Id., II, p
5. Id., Il, p. 241. Comp. Emile Picot et Georges Bengesco. Alexandre le Bon, prince de Moldavie (1401-1433), Vienne, 1882, p 50.
6. C'est, à ce qu'il paraît, cette circonstance qui fait penser à M. Hunfalvy, Ans-
leurs prétentions, et ce fut le patriarche qui, pour obtenir le résultat si ardemment désiré par lui, accorda l'absolution du métropolitain Joseph, qu'il avait primitivement excommunié, et le reconnut pour tel, à la condition que celui-ci se soumît à la suprématie du patriarche.
Pourtant ces relations, établies avec tant de peine, ne durèrent pas longtemps. L'empire byzantin, menacé tous les jours davantage par les Turcs, chercha un appui en Occident. Jean Paléologue le demanda au pape, qui le lui promit sous la condition que l'église orientale se soumettrait à son autorité suprême. Le patriarche y consentit et invita tous les autres chefs de l'église orientale à prendre part au concile de Florence, où allaient être réglées les questions soulevées par un événement d'une telle importance. Le patriarche d'Ohrida, celui d'Ipek (en Serbie) et le métropolitain de Valachie refusèrent leur adhésion. Le patriarche de Gonstantinople envoya en Moldavie un moine grec, Damien, qui insista beaucoup auprès du prince pour faire participer l'église moldave au concile. Nous ne connaissons pas le résultat de ces démarches, mais nous trouvons ce même Damien représentant la Moldavie comme métropolitain à la réunion de Florence. Il paraît que le patriarche, fort de son autorité nouvellement acquise sur la Moldavie, envoya ce personnage représenter le pays au concile l. Les véritables délégués de la Moldavie firent en sorte d'arriver à Constantinople après le départ de l'empereur et du patriarche. « Gomme ils ne voulaient pas s'en retourner sans avoir rien fait, ils passèrent par Ohrida. où ils trouvèrent l'archevêque qui leur donna des prêtres, des livres serbes et autres choses nécessaires au service religieux 2. » C'est ainsi que la Moldavie rentra sous la dépendance de son ancienne suzeraine spirituelle. Survint la prise de Gonstantinople par les Turcs ; le patriarche de cette ville fut empêché de rétablir son autorité sur les pays roumains, qui restèrent sous la dépendance canonique d'Ohrida jusque vers la fin du siècle passé (1767). C'est ainsi que nous voyons Etienne le Grand s'adresser de nouveau à ce siège pour les affaires religieuses de la Moldavie.
Le savant prince de Moldavie Démètre Cantémir explique d'une
proche, p. 125, que l'église roumaine était soumise canoniquement au métropolitain de Halicz. Ces relations avec l'église d'Ohrida lui étaient-elles réellement inconnues, ou bien sont-elles passées sous silence?
1. Pour tous ces détails, voir Melchisédek, Chronica Romanului, pp. 82 et suiv.
2. Letopisetele terci Moldovei de M. Kogalniceanu, I, p. 106, note.
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autre manière l'origine de la suprématie spirituelle d'Ohrida sur les églises roumaines du nord du Danube. Il dit que la métropole de Moldavie dépendit, depuis son origine jusqu'au concile de Florence, du patriarche de Constantinople ; mais, lorsque le métropolitain de ce pays, d'accord avec le patriarche de l'Orient, se prononça dans ce concile pour l'union avec l'église catholique, union répouvée par la plus grande partie de l'église orthodoxe, le métropolitain moldave n'osa plus retourner à son siège. L'archevêque d'Ephèse envoya alors à sa place en Moldavie un archidiacre, lui ordonnant de se faire sacrer par l'archevêque d'Ohrida, et, depuis ce temps jusqu'au commencement du xvne siècle, les Moldaves sont restés sous la dépendance d'Ohrida1. Le prince ne fait que reproduire, dans cet exposé, une version du patriarche byzantin contenue dans une missive au prince de Moldavie Basile le Loup (1634-1654), missive qu'il donne en entier. Or, il est évident que le siège de Constantinople, ayant intérêt à attirer de nouveau l'église moldave sous sa dépendance, inventa cette fable pour montrer au prince qu'en se soumettant au patriarche de Constantinople il ne faisait que rétablir un état de choses qui avait existé de tout temps et qui n'avait été troublé qu'à la suite du concile de Florence par le pseudo-patriarche Mitrofane. Nous avons vu plus haut, par les actes même du patriarche de Constantinople, que l'autorité d'Ohrida sur l'église moldave était bien antérieure au concile de Florence.
Il s'agit maintenant de tirer de ces faits les conclusions qui en découlent naturellement, pour établir que les Roumains n'ont pu embrasser le rite bulgare, qu'au nord du Danube et en déduire une preuve de plus qu'ils y ont toujours habité.
Si les Roumains étaient venus en Dacie du temps du second empire bulgare (valacho-bulgare), on devrait les y trouver obéissant à l'autorité spirituelle du patriarche de Tirnovo, qui fut établi dans cette ville aussitôt après la fondation du royaume, et l'on ne saurait expliquer comment ils dépendaient du patriarche d'Ohrida, car ce patriarcat n'exista sous sa forme bulgare que du temps du premier royaume bulgare, qui fut renversé en 1018 par les Byzantins; aussitôt après cet
1. Operele principelui Bemctriu Cantemir tiparite de societatea academica romana. Tom. I. Descriptio Moldaviae. Bucuresti, 1872, p. 14i. Celte version est admise par M. Golubinsky, professeur à l'Université de Moscou, dans son histoire de l'église romaine orlhodoxe. E. Golubinskago, Kratkii ocerc istorii pravoslavnik terkvei Bolgarskoi Serbskoi i Ruminskoi ili Moklovulasskol, 1871. Traduction roumaine par J. Caracicoveanou. Jassv, 187'J.
