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aussi d'envoyer des députés à Paris, à Laon, à Cambrai et ailleurs, pour consulter des juristes. Des conciliabules furent tenus dans sa maison au retour de ces députés. Il disait couramment qu’il était prêt à mettre sa tête en gage contre mille écus ou autre somme plus considérable, que la dite sentence soumise à l’examen de légistes instruits, serait reconnue par eux mal fondée et mal formulée. Par ses paroles et ses manœuvres, il fut un de ceux quiexcitèrent le plus le menu et simple peuple de la ville à se révolter pour empêcher l’exécution de la décision de Mons et l'élection du maïeur, l’exhortant par avance à ne pas obéir à ces nouveaux maïeuret jurés qui, selon lui, ne devaient pas être considérés comme légalement et valablement institués. Il prit part aux assemblées et aux doléances contre le Comteet ses officiers, se montrant toujours le conseiller et le complice du sire de Floyon, auteur principal de la sédition.. Enfin, malgré les grandes protestations qu’il fit du contraire par devant le baïlli du Hainaut, il est réputé pour avoir fortement conseillé de soumettre la sentence en appel à la décision de l’Empereur.
Un vieillard, Godefroy Miache, vieux et contrefait, mais un peu clerc de la vieille loi selon les termes de l’enquète, mit à profit ses connaissances Juridiques (sa clergie), pour essayer de prouver que la charte communale avait été mal interprétée et la sentence mal rendue. Les gens simples avaient la plus grande foi en ses paroles et il contribua beaucoup à induire le peuple en erreur dans cette affaire. Il fut aussi d’avis d’aller consulter des gens de loi et assista à la réunion qui se tint chez le sire de Morchipont où on examina les avis des juristes. Toujours il se montra un des dévoués conseillers des sires de Floyon et de Morchipont et l’accusation résume ainsi son appréciation sur son rôle: « Ainsil Écriture dit : Quod senioribus egressa est iniquilas. ainsi qu’apperten l’histoire de Suzanne ».
Un autre personnage instruit et beau parleur, Guillaume de Liessies, conseilla et appuya fortement l’opposition, spé-
cialement en ce qui concernait l’interprétation de la charte communale et la sentence, disant souvent que tout avait été mal compris et mal conseillé et que la ville avait été dépouillée deses privilèges sans raison et contre toute justice. Ïl dit aux maïeuret jurés qu'il serait bon d’aviser à ce que la charte communale fût observée comme elle l'était auparavant, demandant que la ville fût pourvue d’un mainbour où gardien, puisqu'elle était privée de maïeur, car celui qu’elle avait était celui du seigneur et non le sien. Il agit même auprès du confesseur du Comte et de ses autres familiers, espérant par leur influence faire modifier la sentence ou tout au moins la faire laisser sans exécution. À Päques de l’année 1413, invité à se rendre au beffroi pour prendre part à l'élection des jurés, il répondit qu'il n’y mettrait pas les pieds et qu’il ne tenait pas à ce qu’il y eût un maïeur institué, puisqu'il devait l'être illégalement. Enfin, dans le désir de discréditer les nouveaux officiers de la ville ou dans quelque autre mauvaise intention, il dit que Jacquemar Petit était allé, sur leur ordre, remettre au Comte, en Bretagne, une lettre par laquelle l’un des prédécesseurs de ce prince avait fait don à la ville d’une rente de 100 livres pour les pauvres, allégation mensongère au premier chef puisque ce titre de donation fut retrouvé dans les archives de la ville.
