‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 31 sur 44 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

11 est temps de résumer, afin de pouvoir conclure.

Nous avons dit ce qu'est la Doctrine ésotérique dont le <( Nouveau Spiritualisme • américain etle f Spiritisme > français, que Ton appelle encore le « Fakirisme occidental », ne sont que de modernes rééditions.

Que le premier mouvement de certains lecteurs ait éié un silencieux haussement d'épiiiiles, accompagné peutêtre d'un sourire plus ou moins dédaigneux ; — cela, c'est leur affaire et nous n'avons rien à objecter. L'heure pour eux n'a pas encore sonné.

Qu'il y ait eu, qu'il y ait encore nombre de spiriie$ ignorants, hallucinés, névrosés, détraqués, si Ton veut; qu'il y en ait surtout qui, se trompant d'étiquette, se soient mis sur le dos le nom de Spiriles, alors qu'ils ne sont en réalité... soyons polis, que des prestidigitateurs plus ou moins expérimentés dans leur art — nous en tombons d'accord.

Mais ce que nous affirmons, c'est que c'est par fflil-

-^- ^ jjjpi'P» ;

liers et par millions que se comptent les hommes sincères et honnêtes, les savants consciencieux dont les témoignages abondent, comme aussi les croyants qui, religieusement convaincus de la vérité de la Doctrine, trouvent en elle espérance et consolation.

. Tout cela, ce nous semble, prouve qu'il y a là vraiment « quelque chose » et que ce quelque chose vaut la peine qu^on s'en occupe.

Eh bien ! l'on s'en occupe, en effet, dans tous les mondes et de toute façon. Qui ne parle de spiritualisme, aujourd'hui?

Le malheur est qu'en dehors des initiés et des groupes de savants qui l'ont scrupuleusement étudié, rien n'égale l'ignorance de la foulé au sujet de cette nouvelle Doctrine.

Mais combien d'autres, en revanche, cherchent et s'informent. Écoutez le jugenient que porte sur elle un savant docteur qui « ne croyant pas encore » veut savoir et s'enquiert « pour se convaincre lui-même » et dans quel large et loyal esprit de sincérité philosophique (1).

Résumons quelques-unes des pages de ce remarquable Essai.

« Envisageons quelques-unes des conséquences qui résulteront bientôt, sans doute, delà constatation rigoureusement scientifique des deux principes fondamentaux de la doctrine spirîtualiste :

« Persistance du moi conscient après la mort ; évolution progressive de l'âme par ses propres eflbrts.

« €e n'estni plusni moins qu'une révolution complète

(1) Le P' C. Gyel, Essai de revue générale du Spiritisme, (Chamuel, éditeur.)

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dans la philosopliie, dans la morale, dans la vie sociale cl individuelle. »

Dans le domaine religieux^ suppression des obscurii(*s syslématiques, des doctrines incohérenles et caduques bientôt oubliées devant la simplicité lumineuse de la doctrine nouvelle et devant la satisfaction complète qu'elle apporte à nos instincts de bonheur, à nos désirs d'immortalité, à notre espoir, enfin réalisé, de connaître TAu-delà.

Plus d'idées néaulistes si déprimantes et si désespérantes. Plus de ces dieux anthropomorphes, capricieux vi cruels, armés de leurs pouvoirs discrétionnaires de grâce et de prédestination, choisissant leurs élus, assoiffés de sacrifices sanglants pour « apaiser leur colère ». Plus de dogmatiques déraisonnables restreignant' notre libre arbitre. Plus de péché originel avec ses conséquences barbares (1). Plus d'aberrations féroces sur l'enfer et ses supplices éternels.

Combien ces dogmes paraissent monstrueux en regard (los enseignements de la philosophie nouvelle : double idée d'involutiou et d'évolution embrassant tout dans un panthéisme grandiose. Évolution progressive des mondes et des êtres, par leurs propres forces, sans intervention d une divinité extérieure à l'univers. L'ame individuelle n'est pas créée de toutes pièces, avec les facultés qu'a bien voulu lui assigner le caprice du créateur.

Elle se forme et se développe elle-même par ses efforts, ses travaux et ses souffrances.

Les inégalités humaines, au point de vue de l'intelligence, de la conscience et du cœur, inégalités que

(1) Consé(iuences monstrueuses allant jusqu'à la damnation des outants morts sans baptême. (Doeîrine de Bossuet entre autres.)

n'expliquent suffisamment ni l'hcrédixé, ni l'influence des milieux, trouvent leur interprétation facile dans les différences évolutives des êtres. Sans la loi des réincarnations, c'est l'iniquité qui gouverne le monde.

L'explication du mal n'est pas moins satisfaisante. Le mal n'est autre chose que la mesure de l'infériorité de^ mondes et la condition nécessaire à leur perfectionne^ ment. Châtiments et récompenses ne viennent que de nous-mêmes et sont la « conséquence naturelle » de nos fautes ou de nos eflbrts. Qu'il nous suffise de savoir que notre bonheur futur résultera nécessairement de nos progrès évolutifs.

Quant aux conséquences morales, elles se déduisent avec la même facilité.

La morale nouvelle constituera une « science », dont les principes découlent des connaissances acquises sur notre destinée.

Nécessité du travail personnel.

Solidarité forcée entre les hommes.

Nécessité du libre développement individuel.

Le libre arbitre est toujours proportionnel à l'avancement de l'être.

Notion de nos devoirs envers les animaux protenant de la certitude où noiis sommes d'avoir passé par une série d'organismes inférieurs.

L'idée nouvelle s'imposera à quantité d'intelligences élevées qui s'attachent aveuglément aux religions ancesirales par dégoût du matérialisme.

Elle sera également accueillie par les hommes d'élite qui se croient matérialistes et athées par dédain des dogmes religieux.

