‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 2 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'erreur humaine est un abîme inexploré. De cet océan-là, nul n'a mesuré ni l'étendue, ni la profondeur.

Dès les origines les plus lointaines de l'histoire, Terreur a été pour l'humanité l'atmosphère qu'elle a respirée .

Il faut distinguer toutefois. Il y a deux sortes d'erreurs: Terreur de tâtonnement et l'erreur systématique. Lu première est Terreur nécessaire, normale, scientifique, qui par Texpérimentation amène à la vérité. La seconde est Terreur détestable, fatale, parce qu'elle est voulue, aveugle et tenace et qu'elle perpétue indéfiniment l'ignorance et le mensonge.

Et c'est de celle-ci que s'est entichée l'humanité. Elle s'en nourrit avec délices, s'en abreuve jusqu'à Tivresse. De là l'interminable durée des traditions ineptes, des superstitions grotesques, contre les(|uelles ne prévalent ni la raison, ni la logique, ni le bon sens lui-même.

LHE ÉCHAPPÉÏ SUR l'iNFIM

S deu\ erreurs conslUuent le patrimoioe de l'bunta- Od les reirouve partout. L'histoire, vraie peut-être ses grandes lignes el ses généralités, n'est dans ses )us qu'un tissu d'inexactitudes. La philosophie siique n'a été, pendant des siècles, que » tiotae et barbouillage de cervelles », comme disait aigne (1). Les sciences ont balbutié jusqu'à l'emie la méthode expérimentale. Quanta l'hisloirc des ions, c'est lu <]ue l'erreur sjsléniatiquc a sévi dans

sa beauté, puis le fétichisme le plus abject, jusqu'à la dogma-

modcrne, en passant par les pires extravagances loyen âge, se sont accumulés les plus audacieux que puisse porter à la raison humaine le parti pris

divagation autoritaire.

encore, si ces divagations s'étaient enfermées dans

>re des cloîtres ; mais elles se sont imposées par le

l<! liens à déclarer que les criliqui's plus ou moins ac(>rl)eg ressc (le la iibilosopbie que l'on pourra trouver, çk et là, les puges, D'InOrmeot en rien ni la hauteur de pensée de lies philosophes, ni l'importance de cprlaius travaux dont ni se glorllierlclfl ou tels siècles.

les ees criLi(|ues n'ont d'aulre olijeciif que de constater niable insulllsance de la philosophie, dans les questions de e sociale ou individuelle.

pMIosopliie, œuvre de raison pure dans ses plus hautes mattions,n'ajamaJs ou presque jamais Tait œuvre -d'édîflcu lion», i-dirc de reconsLiluilon iolellectuelle ou morale — morale 11. C'est en dehors d'elle que s'est effectuée l'évolution de humaine dont elle ne s'estguère occupée que pour la « disru ps.vcliologiquement, si bien que, dans son agnoslicisme nailque, hautain... el impuissant aussi, elle n'a pas plus héù compter ses pulsations profondes, qu'elle ne s'est préocde ses aspirations les p[uB légitimes.

fer et le feu, brisant les cœurs, courbant les cons<âences et ne marchant dans leur route sombre qu'à la sinistre clarté des bûchers allumés « pour la plus grande gloire de Dieu ».

Monde abominable dont l'axe tournait sur deux pôles restés célèbres : un enfer et un paradis — un enfer sauvage inventé par des âmes noires qu'hallucinaient les férocités antiques - un paradis puéril et barbare, tel que pouvaient seules le rcver ces mêmes Ames noires qui oscillaient entre un Satan tourmenteur, exécuteur des basses œuvres de la vengeance éternelle et un dieu farouche qui, sous les noms divers de Jéhovah chez les Juifs, de Baal chez les Phéniciens, de Molocli à Carthage et ailleurs, respirait avec délices l'acre vapeur des sacrifices expiatoires. — Vous avez dit un paradis barbare/ — J'ai dit barbare. Écoutez ce passage:

« Les bienheureux, sans sortir delà place qu'ils occu- « peut, en sortiront cependant d'une certaine manière, « en vertu de leur don d'intelligence et de vue distincie, « afin de considérer les tortures.des damnés ; et en les « voyant, non seulement ils ne ressentiront aucune dou- « leur, mais ils seront accablés de joie et ils rendront « grâce à Dieu de leur propre bonheur, en assistant « à V Ineffable calamité des impies. »

Qui a dit cela ? Qui a prononcé ces blasphématoires monstruosités? C'est Toracle du christianisme officiel, celui que les docteurs catholiques ont surnommé le docteur angéliqiie; le théologien par excellence, saint- Thomas d'Aquin en personne !

Que pouvait être la religion sinon ce qu'elle a été, sous les auspices d'une semblable doctrine? Et d'autre

pari, qu'aurait-on pu répondre aux hommes du moyen âge, lorsque, dans Tahurissement où les avaient plongés leurs conducteurs spirituels, ils se demandaient avec angoisse : « Mais qu'est-ce donc que la vie? »

Oui, qu'est-ce que la vie ? peut-on demander encore.

