‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 29 sur 44 · TROISIÈME EXEMPLE PLUS SUGGESTIF ENCORE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXEMPLE PLUS SUGGESTIF ENCORE

« L'observation la plus intéressante, dit M. le D"^ Dufour, médecin en chef de l'asile de Saint-Robert (Isère), est celle du nommé T. atteint d'hystéro-chorée, considéré comme très dangereux et qui cependant erre en liberté dans l'un des quartiers de l'asile.

« Il devint rapidement accessible à la suggestion, qui successivement a eu raison chez lui de crises hystériques, de tendances au suicide et d'hallucinations pénibles de rouie. T., qui s'est évadé trois fois d'un asile, va et vient maintenant, sans songer à la moindre tentative

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d'évasion, parce que, étant en somnambulisme, il lui a été suggéré de ne plus s'échapper.

« D'autre part, ce même personnage extraordinaire est étonnamment sensible à l'action des médicaments, même à distance. Qu'on en juge par ces faits surprenants.

€ Un gramme d'ipéca, placé dans un papier plié et mis sur sa tête, sous un chapeau à haute forme, a déterminé (les nausées et des régurgitations qui se sont arrêtées dès l'instant où fut enlevé le médicament.

« Un paquet de racines de valériane, placé sur sa lèie sous un bonnet de laine, a produit des faits inconcpvables. T. suit une mouche des yeux et quitte sa chaii-e pour courir après elle ; il se met à marcher à quatre pattes, joue comme un jeune chat avec un bouchon, fait le ^los dos si l'on aboie, lèche sa main et la passe sur ses oreilles — c'est un chat.

« Après l'enlèvement de la valériane, tout disparaît, et T. se trouve à quatre pattes fort étonné de se trouver en cette posture. Il n'a aucun souvenir de ce qui vient de se passer.

« Voici qui est plus fort encore. Le laurier-cerise, ai)pliqué sur sa tète, provoque en lui une explosion relii»ieuse, alors (juil se déclare d'habitude anarchiste et athée. Il montre un mur où il faudrait mettre un Christ; en prévision de ce Christ, il s'agenouille, lève les mains au ciel, puis dévotement se découvre... Mais, en ôlant son bonnet, il fait tomber les feuilles, avec lesquelles tombe immédiatement son accès de dévotion. Nul souvenir de ce qui s'est passé. »

En voilà des étraugetés I Nous n'avons pas tout dit encore cependant.

Écoutez le récit frémissant de visions et d'obsessions que nous fait celui-là même qui en fut Tobjet... l'on pourrait dire la victime.

Bien des gens ont lu le Horla, histoire étrange et fantastique que nous raconte — comme il savait le faire — le pauvre Guy de Maupassant, déséquilibré déjà et de telle sorte, qu'on aurait pu prévoir la triste fin qui lui était réservée.

Connut-il les phénomènes spirites ? Rien ne nous permet de le supposer ; mais ce qu'il y a d'incontestable, c'est qu'il fut l'objet d'une obsession terrible qu'il nous conte en ces termes :

« 4 Août. — Querelles parmi mes domestiques, l's prétendent qu'on casse les verres, la nuit, dans les armoires. Le valet de chambre accuse la cuisinière qui accuse la liugère qui accuse les deux autres... Quel est le coupable (1) ?

« 6 Août. — Cette fois, je ne suis pas fou, j'ai vu... Je ne puis douter, j'ai vu... J'ai encore froid jusque dans les ongles, j'ai encore peur jusque dans les moelles, j'ai vu !...

« Je me promenais, à deux heures, en plein soleil, dans mon parterre de rosiers. Commeje m'arrêtais à regarder un Géant, des batailles qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je vis distinctement, tout près de moi, la tige d'une de ces roses se plier comme si une main invisible l'eût tordue, puis se casser comme si cette main

(1) Il a conslaté, après d'horribles cauchemars, qu'un être est là, qu'il le hante et l'obsède. Tous les matins, sa carafe est vide et son lait disparaît chaque nuit. Reprenons son récit.

Vmi cueillie I Puis la fleur s'éleva suivant la courbe qu'aurait décrite un bras en la portant vers sa bouche et elle resta suspendue en l'air transparent, toute seule, iujmobile, (»tTrayante tache rouge à trois pas de mes veux.

< f4)erdu, je me jetai sur elle pour la saisir ! je ne trouvai rien ; elle avait disparu. Alors je fus pris d'une colère furieuse contre moi-même ; car il n'est pas permis à un homme raisonnable et sérieux d'avoir de pareilles hallucinations... Mais était-ce bien une hallucination? Je me letournai pour chercher la tige et je la retrouvai sur larbuste fraîchement brisée, entre les deux autres roses demeurées à la branche.

