‹ Une énigme historiqueChapitre 56 sur 100 · Anspriïche, p · texte numérisé non relu

Anspriïche, p

2. Duliscovici cité par Pic, Abslammung, pp. 141-142, noie 16, 1453 : « Preterea si aliquem Keneziorum sive Valachorum nostrarum pertinenliarum Krajna heredes habentem mori continget, etc. — Preterea an tiqua corum lege ac consuetudine atque modo superius specilicato vitulum trium annorum sive castratum taurum ad cuius corna chonda apponi polest, ab eisdem et non aliter dum contingeret exigatis et exigi faciatis ».

3. Pesty cité par Pic, Abslammung , p. 155, note 43, 1500 : « Nos Jacobus Gerlysthey et Pelrus Tliarnok de Makhos Bani Zewriniensis, iure Volachie requirente ». Idem, 1503 : « Easdem utrasque partes annuimus, ut certos probos Nobiles viros ad id suiïicientes iuxla rilum Volachie eligant et adoptent, qui omnia premissa inter eosdem reinveniant ». — Les Valaques vivaient selon leur droit particulier aussi en Pologne où ils étaient descendus du Maramurèche, presqu'à la même époque où nous les voyons s'étendre dans les plaines de la Moldavie.

réglait les relations entre les knèzes et le peuple, et un document do 1377 montre le roi Louis prenant des mesures contre les abus que les knèzes commettaient tant à l'égard de l'évêque de Transylvanie dont ils usurpaient les droits, en changeant en possession héréditaire la concession de knézats temporaires, qu'à l'égard du peuple qu'ils surchargeaient d'impôts et de redevances contrairement au droit territorial existant, « manifesta juris terrestralis damno et decurtatione ' ».

Ce droit coutumier des Valaques se retrouve dans la procédure des jugements rendus dans les districts valaques. Nous rencontrons en Transylvanie l'institution des cojuratores que les Roumains de tous les pays du nord du Danube introduisirent dans leur justice par l'intermédiaire de Slavons, qui eux-mêmes avaient emprunté cette institution aux Germains. Dans les principautés de Moldavie et de Yalachie, jusqu'au xvni0 siècle, nous trouvons partout ces cojuratores, et de nombreux documents en font mention 2.

Dans les temps anciens, le peuple valaque possédait en Transylvanie une noblesse nombreuse et puissante, qui avait pour attribution

Hasdeu, Archiva Istorica a României, Bucarest, 1865, I, n, p. 118, anno 1569 •. « Viri Iwan Krzewicki, ...eidem facullatem dedimus villam de nova et cruda radiée in silvis nostris iure et consuetudine Walachorum locarc. Ut autem liomines ad incolendum eandem villam eo citius confluant, damus eisdem libertatem ab omnibus censibus et daciis nobis prœstari solitis iure et consuetudine Walachica extenuandam ». C'est, à ce qu'il paraît, sur ce document que M. Hunfalvy s'appuie pour soutenir que les Knèzes valaques de la Transylvanie n'étaient que des entrepreneurs de colonisation, attendu que le roi de Pologne tâche évidemment d'attirer des Valaques sur le domaine de Wiczow. Mais ce document parle précisément de Valaques qui sortaient de la Hongrie pour s'établir en Pologne. D'ailleurs, nous avons vu que lors même qu'on trouverait des indications analogues pour la Transylvanie, elles s'expliqueraient par le fait que les Pioumains sont descendus de la montagne dans les vallées.

1. Kemeny, Knesen und Keneziate, l. c, II, p. 297, anno 1377 : «Ludovicus ...Gublini episcopi transilvani et capituli ecclesie sue... Kenezii terras, prata et silvas Keneziatus ipsorum titulo ex concessione eiusdem episcopi temporaliter possessa, aliis pro libitu vendere et in filios heredesque suos cum gravi et manifesto juris terrestratis damno et decurtatione, perhennaliter transfundere, ceteros subditos Olachos novis inaudilisque exactionibus vexare ».

2. Fejer, XI, i, p. 503, anno 1435 : « Nos Ladislaus de Chaak Vaivoda una cum juratis et universis Nobilium ac Keneziorum ipsius districtus Hatzak ». Que ce district était peuplé de Roumains, voir Kemeny, l. c, II, p. 300, anno 1363 : « Nos Petrus vice-vayvoda Transylvanus... coram nobis et regni nobilibus de comitatuHunyad ac universis Keneziis et senioribus Olachalibus districtus Halzag ». Voir aussi mon travail sur les Juratori dans les Convorbiri literare, "VIIIe année, 1874, pp. 137 et suiv.

principale la défense du pays contre les invasions étrangères. On rencontre cette noblesse dans les districts de Dewa, de Ilatzeg, de Fagaras, de Ilunyad, dans le Banat ainsi que dans le Maramurèche. Cette noblesse roumaine qui était obligée de servir sous les drapeaux jouissait, à l'égal de la noblesse hongroise, du privilège de ne payer aucune sorte de contributions directes. Nous avons vu, un peu plus haut, les voévodes valaques nommés indistinctement comtes et portant les titres pompeux réservés aux nobles. Mais ces titres n'étaient conférés qu'à des individus, tandis que, dans les districts mentionnés, la noblesse valaque formait une classe de la population '.