Interrogeons les hommes de nos jours. Voici quelques réponses :

Naître en poussant un cri, cri de douleur ou d'asphyxie -^ peut-être d'épouvante, provoquée chez le nouvel hôte de la terre par le mystérieux pressentiment des misères qui l'attendent.

Vivre au milieu d'espérances mensongères, de joies fugitives, d'efforts sans résultat, d'inquiétudes persistantes. Ne posséder, quand on croit arriver au bonheur, qu'un simulacre de ce bonheur éphémère qu'empoisonne à tout instant la crainte de le voir s'envoler. Avoir le cœur broyé par la disparition d'êtres chéris que la mort frappe au passage, cette hyène qui d'une marche oblique suit pas à pas le voyageur blessé, cette mort qui, pour aussi longtemps que dure notre trajet en ce bas monde, « trotte à côté de nous, en faisant craquer ses grands os de squelette ». Être sans cesse exposé — sans compter les souffrances morales pour lesquelles il n'est pas de remède — aux innombrables maladies que tient en réserve pour nous la marâtre nature. Être en butte à toutes les jalousies, à toutes les trahisons, tout au moins aux malveillances variées que ne savent pas plus déguiser les amitiés suspectes que les inimitiés déclarées. Se demander tous les jours pourquoi l'on a été jeté sur ce monde inhospitalier où les places sont comptées ; ignorer d'où Ton vient, ne pas savoir où l'on va; être assoiffé

LE PROBLÈME DE LA VIE 4i

d'idéal et d'immortalité, sans qu'aucune prévision sérieuse puisse légitimer à nos yeux ces décevantes aspirations.

VoirTégoïsme prospérer, réussir et triompher l'injustice et la violence, alors que la faiblesse succombe et que rinnocence verse des larmes inutiles. Sentir peser sur nos têtes un ciel d'airain, contre les voûtes duquel viennent s'éteindre sans écho plaintes, sanglots et supplications. Consumer ses meilleures années dans l'ardente^ mêlée de la bataille pour la vie, puis se sentir décroître, vieillir dans les regrets ; traîner ses pas chancelants sur la jonchée de nos illusions effeuillées et enfin s'affaisser dans les affres de l'agonie, sur le bord du gouffre noir où chacun doit rouler seul et pour jamais; sans nulle consolation, sans lueur d'aube nouvelle!.,.

La voilà la vie — odieuse et féroce mystification de je ne sais quelle divinité vengeresse et qui s'aggrave d'autant plus qu'on nous parle sans cesse d'un Dieu, père des hommes, juste, miséricordieux. . . Ali ! macabre ironie ! Mais cent fois plutôt le néant et s'il larde... eh bien I le suicide alors, plutôt qu'une semblable torture I

De qui sont ces lamentations déchirantes ?

De tous les sceptiques indignés, de tous les cœurs brisés, de tous les croyants déçus, de tous les désespérés de tous les siècles. Ah ! ces litanies sont longues, universelles. Écoutons encore quelques voix isolées :

« La nature, dit M. Jules Soury (1), est notre mère, c'est entendu ; mais si nous sortons de son sein, c'est pour y rentrer tôt ou tard. Le grain de blé jeté au sillon

(1) Philosophie naturelle.

UNE ÉCHArPÉE SLR l'iSFINI

devient du pain, se transovule fécondé d'où son puisie cadavre engraisse loissoas, et ainsi dans les puisse dire ni comprendre

de vain et d'inutile au isteiice et la mort de ces is et flores, qui végètent itent à la surface de notre litedu soleil, vers quelque rente en soi, mais nécesest, cette existence ayant ée de tous contre tous, la • amer que la mort, cette es élres conscients peutun rêve sinistre, qu'une prix de laquelle le néant

is les fils de la nature, si L nous, à notre tour, qui alités idéales qui la parent ■ qui enchante et qui lourl et demeure son œuvre, nèbres et silence, lui seul lète, parce que lui seul

: à comprendre la vanité ce qu'il a aimé, le néant 3 bonté, l'ironie de toute naïvement adoré dans ses nd il n'a plus ni foi, ni

espoir, voici qu'il sent que la nature elle-même se dérobe, parce qu'elle n'était, comme tout le reste, qu'apparence et duperie. Seul, sur ce monde que ravage la mort, au milieu des débris de ses idoles brisées, se dresse le fantôme de ses étemelles, de ses incurables illusions. »

« Compte, dit lord Byron, encore un désillusionné, compte les joies que tes heures ont vues, compte tes jours exempts d'angoisse et reconnais que, quoi que tu aies été, il y a quelque chose de mieux : ne pas être. »

Encore ces lignes désespérées de M, Clemenceau qui, dans la Mêlée sociale, parle en ces termes amers des dernières phases de la vie sur la terre :

« Nos cités croulantes, parmi d'informes vestiges humains, les dernières ruint^s effondrées sur la vie mourante, toute la pensée, tout l'art engloutis dans la grande mort montante. Toute l'œuvre humaine dans la dernière viscosité de la vie. Et puis, l'ultime manifestation de vie terrestre sera détruite à son tour. Inutilement, le globe froid et nu promènera son indifférence par les stériles chemins de l'espace. Alors s'accomplira le cycle des dernières planètes sœurs, les unes mortes dès aujoud'hui, peut-être. Et le soleil éteint suivi de son funèbre cortège précipitera dans la nuit sa course incalculée vers l'inconnu. » j^.