À côté des quatre principaux personnages, instigateurs de la sédition, se groupèrent une quinzaine d'habitants pouvant être considérés comme leurs collaborateurs immédiats dans leurs menées contre le Comte et ses officiers. Ce sont :
Piètre Cauderon, qualifié par l’enquèle comme un des plus actifs meneurs de l'opposition ;
— Jean Husson qui prétendait qu'on pouvait instituer le maieur sans se préoccuper des prescriptions de la sentence ; il assista à toutes les assemblées et démarches, se répandit en injures contre le Comte et ses officiers, disant qu'il valait mieux lui-même que n'importe qui de la couvée,
expression grossière qu’il employait pour désigner le seigneur, ses partisans et les nouveaux jurés, tous gens notables tandis que lui n’était qu’un méchant couvreur de tuiles ;
— Jacquemon Plouvyer, fortement soupçonné d’avoir participé à tous les préparatifs de l'affaire et de l’avoir conseillée ; maison ne peut en avoir la preuve, dit l’acte d'accusation, que par la déposition des autres coupables, car « il est sage et subtil et sait subtilement se contenir » ; mais, il était en grandes relations avec le sire de Floyon, un des grands partisans (cadez) des autres rebelles et s’entretenait souvent avec eux ;
— Guillaume et André, fils de Godefroy Miache, dont il a été parlé ci-dessus, passent pour avoir fortement coopéré aux démarches de leur pèreet même participé à la rédaction des lettres envoyées au Comte à Ham ;
— Pierret Loncle, passementier et valet du sire de Morchipont, méchant comme les autresetayant parlé comme le désirait son maître ;
— Un compagnon de son genre, nommé Jardin, ayant déjà été condamné, pour de semblables propos, à faire un pélerinage à St-Jacques et au bannissement de la terre d'A vesnes ; 1l s’écria lorsqu'il fut banni qu'il tuerait une ou deux personnes avant son départ; c'est, d’ailleurs, un mauvais gars, faisant profession de s'uffiannerie et vivant ostensiblement avec une femme publique ;
— Morlet Moreau, sergent des anciens maïeur et jurés, a toujours été leur partisan et connaît tous les secrets de leur administration ;
— Godefroy de Prisches, neveu de Jean Husson, fit aussi partie du complot et refusa d'entrer dans la nouvelle j#7'ie on administration municipale ;
— Jean de Gondalier, grand agent du sire de Floyon, prit part à toutes les assemblées, discours et conseils ;
— Jean Lorais et son frère, deux mauvais garrons, pleins
de tout mauvais langage, réunissant dans leur maison les plus mauvais sujets de la ville ; leur réputation était telle qu’on appelait leur demeure : {4 chapelle St-Étienne :
— Jean l’Orfèvre, fils de Druart, un des pires meneurs de Floyon, l’accompagnait partout en disant : « sxivons nosti'e bon pêre » ;
— Colart Rousseau, boucher, prit une très grande part à toute l'affaire ;
— Gilles le Jeune, fort allié aux rebelles, assista à leurs assemblées, démarches et députations. et refusa d’entrer dans la nouvelle jurie ;
— Jean de Sémeries, autre parleur, plein de vilain langage ; |
— Jean Vilain, charpentier, grand brailleur de paroles, assista à toutes les assemblées ;
— Jean le Cuvelier, grand capitaine des rebelles, disant que si on l'en croyait, on rendrait les nouveaux jurés d’Avesnes aussi pelits garçons que lui-même, et, de fait, il est très pauvre, ajoutant qu’il voudrait pouvoir les traîner à la queue de son cheval pour les mener à la potence ;
— Henri Flavot, vaillant capitaine des archers, s’est beaucoup mêlé de toutes ces affaires, tant à parler follement qu’en assemblées et en toutes #724auvoistiez :
— ÂAlard de Berlaymont, passait aussi pour un des grands capuaines de l’émeute et refusa d'entrer dans la nouvelle Jurie. | Ces agents secondaires du sire de Floyon entraînèrent à leur tour beaucoup de gens du peuple qui leur servirent de meneurs subalternes pour pousser à la révolte. L'enquête a conservé aussi les noms de la plupart de ceux-ci, en ayant soin d'indiquer que plus tard beaucoup d’entre eux firent leur soumission au Comte. Ce sont: Jean de France, valet de messire Guy de Morchipont, Philippe Parent, Jean de Veloreilles, Colart du Bruille, Baudouin de Sémeries, Thomas de Prisches, Colart Lambert, Gobert Goisson,
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Harnin Morant, Mongerait, concierge de l’hôtel du sire de Floyon, Guillaume Lambert, Colin le Braconnier, tous connus comme ayant participé au complot, assisté aux réunions et banquets, pris part aux discours et murmures contre le seigneur, ses officiers et la sentence, les uns plus, lesautres moins, mais tousen ayant trop dit et trop fait pour qu’on ne croie pas qu'ils en eussent encore dit et fait davantage s’ils en avaient eu le pouvoir.