Dans l'enivrement de ces conceptions grandioses.

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riiomme trouva la dislraction des soucis journaliers, comme aussi et surtout la consolation des grandes douleurs. Il lui suffit, pour oublier les petites passions humaines — querelles et jalousies, agitations politiques et misères inhérentes à toutes les imperfections de la vie sociale, — il lui suffit d'entrevoir, non plus comme une chimère, mais comme une certitude future, la réalisation du bonheur dans son idéal sublime d*AMOUR et de liberté.

Ajoutons que le spiritualisme s'appuie sur toutes les sciences, plonge ses racines dans le domaine entier des connaissances humaines .

Avec les sciences naturelles^ son accord est absolu. Entre le transformisme et la théorie de l'évolution auimique, connexe à l'évolution organique, se révèle une analogie indiscutable. Pas plus dans le plan psychique que dans le plan matériel, la nature ne saurait faire de < saut ».

Le transformisme et le spiritisme, nés à la même époque ou peu s'en faut, aboutissent aujourd'hui à une conciliation inattendue, aux dépens du matérialisme néantiste et du spiritualisme dogmatique.

Le spiritisme est d'accord avec V astronomie^ qui nous offre l'hypothèse très vraisemblable de la pluralité des mondes habités. La persistance de la vie intellectuelle, dit M. Flammarion, s'associe merveilleusement à la réalité splendide des régions ultra-terrestres.

Conformément aux données de la physique et de la chimie, la doctrine spirite nous fait entrevoir l'unité de la matière et l'unité des forces.

La grande découverte de la matière radiante permet la compréhension facile de la constitution du corps fluidique. Enfin, nos connaissances sur la constitution mo-

léculaire des corps nous autorisent à considérer comme possibles les phénomènes de matérialisation et de dématérialisation.

Dans le domaine de la physiologie^ la notion de la lorce périspritale explique clairement la conservation de rindividualité physique et intellectuelle, malgré le renouvellement perpétuel des molécules organiques, comme aussi les rapports du physique et du moral.

Mais c'est surtout la théorie du corps fluidique qui s'accorde admirablement avec les constatations faites en physiologie :

Écoutons ce que dit Claude Bernard de la formation organique :

« Nous voyons dans révolution de Tembryon apparaître une simple ébauche de l'être avant toute organisation. Ces contours du corps et des organes sont d'abord simplement arrêtés, en commençant par les échafaudages organiques provisoires qui serviront d'appareils fonctionnaires du fœtus. Aucun tissu n'est encore distinct. Toute la masse n'est constituée que par des cellules plasmatiques et embryonnaires. Mais, dans ce canevas vital, est tracé le dessin idéal d'un organisme encore invisible pour nous, mais qui a assigné à chaque partie et à chaque élément sa place, sa structure et ses propriétés. Là où doivent être des vaisseaux sanguins, des nerfs, des muscles, des os, etc., les cellules embryonnaires se changent en tissus artériels, veineux, nerveux, musculaires et osseux. »

Et ailleurs :

« Ce qui est essentiellement du domaine de la vie et qui n'appartient ni à la chimie, ni à la physique, c'est Vidée directrice de cette action vitale. Pendant toute la

374 INE ÉCHAPPÉE SUR LhNFIM

durée de l'orgaDisatiou, l'être reste sous l'influeuce de celte même force vitale créatrice. «

Si nous passons ù la psychologie, le spiritisme devient un guide merveilleux au milieu des difficultés de toute sorte qu'elle nous présente.

La notion des existences successives fait comprendre les inégalités d'intelligence, de sensibilité morale ou atY(^ctive que ni les eflbrts individuels, ni Tinfluence des milieux, ni l'hérédité ne suffisent à expliquer. Les différences entre l'hérédité physique et l'hérédité psychique sont telles, quelles ne trouvent d'explication possible (|uc dans l'hypothèse des vies antérieures.

Los phénomènes de Thypnotisme et du somnambulisme, les dédoublements de la personnalité, là télépathie, les manifestations de la subconscîence que la st'ioiice est incapable d'expliquer, trouvent dans la théorie spirite la plus lumineuse interprétation.

Dans le domaine philosophique, nous pouvons faire (iiiUéressanies remarques.

La notion du corps fluidique supprime la grave difficulté de c<5ncevoir l'ame sans forme définie.

Kn (îonstatunt que esprit^ force et matière sont indissolublement unis, le spiritisme offre un terrain de conciliation au matérialisme et au spiritualisme. Esprit, force et matière tournant en cycle éternel seraient les phases successives de TUnité créatrice.

Disons, en terminant, que la doctrine spirite qu'admettent plus ou moins franchement nombre de philosophes modernes ( 1) est contenue dans toutes lesgrandes

(l)Cli. Bonnet, Jean Reynaïui, Henri Martin, Flammarion, Pezy.ani, Gti. Renouvier, peut- être et jusqu'à Hœckel lai-ffiéme qui Uôsiie, lergiverse et clierclie évidenimenl sa voiei

CONCLUSION 37o

religioas de Tauliquité, bien que plus ou moins dissimulée sous les symboles et les manifestations du culte.

On la retrouve particulièrement dans l'Inde, en Egypte, chez les Druides, et de tous temps les phénomènes spirites spontanés ou provoqués ont été observés.

Les évocations des morts dans l'antiquité païenne, les \

oracles des sibylles et des pythonisses; plus tard les innombrables faits de sorcellerie et de possession, les hallucinations et apparitions historiques montrent d'une façon irréfutable que. les recherches actuelles nfe portent pas sur des nouveautés. »

Oui, la voilà bien dans toute sa largeur, la Doctrine ésotérique clairement définie et philosophiquement expliquée par le D"^ Gyel.

