‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 28 sur 44 · ÎL · texte numérisé non relu

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J\ji »n ♦ e moni»nu -ii^us les yeux une petite Portugaise ;V^.*« d ■ ijii !ln^ aiiN qui e<l bien Tune des petites créalu»es K'S plu^ extra» »nlinaire< que l'on puisse imaginer. Il y a un m *i<. à fioine, elle arriva à Paris qu elle v«»\;ïii polir ht priniit-re f«»i'^. Quinze jours après soninsîullati'in rue de Cliàiraiibiiand. elle alla avee son père, >a mère el sa i;raii rnière. clie/ des amis demeurant rue .M«Mitai.i;ne. Je ne sais pour quelle raison, la grand'mèrc ne voulut pas prolon^::fer sa visite ; elle laissa le jeune eonple mari et femme et revint ehez elle, avec sa mij^nonne petite-iille.

« C'i'iait le lundi de la Pentecôte, vers cinq heures, c'est-à-dire au moment du retour des courses. Toujours «eniille, la petite fut fort aimable avec sa grand'mère jusfju'à la porte de la pension de famille oit elles habitaient. Là. profitant dun moment de distraction de son aïeule, elle la quitta, longea la rue Balzac, traversa les

CHOSES f-TRANGES S95

Cliamps-Élysées, au milieu de la coliue des voiluics d'un jour de fête, retrouva la maison où sesparents — ébahis et effrayés de la revoir — étaient loin de l'attendre. On lui fit, comnio vous pouvez vous l'imaginer, de siVieuses remontrances. Elle les écoula avec ce sang-fioiii de la l'enime Taiie qui vous laisse exprimer une opinion diliér^nle de la sienne ; mais quand on essaya de l'effrayer pir la menace des sergents de ville qui auraient pu la mettre dans leur sac, elle sourit gracieusement, en haussant doucement les épaules. Quand on lui dit, en regagnant le logis, qu'elle aurait risqué de se perdre, de se tromper de chemin :

€ — Ah ! non, papa ! s'écria-t-elle, je puis encore le montrer une autre route qui conduit au même endroit. »

" Et la petite fée indiqua un détour par le quartier iMarbeuf.

1" Notez ce fait, qu'elle n'avait jamais été dans cette partie de la ville.

" Comment expliquer ce sens prodigieux de l'orien-

" C'est la même filletle qui à la question d'un n: lui demandant si i elle l'aimait » lui répondit énergiquenienl «non", puis se penchant à l'oreille de sa mère:

■■ Si, je l'aime beaucoup; mais c'est mieux de ne pas le lui dire. "

« Et comme le monsieur insistait pour connaître le secret murmuré, elle mil le doigt sur sa bouche, pour recommander le silence à sa mère.

l'Ceiteenfantravissante ne pleure jamais, n'ajamais de caprices. A table, elle s'acquitte de la dégustation de tous les mets, avec la plusexquise délicatesse. Elle danse

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avec une grâce parfaite. Elle narre, dans leur ordre respectif, les faits et gestes des journées de ses parents. En somme, elle aurait vingt ans, qu'en beaucoup de choses — moralement parlant — elle ne nous montrerait guère plus d*acquis. »

« Je connais une autre petite fille, celle-ci de huit ans. Très malade et constamment, jusqu'à l'année dernière, elle n*a jamais vu aucun enfant et il était rigoureusement défendu à ses bonnes et à ses gouvernantes de rien hii enseigner. Ce qui n'a pas empêché que toute seule, en accrochant d'ici et delà quelques lettres et quelques mots, elle a appris à lire, en trois langues diftérentes.

« Maintenantqu'ellecommenceà travailler, vous mêliez sous ses yeux n'importe quel axiome de morale, vous lui demandez de l'expliquer, et elle le fait avec un sens philosophique d'une justesse inouïe. Son petit être se dilate dans la plus pure jouissance, quand on lui parle du beau et du bien.

« C'est de plus une grande amie de la nature. Entre quatre et cinq ans, connaissant l'effet que lui produisait une belle végétation, ses sœurs la conduisirent, pour la première fois, en Autriche, dans un site admirable entouré de sombres forêts de sapins — arbres qu'elle n'avait jamais vus.

