‹ Une énigme historiqueChapitre 42 sur 100 · Ibidem, III, p · texte numérisé non relu

Ibidem, III, p

Mit Jem bogen schiezen zen vogelen die (la flugen Ir pfile si vil sêre mit kraft unz an die wende zugen

Der herzog Ramunc uzer Vlâchen lant

Mit siebenhundert mannen kom er fur si gérant

Sam die wilden vogele sô sah man si varn, etc., etc.

Le poème des Nibelungen existait, dans la forme où nous le possédons aujourd'hui, dès la fin du xné siècle (1190), et les manuscrits qui le contiennent datent du commencement du xme siècle (1210-1225). Mais, comme ce poème n'est que la réunion de chants qui existaient séparément avant leur fusion dans un seul corps, il est évident que ces parties doivent être bien plus anciennes. Il ne nous est pas possible de découvrir aujourd'hui la date précise des divers épisodes dont les chanteurs enrichirent successivement cette longue épopée. La présence des Petchénègues, des Polonais, à la cour d'Attila est un anachronisme évident ajouté par un barde postérieur. En fut-il de même pour les Roumains? Furent-ils introduits en même temps que les peuples dans la société desquels le poème, dans sa forme actuelle, nous les présente, ou bien sont-ils contemporains de l'apparition d'Attila lui-même dans le cycle des chants germains? Dans l'indécision où nous nous trouvons à ce sujet, il nous suffira de fixer une date extrême à laquelle les Roumains ont pu faire leur entrée dans la grande épopée allemande. Ce sont les croisades qui firent connaître au monde germanique l'ethnographie des contrées orientales, et c'est cette connaissance de peuples nouveaux qui poussa un des chanteurs postérieurs du poème à enrichir la nomenclature des nations qui figurent à la cour d'Attila. Or, à l'époque de quelle croisode l'esprit allemand put-il acquérir ces nouvelles connaissances? Évidemment lors de la première (1096-1099) ou de la seconde (1138-1140), car la troisième, celle qui fut conduite par l'empereur Barberousse (1188-1190), est trop rapprochée de la date de la rédaction définitive du poème.

Le rapprochement des Valaques et des Polonais indique que ces peuples étaient voisins; il en est de même des pays de Kiev et des Petchénègues. Quant aux Russes et aux Grecs, ce sont les peuples les plus éloignés, qui ne manquèrent pas de venir faire leur cour à Attila. Le duc Ramunc du pays des Valaques n'est autre chose que le nom du peuple roumain : Romîn, attribué à son chef. Les Allemands entendent toujours les sons nasaux, qui manquent dans leur langue, comme s'ils étaient suivis d'un g ou d'un c. Ainsi, dans le Nouveau

HS LliS ROUMAINS AU MOYEN-AGE

dictionnaire de la conversation, de Meyer (1875), nous trouvons la prononciation dos noms français terminés par an, on indiquée en allemand par mi(i, ong, comme Florian (sprich : Floriang), flacon (spr. : flacong), Melun (spr. : Melurig). Ce nom de fîomin, que les Nibelungen donnent au chef de la nation valaque, n'existe qu'au nord du Danube; les Roumains de la péninsule des Balkans se nomment eux-mêmes Armîni '. Il indique donc que les Valaques dont il s'agit étaient originaires des pays où on les rencontre encore aujourd'hui portant ce même nom.

Ces trois sources si différentes, concordant d'une manière si complète pour établir l'existence des Roumains au nord du Danube avant le xne siècle, montrent que le défaut absolu de mention de ce peuple comme habitant la Dacie jusqu'au xn" siècle n'existe que dans l'esprit de ceux qui ont intérêt à l'invoquer.

Les auteurs byzantins mentionnent aussi l'existence des Roumains dans la Dacie dans le courant du xne siècle.

Cinnamus, dans son Epitome, rapporte le fait suivant qui se serait passé du temps de l'empereur Manuel Comnène en l'année 11(31. Dans une des nombreuses expéditions des Grecs contre les Hongrois, -les premiers, afin de parvenir à vaincre plus facilement leurs ennemis, les attaquèrent de trois côtés à la fois : « L'empereur envoya Alexios avec une grande armée vers le Danube, faisant semblant -d'attaquer les Hongrois de nouveau par les endroits habituels; Léon Vatatzès, avec une armée tout aussi forte, qui comptait principalement un nombre considérable de Valaques, que l'on dit être une colonie italienne, fut envoyé pour frapper les Hongrois dans une autre direction, du cette de la Mer Noire, par ou ils n'avaient jamais encore été attaqués. Conformément à ce plan, Alexios arriva au Danube et effraya les Hongrois en faisant semblant de passer le fleuve, pendant que Vatatzès tomba sur eux du côté de la Mer Noire, et dévasta tout sur son passage, tuant un grand nombre d'hommes et emmenant le reste en esclavage; puis il s'en retourna sur ses pas chargé de butin. L'empereur, voulant porter aux Hongrois un troisième coup, envoya encore une armée, qui s'avança plus au nord et les attaqua du côté de la Tauro-Scythie sous la conr

1. Les Roumains ne se désignent jamais eux-mêmes par le nom de Valaques. Ce nom leur est donné par les étrangers; il est d'origine slave.

duite de Lamparda et de Petralifa '. » Rcesler, qui cite seulement le passage souligné 2, afin de pouvoir lui donner, ainsi détaché, le sens qui lui convient, entend par ces Valaques ceux qui vivaient dans la péninsule des Balkans, auxquels seuls l'empereur aurait pu donner l'ordre de prendre part à la guerre, car il n'aurait eu aucun droit de le faire pour les Valaques de ce côté du Danube, s'ils y avaient existé. Une analyse du passage entier de Ginnamus nous fera découvrir tout autre chose.

La Hongrie devait être attaquée de trois côtés à la fois : parles endroits habituels, du côté de la Tauro-Scythie et de celui de la Mer Noire. Les endroits habituels se trouvent du côté du sud, après qu'on a passé le Danube et la Save \ La Tauro-Scythie n'est autre que la Gallicie 4. Le troisième point devait donc se trouver entre ces deux points extrêmes, et, comme Ginnamus indique que l'attaque venait du côté de la Mer Noire, il est évident qu'il a en vue la Moldavie et les passages des Garpathes, par où la Hongrie n'avait effectivement jamais été attaquée. Or, c'est précisément dans ce corps d'armée que se trouvait la grande multitude des Valaques. Ils s'étaient donc engagés d'eux-mêmes dans l'armée de Vatatzès, pour combattre les Hongrois qui avaient forcé, par l'occupation de la Transylvanie, une grande partie de ce peuple à descendre sur les versants extérieurs des Garpathes, chose que nous lui voyons faire aussi plus tard.

Comment peut-on alors tirer de ce passage le sens que Rœslerveut y trouver, et admettre que les Valaques dont il s'agit étaient ceux qui habitaient à Bizya, Anchialos, aux environs de Constantinople, près de la Mer Noire? Pour que le corps de Vatatzès vînt de ces régions, il devait passer le Danube, et Cinnamus dit expressément le contraire quand il rapporte qu'Ai exios seul attaqua les Hongrois par le sud, après avoir feint de vouloir passer le Danube, pour détourner leur attention des attaques réelles dirigées contre eux. Les deux autres corps

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