événement, le siège d'Ohrida est grécisé, et les Bulgares ne le comptent plus comme leur centre religieux '. Si nous admettons que les Roumains ont embrassé le christianisme bulgare de l'autre côté du Danube, dans la péninsule balkanique, on se met dans l'impossibilité d'expliquer plusieurs laits indiscutables. Premièrement l'exode des Valaques transdanubiens a dû se prolonger pendant assez longtemps, et Roesler admet lui-même qu'il continua et devint plus actif du temps de l'invasion musulmane; or, pendant tout ce temps, les Roumains de l'autre côté du Danube, en supposant qu'ils y aient existé, devaient être soumis à l'autorité religieuse du patriarche de Tirnovo. Gomment se fait-il alors qu'aussitôt qu'ils eurent passé le Danube, on les voit retourner à leur ancien patriarche d'Ohrida, lequel avait péri, pour ainsi dire, pour la nation bulgare, lorsque son empire s'effondra pour la première fois?
Ensuite, chez les Roumains de la Macédoine, de la Thessalie et du Pinde, en général chez tous les Roumains sud-balkaniques, le service religieux se fait en langue grecque et non en slave, comme cela eut lieu pendant bien longtemps pour les Roumains de la Dacie trajane. Cette différence dans la langue ecclésiastique s'explique par ce fait que les diocèses de Thessalie, Macédoine et Thrace étaient soumis directement à l'autorité du patriarche de Constantinople. Quoiqu'ils aient passé plus tard sous l'autorité canonique de l'archevêque d'Ohrida et comme ce siège fut bientôt grécisé, la langue bulgare ne put jamais pénétrer chez les Roumains du sud des Balkans, qui eurent toujours le grec comme langue liturgique. Si donc les Roumains de la Dacie y étaient venus du sud des Balkans, il est évident qu'on devrait les trouver officiant en langue grecque.
Cette différence dans la langue liturgique explique aussi celle qui existe entre les caractères avec lesquels on écrit les deux dialectes roumains. Celui de la Macédoine emploie l'alphabet grec pendant que . celui de la Dacie se servait, jusque dans les derniers temps, des caractères cyrilliques qu'il vient de répudier pour adopter les caractères latins. C'est à cette même influence différente qu'il faut attribuer la présence d'un nombre bien plus grand de mots slaves dans l'idiome daco- roumain que dans celui de la Macédoine qui est, au contraire, saturé de mots grecs.
Donc, si l'on admettait la théorie de Rœsler que les Roumains reve-
1. Ce qui n'empêche pas ce patriarche de s'intituler toujours « patriarche des Bulgares ». On connaît la ténacité des titres.
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nus dans la Dacie, étaient originaires de la Moesie, on devait les trouver soumis au patriarche de Tirnovo, auquel ils auraient dû ohéir, lorsqu'ils passèrent le Danube. Si l'on acceptait, au contraire, celle de Tomaschek qui les fait revenir des parties centrales du Balkan, ils devraient officier dans leur église en langue grecque.
Il n'en est pas moins vrai que jusqu'ici la soumission des Roumains cis-danubiens au patriarche d'Ohrida, tout en conservant le rite bulgare au nord du Danube, paraît devoir rester une énigme indéchiffrable. Pour l'expliquer, il nous faudra remonter plus haut, à une Novelle de l'empereur Justinien.
Le patriarcat d'Ohrida eut une existence très courte, sous sa forme bulgare. On ne saurait admettre que pendant ce temps il ait pu introduire le christianisme slavon sur la rive gauche du Danube, d'autant plus que l'établissement du siège de ce patriarcat dans Ohrida tombe du temps de l'empereur Zimiscès, qui soumit par les armes la Bulgarie danubienne.
Il ne lui fut donc pas donné d'étendre son autorité sur la rive nord du fleuve, attendu que le pays intermédiaire, entre les Balkans et le Danube, était tombé sous une domination ennemie.
Le patriarcat d'Ohrida a toujours porté le titre de patriarcat de Prima Justiniana, des Bulgares, Serbes, etc. L'archevêque d'Ohrida qui prend part en 1256 au synode de Gonstantinople, s'intitule : « Le révérend père Jean, par la grâce de Dieu, archevêque de Prima Justiniana et de toute la Bulgarie l. » Dans le courant du xve siècle, cet archevêque porte le titre de : « bienheureux archevêque de Prima Justiniana, de tous les Bulgares et des pays du Nord. » Il conserve le même titre dans le courant du xvi,! siècle : « Par la grâce de Dieu, archevêque de Prima Justiniana et patriarche de la Bulgarie, la Serbie, la Macédoine, l'Albanie, la Bosnie et l'Ungro-Valachie 2. » Le patriarche de Constantinople, lorsqu'il s'adresse à celui d'Ohrida, le nomme : « Le bienheureux archevêque de Prima Justiniana, Ohrida et de toute la Bulgarie 3. »
L'archevêque de Prima Justiniana est mentionné pour la première fois dans une Novelle (xi) de l'empereur Justinien, de l'année 535, adressée par celui-ci au chef de l'église de cette ville, dont on ignore l'emplacement. L'empereur, par cette loi, règle les attributions et
i, Golubinsky, cité par Melchtsédek, Ghronica Romanului, p. 54. •2. Melchisédek, ibid., p. 55.