(( Ses aînées s'attendaient à une vive manifestation de surprise et d'enthousiasme qui ne vint pas. Très étonnées, elles lui demandèrent si elle ne trouvait pas ce pays remarquable.

<( — Si, répondit-elle ; seulement il y a bien longtemps que je le connais. »

CHOSES ÉTRANGES î

" Kllen'y était cependanl jamais venue. ■>

<■ Une autre lilleite de huit à neuf ans qu'il m'i donné de suivre pendant six mois, dans ses études sicales, dès la première leçon de piano, s'initiait con temcnt à la lecture des notes, à leur valeur, ù la mes Elle put immédiatement étudier seule, et au bout di semaines, après avoir déchiffré et exécuté un gi nombre de morceaux, elle jouait en maître la Cha< de Durand qui n'est déjà pas si facile. »

" Une autre fillette encore, nommée Charlotte, t petite, de deux ou trois ans, s'était colléecontreuni cachant sa petite figure entre ses deux mains. Ion la galerie en verre de leur escalier s'était effondr ses pieds, l'inondant de toutes parts de débris coupât puis sans un seul cri de détresse regagnant sa nurs

« Quatre à quatre, son père, témoin de son coui avait franchi les degrés pour la rejoindre. Alors pressant sur son cœur :

« — Comme tu as été gentille, mignonne, de m avoir eu peur ! »

" Fit Charlotte, avec un geste beaucoup plus énerg que ne le comportait sa toute petite personne, se fr la poitrine.

" — Moi, s'écria-t-elle, j'étais sitre qu'il ne m' verait rien ! »

« Étrange confiance de la petite prédestinée ! »

« Je cite encore celte enfant du peuple, de II Saint-Maur, adoptée par une dame de ma qui, la première fois qu'elle vit son père adoplif.

.. ..-v .. ^ iU Av <»uî Iranrhi le seuil de sa nou-

. ::• .' n..ii' :'lî^T:l îuu^rès des domestiques

i.î X-.:. li- .omaïf, v\ qui, en un seul jour,

.:î.-:>. ],rMiiîMut'ui loufani de la maison,

>• v..:r,i> I.... .»•»• lit- uiîMiii »nîUT ce ravissant

. '^i- .1- iMîi ;iiis. liulHTmann, que nous avons

, " îï.:i- :i. ;. !'a"î> t'i avec quelle admiration!

- •- îî ■:": . : .^i Ht onatre ans, au théâtre de

-: .!• -î î' 't»îiîa:ïi oeriaines mélodies qui

; :: - ..' - • \:iv \i\:, v. allait se précipiter vers

.:. -^ 1.: • :• .i>v:-t- ù enîbousiasme irrésis-

• '-.'St T»":.:o tille d'un de nos ! : ; .^t î'':»i> ans qui arrête lexé- . . r t-L r2;:.:î:re le rvihme ou que . -« . »,>y. — i,.n jt'tte quelques

..> s. r ^iTîca^e enfantin elle

.\ ; j:^^ .: r -:: - :\ : ii.iis j\'a ai assez dit pour • :r-' u:.r ".'-': a vii^t.t'.r v;uc jî-k< rw/'iîf^ non seule- ! -•-' l rit ■>,.! \».\:. n .«În encore que beaucoup d'entre ♦-' \ ^ •!» j .•:%t;!i;:s a rude-^red ia.^arnilion très avancé. I>jfi> i:e d»:Tfji.'i- ••:!>, nnisno dirijZeons plus leurs efforts. Ji> <j'.«îîijai>M nt a^Nf z le mysiè!*es, ils possèdent assez d'a<qiîis, pour trouver t*n eux les ressources propres à l<Mir d<''Vi'I<.»pp('ment acUiel.

" La pn-uve évidente que nous pouvons très peu pour

leur avancement est que leurs aptitudes se manifestent en dépit de tout ce qui leur fait obstacle : organisme faible, milieu antipathique y affinités des parents complètement opposées aux leurs. ^

« Que de fois ne voit-on pas, dans les familles, des enfants issus du môme sang et différents de tous points de leurs frères et de leurs sœurs, au moral, comme au physique ? Et ni les pays divers^ ni les circonstances diverses qui présidèrent à leur conception ne peuvent suffire à expliquer logiquement d'aussi étranges divergences.»