Ajoutons à ces tragiques accents cette boutade de M. J. de Gastyne : « L'humanité est une chose puante, un assemblage de bêtes malsaines qui se prennent les pattes pour se dévorer de plus près. »

Nous pourrions, aux récriminations de tous ces contempteurs, en ajouter bien d'autres du même genre et certes non moins amères ; mais que sont ces cris de

IINF. ÉCHAPPÉE SUR l'inFIM

ince acrimonieuse ei corrosive, à c(>té des proenilammées, des sanglots déchirants que le ^ant et convulsé de M'"' L, Ackermnnn fait e la terre an ciel '!

t-la blasphémer, et maudire, et pleurer, et espéad — mal^é tout-

naitrc ! revoir le cîcl et la lumière,

oins d'un malheur qui n'est point oublits,

i, sur nos douleurs ci sur notre misère.

Ont souri de pilié.

m ! Plutôt la mort, la nuit sombre, éternelle ! vieux citaos, garde-uous sous ion aile, >œur (lu sommeil, loi qui nous as berriJs, i nous livre pas ; contre ton sein tidèlc, Tiens-nous bien cmljrassés.

e aurions-nous droit aux célestes délices ; i n'est point à nous de redouler l'enfer, fautes n'onl pas mérité de supplices :

avons failli, nous avons tant sonfTcrl !

I ! nous renonçons mâme à cette espérance r dans ton royaume et de voir tes splendeurs, r! Nous refusons jusqu'à ta nicompense, ne voulons pas du prix de nos douleurs.

savons, tu peux donner encor des ailes es qui ployaient sous uu fardeau trop lourd; (, lorsqu'il le plaît, loin des sphères mortelles i-er à toi, dans la gr;\ce et l'amour; ï nous pénùlrer d'une vigueur nouvelle, mdrc le désir que nous avions perdu...

lis le souvenir, cette ronce linmorlelle c à nos cunirs, l'eu arracheras-tu î

Quand de tes chérubins la phalange sacrée Nous saluerait élus, en ouvrant les saints lieux, Nous leur crierions bientôt d'une voix éplorée : Nous élus ? Nous heureux? Mais regardez nos yeux! Les pleurs y sontencor, pleurs amers, pleurs sans nombre. Ah ! quoi que vous fassiez, ce voile épais et sombre Nous obscurcit vos cieux.

Ah ! tu frappes trop fort, en ta fureur cruelle. Tu Tentends, tu le vois! la souffrance a vaincu. Dans un sommeil sans fin, ô puissance éternelle ! Laisse-nous oublier que nous avons vécu.

{Les Malheureux.)

Me retrouver devant Tiniquité céleste, Devant un Dieu jaloux qui frappe et qui déteste, Et dans mon désespoir me dire avec horreur:

« Celui qui pouvait tout a voulu la douleur. »

Délivré de la foi comme d'un mauvais rêve, L'homme répudiera les tyrans immortels Et n'ira plus, en proie à des terreurs sans trêve, Se courber làchempnt au pied de tes autels.

Las de le trouver sourd, il croira le ciel vide. Jetant sur toi son voile éternel et splendide, La Nature déjà te cache à son regard ; Il ne découvrira dans l'univers sans borne, Pour tout Dieu désormais qu'un couple aveugle et morne

La Force et le Hasard.

{P7'ométhée.)

Sois maudite, ô Nature! en tes œuvres immenses, Oui, maudite à ta source et dans tes éléments. Pour tous tes abandons, tes oublis, tes démences. Aussi pour tes avortements!

lAPPÉE suit L'l\FrNI

Bu\, rimiDobililt- morne s éteigne tout flamlieau, " magnifique et sans borne aire qu'un loml)eau '.

{L'Homme à la Nature.)

Je poussière

îjeté,

r sur la terre ;

s l'immensité.

LSsant le donna la naissance :

ses (louieurs,

isience

is et des pleurs.

maux, ton rorps usé succombe, le calme avant-co|ireur.

in du sommeil de la tombe :

c'est ton premier bonheur.

{L'Homme.)

: à ce point sans entrailles, [l'en haut tout entendre et loul voii vranis et tant de funérailles issent t'émouvoir.

I dit bon, tu permets qu'on espère; 3 n'est point Ion dessein, é, iiii-ce un jour sur la lerre, T dans Ion sein.

{L^Amour et la Mort.)

Je défie à mon grc la mort et la souffrance.

Nature impitoyable, en vain tu me démens, Je n*en crois que mes vœux et fais de Tespérancc Même avec mes tourments.

Pour combler le néant, ce gouffre vide et morne, S'il suffit d'aspirer un instant, me voilà!

Fi de cet ici-bas ! Tout m'y cerne et m'y borne ; 11 me faut l'au-delà !

Je veux de l'éternel, moi qui suis l'éphémère. Quand le réel me presse, impérieux et brutal, Pour refuge, au besoin, n'ai-je pas la chimère Qui s'appelle Idéal?

