‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 20 sur 44 · UNE AUTRE TABLE · texte numérisé non relu

UNE AUTRE TABLE

Encore des phrases de douze mots, mais pas à Paris, cette fois, à la campagne, loin de notre groupe de la rue de Beaune et avec un nouveau coopéraleur.

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Mais toujours de la pure quintessence de métaphysique. Citons-en quelques-unes.

Liberté. — « La liberté de l'homme aide l'ondulation « ascendante de la création infinie. «

— Pas clair, explique-toi.

— « L'homme dispose d'une force pour se dépouiller « complètement des restes de Tanimalité. »

— Bon, voilà qui devient raisonnable.

— « Force qui est la commandite de Dieu livrée à la g^eslion humaine. »

— « Commandite de Dieu », très joli.

— « Force qui s'augmente inépuisablement, quand « elle est dépensée parallèlement aux projets divins. »

— Les « projets divins ». Enfin passons.

— « Dieu improvise le drame des destinées avec le c( concours des volontés humaines. »

— « Improvise ». Continue.

— « Dieu, architecte de l'ensemble, confie laslrucu lure du détail au génie humain. »

— Bravo !

Intuition, — « Intuition, pont suspendu, jeté du u connu à 1 inconnu, du fini à l'infini. »

Nous demandons : Que sera la religion future 1 Quels rn seront les éléments? La table répond :

— « L'idéal progressif pour dogme, les arts pour (( culte, la nature pour temple. »

— « Superbe !

— « La fonction de l'homme est d'élever les êtres <( inférieurs à lui, en les faisant servir à sa propre élé- « valion dans la vie infinie. »

Ajoutons à titre de curiosité les deux boutades originales suivantes :

Philosophie. — « Jeu de mot, fantaisie de diction- « naire, analyse du vide, synthèse du faux, »

Maison pure, — « Échelle circulaire qui a pour symbole la roue de Técureuil. »

Depuis la fameuse séance, où ces deux grands mots latins Adsum Deus nous avaient si étrangement impressionnés, la table, spontanément et à plusieurs reprises, est revenue sur cette question de la mort qui avait soulevé nos anathèmes.

Je trouve dans une dictée la phrase suivante :

— « La mort n'est pas la tombe humaine. Elle borne « la forme de l'être matériel ; fin dé Findividu, elle a dégage rélément immatériel. »

Plus loin, celle-ci :

— « La mort initie l'ame à une nouvelle existence, t Fiez-vous à une destinée qui sera votre ouvrage I »

J'en ai fini avec les dictées recueillies dans mon cahier de notes, jaulii par le temps. Du premier jour au dernier, le procédé pour les obtenir ou les reproduire fut toujours le même.

Je ne crois pas, du reste, que jamais nécromanciens se soient livrés avec si peu d'apprêts et une telle désinvolture à leurs pratiques.

Le plus souvent nous fumions irrévérencieusement, qui sa pipe, sa cigarette ou son cigare, nous contentant de poser une main sur le guéridon habitué à ces allures familières dont il ne se formalisa jamais.

Mais il y avait de grandes inégalités dans le phénomène. Elle était quinteuse et nerveuse à l'excès, cette

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pelite table d'acajou. Tantôt elle refusait obstinément toute espèce de conversation et restait immobile sous nos doigts comme un guéridon vulgaire. D'autres fois, elle se mettait bien en mouvement, mais elle s'agitait machinalement,, en avant, en arrière, tournant- sur ellenirme, comme un cheval rétif, se levant sur un pied, sur un autre ou frappant le parquet sans interruption. Impossible d'en rien tirer ces jours-là, pas même un oui ou un non, à moins que, daignant enfin répondre à nos pressantes questions, elle ne nous donnât une réponse qui était une mystification de plus.

Ces jours-là, il se produisait un fait curieux que je signale à Tattention des professeurs de physique. Au lieu de frapper, comme d'habitude, des coups nets et secs sur le parquet, le pied de la table ne produisait que dos sons sourds et mous, comme s'il eût été enveloppé d'un bourrelet de coton ou d'étoffe repliée en plusieurs doubles.

Par contre, dans certains moments, le guéridon avait le diable au corps et semblait pris d'attaques d'épilepsie. A peine le louchions-nous, qu'il se dressait et s'agitait avec une vigueur que nous ne pouvions maîtriser. Nous raidissions nos bras pour le contenir ; nous pesions sur lui de toutes nos forces pour lui faire reprendre la position normale d'une table modeste et paisible ; l'enragé se redressait avec plus d'énergie encore, ou faisait à droite et à gauche des glissades furieuses ou des bonds désordonnés. Un jour, il s'échappa de nos mains, et, comme lancé par la détente d'un ressort, alla se jeter

contre le marbre de la cheminée avec une telle violence qu'il se cassa un pied.

