Voir Feslus, De verborum significalione
nologie agricole est celle du slavon. Ainsi, à côté des mots d'origine latine cités plus haut, nous en trouvons d'autres qui sont de véritables slavonismes; ainsi : /an = étendue de terrain cultivé, otava = regain, refoin; brazda = sillon, toloaca = jachère, parloaga = terre inculte, prajina = mesure de terre, sous-division de la falce, cucwuz = maïs, ciocalau = tête de maïs égrené, coasa = faux, plug = charrue, grapa = herse. Il en est de même de la viticulture où nous trouvons des termes tels que crama = pressoir, et de l'apiculture, où nous rencontrons : roiu= essaim, presaca = ruche, trantor-= abeille mâle.
Cette circonstance que les Roumains ont enrichi leur vocabulaire agricole d'emprunts faits exclusivement au slavon et qu'ils n'ont absolument rien puisé dans le hongrois, démontre d'une manière évidente qu'ils ont dû pratiquer l'agriculture en commun avec les Slavons, bien longtemps avant l'arrivée des Hongrois, et que les Hongrois, qui ont emprunté plusieurs termes agricoles tant aux Slavons qu'aux Roumains, se sont établis et sont devenus agriculteurs, après ces derniers.
Voilà ce que nous enseigne l'étude de la langue roumaine. Celle des documents confirme de tous points cette conclusion et conduit à des résultats identiques.
Les documents nous montrent en effet les Yalaques fixés dans des régions déterminées, ce qui ne saurait avoir lieu chez un peuple nomade. Ainsi la charte de 1222 parle des termini Valachorum qu'elle prend comme limite d'un territoire déterminé; celle de 1252 prend aussi le territoire des Valaques de Kerch comme limite de la propriété donnée au Szècle de Sepsi; le monastère de Kerch reçoit, en 1223, une autre propriété que le roi enlève aux Valaques ; une forêt de la Transylvanie s'appelle silva Blacorum; les Valaques en avaient donc la propriété, d'autant plus que le roi oblige les Valaques de partager l'usage de cette forêt avec les Saxons d'Hermannstadt. Plus loin, nous voyons le roi voulant réunir sur son propre domaine tous les Valaques qui se trouveraient sur les terres des nobles, Cette mesure aurait-elle été applicable à des nomades?
D'ailleurs nous possédons un document qui prouve d'une manière directe non-seulement que les Valaques étaient propriétaires à l'époque où il fut rédigé, mais qu'ils l'avaient été de tout temps. Il date de 1231. Par cet acte, un certain Gallus, fils de Wydt de Bord, probablement un Allemand de Flandre, achète d'un Roumain, Buiul, fils de Stoie, une propriété située dans le district des Valaques; mais il déclare devant le chapitre de l'église transylvaine qu'il consent à rendre
cette propriété ù son ancien propriétaire, un autre Roumain, Trulh, fils de Cioru, qui lui avait remboursé le prix d'achat, et il donne pour motif que ce Trulh avait prouvé par de nombreux témoignages que cette propriété avait appartenu depuis un temps immémorial à ses ancêtres, grands-pères et arrière-grands-pères : « Quod accedens nostri in presentiam Gallus filius Wydt de Bord, eonfessus est coram nobis quod, licet terrain Boie, terre Zumbuthel conterminam, et de presenti in ipsa terra Blacorum existentem, habitam propriis suis justisque impensis ab homine Bujul filio Stoje, coemerit, considerans tamen qualiter eadem terra a tempore humanam memoriam transeunte per maiores, avos, atavosque ipsius Trulh filii Choru possessa et a temporibus iam quibus ipsa terra Blacorum terra Bulgarorum exti Lisse fertur, ad ipsam terram Fugros tenta fuerit, qualiter id dictus Trulh filius Choru, quamplurimum hominum elogiis affirmare adnisus t'uerit, hinc ne jurgia temporum in processu enascerentur, fraterne mutueque caritatis... dictam terram Boie... eidem Trulh filio Choru, accepta eius recompensa in pecuniarum solutione remisit coram nobis '. » Ce document seul suffirait à renverser tout l'édifice de