Je puis avec orgueil, au sein des nuits profondes, De l'éther étoile contempler la splendeur.

Gardez votre infini, cieux lointains, vastes mondes, J'ai le mien dans mon cœur !

Tels sont les gémissements douloureux, les (;ris déses pérés qu'arrache à cette grande âme dévoyée la désespérance de la vie.

Le malheur est que l'on retrouve, au fond de ses objurgations hautaines, la chrétienne mal éteinte, l'ancienne croyante fanatique qui, dans sa prime jeunesse, exaltée par la doctrine troublante des catéchismes qu'elle prit au pied de la lettre, faillit s'en aller tout droit au couvent. — C'est elle-même qui nous le raconte.

Son père intervint à propos pour la détourner de cette voie dangereuse. Mais c'est le fantôme de ces dogmes cruels qui la poursuit dans ses plus hardies protestations d'indépendance philosophique.

Toujours est-il qu'après avoir exhalé ses plus amères imprécations, elle voit flotter sur les ténèbres comme une pâle lueur d'aurore.

— Il me faut l'au-delà î crie-t-elle dans son angoisse.

— Tu l'auras, pauvre âme déchirée.

Respectons donc ces mâles tristesses. Excusons ces blasphèmes qui ne sont que des appels impérieux à la Justice, des apostrophes à la Vérité.

Ah ! oui, certes, elle est bien excusable et comme ce serait ici le cas de répéter cette boutade bizarre, si proonde dans son apparente naïveté : « Elle aurait si parfaitement raison... s'il ne se trouvait qu'elle a tort. »

L'histoire tout entière n'est-elle pas le long martyrooge de notre race pantelante sous les sanglantes lanières de la douleur, et son inconsolable sanglot ne monte-t-il pas éternellement vers le ciel, comrfie montait autrefois l'acre fumée des sacrifices mêlée aux cris des victimes expiatoires ?

Voulez- vous le connaître, ce martyrologe de l'humanité? Eh bien, lisez ces pages d'effroyable statistique que nous empruntons à l'un des ouvrages si richement documentés de M. Camille Flammarion.

« Ce qu'il ne faut pas oublier, quand on a le courage de contempler le tableau des férocités de la bête humaine, c'est que le respect de la vie est un sentiment presque entièrement moderne. L'histoire de tous les siècles et de tous les pays nous montre de quel faible poids pesait, dans la balance de la morale antique, la vie de l'homme, de la femme, surtout de l'enfant et de l'esclave. Tuer, autrefois, était la chose la plus simple du monde, et

pendant une longue suite de siècles le sang humain a coulé comme de l'eau. Guerres, dévastations, assassinats politiques et religieux, infanticides ({uotidiens et réglementés, voilà de quoi sont souillées et rougies presque toutes les pages de l'histoire de l'humanité.

L'anthropophagie, terme extrême de la férocité humaine, a commencé dès l'apparition des hommes sur la terre et persiste encore à l'heure qu'il est chez certains peuples relativement civilisés, avec cette circonstance aggravante que ces peuples habitent des pays fertiles et qu'ils ne sauraient, comme pourraient le faire les sauvages indigènes des archipels rocheux de la Polynésie, alléguer pour excuse l'éternelle et torturante faim .

Les traces de l'ancienne anthropophagie se retrouvent dans toute l'Europe, aussi bien que celles qu'ontlaissées les sacriflces humains, préludes ducannibahsme,carles cérémonies funéraires se terminaient toujours par un repas dont la chair des victimes constituait le mets le plus apprécié-

En Portugal, on a trouvé des grottes où l'on a compté des milliers de mâchoires et de dents humaines. Dans l'ancienne Grèce, les Athéniens eux-mêmes offraient aux dieux des sacrifices humains attestés par les vieilles légendes de Lycaon servant à ses hôtes les membres de son propre fils Pélops ; d'Atrée faisant servir à son frère Thyeste ses deux enfants dans un festin de famille.

Célèbres sont demeurées les horreurs de Carthage, où l'on faisait brûler vifs des milliers d'enfants, en l'honneur de Moloch, la monstrueuse divinité des Carthaginois et des Phéniciens. A Rome, l'on faisait également des sacrifices humains, et, juscjue sous l'empereur Commode, les courtisans faisaient figurer, parmi les plats de

leurs banquets, les morceaux les plus délicats, choisis dans les corps des victimes sacrifiées. Mêmes abominalions en Scandinavie. Les. Hindous offraient annuellement à leurs dieux des centaines de victimes humaines.

Et qu'était-ce donc en Amérique et au Mexique tout particulièrement? En 1487, la dédicace du grand temple de xMexico fut célébrée, magnifiquement, par regorgement de soixante-douze mille victimes. Le massacre dura quatre jours entiers. Le sang ruissela en véritable cascade sur les marches du grand escalier du temple et forma d'immenses cloaqu^ qui, pendant des semaines, infectèrent toute la ville. Sous Montézuma, douze mille captifs périrent dans une fête. Lors de la conquête du Mexique par Cortez en 1519, Ton découvrit des ossuaires oii furent comptés jusqu'à cent trente-six mille crânes. Les Mexicains avaient des cages spéciales où ils engraissaient des captifs, hommes, femmes et enfants, qui, le moment venu, étaient menés à la boucherie. Et Ton retrouve plus ou moins de semblables abominations d'un bout à l'autre des deux Amériques.

