Hahn, .4 Ibanesisclie Studien, I, p
3. Schwandtner, Scriptores rerum Hungaricarum, Vindobonnœ, 1746, I, p. 17. « Tune lnhutum.' dum cœpisset audire ab incolis bonitalcm terrx ullrasilvanx ubi Gelou quidam Blaccus dominiiim tenebat; » p. 18: « Et habitatores illius terras viliores homines essent lolius mundi, quia essent Blusii et Sclavi et dux eorura Gelou minus esset tenax ». A. Thierry, Attila, II, p. 369, place l'existence de ce notaire sous Bêla I, 1061-1063. Rœsler le fait descendre sous le dernier roi de ce nom, Béia IV, 1235-1270. Pic, dans sa dernière publication, Der nationale Kampf gegen das ungarische Staatsrecht, Leipzig, 1882, le place sous Bêla III (1174-1196).
la renversait. Aussi voyons-nous Rœsler commencer sa carrière scientifique en essayant d'enlever toute valeur historique au chroniqueur Hongrois l. Il s'attache surtout à prouver dans cet écrit l'ignorance fabuleuse du chroniqueur et son parti pris de fausser intentionnellement l'histoire à l'avantage de son peuple. « Tout en risquant de déplaire au Sanhédrin valaque de Blasendorf 2 et d'être déclaré l'ennemi des Roumains, j'entreprends d'éclairer par la critique l'immigration des Hongrois d'après le notaire Anonymus, et que l'on veuille bien excuser mon hérésie si mes conclusions aboutissent à prouver que le notaire anonyme est tout aussi ignorant que faussaire. »
Examinons avec plus de détails ces imputations.
L'Anonyme fait venir les Hongrois de la Scythie. Mais Réginon, la seule source qu'il ait eue sous les yeux, attribue comme cause à l'immigration hongroise la dévastation de l'Ateluzu par les Petchénègues. Ce fait est confirmé aussi par Constantin Porphyrogénète, qui ajoute que les Petchénègues furent aidés dans cette entreprise par les Bulgares, sous leur roi Siméon 3. L'Anonyme omet, au contraire, ce motif peu glorieux, et attribue l'évacuation de la Scythie par les Hongrois à l'augmentation extraordinaire de la population.
L'Anonyme change ensuite en victoires les défaites notoires essuyées par les Hongrois, comme, par exemple, celle de 955, où leurs hordes furent massacrées parOthon le Grand, dans la plaine duLech. A l'encontre de toutes les sources du moyen âge, y compris Réginon, l'Anonyme fait manier le sabre aux Hongrois, et nomme vils et lâches les peuples qui se servaient de l'arc et de la flèche, quand il est connu que ce sont précisément les Hongrois qui employaient cette arme, à l'exemple des Huns, leurs ancêtres. L'orsqu'il décrit les ruines de l'ancienne résidence d'Attila, il parle de monceaux de pierres, qui en seraient restés, tandis que Priscus, qui visita cette capitale du temps même de son fondateur, en parle comme étant construite en bois. Voilà pour la mauvaise foi.
1. R. Rœsler, Zur Kritik der œltestcn ungarischen Geschichte, Troppau, 1860. Reproduit et augmenté dans le chap. IV, des Rom. Stud. « Die Anfsenge der Ungarn und der anonymus Notar, » p. IW-230.
2. Rœsler, Rom. stud., p. 185, désigne sous ce nom M. Timothée Cipariu, savant historien et philologue roumain de la Transylvanie.
3. G. Porphyr., De administrandp imperio, Bonn., p. 173 : « Me-;?, ce xo îcâÀtv tov 2u(JL£tov \j.i~à ~vj êctaïkéiùq tûv Pa)u.ai<i)v eïpYjveûeffOat /ai Xaêeiv àos'.xv, oiSTcéjJLùato ~pcq toi»; Ila-Ç'.va/iTaç, /ai \j.zi' aùxtov a){JLO<p(î)^QC£ tou xaTa-oXî ;.;.•?] a ai /ai àçav/jcai iabq Toùpzcuç. »
Quant à son ignorance, elle n'en ressort pas moins claire si l'on compare ses fables avec les faits historiques prouves d'une manière incontestable. Ainsi il parle d'un duc de Kiev qui se serait soumis aux Hongrois lorsque ceux-ci passèrent par ses Etats ; or, il est avéré que, du temps de l'arrivée des Hongrois en Pannonie, il n'existait pas même un duché de Kiev indépendant, car ce dernier avait été réuni à celui de Novgorod sous la main puissante d'Oleg, qui n'était pas homme à trembler devant des fuyards. La conquête de la Serbie et celle de la Croatie par les Hongrois, du temps de leur entrée en Pannonie, pouvait tout aussi peu avoir lieu, car la première ne fut jamais conquise par les Hongrois, lesquels n'ont jamais passé le Save, et la seconde n'a été soumise aux Hongrois que bien plus tard. L'Anonyme ne dit rien des Avares, qui devaient encore exister dans la Pannonie méridionale ; il passe aussi sous silence les Gépides qui existaient encore en Dacie vers l'année 871. Il connaît tout aussi peu la succession des ducs hongrois, car il place en premier lieu Almus, dont le successeur aurait étéZulta, pendant quePorphyrogénète nomme pour premier duc Arpad et pour successeur le fils de ce dernier, Léventa, etc.
