‹ Une énigme historiqueChapitre 43 sur 100 · Cinnamus, pp. \ï-, 115, l.'!l, 217, 222, 23% elc · texte numérisé non relu

Cinnamus, pp. \ï-, 115, l.'!l, 217, 222, 23% elc

i. Ibid., p. 115 : « KxTà Y y.~/J.-.'Çrt; "/>>pa; Taupoçxu8',x%. »

étaient donc postés au nord du fleuve, et comme le troisième, celui de Lamparda et de Pctralifa, était justement en Gallicie, où pourrionsnous trouver un autre endroit pour attaquer les Hongrois du côté de la Mer Noire que les passages des monts Garpathes situés en Moldavie '?

Nous avons trouvé Rœsler plus haut passant sous silence un passage relatif à l'extension de la domination bulgare au nord du Danube, et fort important dans la question qui nous occupe. Nous le voyons maintenant en tronquer un autre pour en tirer un sens tout à fait différent de celui qu'il possède. S'il était convaincu de la justesse de sa thèse, qu'avait-il besoin, pour l'établir, de recourir à de pareils procédés?

Un autre auteur byzantin, contemporain de Ginnamus, le même Nicétas Ghoniates, qui nous a servi plus haut à élucider la question de l'état valacho-bulgare, nous a conservé une relation encore plus précise de la présence des Roumains au nord du Danube, justement pour l'époque où elle est contestée : lé sévastocrator Andronic Comnône, enfermé pour avoir conspiré contre son neveu, l'empereur Manuel Gomnène, parvint à s'évader et voulut se réfugier en Gallicie : « il y était déjà entré et pensait avoir gagné un asile sûr, lorsqu'il fut pris par des Valaques qui avaient appris sa fuite et fut renvoyé à l'empereur 2. » Une interprétation forcée est ici impossible ; on ne saurait môme entendre sous le nom de raXfrÇa la ville de Galatz, près du Danube, car Nicétas dit qu'Andronic avait franchi une frontière : « tûv tyjç raXiT^ç ôptwv XaSo[jivoç, » et les auteurs byzantins donnent la Gallicie comme faisant aussi partie de la « [A'.x.pà 'Pwcia. » D'autre part, il est impossible de se défaire de Nicétas de la manière dont on le fait avec l'Anonyme; mais M. Hunfalvy 3 ne trouve dans ce passage « qu'une preuve que l'émigration des Valaques de ce côté du Danube

,1. M. Hasdeu, Istoria critica a Românilor, Bucuresti, 1874, 1, p. 15, pense que ce furent les habitants de la petite Valachie qui s'allièrent aux Byzantins et mirent la main sur le duché de Fagarache. Mais d'abord il n'est pas vrai que, de ce côté, la Hongrie n'ait jamais été attaquée; ensuite la Mer Noire est trop éloignée du passage de la Tour Rouge pour servir à indiquer la direction d'où venait cette attaque.

2. Nicétas Ghoniates, Bonn, p. 171 : « àXX' otstou osujuxivsiv à-st/ev 'AvBpôvaoç d)ç yjSy) xdq yjzXpaq xwv oiioxovtwv XaOwv xai xwv fïjç FaX^Yjç cpiwv Xaêojfcévpç, ■Jipbç Yjv wç eiç cûÇov y.pY]cç6y£Tov wp|j.r(T0, xéxe 6ï)p£UTwv IjMcfactet xatç àépxucn aruXXYj<pOeiç yàp ^apà BXa/iov oTç Y] çYip) tyjv aÔTOU ç6âcra<ja oirfrçv u?r(vy)ca-o, èç TOÙTri'aw Tzpbq èaciXéa zâXiv àitffte.'ZQ. »

3. Ethnographie, p. 348. Comparez Ansprûche, p. 80. Rœsler ne connaissait pas ce passage, ou, ce qui est plus probable, il l'a passé sous silence.

chez les Cumans avait commencé déjà avant l'époque de Pierre et d'Assan. » Ailleurs (Ansprùche), il soutient avec la même apparence de conviction « qu'il est hors de doute que ces Valaques ne sont point d'anciens habitants de la Gallicie, descendants des colonies romaines. » Ne seraient-ce point par hasard encore les Francs de Charlemagne égarés jusqu'ici?

Nicétas dit qu'aussitôt qu'Andronic eut passé les frontières de la Gallicie, il fut pris par les Valaques. Si nous pouvions déterminer jusqu'où s'étendaient ces frontières du côté de la Moldavie, nous trouverions approximativement les endroits où se trouvaient ces Valaques. Un document de l'année 1134 facilitera cette tâche. Le prince de Berlad, Ivanko Rotislavovici, a dépendant du trône de Gallicie, » règle le commerce de sa principauté et donne le nom de trois villes qui s'y trouvaient : Berlad, Galatz et Tékoutche '. Gomme cette principauté de Berlad était vassale de celle de Gallicie et qu'elle s'étendait probablement jusqu'à Tékoutche ou quelque peu au-dessus, celle de Gallicie qui en était voisine devait s'étendre jusque dans la même région. Il ne s'agit donc pas, comme le croit M. Tomaschek, de Roumains qui se seraient trouvés près du Dniester en Gallicie, mais bien de Roumains de la Moldavie, au même endroit à peu près où nous trouvons les Roumains des armées de Vatatzès. Ces deux témoignages se confirment donc l'un par l'autre.