Témoignages divers extraits du Fakirisme occidental de M. le D-* Paul Gibier.

L'on désigne habituellement sous le nom de « jongleries des fakirs » les phénomènes extraordinaires auxquels donnent lieu les pratiques mystérieuses de ces fakirs qui sont les sujets inférieurs de la caste sacerdotale des brahmes.

Ces prétendus « jongleurs » ne sont pas autre chose, en somme, que des médiums d'une remarquable puissance, ou en d'autres termes, pour nous servir de l'expression de M. William Crookes, des hommes doués du pouvoir d'émettre une force particulière appelée psychique, dont il nous reste à connaître la véritable nature.

Quoi qu'il en soit, voici le récit que nous empruntons à l'ouvrage de M. Jacolliot, ayant pour titre le Spiritisme dans le monde :

« Au nombre des prétentions les plus extraordinaires des fakirs est C3lle d'influer d'une manière directe sur la végétation des plantes. Quelque fantastique que fût

la chose, je résolus de faire reproduire par Covindasamy f 1), dont la force éiait réellement merveilleuse, tous les phénomènes que j 'avais déjà vu accomplir par d'autres expérimentateurs.

<• Il devait me donner encore deux heures d'expérience, en pleine lumière, avant la grande séance de nuit, et je me décidai à les consacrer à cet examen.

c( Le fakir ne se doutait de rien et je crus, je Tavoue, fortement le surprendre, lorsqu'à son arrivée — il était irois heures de l'après-midi — je lui fis part dermes intentions.

« — Je suis à tes ordres, me dit-il, avec sa simpliciré ordinaire.

« Je fus un peu déconcerté par cette assurance, cependant je repris aussitôt :

« — Me laisseras-tu choisir la terre, le vase et la graine que tu vas faire pousser devant moi?

« — Le vase et la graine, oui ; mais la terre doit être prise dans un nid de carias^

a Ces carias sont de petites fourmis blanches qui construisent des monticules qui atteignent souvent une hauteur de 8 à 10 mètres. Elles sont fort communes dans l'Inde et rien n'est plus facile. que de se procurer un peu de cette terre. J'ordonnai à mon cansama (serviteur hindou) d'aller en chercher un plein vase à fleurs et de m'apporter en même temps quelques graines de différentes espèces.

« Moins d'un quart d'heure après, mon domestique était de retour. Je remis au fakir le vase plein d'une terre blanchâtre. Il la délaya lentement dans un peu d'eau, puis me pria de lui donner la graine que j'avais

(1) Nom d'un fakir célèbre que l'auteur rencontra à Bénarès.

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choisie, ainsi qu'un morceau d'étoffe quelconque. Je pris au hasard une graine de papayer dont j'entaillai légèrement la pellicule, avec l'autorisation du fakir, et la lui donnai en même temps que quelques mèlres de mousseline à moustiquaire.

« — Je.vais bientôt dormir du sommeil des esprits, me dit Covindasamy ; jure-moi de ne toucher ni à ma personne, ni au vase.

<t Je le lui promis.

« Il sema alors la graine dans la terre, pui$, enfonçant son bâton à sept nœuds — signe d'initiation qui ne le quittait jamais — dans un coin du vase, il s'en servit cemme d'un support sur lequel il étendit la mousseline que je lui avais donnée. Après quoi^' il s'accroupit, étendit les deux mains horizontalement au-dessus de l'appareil et tomba peu après dans un état de complète catalepsie.

J'ignorais si cette situation était réelle ou simulée, mais lorsqu'au bout d'une demi-heure je vis qu'il n'avait pas fait un mouvement, je fus forcé de me rendre à l'évidence ; aucun homme éveillé, quelle que soit sa force, n'étant capable de tenir pendant dix minutes seulement les deux bras étendus horizontalement devant lui.

Une heure s'écoula ainsi, sans que le plus petit jeu de

muscles vînt déceler la vie... Presque entièrement nu,

le corps luisant et bruni par la chaleur, l'œil ouvert et

^fixe, le fakir ressemblait à une statue de bronze dans

une pose d'évocation mystique.