Cette noblesse a presque totalement disparu aujourd'hui; elle a été absorbée par l'élément magyar qui se l'attira en lui prodiguant les privilèges et les faveurs de toutes sortes; aujourd'hui, la Transylva-

1. Mania, l. c. : « Ladislaus universorum Nobilium et Kineziorum, nec non aliorum Valachorum in districtibus Lugos, Sebes, Mehadia, Aimas, Karasoiii, Borgafii, Komiaty et Illed, quod ipsi in confinas Regni nostri collocati, in custodia el tuitione vadorum Dannbii contra crebros incursus Turcorum... omnia eorundem Valachorum et Kineziorum privilégia super quibuscumque eorura liberlatibus, prerogativis et juribus confecta... sub illis tamen conditionibus, oneribus et servitutibus, quibus eadem emanata et per predecessores nostros Reges Hungarise ipsis concessa sunt authorilate regia pro eisdem Nobilibus Vlachis et Kinezis, ceterisque Vlachis... ut ipsi Nobiles Valachi et Kenezii, firmata inter se unione, dicta servitia nostra in tuendo vado Danubii eo melius continuare possint. Preterea annuimus eisdem Nobilibus Valachis et Kineziis ne ullus eos judicet prêter comitem eorum ». Pesty, cité par Pic, Abslammung, p. 153, note 36, anno 1451 : « Nobilibus viris iudicibus nobilium septem sedium Volachalium ». Ibidem, anno 1439 : « Universitas nobilium et Kenesiorum districtus Sebes ». Ivemeny, l. c, II, p. 300, anno 1363 : « Nos Pelrus Vice- Vayvoda Transylvanus... inter ipsum fllium Musalh, ac Stroja et Zayk Kenezios judicium facere deberemus, ambobus partibus cum eorum inslrumentis in facto ipsius possessionis Zalasd, coram nobis et regni nobilibus de comilatu Huniad ac universis Keneziis et senioribus Olachalibus districtus Haczak comparendi assignassemus ». — Pour la noblesse valaque du district de Fogaras, voir l'intéressante collection de documents de M. Aron Densusianu, professeur de littérature latine à l'Université de Jassy, publiée par son frère, M. Nicolas Densusianu, dans la revue d'histoire et de linguistique de M. Hasdeu, Columna lui Traian, IXe année, nouvelle série, tome III, 1882. Nous en citons quelques extraits, 1556 (p. 10) : « Nos memoria3 commendamus quod cum nos una cum iuraiis huius pertinentise nostne Boieronibus sedis nostra judiciariae assessoribus pro faciendo judicio causantibus consedissemus, tune honorabiles Stun Popa, Algye et Raduly iilii quondam agilis Stanislav boeronis... item Man et Markul filii agilis quondam Barsan boieronis, etc., tribus terminis sedium nostrarum ab consuetudine observatis ». Anno 1630 (p. 15) : « Genitorum seu patrum eiusdem de dicta Posorita ab antiquo numéro verorum et indubitatorum istius districtus terrxque nostrx Fogaras, nobilium Boyeronum existitisse {sic} ».

nie ne compte presque plus de familles valaques nobles, ques noms d'origine nobiliaire qui s'y sont conservés sont Corail dans la classe du bas peuple et se sont confondus avec lui. La noblesse hongroise compte, au contraire, dans ses rangs un grand nombre de familles d'origine valaque, à commencer par celle des Corvin qui donna à la Hongrie un général et un roi également célèbres : Jean Corvin de Hunyade, le vainqueur des Ottomans, et son fils, le roi Mathias Corvin '. Ce fait s'explique aisément : quand un peuple perd sa nationalité, c'est par les classes supérieures que le travail d'absorption commence : plus exposées aux influences de l'élément étranger, elles sont, en même temps, plus accessibles à ces influences ; mais, par son intelligence bornée, par sa faible culture et par sa masse môme, le bas peuple oppose aux efforts de la nation envahissante une résistance beaucoup plus ferme. C'est ce qui eut lieu en Transylvanie. Les nobles désertèrent leur nationalité et passèrent dans les rangs de la nation dominante; le peuple, au contraire, resta roumain, malgré toutes les souffrances qu'il endurait à raison de sa nationalité même. Cette noblesse valaque jouissait, ainsi que nous l'avons remarqué, de tous les droits qui étaient attachés au titre de noble; elle prenait part aux assemblées générales du pays ou aux assemblées particulières des districts ; ainsi les nobles des sept districts valaques du Banat assistaient aux « congrégations » générales qui étaient tenues dans ce pays 2. Le terme de congregatio signifie, clans la langue des documents hongrois du moyen âge, assemblée 3. Ces sortes d'états