Tels étaient les personnages principaux, habitants plus ou moins notables et agents inférieurs, que le sire de Floyon réunit, soit dans son hôtel, soit dans celui de son ami Guy de Morchipont, dans le courant de l’hiver 1412-1413, pour aviser aux moyens d'empêcher le fonctionnement du nouveau mode d'institution du maïeur, réglé par la sentence de Mons, lors du renouvellement de l'administration municipale dans la semaine de Pâques 1413. Les officiers du Comte, les maïeur et jurés alors en exercice semblent avoir pris de l’ombrage de ces conciliabules, sans cependant les entraver, par crainte sans doute du sire de Floyon, toujours redoutable malgré sa disgrâce. Les longs services qu’il avait rendus ou était censé avoir rendus à la maison de Penthièvre, lui avaient permis de conserver une certaine influence sur l'esprit du jeune Comteet il était toujours à craindre de le voir un jour rentrer en faveur auprès de lui. Personne ne tenait donc à s’en faire un ennemi déclaré. Lui-même crut bon aussi, avant d’en arriver aux moyens violents, de chercher seulement à s'opposer par les voies légales à l'exécution de la sentence. On décida donc dans ces assemblées: l° de tenter une démarche auprès du Comte pour l’engager à renoncer à l'application du nouveau mode d'élection du maïeur ; 2° d'envoyer des députés chargés de demander, au nom de la ville, à des juristes de Paris, Laon et Cambrai, leur avis sur la légalité de la sentence de Mons, avec mission de rapporter des consultations écrites.
Giülart de St-Gilles fournit l’argent nécessaire pour couvrir les frais de voyage des députés et payer les consultations
juridiques. Puis les soi-disant envoyés de la ville partirent. C’étaient : Guillaume de Liessies qui alla en ambassade à Mons et au Quesnoy, vers le comte de Haïnaut; Piètre Cauderon qui l’accompagna dans ces deux dernières villes el vint ensuite trouver le duc de Bourgogne à Laon avec Jean Nonne et Jacquemars Tonneau ; de là, ceux-ci envoyèrent à Paris, pour consulter le juriste Gilles de Prisches sur la validité de la sentence, Jean Monnerot qui rapporta un mémoire sur la question ; ils allèrent aussi à Cambrai demander lavis des docteurs ecclésiastiques ; le boucher Jean Parent qui accompagna aussi Guillaume de Liessies au Quesnoy; lorsqu'il en revint il donna un fol espoir à plusieurs gens de la ville frnisé plusieurs de la ville en folle créance), leur faisant croire que les affaires de celle-ci étaient dans le meilleur état et disant qu’ils devraient baiser la terre sur les traces de Guillaume de Liessies, tant il avait bien travaillé pour eux.