Nous ne voulons ni ne pouvons entreprendre la défense de la chronique de l'Anonyme contre ces critiques dont quelques-unes sont fondées. Il est incontestable que c'était un ignorant de la pire espèce, et que partout où l'honneur ou la gloire de son peuple était en jeu, il n'hésitait pas à attenter à la vérité. Mais en quoi ces imputations, parfaitement justes d'ailleurs, peuvent-elles enlever la force probante contenue dans ses indications relatives aux Roumains? Pourtant l'Anonyme parle aussi d'un duc des Bulgares Salanus, et Rœsler fait remarquer que l'existence d un duché bulgare indépendant sur la rive gauche du Danube est impossible ; car, lors même que les Bulgares auraient exercé leur domination au nord de ce fleuve, l'état bulgare, qui était à ce moment à l'apogée de sa puissance, n'aurait pu tolérer l'existence d'un duché indépendant.
Nous sacrifions aisément non seulement le duc Salanus, mais encore Gelou et tous les autres chefs d'Etat compris dans la chronique de l'Anonyme. Il est possible, il est même probable que ce sont des inventions dues à la fantaisie du notaire ; mais si les noms de ces ducs sont peutêtre controuvés, il n'en est pas de même des peuples mentionnés par l'Anonyme : les Bulgares, les Valaques et les Slaves, que les Hongrois trouvèrent dans le pays et dont la tradition avait gardé le souvenir.
Quoique l'Anonvme semble se défendre d'avoir suivi dans son
exposé les données traditionnelles et qu'il dise avoir écrit sa chronique d'après les historiographes antérieurs ', il nous semble qu'on ne saurait avoir grande confiance dans cette prétention d'un homme ignorant qui visait à l'érudition ; quoiqu'il ait puisé certains faits à une source antérieure, la plupart de ses assertions reposent sur la tradition. Toutes les fois que sa narration suit les grands traits de la tradition nationale, elle établit la vérité; les détails qu'il y ajoute peuvent être faux ou imaginés ; ils ne sauraient attaquer la substance de la tradition même, d'autant plus qu'elle peut être vérifiée par le témoignage d'autres sources contemporaines.
Ainsi l'Anonyme dit que les Hongrois, en venant de Scythie en Pannonie, passèrent devant Kiev, et entrèrent en Pannonie par le nord après avoir escaladé les Garpathes. Rœsler, qui trouve un plaisir particulier à combattre toutes les indications de l'Anonyme, et qui tient à démontrer encore une fois que les Bulgares ne possédaient pas la Valachie, fait prendre au^ Hongrois, chassés de leur ancien pays par les Petchénègues.et les Bulgares, la route du sud, pour entrer en Pannonie par la Valachie et le Banat. Il dit dans son ouvrage principal : « Si les Hongrois avaient pu, en 892, entreprendre par le nord une expédition contre les Moraves, ils n'auraient pu, quelques années après, prendre la même route pour chercher une autre patrie. En l'année 892, les Hongrois étaient établis entre le Dnieper et les Garpathes orientaux. Aucun peuple puissant ne les empêchait de passer par la Podolie et les plateaux septentrionaux des Garpathes vers la Hongrie. En 895, ils ne s'y trouvaient plus, ils s'étaient déplacés et avaient occupé la région située entre l'Alula et les Portes de fer. Les terribles Petchénègues, dont ils avaient senti la force dans leur dernière défaite, les auraient empêchés de contourner les Carpathes 3. »
Ce passage met à nu la méthode de Rœsler qui consiste à admettre comme démontrées des hypothèses gratuites sur lesquelles ensuite il s'appuie pour construire son système. En 892, les Hongrois auraient pu traverser la Podolie, pour entrer dans la Hongrie par le nord, car aucun peuple puissant ne leur fermait cette route; en 895, ils ne pouvaient
1. Schwandtner, Scriptores, rerum hungaricarum, I, p. 2 : « Et si tamen nobilissima gens Hungariae primordia suae generationis et fortia quaeque facta sua ex falsis fabulis rusticorum vel agarrulo cantu joculatorum quasi somniando audiret, valde indecorum et satis indecens esset — et secundum traditiones diversorum historiographorum divinae graliae fultus auxilio. »