!. Voir, pour l'origine valaque de cette famille, Fejer, Genus, incunabula et virlus Joannis Corvini de Hunyad regni Hungarix gubernatoris. Budse, 1844. La famille Mailat est roumaine de nom. Macksai de Tincova descend du roumain Slourza knèze de Karansebes, mentionné en 1292. Les familles Noptsa, Czura, Marila et Pripu proviennent des Roumains Dionisiu, Mihai et Vlad, mentionnés en 1404. Les familles Mark, Kenderasi, Szerecsen, Rosca, Vlad-Nandra, Balos, Popaltul, Ncgomir ont pour ancêtres les Roumains Danciul, Costea et Saracin, etc. Les preuves à l'appui se trouvent indiquées dans le Coiumna lui Traian,de M. Hasdeu, année 1874, p. 126-128.

2. Pesty cité par Pic, Abslammung, p. 152, note 36, 1451 : « Johannes de Hunyad nobitibus vins Judicibus Nobilium septem sedium volachalium universis vicinis et commetaneis prescripti castri ceterisque Nobilibus comprovincialibus prescriptarum septem sedium valachicalium in eandem sedem vestram judiciariam per modum proclamate congregationis generalis vestri in presenciam insimul convocatis ». Idem, 1435 : « « Universitas Nobilium et Keneziorum districtûs Sebes (qui était roumain), per modum proclamate congregationis ». Ibidem, p. 154, note 40, 1452 : « Ad oppidum Sebes vocatum, sedem scilicet judiciariam principalem septem sedium nobilium Valachicalium more proclamate congregationis generalis ».

3. Voir Schuller v. Libloy, Siebenbilrgische Rechtsgeschichte, Hermannstadt, I, p. 214.

généraux du pays s'occupaient de toutes sortes d'affaires ; caria distinction établie de nos jours entre les autorités administratives, judiciaires et législatives n'existait pas encore à cette époque ; mais, parmi leurs attributions, le jugement des procès tenait toujours la première place; c'est pourquoi on les a quelquefois regardés comme des assemblées exclusivement judiciaires '. Dans certains cas, on voit aussi le bas peuple assister à ces congrégations.

Un document important contient le compte-rendu de la séance d'une congrégation, qui doit être considérée comme générale, car elle fut assemblée dans la capitale du pays et, de plus, elle avait été convoquée dans le but d'améliorer le sort des populations qui y participaient. L'assemblée, dans une de ses séances, s'occupa de juger un procès de maître Ugrinus à qui elle donna gain de cause. Les Valaques sont indiqués comme en faisant partie 2. M. Hunl'alvy ne voit dans ce document que la relation d'un débat judiciaire où les Valaques auraient déposé comme témoins, pour trancher le procès de maître Ugrinus, et soutient qu'il ne s'agit nullement d'une assemblée législative où les Valaques auraient figuré comme membres '. Mais les nobles sont indiqués comme faisant partie de la congrégation, et,

1. Un document de 1291 (Teutsch et Firnhaber, Urkundenbuch, Nr. GLXV, p. 159) contient le procès-verbal d'une congrégation générale de la Transylvanie : « Quod cum e consensu venerabilium patrum, archiepiscoporum, episcoporum, baronum, procerum et omnium nobilium regni nostri (bien entendu y compris les nobles valaques), apud Albam habita congregatione generali, cpie in articulis exprimentur infra scriptis, firma fide promisimus observare ». Suivent quarante-un articles qui règlent des questions monétaires, de juridiction, de contributions, etc., etc. — Fejer, VIII, ii, p. 98, anno 1317 : « Magister Dausa, cornes de Hihor et de Zobolch ac in comitatu de Zatlimar vice sua judex specialis deputatus in congregalione noslra speciali, quam coram venerabili pâtre domino Emmerico et coram nobilibus etcommunibus hominibus comitatuum predictorum causa iustitie faciende ».

2. Teutsch et Firnhaber, Urkundenbuch, Nr. CLXX, p. 167, 1291: «Andréas... quod cum nos universis nobilibus, Saxonibus, Syculis et Olachis in partibus transylvanis apud Albam Iule, pro reformatione status eorundem, congrcgalionem cum eisdem fecissemus magister Ugrinus quasdam possessiones suas Fogras et Zumbuthely vocatas, iuxta llumen Olth existentes asserens a se indebite alienatas, surgendo in ipsa congregatione nostra, sibi per ius reddi et restitui postulasset, nos de facto dictarum possessionum magis clariiicari volentes, utrum ipsius magislri Ugrini fuerint, neene, ab eisdem nobilibus, Saxonibus, Syculis et Olachis diligenter inquiri fecimus ». — Les autres provinces de la Hongrie, telle que l'Esclavonie, possédaient aussi leurs congrégations. Voir un document cité par Pic, Der nationale Kampf gegen das Ungarische Staalsrecht, p. 236, anno 1273 ; « Nos Malheus banus totius Sclavonie quod in congregatione regni totius Sclavonie generali, nobiles et jobagiones caslrorum ».

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