(]'est une confirmation des idées précédemment exposées ; il ne nous reste plus, par le commentaire de ce résumé suggestif, qu'à donner à nos conclusions Tam pleur que ne pouvaient comporter des citations rapides et condensées.

In foit — on vient de le voir — qui tout d'abord s'impose indiscutablement, c'est la simplicité grandiose de cette Doctrine xîui s'annonce comme devant être la nouvelle et unique « religion » possible de l'avenir (1).

(l) Rappelons, ici, l'admirable réponse de la table à qui Eujçrne Nus et ses amis demandèrent, un jour, ce que serait la religion de Ta venir.

« Cette religion, répondit l'invisible interlocuteur, aura ridéul progressif pour dogme, les arls pour culte, la nature pour temple. »

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Entendons-nous, loulelois, car ce mot nécessite une explication préalable.

La dénomination de religion a impliqué, jusqu'à ce jour, ridée d'un dogmatisme plus ou moins artificiel, plus ou moins façonné par les mesquines fantaisies humaines.

Eh bien ! cette marque de fabrique^ nous ne la trou vous nullement ici. L*homme seul n'aurait jamais putrouver une conception de cette envergure. Ce n'est que par une série de communications spéciales, répétées de siècle en siècle et renouvelées de nos jours, que nous avons pu comprendre qu'il ne s'agit plus de l'une de ces élucubrations mythologiques dont les annales de tous les peuples nous fournissent de si nombreux et si bizarres spécimens. Quelle pauvre et piteuse figure font toutes ces petites chapelles qui, depuis les pratiques grossières des fétichistes, jusqu'aux dogmes nouvellement promulgués par le « successeur de saint Pierre », encombrent les abords de la nef immense du temple universel que remplit le Dieu des dieux !

Ce ne sont pas les humanités qui le lui ont consacré, c'est lui-même qui l'a édifié, non pour lui — que lui importent les cultes ? — mais pour nous, pour Tédification de cette œuvre dont nulle cervelle humaine n'eût jamais pu concevoir l'incomparable majesté (1).

H s'agit, avant tout, de bien comprendre que nous ne

(1) Nous jugeons inutile d'insister sur les divergences qui se sont manifestées parmi certains adeptes de la doctrine spirilualiste. Il y a des hommes qui ont la manie des petits catéchismes. Ne les chicanons pas sur ces misères.

Combien rayonne, au-dessus de ces ombres qui passent, la grande Lumière que rien ne voile.

sommes pas les habitants attitrés et déGnitifs de notre mesquine fourmilière humaine ; que ce n*est nullement pour Taccomplissement de nos minuscules affaires terrestres que nous avons été créés ; mais que nous sommes les acteurs du drame éternel de la vie et rien moins que les « collaborateurs » du Créateur lui-même qui nous associe à son œuvre.

Les vrais facteurs de la vie ne sont pas les hommes incarnés, ce sont les Esprits qui, dans la gamme des matérialisations possibles, se choisissent le degré proportionnel au rAle qu'ils sont appelés à jouer dans le drame universel. Des profondeurs indéterminées, jusqu'aux hauteurs suprêmes, tous les êtres, en travail d'évolution, conscients ou inconscients, gravissent cette échelle symbolique où le visionnaire Jacob, endormi au désert, voyait les anges monter jusqu'au trône de rÉternel. De tous les points de la rose des vents de l'Univers, ils convergent vers le centre idéal d'où rayonnent toute force et toute vie.

Il n'y a plus ici de dogmes estampillés par la Congrégation de l'Index. Plus de péché originel, plus de peines éternelles, plus de purgatoire, plus de ciel aux stalles numérotées par saint Pierre. Le paradis spirile n'a rien de commun avec ces paradis enfantins conçus par la stérile imagination des hommes.

L'Univers est le champ de travail éternel, le rayonnant tourbillon des activités continues. Les Esprits, à quelque degré qu'ils soient parvenus, ne sont pas les contemplateurs passifs d'un Dieu figé dans son immobile éternité.

' Ce sont ses .envoyés, ses missionnaires < laïques », ses ouvriers dans les champs où les moissons croissent

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éfernelltMiient pour mûrir et renaître, sous le rayonnement d'un soleil qui ne s'éteint pas.

Tous les mondes que fait vibrer une incessante palpitation de vie sont des étapes successives sur le grand chemin de Timmortalité ; disons mieux, des c écoles de perfectionnement ».

S'il est une cosmogonie physique, il y a aussi une cosmogonie spirituelle qui nous raconte l'histoire de l'évohition des âmes, et c'est à cette dernière qu'a été donné le nom de « transmigration», que d'ineptes comnicniatours ont, par ignorance ou mauvaise foi, confondiio avec la métempsycose rétrograde des anciennes mvtholo4îies.

Que l'on dise, maintenant, dans quel système philosophique ou dans quel dogme religieux Ton trouvera, comme ici, les vrais principes sur lesquels puisse être hasce la Justice absolue. Que Ton dise à quelle autre loi peut avoir recours Thomme sérieux de nos jours qui, avec un égal dédain, rejette l'immortalité abstraite de ccriaines pliilosophies et le paradis inadmissible des religions olficielles, tandis qu'il est contraint, d'autre part, par la nature même et la noblesse de ses désirs, de r(^j)ousser les desespérantes négations des doctrines néaiiiisles. 11 n'y a que la certitude d'une ((immortalité organique », ainsi que s'exprime Ed. Schuré, qui puisse convenablement répondre à ses légitimes exigences.