Quant à Kekavménos, que nous avons analysé plus haut, il ne contient pas de données assez explicites sur les Roumains pour qu'on puisse les utiliser avec profit.

1. Ce précieux document est la propriété de M. Antioch Cantemir Rolsky, dans la Podolie russe. Il fut publié pour la première fois par M. Hasdeu dans son journal 1nstrudiunea publica, 1860, Nr. 1. Comparez Rœsler, Rom. stud., p. 323, note 3, et Pic, Ueber die Abstammung der Rumxnen, p. 107, note 15.

Gomment se fait-il que les Roumains ne soient pas mentionnés au moins dans les documents qui se rapportent à la Transylvanie avant le xme siècle? A cette question posée par les adversaires de la continuité des Roumains dans la Dacie, nous répondrons par une autre. Existe-t-il beaucoup de documents sur la Transylvanie avant ce siècle ? Le premier en date est de l'année 1165, et déjà le cinquième de la série contient une preuve évidente de la présence des Roumains en Transylvanie.

Ce document date de l'année 1197 et émane du roi Emmerich qui assigne une possession à l'église Saint-Martin de Orod; le document contient le passage suivant : « Habet itaque ecclesia beati Martini villas ultra silvas, quarum nomina hec sunt, Ascennepe, insimul habent terram undique metas in meridionali parle habent metam super Feguetfee, deinde protenditur per magnam viam ad Hegesliolmu. » C'est ce dernier mot qui contient la preuve dont il s'agit. Ce nom est com-

1. Teutsch et Firnhaber, Urkundenbuch zur Geschichte Siebcnbùrgens, Vienne, 1857, p. 5. On trouve, dans les pays roumains, plusieurs localités portant le nom de Holmu. Ainsi un village Holmu dans le district de Roman, commune de Vovriesti, un autre dans le distr de Jassy, com. de Hoisesti, un troisième dans ce même distr., com. de Pausesti, un quatrième dans le distr. de Vaslui, com. de Dragusesti (voir Frunzescu, Dictionar topografic al Romaniei, Bucuresti, 1872). Chez les Roumains de la Transylvanie, on rencontre le mot liîlmu, qui signifie élévation, monticule. Comparez lat. culmen, it. colmo, esp. culmbre, port, cume, vsl. hulm, pol. chelm. Les Hongrois possèdent aussi le mot halom — tertre, spécialement monticule servant de limite. Les Roumains ont pu emprunter leur mot holmu aux Latins ou aux Slaves,

posé de deux parties : la première hongroise Heges. de Hegy = montagne, colline, et la seconde roumaine holmu; cette dernière forme existe encore aujourd'hui dans la langue roumaine parallèlement à culme qui dérive du latin cuhnen = montagne, colline. Les Hongrois, entendant appeler cette colline, par les Roumains du temps, holmu et ne comprenant pas la signification du mot, le prirent pour un nom propre auquel ils ajoutèrent la désignation Heges; ils formèrent ainsi le nom Hegeshohnu, c'est-à-dire colline du Holmu (colline de la colline). Une autre circonstance qui prouve avec la dernière évidence l'origine roumaine du mol holmu, c'est Vu final qui n'est autre que l'article roumain ul, mis à la fin du substantif auquel il se rapporte, et abrégé en u; c'est là un usage très répandu encore aujourd'hui où l'on dit calu au lieu de calul — \e cheval, omu au lieu de omul — l'homme. Il en est de même de holmu pour holmul ~ la colline '.

Quoique les documents les plus anciens en date de la Transylvanie contiennent des indications de limites analogues à celles que nous avons trouvées dans le document cité plus haut ', il ne faut pas s'étonner si les noms de localités, de rivières, de montagnes d'origine roumaine sont tellement rares. De tout temps, les Hongrois se sont efforcés de magyariser tout ce qui les environne. Ils ont donc donné aux localités, aux cours d'eau, aux montagnes, des noms magyares. Ainsi nous trouvons plus tard un document qui énumère les villages valaques suivants : « Quasdam villas nostras Olachales (Valaques), Zalatina, Harpotokfalva, Kopocsfalva, Drzefalva, Hernerschaza et Sugatugfalva vocatas, in Marmarusio existentes 2 ». Quoique ces localités soient indiquées comme appartenant aux Roumains, presque tous leurs noms sont magyares. Dans un document de 1176 (le second en date pour la Transylvanie), nous trouvons mentionnée la plaine de Kereztes sous ce nom hongrois et non avec celui de Pratue lui Traian qu'elle portait encore au temps de la domination roumaine 3. En

les Hongrois, à leur tour, aux Slaves ou aux Roumains. L'important est que le nom de Hegesholmu présente ce mot dans sa forme roumaine et non dans sa forme magyare, ce qui était bien plus naturel dans un document hongrois. Pourtant, si le mot holmu n'était pas roumain, il représenterait en hongrois une tautologie et signifierait : montagne de la montagne.

1. Teutsch et Firnhaber, Nr. X, p. 8, anno 1211, XV, p. 13, anno 1219. Le document XVIII, p. 17, anno 1222, mentionne déjà nommément les Roumains.

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