« 11 y avait deux heures que j'attendais. Le soleil baissait rapidement à l'horizon, lorsqu'un léger soupir me fit tressaillir. Le fakir était revenu à lui.

« 11 me fitsigne d'approcher et, enlevant la mousseline

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qui voilait le vase, me montra fraîche et vcrle une jeune lige de papayer ayant à peu près 20 centimètres de hauteur. Devinant ma pensée, Covindasamy enfonça ses doigts dans la terre qui, pendant l'opération, avait perdu presque toute son humidité, et, retirant délicatement la jeune plante, il me montra, sur Tune des dcu\ pelli(!ules qui adhéraient encore aux racines, reutalllo que j'avais faite deux heures auparavant.

« Mais, dira-t-on, était-ce la même graine et la même entaille?

« Je n'ai qu'une chose à répondre.

« Je ne me suis aperçu d'aucune substitution.

u Le fakir n'était point sorti de la terrasse. Je ne l'avais pas perdu de vue. Il ignorait en venant ce que j'allais lui demander. Une pouvait cacher une plante quelconque sous ses vêtements, puisqu'il était presque entièrement nu, et dans tous les cas comment aurait-il pu prévoir d'avance que je choisirais une graine de papayer, au milieu de trente espèces différentes que le cansama m'avait apportées.

« Voilà le fait ; je ne puis rien dire de plus. Il est des cas où la raison proteste, môme en présence de phénomènes que les sens n'ont pu prendre en flagrant délit de tromperie.

(( Et cependant...

Après avoir joui quelques instants de ma stupéfaction, le fakir me dit avec un mouvement d'orgueil mal dissimulé :

« — Si je continuais les évocations, dans huit jours, le papayer aurait des fleurs et, dans quinze, des fruits. »

El ils en font bien d'autres, ces prodigieux fakirs !...

L'un dès exercices familiers qu'ils font comaïunéaient s'appelle la danse des feuilles. Un certain nombre de feuilles sont embrochées par le milieu sur autant de bâtons de bambou fixés en terre dans des pots ou ailleurs. Si on en fait la demande, le charmeur ne prépare rien lui-même, et ne touche aucun des « accessoires ».

Lorsque tout est préparé, il s'assied sur le sol, les mains étendues et à une distance telle qu'on peut passer entre les feuilles et ses mains. Au bout d'un instant, les spectateurs sentent une sorte de brise fraîche leur caresser le visage, bien que les tentures environnantes restent immobiles, et bientôt les feuilles montent et descendent' plus ou moins rapidement, le long des bâtons qui les traversent. Cela, bien entendu, sans contact visible ni tangible, entre l'opérateur et les objets servant à l'expérience.

D'autres fois, un vase rempli d'eau se meut spontanément sur une table, se penche, oscille, s'élève à une hauteur assez sensible, sans qu'une seule goutte du liquide soit renversée.

Ou bien encore, des coups sont frappés à la demande des assistants, ici ou là et en nombre déterminé.

S'il y a des instruments de musique, ils rendent des sons, jouent des airs, en plein soleil, sous les yeux de ceux qui sont présents, à plusieurs mètres du fakir et sans que celui-ci se départe un seul instant de son immobilité marmoréenne.

Est-il doué d'un puissant pouvoir psychique, il va mettre le conible à votre étonnement. Il se place dans un endroit bien en vue dans la salle où chacun l'observe, et là, en pleine lumière, faisant face à l'assistance,

:jo4 une échappée sur l'infini

il se croise les bras sur la poitrine. Son visage rayonne, ses yeux s'allument d'un feu sombre, puis lentement, tout doucement, il quille terre, s'élève plus ou moins, parfois, à plusieurs pieds au-dessus du sol, quelquefois même jusqu'au plafond 1...

Autre merveille enlki. Se trouve-i-il, dans l'assistance, un étranger nouvellement arrivé. Provençal ou Savoisien, peu importe, on l'invite à penser à un vers de Mireille ou à une phrase quelconque du patois de son pays. Kst-ce un lettré, il j^ensera à un vers de Virgile ou d'iloniérc...

Voici que le fakir éiend du sable fin sur une table ou Joule autre surface unie. Un petit bâtonnet de bois est placi» sur le sable égalisé en couche mince, tandis que 1 homme nu, le corps en demi-cercle, les jambes repliées sans lui à Torienlale et les mains étendues vers la table, roprend son immobilité de slatue.