Le Dieu (|ui nous a créés, qui nous a doués de facultés et d'aspirations, pour aussi vagues qu'elles soient, mais que Ton rencontre dans le cœur de tout homme, ce Dieu-là nous devait une satisfaction, c'est-à-dire la réa-

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lisation des promesses que contiennent implicitement les dons qu'il nous a faits. Quoi ! il nous aurait donné faim et soif de justice, de vérité, et il ne nous aurait donné ni vérité, ni justice !

Passe encore s'il ne s'agissait ici que du Jéhovah du Deutéronorae, ce Dieu« fort et jaloux qui punissait l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la-quatrième génération », mais le Dieu de l'Evangile, le Dieu des miséricordes, le Père du Galiléen, notie Père à nous qui se réclame de notre amour... Allons donc î

La logique, ici, s'impose impérativement. Que Ton me montre un homme de foi sincère et de cœur droit qui, s'il n'est pas complètement hypnotisé par son orthodoxie, puisse appeler juste le Dieu qui, sachant que tel misérable qu'il allait créer était condamné à l'avance au feu de 1 éternel supplice, l'aurait, dans im accès d'insout iance inouïe ou de cruauté systématique, lancé dans celte éternité de douleur.

Juste, ce Dieu, qui, pour racheter des coupables dont la culpabilité était inévitable, n'a trouvé rien de mieux que de condamnera leur place, en « sacrifice expiatoire »... son fils, son fils pur de tout péché î

Quel est-il donc ce Dieu dont la prétendue « justice » réclame toujours du sang et quel sang? celui de l'innocent par excellence ?

Ah ! certes, l'apôtre Paul ne croyait pas si iûen dire, quand il appelait cela la « folie" de la croix ».

Quel dogme, quel arrêt, quel jugement inique pourra donc jamais faire passerpour responsable l'héritier d'une culpabilité étrangère qui lui est arbitrairement imposée?

Présenté sous cet aspect, le péché originel qui fait rejaillir sur l'humanité tout entière la désobéissance

380 INE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI

d'un premier couple — couple hypothétique en somme et faute dérisoire — ctqui, pour qu'une faible partie de cette humanité soit sauvée, alors que tout le reste ira au feu éternel, nécessite l'immolation de celui qui ne connut point le mal ! . . . cela ne constitue- t-il pas le défi le plus stupéfiant, le plus paradoxal qu'on puisse jeter à la logique et aux notions de justice les plus élémentaires ?

Ah ! comme l'on reconnaît vite, dans ce doyme, celte marque de fabrique humaine dont je parlais plus haut. Oîi donc aurait-il pu naître, ce dogme extravagant, sinon dans la cervelle de prêtres dévoyés qui voyaient rouge au milieu de leurs hécatombes de victimes irresponsables et qu'hallucinaient les traditions d'un âge barbare, où le cœur de l'homme battait encore dans une poitrine d'animalité mal éteinte... Et que c'est bien le cas de n'péter ici le mol d'une communication précédemment citée : « Crime de lèse-Divinité I »

Quand on songe que c'est de cette religion de colère et de sang qu'a vécu et que vit encore l'humanité depuis deux mille années bientôt I... N'est-ce pas pitié de se dire qu'il faudra, pour dessiller les yeux de toutes les nations « dites chrétiennes », raisonner» argumenter, accumuler les objurgations et les prosopopées ?... et cela, pendant combien do siècles encore? — N'avionsnous pas raison de dire, dès le début, que l'erreur humaine est chose incommensurable ?

Ce n'est pas tout du reste. En supposant même que le « paradis » pût être acheté à ce prix exorbitant, en voudrait-il, l'homme qui sent palpiter dans son cœur l'ombre môme d'une conscience? Il ne s'agit plus, aujourd'hui, comme aux beaux siècles de foi orthodoxe,

CONCHSION

de .so sauver, tuul soûl, eji laissant cgoïslemen autres se débattre dans » réiaag de feu el de souf Il Taul que tous montent ensemble... ou nul ne mon

— Demande pardon f dit-oa à l'enrant qui, pa moyen louche peut esquiver la punition.

— Répare ! faut-il dire à l'homme qui, par ce m< seul, légilime et juste, peut obtenir sa propre abi lion.

Ce n'est plus par le sang d'un autre qu'on rachèl fautes ; c'est par l'expiation personnelle.

« De quelque nom que l'on appelle cette loi n: Irueuse de la grâce arbitraire, dit Eugène Nus (1), uue superbe envolée d'indignatioa — eu suppt m^e qu'elle existe — qui donc pourrait la compre et l'accepter?

« Si l'injustice absolue réside au sein de la nature, trice inconsciente de la vie soumise à la force e hasard ; s'il n'y a, pour régir le monde moral, ni ligence, ni plan, ni quoi que ce soit qui ressemble à idée ; s'il n'y a pas une loi pour sauvegarder les <j nées, mais rien que des événements qui s'enchainei bien plutôt s'accrochent et se suivent ; si d'un bi l'autre de celte échelle de destruction l'individi sacrifié à l'espèce, sans recours, sans rémission, et plonger au bout de sa course dans le gouffre do tout s'engloutit, bêtes et gens, planètes et soleil: c'est un tel cercle infernal qui est la vie, toute la '

«Oh! alors, c'estlemal, le mal horrible, indiscul sans fin, sans trêve, et tu seule explication qu'on p

(1) A la recherche des iletlinée».

o8:2 l >K ÉCHAPPKE SLR L INFIM

concevoir de celle monstruosité sans exemple, c'est ï|n elle est la réalisation de Tabsurde et de Tinfame, en haut, en bas, ici, partout !»

\ih bien I c'est en face de ce chaos de ténèbres et de folie que se dresse, blanche, radieuse et réconfortante ceuc Doctrine qui sauvegarde la dignité humaine, n'pond à ses aspirations, reconstitue l'univers moral et justifie la justice de Dieu.