Ce qu'il y a de plus horrible, c'est que ces actes de sauvagerie se sont perpétués jusqu'à nos jours. Dans certaines régions de l'Afrique centrale, le cannibalisme est encore d'usage traditionnel. 11 y a des cavernes qui servent de garde- manger et que l'on a trouvées remplies d'ossements humains. Certaines peuplades nègres font des pièges à lions qu'on appâte en y attachant un enfant vivant. Les palais des anciens rois du Dahomey ainsi que leurs temples étaient formés de murs, où des crânes, tenant lieu de moellons, étaient cimentés avec un mortier que l'on gâchait avec du sang humain.^ L'on sait aussi qu'à la mort de ces rois on célébrait leurs funé-

LE PROBLÈME DE LA VIE Si

railles en égorgeant un tel nombre de victimes, que Ton remplissait des lacs avec tout le sang répandu. En Guyane, au Brésil et chez les Fuégiens, l'on mange les vieux parents, les vieilles femmes, les captifs.

L'on voit que l'on ne fait nullement une image de rhétorique, quand on affiriiie que des flots de sang ont inondé notre lamentable terre.

La combativité de la bête humaine laisse bien loin deiTière elle la sauvagerie des fauves les plus féroces. Dès son apparition sur le globe, l'humanité a été en guerre perpétuelle contre elle-même, vsans avoir jamais pris le temps de réfléchir pourquoi. — Egorgemenls de peuples, voilà l'histoire dans le passé, et à l'heure où )i6us vivons, à la fin de notre xix° siècle, si glorieux à certains égards, entend-on parler d'autre chose que de futures guerres formidables pour la perpétration desquelles tout le génie de l'homme s'épuise en inventions diaboliques, dans le but avéré, avoué, de faire de ces combats prochains les plus eff'royables tueries qu'aient jamais pu rêver les conquérants les plus sanguinaires ?

Et cependant, ces « glorieux » héros, ces conquérants <( insignes » ont ajouté de bien belles pages dans les annales de notre humanité !...

Voulez-vous des chitYres ? En voici et des plus édifiants :

Savez-vous combien d'hommes, par siècle, a dévorés la guerre ?

Environ vingt millions, rien qu'en Europe et aux Étals-Unis.

Notre Napoléon, <( Napoléon le Grand » dont la gloire, au dire de Béranger, — notre poète national, — sera si longtemps conservée sous le chaume, a fait égorger, à

22 UNE ÉCHAPPÉE SUH l'isfINI

lui seul, cinq millions d'Européens. — Il est vrai que ce n'était que de la « chair à canon », comme il le disait iix États-Unis, la guerre de sécession en ', neuf cent cinquante mille, de même, depuis l'origine de l'histoire.

e approximativement ce qu'ont conté de I guerrede Troie, les guerres médiques, iques, la guerre des Cimbres et des Tentés d'Attila, les horreurs de la « Sainte :s procès de sorcellerie, les guerres dites , les massacres de la Saint -Barthélémy, Cent ans, de Trente ans, de Sept ans, et eries encore que l'on pourrait ajouter à on sinistre — et l'on pourra sans exagéfi plus de quarante millions le nombre par siècle dans les deux hémisphères ; le le total des hommes mis à mort depuis imps historiques s'élève approxîmatîvede douze cents millions — presque autant 4ur le globe tout entier.

(Ires, voule/.-vous des images figuratives T B de la sorte équivaut à dix-huit millions s, jet intarissable qui lance sans repos ni : commencement du monde, près de sept ! sang, par heure, sur les trônes de la entretenir toujours fraîche et rutilante ispeclée

cents millions de squelettes, surgissant re, se dressui,nt debout les uns sur les iliroyable colonne lurait plus de cinq s de hauteur — six fois plus haut que de ine. — Tous ces <.adavres jetés dans la

Manche feraient ce fameux pont projeté entre la France et l'Angleterre. Ajoutons enfin, pour clore la série de ces macabres suppositions, qu'avec les crânes de tous ces squelettes l'on pourrait faire un collier sans pareil qui six fois encerclerait notre lugubre et sanglante planète. »

Voilà les pièces du procès.

Nous avons entendu les dépositions des témoins à charge. Ces dépositions pourraient être allongées, multipliées ; mais à quoi bon? Le plaidoyer, quelque développé qu'il puisse être, ne nous fournirait pas de nouveaux arguments.

Désenchantements, amertumes, objurgations désespérées, lancées à la face de ce Dieu impassible qui se dissimule dans les profondeurs de son ciel, que nulle supplication ne touche, que nulle larme n'attendrit.

Ecoutez ces vers hautains et dédaigneux d'Alfred de Vigny ;

Muet, aveugle et sourd aux cris des créatures. Si le ciel nous jeta comme un monde avorté, Le juste opposera le dédain à Tabseiice Et ne répondra plus que par un froid silence Au silence éternel de la divinité.