«Alors, je rentrai chez moilame bouleversée, car je suis certain maintenant qu'il existe près de moi un être invisible qui peut toucher aux choses, les prendre, les chani^er de place, doué par conséquent d'une nature matérielle, bien que imperceptible pour mes sens et qui habite sous mon toit!...

f 11 ne se manifeste plus, mais je le sens près de moi, ui'epianl, me regardant, me pénétrant, me dominant surtout et plus redoutable, en se cachant ainsi, que s'il signalait, par des phénomènes surnaturels, sa présence invisible et constante.

« / / Aoùf. — Je suis perdu ! Quelqu'un possède mon ànie et la gouverne. Quehju'un ordonne tous mes actes, tous mes mouveun^nls, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu'un spectateur esclave et lerrifié de toutes les choses que j'accomplis. Je désire sortir, je ne peux pas. // ne le veut pas et je reste

CHOSES ÉTRASGES '

cpci'du, Iremblam, daus le fuuteuil où il me tient nss

« Puis, tout d'un coup, il faut, il faut que J'aille fond du jardin, cueillir des fraises et les manger. El vûis, car il faut obéir 1 Oh ! mon Dieu, mon Dieu !

« Mais celui qui me gouverne, quel est-il, cet invîsil cel inconnaissable, ce rôdeur d'une race surnaliircU <' Doncles Invisibles existent! Alors, comment, depi l'origine du monde, ne se sont-ils pas encore manifesi d'une façon précise ? Je n'ai jamais rien lu qui ressemt à ce qui s'est passé dans ma demeure (l).Oh ! si jcpo vais la quitter, m'en aller, fuir et ne plus revenir ! serais sauvé ; mais je ne peux pas.

« Nous sommes si infirmes, si désarmés, si ign ranls, si petits, nous autres, sur ce grain de boue t tourne délayé dans une goutte d'eau.

■1 Je m'assoupis en rêvant au vent frais du soir. " Or, ayant dormi environ quarante minutes, je ro vris les yeux sans faire un mouvement, réviûUé par ne sais quelle émotion confuse et bizarre. Je ne vis ri d'abord,,puis tout à coup il me sembla qu'une page i livre resté ouvert sur ma table venait de tourner toi seule. Aucun souffle d'air n'était entré par i fenêtre.

« Je fus surpris c( j'attendis. Au bout de quelques i; nutes, je vis, je vis de mes yeux, une autre page se se lever et se rabattre sur la précédente, comme si doigt l'eût feuilletée. Mon fauteuil était vide, scmb! vide ; mais je compris qu'il était là, lui, assis à ma pla et (|u'il lisait.

" D'un bond furieux, d'un bond de bète révoltée ( (1) Guy de Naupasiiant riKonrait ; mais combien de fuis snDt passées des choses semblables !

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va éveiitrer son dompteur, je traversai ma chambre pour le saisir, pour l'élreindre, pour le tuer!...

u Mais mon siège, avant que je l'eusse atteint, se renversa comme si l'on eût fui devant moi. Ma table oscilla, ma lampe tomba et s'éteignit et ma fenêtre se ferma comme si un malfaiteur surpris se fût élancé dans la nuit, en prenant à pleines mains et en tirant sur lui les battants.

« 19 Août. — Je sais, je sais tout. Je viens de lire ceci dans la Ri'vnc du monde scientifique :

(( l ne nouvelle assez curieuse nous arrive de Rio de Janeiro, l ne folie, une épidémie de folie, comparable aux démences contagieuses qui atteignirent les peuples d'iùirope, au nioyon âge, sévit en ce moment dans la province de San-Paulo. Les habitants éperdus quittent leurs maisons, désertent leurs villages, abandonnent leurs cultures, se disent poursuivis, possédés par des éiies invisibles bien que tangibles, des sortes de vampires qui se nourrissent de leur vie pendant leur sommeil.

(« M. le professeur Don Pedro Henriquez, accompagné de plusieurs savants médecins, estparli pour la province de San-Paulo, afin d'étudier sur place les origines et les manifestations de celte surprenante folie et de proposer à l'empereur du Biésil les mesures qui lui paraîtront le plus propres à rappeler à la raison ces populations en délire. »

(( Il est donc venu Celui (juc redoutaient les anciens peuples naïfs. Celui qu'exorcisaient les prêtres inquiets, que les sorciers évoquaient par les nuits sombres et à

qui les hommes épouvantés prêtèrent toutes formes monstrueuses ou gracieuses : gnomes, esprits, génies, fées, farfadets.

« Après les grossières conceptions des terreurs primitives, des hommes plus perspicaces l'ont pressenii clairement. Mesmer l'avait deviné, et les médecins, depuis dix ans déjà, ont découvert la nature de sa puissance. Ils ont joué avec cette arme du Seigneur nouveau, la domination du mystérieux vouloir sur l'ûme humaine devenue esclave. Ils ont appelé cela magnétisme, hypnotisme, suggestion... que sais-je?

« Malheur à nous ! Il est venu le. . . comment se nommet-il? Il me semble qu'il me crie son nom... Oui, j'ai entendu, c'est le Horla. Le Horla est venu, l'Être invisible et redoutable, ce corps transparent, ce corps inconnaissable... ce co?'ps de l'Esprit! »

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