sophismes et d'arguties sur lequel repose la théorie de Rœsler et de M. Hunfalvy, car il prouve d'une manière au-dessus de toute controverse : 1° Le nom roumain de la propriété Boie qui vient de bou = bœuf ; 2° le fait que cette propriété était située dans le district des Valaques, et la preuve que les Valaques avaient au moins, dans leurs districts, une propriété territoriale; 3° qu'un Valaque, Buiul, fils de Stoie, vend cette propriété à un étranger en 1231 et que, par conséquent, au moins à cette date, il ne saurait être question d'un état nomade chez les Valaques ; 4° que l'ancien propriétaire de cette terre était un autre Valaque : Trulh, fils de Cioru, qui avait prouvé par des té' moins, devant la justice, que cette terre lui avait appartenu, ainsi qu'à ses ancêtres, depuis un temps immémorial, et décidé, par cet argument, l'acheteur à lui rendre la terre moyennant un dédommagement, afin d'éviter un procès en revendication, car, à ce qu'il paraît, le vendeur n'était pas propriétaire légitime de cette terre. Comme nous l'avons vu plus haut, l'ancienneté de la propriété de Cioru était prouvée au moins jusqu'au temps de la domination des Bulgares sur la Transylvanie, et remontait par conséquent, au premier royaume bulgare, avant 1018.
1. Teutsch et Firnhaber. Nr. XLIX, p. 5(3, anno 1271. Voir, pour le passage relatif à la domination bulgare, plus haut, p. GO. Nous rappelons ce que nous y avons dit, que le mot Choru doit se lire Tschioru.
Les Valaques possédaient en même temps une église organisée sous des évêques du rite oriental, assez puissante pour attirer à elle les catholiques de la Transylvanie. Ces évêques roumains étaient établis en Valachie, dans la même région où s'étendait aussi l'évêché des Cumans; ils exerçaient leur juridiction sur la Transylvanie ; c'est pourquoi les évêques roumains de ce dernier pays ont toujours été sacrés par le métropolitain de Valachie, qui porte encore de nos jours le titre de : Métropolitain de Y Ungro- Valachie et exarche des plateaux '. Voici ce que dit à ce sujet Eudoxe de Hourmouzaki : « D'après la division de l'empire byzantin en diocèses, faite par l'empereur Andronic Paléologue, la juridiction ecclésiastique du Métropolitain de Valachie s'étendait non-seulement sur les deux évêchés de Rimnik et de Bouzéou dans ce pays, mais encore sur l'évêché roumain de la Transylvanie et sur le diocèse de Maramourèche, dans l'a Hongrie supérieure, raison pour laquelle le métropolitain de Valachie, qui résidait d'abord à Tergovistea et plus tard à Bucharest, portait le titre de Métropolitain de l'Ungro-Valachie. C'est de lui que les deux évêques d'Alba Julia et de Muncaciu recevaient, le cas échéant, leur consécration, jusqu'à ce que l'union de l'église roumaine avec l'église catholique rompit ces relations confessionnelles et hiérarchiques avec le siège archiépiscopal de la Valachie. Les deux derniers évêques grecs-orientaux de la Transylvanie, Théophile et Athanase, reçurent encore leur consécration du métropolitain de Bucharest 2 (1698). »
Enfin les Roumains apparaissent à cette époque comme doués de connaissances incompatibles avec l'état à demi barbare d'un peuple nomade. Ils font usage de l'écriture et c'est à eux que les Szèkles empruntent leur alphabet, ainsi que nous le prouve le passage de Kéza cité plus haut (p. 99). Il est impossible de déterminer aujourd'hui quels étaient ces caractères, s'ils étaient latins ou bien slavons, dits cyrilliques. Il nous semble que cette dernière supposition est la seule probable, car le rite oriental chrétien existait à cette époque chez les Roumains sous sa forme bulgare, et par conséquent c'est la langue et l'écriture bulgares qui devaient être en usage chez eux.
Le document du roi Bêla IV de 12-47, que nous avons utilisé plus haut, pour indiquer les régions habitées par le peuple roumain au