À la suite de ces démarches, les députés de la ville et la plupart des personnages que nous avons indiqués comme les principaux instigateurs de l'opposition, se réunirent vers le dimanche des Rameaux de Pan 1413 (n. st.) au domicile de Guy de Morchipont, afin de décider dans un conseil suprème la conduite à suivre. Les avis des juristes consultés ne paraissent pas avoir été, en somme, favorables à la cause des opposants. À leurs yeux, la sentence de Mons avait été rendue par l’autorité régulière et elle était assez solidement motivée pour qu’elle fût inattaquable en droit. Les sires de Floyon et de Morchipont qui possédaient de grandes propriétés et de nombreux amis dans l’évèché de Liège et étaient, pour ce motif, arrière-vassaux de l’empereur d'Allemagne, parlèrent de soumettre la sentence à la révision de ce prince. Mais commeletemps pressait, puisque l'élection du nouveau waïeur devait avoir lieu dans la quinzaine, ce moven dilatoire fut considéré comme trop tardif et peu sûr. Bref, l'assemblée, après force murmures et injures contre les officiers du Comte et ceux de la ville qui avaient
accepté la sentence, décida qu’on chercherait à s'opposer à son exécution par les moyens violents.
Le premier consistait à faire disparaitre des archives de la ville, déposées dans le beffroi, l’original même de la sentence, moyen pouvant paraître puéril à notre époque, où l'imprimerie reproduit rapidement et en un grand nombre d'exemplaires les titres importants, mais qui, alors, ne manquait pas d’une certaine importance, car l’original ou, à son défaut, une copie authentique de la sentence, était indispensable pour procéder régulièrement à la nouvelle institution du maïeur.
Le second moyen était d’empècher, par l’abstention d’un certain nombre de notables, d'obtenir le guoruin de votants nécessaires pour que l'élection fût valable. Enfin, en cas d’insuccès, on pouvait susciter une grève des tisserands et des foulons, gens toujours un peu turbulents et mécontents dans la plupart des villes industrielles au moyen-âge, et qu’il était facile de soulever et d’exciter au désordre. Ils pouvaient, par leur atlilude hostile et leurs menaces, en imposer au Comte et à ses officiers et les faire renoncer à leur projet de procéder à la nomination du maïeur d’après les nouvelles formalités.
La sentence de Mons était, comme nous l’avons dit, déposée avec les autres titres précieux de la ville, dans une des salles du beffroi communal, dite salle des Archives, située au-dessus de celle où se réunissaient le maïeur et les jurés. Le beffroi s’élevait entre le Château (emplacement du Palais de justice actuel) et l’église St-Nicolas, c’est-à-dire assez exactement à l’endroit où a été bâti au dernier siècle l’hôtel-de-ville, édifice qui a encore aujourd’hui la même destination. Il s'agissait donc d'enlever subrepticement la sentence maudite des archives de la ville, opération délicate mais qui fut bien menée par le sire de Floyon avec l'assistance d'un de ses partisans, Piérart Velut. Celui-ci avait été élu juré précédemment et avait consenti mème à prèter serment en même temps que ses collègues. Mais peu de temps après,
il se démit de ses fonctions, prétendant mème ne les avoir jamais acceptées. C'était un excellent armurier et « soubtil ouvrier de serrurerie el de tout mestier de forge el de lime ». Pendant le peu de temps qu'il avait été juré, il était resté à plusieurs reprises seul au beffroi pour prendre bonne connaissance des lieux. On racontait même qu’une fois, entre autres, peu de Lemps avant qu on se fût aperçu de ce qui étail arrivé, il s'était arrangé pour s’en aller le dernier du beffroi, avait fermé les portes et gardé les clefs de la porte d'entrée pendant une heure, ce qui lui avait permis de prendre l’empreinte de ces clefs avec de la cire, de la pâte, de la terre glaise ou quelque autre substance de ce genre, pour en fabriquer de fausses à loisir, car il était