Eh bien I est-il vrai en effet ([ue ce silence soit éternel ? Est-il vrai que ce Dieu muet ne se soit jamais révélé à l'humanité ?

C'est pour répondre à ces deux qu(*stions, (|ui n'en font qu'une en réalité, qu'ont été écrites les pages qui vont suivre.

UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFENI

J'ai déclaré, dès le début, que j'allais racoDier des loses plus ou moins extraordinaires, et qu'il Taudraii, non pour les comprendre, du moins pour les accepter ins leui' économie, renoncer à certains préjugés, rejer (oui parti pris, enuornot faire acte de bonne volonté

ne pas s'obstiner à fermer les yeux à la lumière, lUs le singulier prétexte que cette lumière était iuatndue.

Est-il donc si diflicile de s'clever un peu au-dessus des ilgarilés courantes, d'accepter certaines idées nouilles, d'avouer que nous ne savons pas tout encore et t'en dehors de nos connaissances traditionnelles il jut y avoir des mystères à étudier, des inconnues à igager dans les divers problèmes que la vie nous jette la face "*

Au milieu des brumes opaques de la terre, serionsjus devenus myopes ù ce point que nous ne puissions Imetire qu'au delà du visible s'étend l'océan de l'insible qui nous enserre, nous pénètre ; et serions -nous miraints de comparer notre infumité pitoyable il celle ; ces larves aquatiques qui, dans la vase des maréiges, sont incapables de comprendre qu'au-dessus des mx stagnantes volent des libellules dont le soleil diaante les ailes et que ces libellules, hier encore larves impantes comme elles, auraient peut-être pu sentir, jns la fange, tressaillir leurs futures ailes de ga/e, de >ie ou de velours?

Eh bien I i]ue nous le voulions ou que nous ne le voulions )8, il existe, cet invisible, et ce ne sont pas nos prolestions de larves abjeiîtesquil'empt'clieront d'exister.

Ce n'est nullement dans im monde d'hallucinations ne nous allons pénétrer. C'est ù la suite de i-echercliea

philosophiques et scienliiiques poursuivies depuis des siècles, dans nos deux hémisphères, et guidés aujourd'hui parles plus hautes sommités du monde intelleetuel, que nous allons monter dans les sphères de l'au-delà, dans les régions de l'invisible que d'autres ont vues et dont ils nous ont raconté les merveilles.

Remarquez bien, s'il vous plaît, que << merveilles » ici ne veulent nullement dire « miracles ». Il n'y a rien de surnaturel dans la constatation de ce fait que la terre et les destinées qu'elle nous ofl're sont parfaitement insuflisantés pour quiconque renferme dans son ame la oioindre parcelle d'idéal et qu'il n'y a vraiment que les « satisfaits » qui puissent déclarer qu'ils respirent à Taise dans les vapeurs de notre terre marécageuse.

Chercher quelque chose de plus, surtout quelque chose de mieux, nous paraît être le désir le plus légitime, à moins qu'on n'ait le cœur de se désintéresser de toutes les douleurs révélées par les pages désespérées que nous venons de transcrire.

Et voilà donc où nous en sommes, après les soixante ou quatre-vingts milliers d'années que l'homme a passées sur la terre ! Avec quelle décourageante lenteur progresse cette pauvre humanité et combien doit-elle être lasse de gravir son calvaire !

Plus que lasse, angoissée. Manifestement, elle commence à s'affoler des doutes qui la rongent, des incertitudes qui la torturent. C'est dans les ténèbres que l'homme est contraint de chercher sa voie, indécis, tâtonnant, désemparé. Non moins désemparée que l'homme est cette société moderne où tourbillonnent d'immenses forces destructives. C'est des masses pro-

fondes du peuple que montent d'inquiétants murmures, et combien justifiés sont-ils, par la souffrance de ceux qui, des maigres sillons qu'ils fouillent dans leur colère, ne voient sortir qu'une dérisoire moisson !

El cependant, du milieu de ces générations qui depuis des siècles trébuchent dans l'ojubre, n'en tendez- vous pas s'élever des voix qui d'un continent à l'autre crient : « Frères, voici l'aube ! »

Et l'on en cherche les premières lueurs, en même temps que l'on sent passer comme un souffle précurseur qui fait frissonner l'âme des peuples.

« Voici, dit M. Eugène Nus, l'antique Orient qui s'ébranle et sort de ses sanctuaires nous apportant la clé de ses mythes, pères des nôtres et reliant nos ana-: lyses dans sa grande synthèse où après nos religions s'engouffrent nos philosophies. »

(( Jamais, dit M. Ed. Schuré (1), jamais l'aspiration à la vie spirituelle, au monde invisible, refoulée par les théories matérialistes des savants et par l'opinion mondaine, n'a été plus sérieuse et plus réelle. On retrouve celte aspiration dans les regrets, dans les doutes, dans les mélancolies noires et jusque dans les blasphèmes de nos romanciers naturalistes et de nos poètes décadents.

L'âme humaine a-t-elle jamais eu un sentiment plus profond de l'insuffisance, de la misère, de l'irréel de sa vie présente ?