Le silence se fait; l'on attend quelques instants... et voilà qu'à la stupéfaction intense et palpitante des spectUeurs l'on voit le bâtonnet se dresser, trotter, courir tout seul sur le sable, où chacun peut lire bientôt, l'un, s )n vers de Mistral, l'autre, sa phrase en patois savoyard, l(î troisième, enlin, quelques vers de Vlliade ou des B icoliques (i) !...

Lorsqu'on questionne les fakirs sur ces prodiges iiKîomparables, ils répondent qu'ils sont produits par les

(( Les Esprits, disent- ils, qui sont les âmes de nos ancêtres, se sei'vent de nous comme d'un instrument. Nous leur prêtons notre fluide naturel pour le combiner

(l) M. L. Jacolliot obtint par ce procédé le nom d'un ami mort plusieui's années auparavant.

avec le leur, et, par ce mélange, ils se coQStituent un corps (luidique, à laide duquel ils agissent sur la matière ainsi que vous l'avez vu. »

Voilà, en quelques mois et résumée par les laUii-s, la théorie exacte et entière de tous les phénomènes de médiumnité.

Extrait dii même ouvrage, (e Fakirtsme occidental:

« Voici ce que nous avons observé, dit M. le D'' Gibier, après un examen atleiitîf du médium Slade :

« La première fois que nous l'avons vu dans un de ses états d'extase tout spéciaux, l'accèsdébuta ainsi : d'abord une légère rougeur colora la face et une sorte de rictus fit contracter les muscles du visage; les yeux seconvulsèrent, puis se fermèrent cnergiquement, un grincement de dénis se fit entendre et une secousse convulsive de tout le corps annonça le début de la « posses-

a Après cette courte phase assez pénible à voir, le visage du sujet s'anima d'un sourire et la voix complètement changée, ainsi que l'altitude, le personnage nouveau, Sladc véritablement transformé, nous saina gracieusement ainsi que chacun des assistants.

« Dans cet état de transe, comme disent les Anglais, ou d'incarnation, ainsi que s'expriment les spi ri te s français, Slade est remplacé [suivant ses propres aflîrmations), remplacé animiguement par l'Esprit d'un Indien nommé Owasso. Dans ce cas, il esl assez gai, D'auti'es fois wasso cède la place à l'Esprit d'un grand chef Peau- Rouge de sa tribu; maïs celui-ci ne sachant pas l'anglais. Ton voit alors Slade se dresser, marcher à grands pas et

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déclamer dans une langue sonore qui, paraitil, est celle des Indiens caraïbes.

Nous avons entendu Slade raconter maintos fois qu'il lui arrive parfois, lorsqu'il est dans cette situation» de parler français ou toute autre langue aussi inconnue de lui.

« Nous avons eu une opération à faire à Slade pour un kyste du cuir chevelu. Comme il est très sensible à la douleur et très pusillanime, il ne fallut pas songer à pratiquer l'opération par le bistouri. Nous eûmes donc recours aux caustiques. L'application de la pâte employée fut dès le début très douloureuse pour Slade qui, au bout de quelques minutes, souffrit d'une façon intolérable. Il suait à grosses gouttes et tous ses membres étaient agiles d'un tremblement convulsif.

o Nous lui suggérâmes alors l'idée de faire appel à « Owasso », qui du reste ne se fit nullement prier. Slade tomba bientôt en état de transe et, avec la voix modifiée dont nous avons parlé, il s'entretint gaiment avec nous et M. F. qui assistait à 1 opération. La douleur devait devenir de plus en plus intense, car la potasse mordait dans les couches sensibles du derme ; mais Slade ne paraissait pas plus s'en préoccuper que s'il se fût agi d'un autre patient que lui.

« Au commencement de l'opération, le pouls était à 85 pulsations à la minute ; quelques instants après il était tombé à 00; la peau, qui était chaude tout à l'heure, était devenue froide presque subitement et Slade-Owasso continuait à causer et à rire avec nous.

« Nous lui avons pincé violemment la partie dorsale de la main, et le patient, qui sursaute au moiude contact,

à rélal normal, ne parut pas s'apercevoir de la petite torture que nous lui faisions subir.