nécessaire d’avoir de fausses clefs pour pénétrer de l’extérieur, à moins de pratiquer une ouverture dans la muraille ou dans le toit, ce qui n’eut pas lieu, du reste, car tout fut trouvé à l'extérieur en ordre et les portes fermées. Mais quand on pénétra dans la salle des Archives, le jeudi saint de l’année 1413 au matin, on constata que celles-ci avaient été mises en un grand désordre et que l'original de la sentence avait disparu ainsi qu’une tasse d’argent servant à offrir le vin d'honneur au nouveau maïeur. La disparition de l'original de la sentence n’avait pas grand inconvénient, car il en existait un double authentiqueau Château. Néanmoins, ce/ai{ du beffroi comme dit l'enquête, causa immédiatement une vive émotion dans la ville. Les jurés et le maïeur en exercice accusèrent aussitôt le sire de Floyon etses partisans d'en être les auteurs. Ils portèrent leurs soupçons principalement sur Piérart Velut, nonseulement parce qu'il était sxbfilouvrier, mais parce qu'il fut reconnu que le matin mème où l'attentat avait été découvert, il dit quelques mots à l’oreille à un de ses valetsetäun autre compagnon, ses complices sans doute, et ceux-ci aussitôt s'empressérent de quitler la ville et le pays pour ne plus jamais y revenir. Lui-mème, quand il apprit qu’on voulait le poursuivre pour ce fait devant le baïlli de Maubeuge, s'enferma pendant trois jours dans sa maison, comme quel-
qu'un qui se sent coupable, et au moment où le sergent d’Avesnes vint pour l’arrèter et l'emmener en prison, il trembla et changea de couleur quoiqu'il ne fit pas froid.
Jean de la Chappelle passa aussi pour avoir assisté Piérart Velut dans son acte criminel, ainsi que Guillaume de Liessies et Piètre Cauderon qui en avaient connaissance et en avaient parlé quinze jours avant qu’il fût constaté.
Mais, en définitive, comme ce fait du beffroi n'avait été découvert que quinze jours au moins après avoir été commis, l'enquête faite pour en rechercher les auteurs ne put aboutir à aucune preuve certaine contre les personnes soupçonnées. Lesire de Floyon laissa mème dire dans le public qu’il était l'œuvre des maïeurs et des jurés ; le but de ces derniers aurait été, d’après lui. de pouvoir l’en accuser lui-même et ses partisans.Jean Husson, l’un des amis de Floyon, alla jusqu’à prétendre qu’il avait vu dans la nuit qui précéda la constatation du fait, des jurés et le maïeur avec de la lumière dans la salle du beffroi et osa même conseiller hautement de les poursuivre.
L'ancien gouverneur réunit donc ses partisans chez lui et là Guillaume et André Miache, fils de Godefroy Miache que nous avons signale comme le juriste de la bande, et qui, comme leur père, étaient aussi quelque peu clercs, rédigèrent un mémoire en forme de lettre adressée par le sire de Floyon au comte de Penthièvre dont la prochaine arrivée à Avesnes fut annoncée par un chevaucheur qui entra dans la ville le jeudi après Pâques de lan 1413. Le lendemain, vendredi 28 avril, Jean l’Orfèvre et Jacquemars Tonneau partirent à sa rencontre pour lui remettre le mémoire de Floyon. Ce fut à Ham qu'ils le trouvèrent. Dans cette pièce, l’ancien gouverneur, parlant tant en son nom que pour le compte des gens de la ville, exposait à Olivier de Bretagne, les faits qui venaient de se passer, l’assurant qu’il était urgent qu’il se rendit dans sa ville d’Avesnes afin d’aviser aux mesures exigées par les circonstances avant qu’elles fussent prises par d’autres. Il ajoutail qu’il le priait, lorsqu'il serait
arrivé, de vouloir entendre les gens de la ville aussi bien les « petits que les grands », et qu’il apprendrait ainsi beaucoup de choses intéressantes sur le compte de ses officiers. Les deux envoyés dirent encore au Comte qu'ils avaient mission d’aller le trouver jusqu'en Bretagne ainsi que sa mère la comtesse douairière, et que c'était par son chevaucheur qu’ils avaient su qu’il était en route et qu’ils le rencontreraient en Picardie.
