‹ Une énigme historiqueChapitre 32 sur 100 · Idem, p · texte numérisé non relu

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les Bulgares ne le considéraient plus comme appartenant à leur nation.

L'histoire ultérieure de l'église bulgare n'intéressant pas notre sujet, examinons les relations dans lesquelles se trouvait cette église avec celle des Roumains de la Dacie.

Les premières connaissances positives qui nous soient parvenues sur les églises de Moldavie et de Valachie nous les montrent comme étant soumises au patriarche [archevêque] d'Ohrida. Ainsi, les chroniques moldaves nous disent que Iuga Ier, prince de Moldavie (1375) « envoya au patriarchat d'Ohrida demander la bénédiction pour consacrer le Métropolitain Théoctiste 1 ». Cette suprématie de l'archevêque d'Ohrida sur l'église moldave existait encore du temps d'Etienne le Grand (1456-1504). Le prince écrit, dans l'année même de son avènement au trône, une lettre à l'archevêque d'Ohrida, dans laquelle il l'intitule : « bien heureux archevêque de Prima Justiniana et de tous les Bulgares, des Serbes et des te?res de la Dacie » ; il lui annonce la mort du Métropolitain Bessarion et le prie de lui envoyer sa bénédiction pour la nomination d'un successeur. L'archevêque, dans sa réponse, se nomme : « Dorothée, par la grâce de Dieu, archevêque de la Prima Justiniana, de tous les Bulgares et des pays du Nord » ; il s'excuse de ne pouvoir venir en personne consacrer le Métropolitain, envoie au prince sa bénédiction, l'invitant à faire sacrer le nouveau titulaire par les évêques du pays et par « le Métropolitain de l'Ungro- Valachie, notre frère et coservant, le seigneur Macaire, attendu quil appartient aussi à notre juridiction 2. »

Le fait de cette autorité exercée par l'archevêque d'Ohrida sur l'église de Valachie ressort même d'un document qui émane du patriarchat de Constantinople. Ainsi, vers l'année 1390, le patriarche Antoine s'adressant à Mircea Ier, prince de Valachie, lui dit entre autres : « Et votre archevêque d'Ohrida a consenti à cela et a donné sa bénédiction ; or nous ne saurions réprouver ni changer ce que Sa Sagesse a trouvé bon \ »

Enfin Mathieu Vlastari, qui rédigeait une collection de lois byzan-

1. LctopiseAele terii Moldovii publicate pentru inlaias data de M. Kogalniceanu. Iasi, 1852. I, p. 102 (Chronique de Grégoire Ureche).

2 Publiée pour la première fois dans le journal de la Société littéraire serbe : Glasnikdrustra srbsko SlovenusLi, VU, p. 177.

3. Acla palriarchatus Conslardinopolitani, Ed. Miklosisch el Mùller, Vienne, 1860, II, p. 230.

l'église bulgare chez les roumains 65

Unes, vers l'année 1330, dit que la Moldo-Valachie était soumise aux Ohridiens *.

Le patriarche de Gonstantinople était loin pourtant de reconnaître toujours au siège d'Ohrida l'étendue de sa juridiction. 11 essaya probablement, à plusieurs reprises, de ravir à celui-ci son autorité sur les pays roumains, et le souvenir d'une de ces luttes a été conservé jusqu'à nos jours dans les archives de Gonstantinople. Car, quoique le siège archiépiscopal eût été grécisé, il n'en conserva pas moins visà-vis de celui de Constantinople une certaine indépendance qui devait contrecarrer les tendances absorbantes du patriarcat2.

Vers la fin du xive siècle, le patriarche de l'église orientale, apprenant que l'église moldave avait été victime d'un imposteur, Tagara, lequel, se faisant passer pour patriarche, avait sacré un évêque dans le pays, envoya plusieurs prélats s'enquérir de cet état de choses. Le prince qui régnait à cette époque en Moldavie refusa leur intervention, ce qui poussa le patriarche à faire acte d'autorité et à nommer de son propre chef pour métropolitain dans le pays un certain Jérémie, qui en fut chassé avec ignominie 3. Le patriarche envoya alors le métropolitain de Mytilène avec pleins pouvoirs pour organiser l'église moldave 4. Celui-ci, à ce qu'il paraît, ne fut pas plus heureux; le patriarche se décida alors à nommer comme vicaire, jusqu'à l'élection canonique d'un métropolitain, un membre du clergé moldave envoyé près de lui en mission, le prolopope Pierre 5. Les Moldaves demandaient que le patriarche reconnût la légalité de l'élection du métropolitain Joseph, lequel avait été sacré par celui de Galicie, probablement par suite d'une vacance à Ohrida 6. Us ne voulurent céder en rien de

1. Nous ne connaissons point ce passage dans l'original; mais une collection de lois valaques, imprimée en 1652 à Tergowist en Valachie, le mentionne, Indreptarea legii, Tàrgovistia, 1652, p. 403.

2. Ainsi l'archevêque Théophylacte, 1085-1107, adresse au patriarche de Constantinople une protestation contre l'autorisation donnée par celui-ci à un moine de construire une église dans une ville placée dans le diocèse d'Ohrida : « Quel droit s'arroge le patriarche de Constantinople de se mêler dans les affaires bulgares, quand ce peuple a son église autocéphale et quand le patriarche n'a acquis aucun privilège sur elle? » Histoire de l'église bulgare par M. S. Drinow, cité par Melchisédek, évêque de Roman, dans sa Cronica Romanului si a Episcopiei de Roman, Bucuresti, 1875, I, p. 53.

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