre et plus acharnée que jamais. Savants contre savants, la mêlée devint générale — et l'on sait avec quelle aménité se traitent ces messieurs, quand ne concordent pas leurs opinions.
11 ne s'agissait plus ici de quelques pauvres filles obscures, ou de quelques audacieux charlatans aptes aux pires besognes, c'était la science officielle qui se prononçait par la bouche de ses représentants les plus illustres. La passion scientifique^ qui n'a d'égale que la passion dévote, fut poussée à un si haut degré, qu'en 18r)0 la li'^gislation de TAlabama fif un bill déclarant « que toute personne qui ferait de pubhques manifestations spiritualistes dans l'État serait condamnée à 500 dollars d'amende, — assez joU pour la libre Amérique ! — Le gouverneurj toutefois, hâtons-nous de l'ajouter, refusa de sanctionner ce bill... suffisamment grotesque.
L'un des derniers convertis, parmi les grands noms américains, fut Robert Dale Owen, qui jouissait à la fois d'une réputation de savant des plus justifiées et d'une renommée spéciale d'écrivain. Son dernier ouvrage, paru en 1877, à Philadelphie, fut remarqué pour ses idées élevées et ses aperçus particulièrement ingénieux.
Le mouvement spiritualisle est en ce moment plus vivace que jamais, d'un bout à l'autre des États-Unis. Dans la plupart des grandes villes, existent d'importantes sociétés ayant pour but et pour programme l'étude et la démonstration de la doctrine spiritualiste. Vingt- deux journaux et revues tiennent le public au courant des travaux entrepris. Toutes les grandes villes de l'Union ont des sociétés spiritualistes parfaitement organisées. En 1870, l'on comptait vingt associations d'États, cent cinq sociétés privées, plus de deux cents conférenciers et une vingtaine de médiums publics.
La somme totale des spiritualistes, d'après ïlussel Wallace, s'élève au chiffre approximatifde onze millions rien que dans les États-Unis.
Voilà quelle a été l'étonnante moisson née du grain jeté dans la cave de la famille Fox à Hydesville, par Charles Rosna, le pauvre colporteur qui y avait été assassiné.
CHAPITHE IX
LK SPIRITIALISME MODERNE EX ANGLETERRE LES GRANDS Tf^^MOINS
La Société dialectique de Londres fondée en 1867, sous la présidence de sir John Lubbock. membre de la Société royale de Londres, et comptant parmi ses viceprésidents Thomas-Henry Huxley, l'un des professeurs les plus savants de l'Angleterre ainsi que Georges-Henry Lcwes, physiologiste éminent, décida, dans sa séance du 6 janvier 1869, qu'un comité serait nommé pour examiner les prétendus phénomènes du spiritualisme moderne et en rendre compte à la Société.
Le débat qui s'éleva à ce propos permit de constater que la plupart des membres n'admettaient pas la réalité de ces phénomènes et étaient bien convaincus qu'à la suite de cet examen solennel le moderne spiritualisme serait anéanti à tout jamais.
Cet espoir fut partagé par la grande majorité des journaux anglais qui saluèrent la nomination des membres du comité, par de véritables cris d'enthousiasme. — Le malheur, c'est qu'après avoir si bien chantéj il fallut déchanter considérablement.
A la profonde stupéfaction du public anglais, la com-
"ÏTI
LE SPIRITUALISME MODEREE EN ANGLETERRE iî)o
mission, après dix-huit mois de sérieuses éludes, conclut en faveur de la réalité des manifestations.
ToutefoiSj personne n'osa réclamer, quand on sut quelle était la valeur des membres de la commission qui prirent part à cette enquête solennelle. Us étaient tous là, les plus illustres représentants des corporations scientifiques de l'Angleterre, ayant à leur tête le grand naturaliste Alfred-Russel Wallace, émule et collaborateur de Darwin. Comme Mapes, comme Hare et tant d'autres savants américains, Wallace, tout d'abord récalcitrant, mais vaincu par Tévidence, a fait courageusement sa profession de foi dans son ouvrage célèbre Miracles and modem Spiritualism, qui aujourd'hui encore passionne toute l'Angleterre.
Au nombre des témoins entendus par le comité de la Société dialectique, figuraient M. le professeur Auguste de Morgan, président de la Société mathématique de Londres et secrétaire de la Société royale astronomique, M. Varley, ingénieur en chef des compagnies do télégraphie internationale et transatlantique, M. Oxon, professeur de l'Université d'Oxford, M. Serjeant Cox, jurisconsulte, philosophe et écrivain, M. Baïkas, membre de la Société de géologie de Xevvcastle.
Tous ces savants sont arrivés à la conviction par leurs étudespersonnellesetlespluspalientes expérimentations. Nous aurons l'occasion d'en citer quelques-unes dans les pages qui vont suivre.
Parmi les sceptiques les plus endurcis, s'était fait remarquer leD"" Georges Sexton, célèbre conférencier qui avait mené une des campagnes les plus vives contre la nouvelle doctrine. Certes, si jamais converti mnlliplia les obJe.Mions et les protestations de toute nature, ce fut
bien le docteur et conférencier Sexton. Pendant quinze années, il lutta, ergota, objurga, ce qui ne Fempécha pus, en homme consciencieux qu'il était, de s'informer 1 )yalement. H le fit et si bien, qu'au bout de ces quinze années d'études et de recherches il se déclara définilivement acquis à la cause qu'il avait si obstinément combattue.
Terminons cette liste des grands témoins par le plus illustre de tous, M. William Crookes, Thomme éminent à qui la science moderne doit la découverte du thallium et surtout la démonstration expérimentale de l'existence de la « matière radiante » ou quatrième état de la matière — entrevu par Faraday — et dont on peut dire sans exagération que c'est la plus grande découverte du siècle.