Ksi-il admissible (jue dans notre fétichisme des conceptions étranges que nous offrent les conciles — fussentils (rcuniéni(|uos — nous nous refusions à devenir les citoyens de ce c royaume des cieux » dont Thumble mais divin visionnaire de la Galilée essayait, parses paraboles, de faire pressentir la grandeur et la sérénité 1

« Aujourd'hui, dit Ed. Schuré (1), que l'homme moderne est morcelé, mutilé, par le travail de notre civilisalion enfiévrée, par les appc^its inassouvis, par les revendications insatisfaites — de quelle importance pourrait être racccptation de cette Doctrine qui rétablirait l'unité, élèverait les cœurs et réconcilierait la justice et l'amour clans la haute synthèse de la paix lumineuse !

^^ (resi là (|ue serait le cordial qui rendrait à notre humanité ondoyante et anémiée l'équilibre de sa pensée et la virilité de ses forces, alors que la terre aurait pour l)erspective, non pins les horizons bas et le cercle brunuHix (jui l'enserrent, mais la hauteur infinie de son ciel, 011 pourraient se donner rendez-vous aspirations, désirs, espérances... Quel rêve et ce rêve, cependant, pouiTail devenir une réalité !» '

(1) Ia' Drame niusicdl ,

CONCLI'SIOÎS ' 383

Oui, mais, en attendant la réalité, le rêve seul demeure... et encore chez qui? Chez quelques songeurs naïfs, utopistes en chambre dont se rienl les positifs, les ambitieux, les aigrefins que ne contentent ni les nuées flottantes, ni tes lointains mirages.

S'enrichir au plus tôt — le moyen n'importe guère. — Jouir le plus possible — qu'importe l'échéance ultérieure? Courons, c'est de l'or qui, là-bas, brille au soleil. Fouillons ici, c'est là que s'ouvre la mine inépuisable ?

Et c'est ainsi que triomphe la matière insultante et hautaine, étouffant les aspirations légitimes, écrasant du talon les plus justes revendications de l'idéal.

Quelle différence entre le monde actuel, monde des traditions ineptes, des passions surchauffées, de l'égoisme dominateur... et ce monde nouveau qui s'annonce avec sa largeur, sa tolérance, sa haute conception du vrai « sens de la vie ».

L'on parte beaucoup de fraternité — dans les livres. Les moralistes nous prêchent volontiers l'amour dupro-. chain, qu'ils appellent '.' l'altruisme », mais c'est de l'altruisme.. . uniquement approprié aux besoins personnels de chacim. C'est aux autres que nous réclamons la tolérance et la bonté, alors que dans nos cœurs subsistent Ici haines, les jalousies, les amitiés hypocrites et la pitié à fleur de peau.

Ne trouvez-vous pas qu'il serait temps, bientôt, d'essayer de naettre en application l'un ou l'autre des troi^ mot§ dérisoirement gravés au fronton de nos édifices? . La fraternité, nous savons ce qu'elle vaut.

La liberté, c'est pour soi que chacun la réclame.

384 UNE ÉGHAPPI^E SUR L^tNFIM

Et de IVgalité cnfiu, qu'en fail-oii, alorsque, de toutes parts, grondent les justes revendications de ceux qui sont en bas et qui réclament leur tour. Le partage ne peut être absolument égal, soit — Tégalité n'est nulle part dans la nature — mais au moins faudrait-il une rgalité proportionnelle, aux capacités, aux aptitudes, aux besoins, et pc^r chacun sa part équitable des biens et des maux de la vie, — sans compter que Tacceptation de la Doctrine rendrait Tespérance aux cœurs meurtris, consolerait les tristesses d'aujourd'hui par les promesses du lendemain, élargirait les perspectives, soulèverait le ciel lourd et ferait luire, dans les ténèbres du crépuscule, quelques rayons précurseurs des futures aurores. (Voir la note 7.)

Voilà pour le point de vue social. Il n'en est pas autrement au point de vue intellectuel.

C'est vainement, nous l'avons déjà dit, qu'on chercherait une philosophie comparable à celle que nous offre le monisme (1) transcendantal delà doctrine ésotérique, dans tous ces systèmes boiteux qui oscillent, par une sorte de bascule périodique, du scepticisme au mysticisme et du matérialisme à la métaphysique. Quelles vérités réconfortantes nous ont-ils apportées, de quelle lumière ont-ils pénétré cette pauvre cervelle humaine qui s*est laissé duper par tous les mirages, égarer par toutes les voix discordantes et contradictoires ?

La science seule — je parle de la vraie — a rompu

(1) Le monisfiie, en langage philosophique, est la doctrine de l'unilé. Il désigne, particulièrement aujourd'hui, la théorie d'après laquelle la matière et Tesprit sont ramenés à une identité fondamentale.

les barrières, brisé les voûtes surbaissées et lance la terre, que l'on croyait immobile, dans l'espace illimité.

« Grande nouvelle I Plus d'enfer avec ses verrous, plus de ciel avec ses portes entre-bâillées ; Dieu est partout !»

Qui nous dit cela? C'est Giordano Bruno, l'apôtre inspiré du panthéisme spiritualiste, Giordano le martyr de l'Inquisition qui le fit brûler vif.