(( Au bout d'un quart d'heure, le caustique fut enlevé, Slade eut une convulsion et revint à son état naturel. 11 nous serra la main en disant good bye comme au moment d'un départ. La douleur se fit de nouveau sentir, mais très supportable, et Slade se plaignit plutôt de souffrir à l'endroit où nous l'avions pincé.

« Il faut bien avouer que tout cela est fort étrange. »

Voici un fort curieux article de M. Victor Meunier, rédacteur scientifique du journal le Rappel :

« M. le D' Liébault nous envoie le procès-verbal d'une expérience étonnante de suggestion hypnotique faite devant un certain nombre de savants, médecins et pharmaciens (dont les noms sont cités dans l'article).

« Cherchant à constater si le prétendu miracle de la stigmatisation ne couvre pas quelque phénomène hypnotique, M. Focachon entreprit avec une demoiselle Élisa, pour sujet, des recherches qui l'amenèrent à produire des brûlures et de la vésication, par simple suggestion, — ce qui fut constaté par de nombreux témoins.

« Après avoir obtenu de la vésication sans substance vésicante, M. Focachon fut naturellement curieux de voir si l'effet inverse réussirait également. Et c'est dans ce but que fut organisée l'expérience suivante :

« D'un morceau de toile vésicante, il fut fait trois parts :

<( L'une fut appliquée sur le bras gauche de M^'® Élisa (dormant du sommeil magnétique). L'autre fut appliquée'

308 INE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI

sur son bras droit. La troisième fut appliquée sur la poitrine d'un malade soigné à l'hospice civil.

(( A peine lesempirures lui sont-ils posés, qu'avec énerl'ie M. Focachon fait à iM'^' Élisa cette déclaration : que le vi'sicatoire appliqué sur son bras gauche ne doit y [)roduire aucun eflet.

« Du commencement de l'expérience — dix heures vingt-cinq minutes du matin, jusqu'à huit heures du soir — M"® Klisa ne resta pas seule un instant.

u A huit heures du soir, revenus et réunis auprès d'elle, les témoins ci-dessus, après s'être assurés par l'éiat du pansement qu'il n'avait pas été dérangé, l'enlevèrent et constatèrent ceci :

(( Que, sur le bras gauche où la suggestion avait annulé relTel du vésicatoire, la peau était intacte ; que sur le bras droit, la toile vésicante avait opéré son effet ordinaire ; enfin, que sur la poitrine du malade de l'hôpital fut trouvée une ampoule magnifique. »

AUTRE PllI-NOMÉNE DE SUGGESTION

Voici eu quels termes le raconte lui-môme M. Liégeois, professeur à la Faculté de droit de Nancy H auteur de Texpérience :

« Je dois m'accuser, dit M. Liégeois, d'avoir essaye de faire tuer mon ami M. P., ancien magistrat, et cela, circonstance aggravante, en présence de M. le commissaire central de Nancy.

« Je m'étais muni d'un revolver et de quelques cartouches. Pour ôter l'idée d'un jeu pur et simple, à la personne mise en expérience et que je pris au hasard parmi les cinq ou six somnambules qui se trouvaient ce

jour-là chez M. LiébauU, je chargeai un des coups du pistolet et je le tirai dans le jardin. Je rentrai aussitôt, montrant aux assistants un carton que la balle venait de perforer.

« En moins d'un quart de minute, je suggère à M'"^ G., i'une des somnambules, de tuer iM. P. d'un coup cîe revolver. Avec une inconscience absolue et une parfaite docilité M™® G. s'avance sur M. P. et tire sur lui.

« Interrogée immédiatement par M. le commissaire, elle avoue son crime, avec une entière indifférence. Elle a tué M. P., parce que... il ne lui plaisait pas. On peut l'iirrôter; elle sait bien ce qui l'attend ; si on lui ôte la vie, elle ira dans l'autre monde, comme sa victime qu'elle v^it étendue à terre, baignant dans son sang. On lui demande si ce n'est pas moi qui lui ai suggéré l'idée du meurtre quelle vient d'accomplir. Elle affirme que non ; elle y a été portée spontanément ; elle seule est coupable. »

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