‹ Une énigme historiqueChapitre 59 sur 100 · Teutsch, l. c, p · texte numérisé non relu

Teutsch, l. c, p

2. Dans tout le courant du xvne siècle, on trouve encore des nobles valaques en Transylvanie. Voir la collection de M. Aron Densusianu citée plus haut, dans la Columnalui Traian, 1882.

pression dans laquelle languissaient les paysans de ce pays, dont l'immense majorité était d'origine valaque. C'est dans ce but que cette classe de privilégiés demanda et obtint le secours des deux nations également privilégiées de la Transylvanie. Faisons encore observer que les paysans protestaient contre les abus qu'ils enduraient, en invoquant les libertés qui leur avaient été concédées par les anciensrois de Hongrie, et luisaient remonter l'origine de ces libertés au roi Etienne le saint (997-1038), qui avait réuni à la couronne hongroise l'état hongrois semi-indépendant de la Transylvanie. Le document ne dit pas quels paysans avaient obtenu du saint roi la garantie de leurs libertés ; il dit au contraire d'une manière tout à fait générale : « Pristinas libertates incolis datis et concessis ». Peut-on établir une distinction entre les habitants hongrois qui auraient obtenu ces immunités de la part de saint Etienne et les Valaques qui ne les auraient exercées qu'après avoir été assimilés aux Hongrois? Ne pourrait-on pas soutenir avec plus de raison que ce furent les Valaques qui obtinrent, comme peuple soumis aux conquérants magyares, les immunités qu'ils invoquaient, car il est évident que l'élément dominateur n'en avait pas besoin pour assurer sa condition. Ainsi, la présence du peuple roumain en Transylvanie remonte, d'après les documents hongrois même, tout au moins à saint Etienne, le véritable fondateur et organisateur de l'état hongrois.

Sous le roi Mathias Gorvin, qui n'avait probablement pas totalement oublié son origine, le sort des paysans, et par conséquent celui des Valaques paraît s'être amélioré; plusieurs abus commis par les nobles furent réprimés ; nous voyons en effet les nobles de la Transylvanie très mécontents du gouvernement de ce roi. En 4467, ils organisèrent une résistance formelle dans le but de rétablir les privilèges méconnus par le roi ; à cette occasion, ils rédigèrent un acte solennel qui a été conservé jusqu'à nos jours r. M. Teutsch voit encore dans cet acte une alliance conclue en vue de défendre le pays contre les ennemis du dehors (!) quoique le document ne fasse pas la moindre allusion à cet objet. Aussi M. Teutsch se voit-il forcé d'a-

\.Archiv, l. c. p. 93, 1467: « Quod ipsi visis — ipsorum ac totius regni Hungarie oppressionibus molestiis et erumnis, quibus ex diruitione et abolitione privilegiorum, per divos reges Hungarie concessorum, per ipsum dominum Malhiam regem pêne oppressi existunt et usque ad ultimam devenissent desolationem. — Et iterum quod si contra potentiam régis fieret conflictus in campo, se pugnaturos pro conservandis prefatarum partium Transilvanarum ac totius regni Ilungarie liberlatibus ».

vouer que « la pointe de cette décision était dirigée expressément contre le roi ' ». Mais le roi n'était pas un ennemi du dehors; cette nouvelle union avait pour cause déterminante une question intérieure, celle des paysans, auxquels le roi venait prêter son appui.

Une seconde révolte des paysans a lieu en 1514, cette fois dans la Hongrie proprement dite; ce sont surtout les paysans hongrois qui y prennent part. Une sorte de croisade ayant été prêchée contre les Turcs, le peuple se rassemble en grand nombre sous les drapeaux, pour échapper ainsi aux vexations des nobles. Ceux-ci, craignant que par ce moyen les paysans ne finissent par se soustraire à la servitude dans laquelle ils les retenaient, s'efforcent d'empêcher leur enrôlement dans l'armée, les contraignent à retourner dans leurs foyers et emploient des moyens violents contre ceux qui voulaient résister. Les paysans, assemblés près de Pesth sous les ordres d'un certain Dosza, Szèkle d'origine, tournent leurs armes contre les nobles, en massacrent un grand nombre et mettent la Hongrie à feu et à sang. Les nobles ne réussissent qu'à grand peine, avec l'aide de Zapolya, prince de Transylvanie, à maîtriser la révolte et punissent de peines terribles les auteurs du mouvement.

Quoique cette révolte n'ait pas eu pour théâtre la Transylvanie, elle n?en eut pas moins une influence des plus désastreuses sur l'état des paysans de ce pays, et par conséquent sur celui des Roumains. Les nobles, pour se venger des massacres auxquels ils avaient été exposés, enchaînent encore plus lourdement les paysans hongrois à la servitude et, afin que ces derniers ne soient pas attirés par la condition plus prospère des paysans transylvains, ils font imposer à ces paysans les lois draconiennes appliquées dans la Hongrie proprement dite. A partir de ce moment, le principe que le paysan ne possédait rien en dehors de son salaire commence à se faire jour dans la législation hongroise. Plus l'oppression augmentait, plus les paysans étaient poussés à des mouvements violents, et il faut remarquer qu'avec le temps, l'élément magyare disparaît toujours davantage de ces révoltes, dans lesquelles l'élément valaque joue un rôle de plus en plus prononcé, jusqu'à ce qu'il finisse par prédominer exclusivement. Au contraire, les nobles qui, au commencement de la lutte, étaient aussi pour une grande partie valaques, arrivent avec le temps à être tous hongrois. L'opposition qui, à l'origine s'était déclarée entre deux classes, finit par exister entre deux peuples : les

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