Uien ne nous faisait prévoir ces crises qui duraient

quelquefois plusieurs jours el se terminaient, comme elles avaient commencé, sans nulle cause apparente. Nous nous interrogions réciproquement : nul do nous ne se sentait dans une disposition physique ou mentale qui pût explicfuer ces troubles extraordinaires. La tal)le He manquait pas cependant de les attribuer à nos préoccupations individuelles qui, à l'en croire, empêchaient les manifestations.

L'un de nous, Brunier, devint plus tard ce qu'on appelle, dans le langage spirite, un médium écrivain. Nous vîmes naître et se développer en lui cette faculté automatique. Il prenait un crayon et laissait aller sa main qui commença par tracer des lignes informes. Peu à peu, elle arriva à former des caractères à peu près nets et enfin à écrire couramment. J'ai pu observer, grâce à lui, cet autre procédé du phénomène, l'écriture inconsciente, plus naturelle en apparence, mais au fond non moins étrange, certes, que les coups frappés par la table. Quand il prenait son crayon, sa main devenait une véritable machine aux mouvements nerveux, saccadés, rapides, rapides surtout. Je vois encore ce crayon posant parfois une question à l'un de nous, et quand la réponse n'arrivait pas prompte comme la pensée, s'agltant avec impatience, frappant convulsivement le papier qu'il maculait de petits points, et écrivant furieusement :

— Mais répondez donc ; réponds donc^ Nus... réponds donc, Méray... Je m'ennuie.

Parmi les innombrables passages qu'il écrivit, cet étrange crayon, je ne citerai que quelques lignes.

Un jour, lui ayant demandé : Qu'est-ce que le devoir? il se hâta de répondre comme suit :

— « Qu'est-ce que le devoir? Cette question m'est posée <« par Nus. Voici ma... et un peu sa réponse :

i< Le devoir est Taccomplissement librement voulu de « la destinée de l'être intelligent. »

o Le devoir est proportionnel au degré de l'être, dans « la grande hiérarchie divine, nécessaire. — Je dis né* « ccssaire, parce que toujours la nécessité implique «< Dieu. »

Après le récit des manifestations de ce phénomène «Hrange, je crois devoir m'arrêter ici ; mais je constate que crayon ou table, c'est toujours la même doctrine: l'éfre libre faisant sa destinée et s' élevant dans la vî>, en proportion de V intensité de ses désirs et du mérite de ses actions. Que l'on m'indique donc, si Ton peut, une meilleure religion et une plus belle philosophie !

Je ne m'occupe pas des charlatans et des exploiteurs qui, médiums ou non, ont dupe et dupent encore les naïfs. Les tromperies de tout genre sont faciles dans cet ordre de faits ; mais fraudes et farces n'empêchent pas le phénomène d'exister.

Je fais une large part aux enthousiasmes, aux engouements, aux hallucinations, aux mensonges, aux duperies. J'écarte en bloc d'innombrables faits que racontent di s publications peut-être trop crédules et à coup sûr trop complaisantes. J'écarte tous ceux qui m'ont été affirmés, même par des personnes en qui j'ai toute confiance, ceux-là mêmes que j'ai vus moi-même... Mais je retrouve des faits entièrement analogues attestés par des témoins bien autrement compétents que moi, et je suis contraint de reconnaître que ce que j'avais vu, entendu

et senti, ce dont je ne pouvais douter et dont je doutais cependant, doivent être des choses bien réelles, puisque des hommes pratiques, spéciaux, accoutumés aux expériences scientifiques et placés dans des conditions de leur choix déclarent les avoir constatées.

Nous allons donc entrer dans un ordre de faits qui, jeTavoue, déroutecomplètementce qui pouvait me rester de scepticisme, en établissant qu'il y a autre chose à côté.

Nous entendrons des savants de tout premier ordre conclure, après mûr examen, qu'il y a dans le phénomène spirite une intelligence extérieure tout à fait indépeftdante de la volonté, de la mémoire, delà pensée des assistants et des observateurs. Nous verrons des faits bien plus surprenants encore, et le lecteur conviendra que je ne mens pas à mon titre, alors que je prétends lui raconter réellement des « choses de Tautre monde ».

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