Cette démarche de Floyon était assez habile. Elle allait au-devant des accusations qu’on devait porter contre lui et ses partisans au sujet de cette affaire du beffroi. Mais il est difficile de savoir si elle atteignit bien ce bul et si ses ennemis ne l’avaient pas déjà devancé auprès du Comte. D'ailleurs, les événements beaucoup plus graves qui allaient se passer à Avesnes avant l’arrivée de ce dernier, reléguèrent bien vite au second plan cette affaire du beffroi.
Dans les premiers mois de l’année 1413, alors que Philippe Botreau était maïeur, l'administration municipale avait promulgué, après mûre délibération, certaines ordonnances pour réprimer les fraudes qui se commettaient dans le métier de la draperie de la ville. Elles règlementaient les salaires des ouvriers et fixaient, entre autres, le prix du tissage de la pièce de drap d’après ses dimensions qui devaient rester constantes et ne pas être diminuées par les tisserands. Au moment où elles furent rendues, le sire de Floyon n’était pas à Avesnes, mais dans le pays de Liège ; aussi furent-elles acceptées, nous ne dirons pas avec Joie, cependant sans trop de murmures par les tisserands et par les foulons. Mais dès que l’ancien gouverneur fut de retour à Avesnes, il s’empressa de convoquer et de réunir ceux-ci pour leur expliquer que ce règlement était des plus contraires à leurs intérèts. Il finit par les convaincre si bien qu’ils se mirent en grèveet restèrent trois jours sans travailler tenant des assemblées que présidait et dirigeait le sire de Flovon. Comme quelques-uns de ces artisans craignaient d’encourir des amendes pour leur refus de travailler, il les rassura en
leur disant: « N’ayez pas peur, par le sang que Dieu versa, ils (les officiers municipaux) ne seroient si osés de vous blàmer, ets’ils le faisoient, ils ne sauroient faire pire journée ». Il proféra en même temps un torrent d’injures contre le prévôt de la halle, les sept hommes de la draperie et excita tellement la colère du peuple qu’un complot se forma contre leur vie. Ces tisserands les plus factieux étaient : Pierre Godeville, Brassin, Hiérenc, Lecat, GuillaumedeCourouble, Estevenin Hoblot, Baudouin Masson, Jean Le Coutelier, Mathieu Baudouin, Lepage, Jacquemart Pauquier, Leurin de Polies, Jacquemart de Godeville, Jean de Godeville, Leurin Pasque, Willaume Willot, le valet de Robert de Buissière, les deux fils Boncœur, Pierre Pasque, Pierre Carbonniau, Jean de la Haye, son valet. Les foulons dont les noms suivent s’étaient joints à eux : Hierbetin et son fils, Colart de Carouble et son fils cadet, Henri Le Forestier et son valet, Colart Houde et Laurent Le Forestier, son valet, Pierre Birmart et Mouzet, son valet, Jean de Sabieuls, Jean Bourgiaul, Guillain, Jean [Lion et Jean Jérôme, son valet, Jean Baligant.
Deux des principaux adhérents de Floyon, Jean Husson et Colart Pommart, un jour qu’une assemblée du peuple devait se tenir au marché, vers la halle, allèrent dans la basse ville où habitaient principalement ces tisserands et ces foulons pour les engager à se rendre à cette réunion, disant : « Allons tost là haut, ilest heure ou jamais, et là nous trouverons bien gens qui nous aideront ».
Un riche boucher, Colart Rousseau, mécontent aussi des rigueurs des é&vars ou inspecteurs de la halle, n’hésita pas à marcher avec eux.
Les renseignements sur les dégâts commis parles émeutiers font défaut. [lest probable même qu'ils ne furent d’aucune importance, car, dans le cas contraire, l’enquête n’eût pas manqué d’en parler. [affaire se réduisit donc à une promenade tumultueuse dans les principales rues de la ville, avec force cris et injures proférés devant les maisons