‹ Une énigme historiqueChapitre 22 sur 100 · N. Ch., p · texte numérisé non relu

N. Ch., p

son frère Pierre gouverna le nouvel état encore une année et tomba sous le couteau d'un autre meurtrier en 1197. Leur frère cadet, .Jean (Joanitza), qui régna pendant dix ans, poursuivit les luttes contre l'empire byzantin et ces luttes ont toujours pour théâtre la Macédoine et la Thrace \ L'empire byzantin étant tombé pendant ce temps au pouvoir des Latins, Joanitza poursuivit les hostilités contre les nouveaux maîtres de Gonstantinople, vainquit et tua même dans une lutte l'empereur Baudouin de Flandre (1205). Comme il était ambitieux et voulait donner à sa puissance une sanction légale, il envoya au pape une ambassade chargée de demander pour lui le titre de roi des Valaques et Bulgares. Son ambassade ne put parvenir en Italie, à cause d'une guerre qui existait entre les Hongrois et les Byzantins. Le pape, informé par d'autres voies du désir de Joanitza, lui envoya un légat qui lui remit une bulle, dans laquelle il était dit entre autres : « Nos autem, audito quod de nobili urbis Romae prosapia progenitores tui originem traxerunt, jampridem te proposuimus etlitteriset nuntiis visitare. » Joanitza, répondant à la missive du pape, rend grâces «omnipotenti Deo quia rediuit nos in memoriam sanguinis et patriœ nostrœ, a qua descendi/itus ». Dans la correspondance qui s'en suivit, Joanitza est toujours nommé « Calojoan Dominas Blacorum et Bulgarorum,. » et ce même titre lui est donné au couronnement officiel, qui a lieu le 8 novembre 1204 2.

A l'encontre des auteurs qui nient la continuité des Roumains dans la Dacie trajane, les slavistes se refusent d'admettre l'existence d'un état valacho-bulgare de l'autre côté du Danube. Ils soutiennent que cet état, ainsi que celui qui l'avait précédé (détruit en 1018 par Basile II, le Bulgaroctone), était purement bulgare, que l'élément valaque n'y joue aucun rôle, que la dynastie assanienne était d'origine bulgare ; ils refusent ainsi aux Valaques toute participation à la guerre pour l'indépendance entreprise contre l'empire byzantin vers la fin du xn" siècle. Les slavistes soutiennent que la lettre du pape à Calojoan n'était qu'un compliment que le rusé Bulgare ne manqua pas de s'approprier, pour se créer un titre de plus à la

1. Voir N. Ch., p. 520, 569, 570, 573, 589, 612 et 624 où il dit : « Ttç o' àv 3UÙ àp'.()[j.i\'/ cJvaiTG Saat -/.ai 'i-.i -.yj l-.yjz Sxoôûv juxi B/.r/wv è-ftvovxo k'çcos^y.a-. et a iz-(x Icpwv àviaiT. ; [xap-'jpoOsi or,-i'j ~.y. -z-px~([j.ïv3. rt twv r.p'cc Ai[A£v "/copûv lçt\\ûau May.£Oov(aç -re y.ai 0pixY)ç oï XYjiffjioi sxr[kw y.a't y.ûpêswv àxptêécrepcv y.ai §y^,icaaY]ç ï<rcop£aç TpavoTepov. » Comparez Jirecek Gesctiichtc der Bulgaren, p. 231.

2. Voir cette correspondance dans Theiner, Mon. Slav. merid 1, pp. 15-39.

bienveillance du chef de l'Église catholique. Quant aux écrivains byzantins, ils auraient toujours substitué intentionnellement le nom de Valaques à celui de Bulgares, qu'ils exécraient. M. Pic s'exprime, à ce sujet, de la manière suivante : a La manière différente dont on expose la lutte des Bulgares pour l'indépendance s'explique par la confusion des noms de Valaques et de Bulgares chez les historiens contemporains ; comme, par la suite, le nom de Bulgare revient en honneur et que ce changement de nom dans les sources occidentales peut être attribué à l'influence grecque, on pourrait en induire même une] substitution volontaire d'un nom à l'autre de la part des politiques byzantins, qui peut trouver sa cause dans la haine politique et le mépris national et qui cherchait à supprimer à tout prix l'odieux nom des Bulgares. C'est seulement lorsque la Bulgarie fut rétablie dans ses anciennes limites, que son existence fut connue do tout le monde, et que l'on invoqua même son appui contre l'empire latin de Constantinople ; alors les Grecs ne firent plus de difficultés à reconnaître officiellement le nom autrefois si exécré des Bulgares » '. Disons-le tout d'abord, il n'est pas exact que les auteurs byzantins aient tenu secret le nom des Bulgares. Ainsi, outre Nicétas lui-même qui cite ce nom en deux endroits, tous les autres écrivains de Constantinople, soit contemporains, soit antérieurs et postérieurs à Nicétas 2, partent des Bulgares à plusieurs reprises. Ensuite quel avantage auraient trouvé les historiens de Byzance à attribuer leurs échecs aux Valaques, plutôt qu'aux Bulgares? Enfin, il serait assez extraordinaire que les compliments du pape coïncidassent d'une manière si inattendue avec les faussaires de Constantinople. Mais il existe une preuve positive et irréfragable

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