Écoutez ses fières déclarations :

« Débarrassés du fardeau des cieux théologiques, il n'y a plus pour nous ni limites, ni termes, ni barrières, ni murailles qui nous séparent de l'univers infini de choses. »

Ce dominicain qui a jeté son froc à la face de l'Église est devenu le prophète d'une religion nouvelle,

« Désormais, poursuit le glorieux précurseur, j'ouvre mes ailes, je fends les cieux, j'embrasse l'infini et, tandis que je m'élève d'un globe à l'autre et que je pénètre dans les champs éthérés, je laisse derrière moi ce que les autres entrevoient à peine. »

Age viril que celui où ce moine, devenu homme, osa dire à ses juges^ces hautaines paroles : « Vous avez plus peur en prononçant ma sentence que moi en l'écoutant. »

« Combien sommes-nous déchus de ces hauteurs sereines! Ce que le Grec possédait dans ses rites au milieu de ses temples et de ses dieux, ce que l'homme du moyen âge trouvait dans sa cathédrale, l'homme moderne le cherche en vain dans le désert de sa vie morale. Nous dépérissons dans notre civilisation compliquée, mais déplorablement vide et qui ne satisfait aucun des instincts profonds de notre âme. Les sciences spéciales

:>SG im: kchappke sir l'infini

avec leurs stériles foroiules nous cachent la nature. L'Kglise momifiée monopolise et pervertit la religion qui est le besoin de l'infini, et la vie sociale ayec son absence de franchise et ses petitesses conventionnelles nous dérobe notre humanité. » (Kd. Scburé.)

1) ne tient qu'à nous de la reconquérir.

Nous sommes entourés de forces inconnues, mais vives et créatrices. Vue sève nouvelle coule à pleins bords de la nature qui, dans tout l'appareil de sa puissance, ne cherche plus à se soustraire à notre ardente curiosité. Le voile d'isis s'est déchiré. Les mystèi*es se succèdent, s'enchaînent, s'expliquent les uns par les autres. Le pressentiment d'hier est devenu la certitude d'aujourd'hui. De noifvelleslois viennent élargir le champ (les hypothèses. La matière semble palpiter et s'agite. La pesanteur abdique dans la lévitation. L'impénétrabilité cède et se récuse. Certaines lois, intangibles jusqu'à ce jour, sont violées par dé mystérieuses éiieri^ics qui défient nos balances, se rient de nos dynamomètres et d('concertent nos sens d'observation... Les Esprits, enfin, se manifestent, se matérialiseni en pleins cénacles scientifiques et devant les plus clairvoyants expérimentateurs qui soient au monde. Ils posi^nt devant les [)hotographes, se moulent dans la paral'fmc, nous louchent de leurs mains vivantes^ se promènent au milieu de nous, nous parlent, nous conseillent et, dans certaines communications dont nous avons 1 impression intime, nous dirigent, nous inspirent, nous consolent, nous appellent leurs frères et du doigt nous montrent le ciel où ils nous attendent, pour partager avec nous leur glorieuse destinée. Et c'est de tous les

CO.NCLISION

points du monde que nous arrivenl leurs révélaiii multiples, concordantes, convergentes, répétant : échos grossissants l'antique apostrophe, l'émouva injonction :

" Paix sur la lerre ; bonne volonté parmi les hommei

Ah ! poignante ironie ! Où donc la chercher cette boi volonté, dans notre triste monde que déchirent haines, qu'ensanglantent les passions déchaînées ! 1 seule, pourtant, pourrait faire comprendre à ces bf gérants foreenés tout ce qu'ont de méprisable et d": lissant ces ambitions que rien n'assouvit, alors que règne de la paix pourrait permettre aux hommes lever la tête vers ces hauteurs sereines où nous s gratuitement offertes toutes les largesses divines.

Fourberie et mauvaise foi, voilà ce qui à l'heure p sente remplace celte bonne volonté qu'on invoque.

L'on parle de paix universelle, alors que le s; coule et que l'on ne rêve que conquêtes illimitées. C à l'heure où l'on propose un désarmement général i chacun s'arme dansl'ardeur d'une fièvre farouche. C à qui cherche ù intimider les perfidies par d'audaci< défis, à devancer les trahisons par des trahisons p perverses.

Chaque peuple se hérisse de fer, triple sa cuiras invente des engins de massacre, tandis que les cano trépidants sur leurs afi'ùts, semblent attendre le sig qui déchaînera leurs tonnerres (1).

(1) Jeteï un <:<iii|> d'a-il !-(ir les l'iiilTi'CS guivunls que nous fi nil [a statistique [llrvae <lfs ivfuen, ITt seplemlire 18'JS;. >' Il y a en et! iiioiiient, en Kurope, 4 millions 2:iO.0OO lioin

Comment ne pas dire un mot de ce qui, depuis des années, oppresse la conscience de la France?

N'avons-nous pas vu, dans la débâcle universelle, se perpétrer de monstrueuses iniquités, telles qu'il s'en commettait aux siècles barbares du moyen âge — avec cette différence, justificative pour le moyen âge, que nous vivons à la fin du xix* siècle.

Pendant des années, sur celte terre que Ton appelait autrefois le pays de la justice, de l'honneur, de la générosité, n'a-t-on pas vu se déchaîner un véritable débordement de passions dont l'impudence criminelle déconcerte la pensée ?

Oligarchies factieuses, fourberies éhontées, haines implacables, accusations odieuses, sauvageries d'un autre

sous les armes. S'il éclatait une guerre générale, il y jen aumt 16 millions 410.000 prêts à marcher et, avec les réserves, 34 millions de mobilisables. Si on les rangeail en lignes, sur quatre hommes de profondeur, ils occuperaient, serrés les uns contre les autres, la distance de Madrid à Saint-Pétersl^ourg .