La religion sans preuves et la scfence sans espoir sont debout l'une en face de l'autre, se défiant sans pouvoir se pénétrer ni se vaincre. Notre temps conçoit le développement de l'humanité comme la marche éternelle

(1) Les Grands Initiés.

vers une vérité indéfinie, indéfinissable et à jamais inaccessible, et c'est dans ce champ clos que combattent, armés d'arguments quelconques, le mysticisme, le matérialisme, le positivisme et le scepticisme.

x\ussi, qu*est-il sorti de ces querelles stériles, de ces révoltes, de cette anarchie des consciences ? Une génération sèche, sans idéal, sans lumière et sans foi, trouvant de très bon ton de nier l'ame et Dieu, de ne croire ni à cette vie ni à l'autre et de bafouer, avec une ironie qui se croit spirituelle, sa volonté débile, sa conscience dévoyée, son énergie émaseulée et sa liberté morale systématiquement méconnue. »

a Jamais, dit d'autre part M. Léon Denis (1), le besoin de lumière ne s'est fait sentir d'une manière plus impérieuse. Après avoir été soumis pendant une longue série de siècles au principe d'autorité, les peuples aspirent de plus en plus à secouer toute entrave. En même temps que les institutions politiques et sociales se modifient parfois d'une façon regrettable, les croyances religieuses s'effondrent, les dogmes périssent en se transformant et les cultes sont délaissés. »

« L'humanité, dans le cercle de sa vie, s'agite entre deux erreurs : l'une qui affirme et l'autre qui nie ; Tune qui dit à l'homme : crois sans comprendre ; l'autre qui lui crie : meurs sans espérer. )>

Eh bien, quoi ! allons-nous en rester là? Quand le nageur^ qu'une défaillance a fait sombrer en eau profonde, louche de son pied crispé le fond de la rivière, n'en n'éprouve-t-il pas une commotion nerveuse qui le fait rebondir et remonter jusqu'à la surface?

(1) Après la mort; — Christianisme et Spiritisme.

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Et nous, qui avons aussi coulé bas, qui touchons du pied la couche visqueuse, resterons-nous dans un lâche abandon de nous-mêmes, sans tenter le suprême effort ? Négligerons-nous, sans nous en préoccuper davantage, ces pressentiments, ces aspirations; laisserons-nous sans réponse tous ces appels désespérés ?

« Ce qui nous importe, dit M. Eugène Nus, avant tout et plus que tout, dans le désarroi où nous sommes, c'est de trouver une lueur qui nous aide à débrouiller le chaos de nos idées. Les détenteurs des traditions antiques affirment qu'ils possèdent cette lumière et que le temps est venu où nous pouvons la recevoir. Accueillons-la ; étudions-la, sous bénéfice d'inventaire (1). »

N'y sommes-nous pas conviés par ceux qui la connaissent, cette lumière, par ces précurseurs de tous les siècles qui, ainsi qu'on le verra plus loin, ont multiplié les preuves, accumulé les témoignages, — preuves et témoignages contrôlés, vérifiés, corroborés par les initiés modernes des deux mondes et qui ne cessent de nous crier, eux aussi : « Oui, c'est bien elle, la voici la nouvelle aurore ! »

« L'homme est né dans le creux d'une vague, dit M. Ed. Schuré, et il ne sait rien du vaste océan qui tout à l'entour s'étend sans limites ; mais une force mystérieuse pousse notre barque sur la crête de la lame et là, bien que toujours battus par la tempête, nous finissons par comprendre son rythme grandiose, et l'œil, mesurant la voûte du ciel, se repose dans le calme et l'azur. »

« L'humanité, dit Lamartine, est un tisserand qui travaille au revers de la trame des temps. Un jour vien-

(l) Les Grands Mystères.

dra où, passant de l'autre côté de la toile, olle contemplera le tableau magnifique et grandiose qu'elle aura tissé, pendant des siècles, de ses propres mains, sans en avoir vu autre chose, tout d'abord, que le pêle-mêle des fils enchevêtrés. »

« Chaque sphère de l'être, dit F. Amiel, tend à une sphère plus élevée et en a déjà des révélations, tout au moins des pressentiments. L'idéal sous toutes ses formes est la vision prophétique d'une existence supérieure à la sienne, à laquelle chaque être aspire invinciblement. Semblables aux volcans qui nous apportent les seciets de l'intérieur du globe, l'enthousiasme, l'extase sont des explosions passagères du monde intérieur de l'âme, et la vie humaine n'est que la préparation de cette vie spirituelle. Les degrés de l'initiation sont innombrables.

Homme, disciple de la vie, chrysalide d'un ange, travaille donc à ton éclosion future, car l'évolution divine n'est qu'une série de métamorphoses de plus en pluséthérées, où chaque forme, résultat des précédentes, est la condition de celles qui suivent. La vie divine est un enchaînement de morts successives où l'esprit, rejetant chaque fois quelques-unes de ses imperfections, finit par céder à l'attraction croissante du centre de gravitation ineffable, du soleil de l'intelligence, du foyer de l'amour. »

Et ces voix ne sont pas isolées sur la terre. Si elles nous paraissent être, dans le lourd silence qui nous oppresse, les fanfares matinales des clairons d'avantgarde, elles n'en sont pas moins des échos, des échos lointains et tardifs d'autres voix qui là-bas, tout au fond des âges, ont retenti à l'aurore des civilisations antiques,

dans la haute Asie tout d'abord, puis en Perse, puis en Egypte, puis en Grèce^ d'où elles nous sont arrivées lentement, coupées de longs silences, si longs, si tristes, qu'elles semblaient s'être éteintes dans l'inconscience des hommes primitifs à peine dégagés de l'animalité.

Pourquoi, du reste, nous étonnerions-nous des lents progrès de l'évolution humaine ? La lenteur, dans l'univers entier, préside à toutes les métamorphoses. Ce n'est que par un travail moléculaire qu'elles s'accomplissent sur notre vieille terre chargée de siècles. Le temps ne compte pas dans l'éternité. Le monde des âmes ne se modifie pas plus vite que ne le fait la face de nos continents. Mais cette lenteur n'exclut pas la continuité dont les intermittences ne sont (ju'apparentes.

Or, il semble qu'entraînée par la spirale rétrogressive d'un mystérieux remous lliumanité doive revenir aux doctrines de nos antiques prédécesseurs^ dans l'histoire et dans le temps.

Il s'opère dans le monde des idées une curieuse évolution qui, bien à son insu, cela va sans dire, favorisera ce retour du présent vers le passé et, d'une façon toute spéciale, amènera un rapprochement — inattendu, s'il en fut jamais — entre la science et la métaphysique !

« Deux ennemies, dit M. Eugène Nus, qui se proclamaient irréconciliables, sont en train de se réconcilier, ne s'en doutant ni l'une ni l'autre et plus que jamais se dénigrant avec la plus cordiale animosité. La frontière qui les séparait s'efface peu à peu, et des invasions réciproques tendent à mêler leurs deux royaumes. La science, bon gré, mal gré, à chaque pas qu'elle fait en avant, se voit poussée sur le terrain de la raison pure et celle-ci, pour qu'on ne l'accuse plus de bâtir dans l'espace, est

contrainte d'emprunter à sa rivale les matériaux de ses fondations. Seulement les savants, tout en plongeant dans l'invisible, se défendent comme des diabh^s de toucher à la métaphysique. »

<( L'on a constaté, lisons-nous, d'autre part, dans le remarquable ouvrage déjà cité (1) et auquel nombre d'emprunts seront faits dans la suite, l'on a constaté que, depuis Bacon et Descartes, les sciences modernes tendent inconsciemment, sans doute, mais d'autant plus sûrement, à revenir aux hypothèses des philosophes de la Grèce et d'Alexandrie.

La physique moderne en est arrivée peu à peu à identifier ridée de matière avec l'idée de force, ce qui est un grand pas vers le dynamisme spiritualiste. Pour expliquer la lumière, la chaleur, le magnétisme et l'électricité, les savants ont été contraints d'admettre qu'une matière subtile et impondérable remplit l'espace et pénètre tous les corps. Cette matière, ils l'appellent Ether, et c'est un nouveau pas vers l'antique hypothèse de VAme du monde qui n'est autre chose que le fluide universel.

Et c'est ainsi que, par une évolution singulière des doctrines modernes, nous sommes ramenés à cette autre doctrine vieille comme l'humanité dont les principes essentiels peuvent se résumer comme suit :

Il n'est qu'un Dieu puissant, juste et bon. De lui émanèrent les Esprits, effusion de son essence, étincelles de son foyer. Puis il condensa l'esprit en matière, créant le monde corporel. — Les Esprits libres ont la faculté de s'améliorer, de monter vers le Créateur. Les globcg divers de l'espace leur servent de stations progressives.

(1) Les Grands Initiés ,

— L'esprit est la seule réalité ; la matière n*est que son expression inférieure, changeante, éphémère. — L'âme humaine spécialisée par son individualité est immortelle par essence ; son évolution s'effectue dans une série d'existences alternatives spirituelles et corporelles. — La réincarnation est la loi de cette évolution. — Parvenu à son épuration définitive, l'Esprit se dégage de la chair et prend conscience de sa divinité.

« Certes, poursuit notre auteur, elles sont immenses les perspectives qui s'ouvrent dès le seuil de cette admirable doctrine comparée, soit au misérable horizon où l'homme est parqué par le matérialisme, soit aux données enfantines de la théologie cléricale.

Sur ce seuil, l'on éprouve l'éblouissement et comme le frisson de l'infini. Les ab unes de l'inconscient s'ouvrent en nous-mêmes, nous montrent le gouffre d'où nous sortons, en même temps que les hauteurs vertigineuses auxquelles nous avons le droit d'aspirer.

La porte de l'invisible n'a-t-elle pas été ouverte devant nous par la manifestation des étranges phénomènes du somnambulisme, de tous les états de l'âme différents de la veille, depuis le sommeil lucide, la double vue et la suggestion mentale à distance, jusqu'à l'extase qui nous transfigure, nous marque du sceau divin et nous transporte au-dessus du monde visible, aux lois duquel nous échappons en transfuges glorieux ? »

Eh bien 1 puisque c'est de l'Orient que nous viennent ces révélations étranges, — allons vers l'Orient.

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