« Sur le globe entier, il y a 5 millions 250. OOÔ soldats permanents. Dans le cas d'un conflit universel, il y aurait 44 millions 250.000 hommes sous les armes ; et si ces hommes armés recevaient Tordre d'exterminer le reste de la population terrestre, chacun d'eux n*aurait à massacrer que 32 personnes. Placés en fde, tous ces soldats, chacun d'eux appuyant son fusil sur l'épaule de celui qui serait devant lui, feraient uu cordon qui ferait le tour de l'équateur. Pour les passer en revue, il faudrait que le général en chef se plaçât sur une locomotive marchant de telle sorte qu'il ne mettrait qu'une minute pour passer devant le front de 2.000 hommes et elle devrait rouler pendant 70 jours. Toutes ces armées, même en temps de paix, ne coûtent pas moins de 6 milliards par an, et cetle dépense effroyable est de tous points improductive ! — Voilà de quels éléments se compose la population de notre triste terre affolée, forcenée, et cela après dix-n€uf sièles de prétendue civilisalion chrétienne ! »

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âge, grotesques comédies « nationalistes»... le tout affolant la France et la dévoyant à ce point que ce n*est que peu à peu et grâce à d'énergiques protestations indignées qu'elle a pu se ressaisir, rougir de sa défaillance et reprendre lentement, bien lentement son équilibre.

Et c'est de toutes parts que se manifeste cet effondrement de la conscience humaine.

Sur tous les points de la terre, un malaise douloureux, une inquiétude frémissante agitent et tourmentent les nationalités. Peuples, classes sociales, individus isolés se débattent dans ce trouble mortel. Les gouvernants avachis — je parle des nôtres — ne savent plus où ils mènent, les gouvernés ne savent plus ce qu'on réclame d'eux. Les riches font les pauvres, dit Elisabeth Browning {Aurora Leigh)^ les pauvres maudissent les riches, et tous, pêle-mêle, agonisent dans le spasme social.

Aussi quel désarroi, quelles défaillances dans la pauvre âme humaine, lasse et dégoûtée de la vie ! Quel nombre effrayant de suicides, que de crimes de toute nature ! Et l'on voit de tout jeunes gens figurer sur ces listes funèbres 1 C'est en pleine fleur de jeunesse que ces désespérés abdiquent toute énergie, repoussent toute espérance, se méfiant de l'avenir et de ses mensongères promesses.

Manque absolu de croyances! clame-t-on avec indication et colère.

Sans aucun doute, manque de croyances ; mais, nous le demandons encore, où donc les trouveraient-ils celles qui pourraient les consoler ?

Jusqu'au pied des autels^ une foi de commande réclame vainement aux derniers simulacres des cultes

3d(» LXE ÉCHAPPÉK SUR l'iXFINI

morls cette sérénité, cette confiance que les servants de ces autels ne possèdent plus eux-mêmes.

Qu'aller demander à ces prêtres qui ne croient à rieo^ parce qulls n'ont jamais rien su, ni des mystères de la vie morale, ni des problèmes délicats de la conscience?

Qu'aller demander aux autres gens d'Ëglise, bien supérieurs à ces derniers, mais n'ayant guère à leur disposition que la « panacée » de leur orthodoxie qui ne console plus le cœur, parce que le cœur qui a sa raison aussi ne peut plus croire que ce que cette raison accepte.

Nous savons, d'autre part, ce que leur diraient les moralistes, les philosophes et les savants spéciaux. Les premiers leur réciteraient leurs préceptes, les seconds leurs syllogismes, les troisièmes leurs formules.

Au physiologiste seuK au physiologiste philosophe, à l'initié moderne qui, penché sur l'abîme, essaie d'en voir le fond, l'on peut aller demander ce qu'il pressent, ce qu'il devine, ce qu'il a trouvé, et alors tous ceux dont les noms remplissent ces pages, tous ceux que nous avons interrogés, consultés, cités, vous répondront d'une seule et même voix que c'est bien plus haut qu'il faut regarder.

Pour savoir où va la vraie science, il faut monter, planer au-dessus d'elle. Or nous savons ce qu'elle cherche, malgré ses doutes, ses hésitations...

« La science tend à l'esprit, > déclare la métaphysique allemande. « C'est maintenant l'heure des âmes, » a dit un autre philosophe. — Belles et profondes paroles*

Quelle ampleur donnerait aux tentatives que poursuit notre évolution l'acceptation de « l'esprit » comme fac*

G0?i(;LL■SlO^

leur de celle évolution elle-mêtne. Quel large s'ouvrirait devant l'artiste qui sommeille dans de nous, artiste le plus souvent inconscient', sans mais qui, dans son inconscience même, n'est pas contraint de se consacrer à l'œuvre immense et de la floraison de son individualité.

Qu'il s'en rende compte ou non, chacun de ne sourde intuition du travail à accomplir.

Les uns s'y soumciient et travaillent, les auti sislent, reculent, s'obstinent à descendre vers l fonds où ils s'enfoncent avec une malsaine pervei

C'est qu'ils ne savent pas, les insensés, qu'il le dra, im jour ou l'autre, dans dix ans ou dan: siècles, se soumettre, frissonnants et vaincus, à rieux aiguillon de la nécessité qui s'impose... qu cun s'impose à soi-même, quand l'heure délin sonné. A quoi sert donc de regimber ? Il faut que se réalise, que l'évolution s'effectue.

Vous ne voulez pas encore? Soit, le bien aiieni temps n'est rien; le but importe seul.

Quant à ceux qui le connaissent ce but, i^ marchent résolument.

Sachons obéir à cette impulsion qui nous vie haut et nous montrer liers du concours que non la nature entière qui s'associe à nos forces persoi

Que sommes-nous dans cette vie, sinon l'inca dernière de toute une série d'éli'es successifs i été noits dans le passé, qui sont nous dans le p qui seront nous dans l'avenir ?

Notre personnalité actuelle forme le sommel sorte de pyramide dont la base plonge aux bas-fc la vie, et c'est cette pyramide que nous devons h

392 UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFIM

à travers les vies qui nous attendent et qui toutes, se rattachant à ce que nous avons été, nous pousseront vers ce que nous devons devenir dans les cycles^ ultérieurs.

Nous sommes, à l'heure qu'il est, les mandataires responsables de tous ces (*tres antérieurs dont nous résumons les virtualités collectives.

— Monte donc ! nous crient-ils ; n'est-ce pas nous qui t'avons fait ce que tu es, par nos souffrances, par nos siècles d'évolution?

Et nous aurions, nous, l'inepte et coupable audace de résilier nos fonctions, de déserter en plein champ de bataille ?

Devant le tourbillon de cette vie ascensionnelle dont nous sommes parties intégrantes, comment n'être pas iiers des tilres de noblesse que nous avons mission de conquérir?

Certes, je comprends que l'on dédaigne les anoblissements suspects, que l'on repousse du pied les blasons louches, achetés ou volés ; mais il est telle aristocratie suprême que l'on ne saurait refuser sans folie... ou sans indignité.

Si l'on venait dire au batracien rampant qu'un jour viendra où il aura des ailes qui lui permettront de nager dans l'azur, en compagnie des hirondelles ses sœurs... et si le reptile visqueux répondait: « Non, gardez vos ailes, j'aime mieux ma fange, » que penseriez-vous de cette abjecte renonciation ?

C'est à nous qu'il appartient de faire une étoile de ce ver de terre, de cet homme déchu, de ce réprouvé, de ce « gibier d'enfer », qu'ont ravalé toutes les religions,

CONCLIJSIOIV

pour lequel les Pères de TËglise et les tloctcurs 1 compéleols se sont évertués à trouver les plus tantes comparaisons... d'en faire, dis-je, le cilo ciel, le frère des anges, le fils du Très-Haut — i refuserions les lettres de grande naiuralisatiou q^ réintègrent dans notre patrie céleste, et nous répé nous aussi : « Non, je préfère ma bas.^esse 1 »

Ah I non, alors, ne me parle/, plus de la dîgi l'homme, ni de sa noblesse originaire ; laiasons-1 foncer dans son ignominie, reculer jusqu'à l'ûge ti de compromettante mémoire et y reprendre se naturelle entre l'iguanodon bideus et l'innnonde dactyle .

Alors que nous voyons toutes les créatures v monter vers la lumière et d'un élan commun s'i vers les hauteurs de l'être, nous ne serions pas < ses par le spectacle de celte iiTésislible et glorieus lude de l'idéal ?

Dans cette marée montante de la vie, qui donc serait de s'accrocher aux roches basses, pour suivre la vague et lloiler à sa surface qui se goni ferle et s'en va, là-bas... là-haut, plutôt, coDqu< lumineux rivages ï

Quand tous les hommes auront été initiés aux m désormais dévoilés, l'on verra, dans l'espace, res comme un arc-en-ciel immense qui ne sera plus I bole enfantin où les hommes d'autrefois ne voyait la garantie de n'être plus submerges par un n déluge, — mais qui sera le gage de la nouvelle al de la réconciliation définitive entre la terre et désormais confondus.

Et l'on verra, coinroe dans une vision de rêve, passer sous celle arche iriomphale, rouler à flots pressés toutes les ^générations successives^ allant, s'élançant, dans le sillage victorieux de notre Psyché aux blanches ailes, à la conqu(*te de rinfini — notre domaine inaliénable.

Nous en avons dit assez.

Vous les avez entendues toutes ces voix concordantes qui, descendues de THimalaya, ont traversé TAsie, TAfrique, lEuropo. et sont venues jusqu'à nous, nous répétant sans cesse :

Dieu est là-haut, en bas, ici, partout. Et autour de lui tourbillonnent les Esprits, étincelles de son foyer, qui, remplissant les mondes, font palpiter l'univers de rinetfable vibration de la vie.

Esprit, matière, associés à jamais dans leurs transmutations incessantes ;

Ames immortelles montant à travers les flots de Tocéan sidéral, jus(iu'à la réalisation du divin qui sommeille dans chacune d'elles...

Voilà le résumé final î

— Imaginations, hallucinations, folies!... répéteront quelques voix réfractaires.

Soit ! Douces folies, dans tous les cas, inoffensives et

combien consolantes î Ne suffit-il pas (|ue, sou iluence, le croyant, le moderne initié s'achen peur, que dis-je? dans l'allégresse d'une î espéi'îince, vers cette mort que « nul ne saura lier en face », suivant le mot de La Kocliefouc! qu'aux portes de ce sépulcre qui en fait fr d'autres, — même parmi les sceptiques les plu cis, les esprits forts les plus irréductibles... ji qu'un goupillon, appelé sur le tard, vienm asperger les convulsions dernières du conten fier... qu'affole l'épouvanie.

Qui vivra, verra, dit le proverbe.

Nous changeons la formule et disons : Qui

— Verra... quoi donc?

— Verra que tout f^e que renferment ces | ont été classées, par ordre chronologique, le lions diverses qui nous ont été (altcs par m d'outre-tombe, est une réalité vivante.

Verra que la mort n'est qu'un mot, en ce sei vie et la mort ne sont que deux manifestali même phénomène biologique, connexes dans J cession, comme dans leur ODcliainement.

Verra, en un mol, que la terre roule dans le c dans ce ciel il n'existe qu'une chose :

La vie; l'inépuisable vie, încoerciMement sive,

— Eh bien, ainsi soit-il 1

396 INE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI

— Ah pardon ! 11 ne 8'agit pas ici d'employer le subjonctif, mode du doute, de Tindécision, du désir, tout au plus, c'est Tindlcatif qu'il nous faut; aussi est-ce par rénergique et formelle attestation de William Crookes que nous terminons ce livre :

« — Je ne dis pas que cela est possible ; je dis que

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