‹ Une énigme historiqueChapitre 60 sur 100 · Archiv, l. c, p · texte numérisé non relu

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Hongrois comme maîtres, les Roumains comme esclaves; les premiers oppresseurs, les seconds opprimés.

Les causes qui déterminèrent ce changement, nous paraissent être les suivantes. C'est, nous l'avons vu, l'intérêt de caste qui poussa la noblesse valaque dans les rangs des Hongrois, ce l'ut la même circonstance qui poussa les paysans hongrois dans le sein des Roumains. Les nobles valaques perdirent leur nationalité roumaine et adoptèrent celle des conquérants, dont ils partageaient les intérêts. Les paysans hongrois devinrent, avec le temps, des Roumains par le fait de l'oppression commune dans laquelle ils vivaient. Voilà pourquoi on ne trouve presque plus aujourd'hui de paysans hongrois dans la Transylvanie, comme on n'y trouve plus de nobles valaques; et pourtant les Valaques possédaient une noblesse quelques siècles auparavant et, d'autre part, le document de 1437 nous a montré que la Transylvanie comptait un nombre assez considérable de paysans hongrois pour entreprendre une révolution.

Conformément à ces faits, la révolution de 1783, bien autrement dangereuse pour les Hongrois, fut l'œuvre exclusive des Roumains. Sous la conduile de trois chefs : Horia, Closca et Crischanu,ils massacrèrent, pendant plusieurs mois, les nobles hongrois, détruisirent leurs châteaux, mirent le feu à leurs métairies et dévastèrent leurs campagnes. Les Roumains, ayant à venger une oppression séculaire, firent payer cher aux Hongrois l'exploitation dont ils avaient été si longtemps victimes. Une panique incroyable s'empara de leurs maîtres, et elle était d'autant plus grande que l'armée ne voulait pas intervenir. On croit que cette révolution n'était pas mal vue en haut lieu, car l'empereur Joseph II voulait en profiter pour faire accepter par les nobles récalcitrants ses réformes qui tendaient à améliorer le sort des paysans. Tout en punissant les chefs du mouvement, il n'en donna pas moins raison aux paysans, en les déclarant libres par un décret du 22 août 1785.

Le caractère essentiellement roumain de la révolution de Horia n'est contesté par personne, pas même par M. Hunfalvy. Or il y a certainement, à notre avis, une corrélation intime entre toutes ces révolutions des paysans de la Transylvanie ; si celle qui nous est le mieux connue, comme étant la plus rapprochée en date, nous apparaît comme fomentée par les Valaques, il faut en conclure que ce furent toujours eux qui jouèrent le rôle principal dans toutes les autres. Au commencement, nous trouvons les paysans hongrois mêlés aussi à ces mouvements; plus tard, ils disparaissent; car l'élément fourni par

le paysan hongrois lui-même avait à peu près disparu dans le sein des Roumains. Tandis que la révolution de 1437 montre les paysans hongrois comme fauteurs de l'insurrection, celle de 1785 n'est provoquée et conduite que par les Roumains.

La dernière révolution des Roumains de la Transylvanie contre la constitution inhumaine de ce pays, qui condamnait la partie la plus nombreuse du peuple à être l'esclave d'une minorité privilégiée, eut lieu en 1848. Sans entrer dans le récit détaillé de cet événement, ce qui ne serait pas le lieu ici, nous nous bornerons à remarquer que cette révolution l'ut la conséquence directe de celle de 1785. En 1785, les Roumains avaient échappé à l'esclavage; en 1848, ils visaient plus haut : ils voulaient participer aux droits de citoyens. Leurs vœux commençaient à prendre corps, lorsque intervint la guerre de 18G6 entre la Prusse et l'Autriche. Terrassée par la Prusse, l'Autriche dut souscrire aux conditions que lui firent les Hongrois, accepter le dualisme et sacrifier à ces derniers la Transylvanie que les Hongrois incorporèrent à leur royaume.

Depuis lors, les souffrances des Roumains se sont accentuées de plus en plus. Ils réclament avec énergie l'autonomie de leur pays, dont ils ne tarderaient pas à déterminer les destinées, puisqu'ils en constituent l'élément le plus nombreux. Les Hongrois répondent à ces revendications par des mesures toujours plus arbitraires qui ont pour but de magyariser le pays. En ce moment même, la situation est des plus tendues, et il suffirait d'une étincelle pour mettre de nouveau le feu à la mine. Autrefois les Roumains, qui n'avaient pas conscience de leur nationalité, réclamaient seulement le droit de vivre ; aujourd'hui, ils ne se contentent plus de la vie matérielle ; il leur faut, en outre, la vie morale et intellectuelle, sans laquelle un peuple n'est qu'un troupeau. Lorsque nous les voyons si souvent lutter dans le passé pour défendre leur existence pour ainsi dire animale, hésiteraient-ils maintenant, lorsqu'il s'agit d'atteindre le bien suprême qu'il est donné à l'homme de goûter sur cette terre?

Il nous semble pourtant évident que les Hongrois et les Roumains ont des intérêts politiques identiques, ceux de garantir leurs nationalités hétérogènes contre le flot toujours plus menaçant de l'omnipotence slave. Mais àles Hongrois, peuple asiatique qui vit par le sentiment et non par la raison, ne saurait se faire à l'idée d'admettre comme alliés ceux qui autrefois étaient ses esclaves. La haine mortelle qu'ils ont vouée aux Roumains ne trouvera sa fin que dans l'extinction d'une de ces deux races. Voilà pourquoi leur politique, au lieu

d'être conciliante vis-à-vis des Roumains, devient de plus en plus agressive.

Si nous avons exposé avec quelques détails l'état politique des Roumains do la Transylvanie, c'est parce que son histoire ofl're une des preuves les plus puissantes que l'on puisse invoquer en faveur de la continuité des Roumains dans la Dacie, depuis sa colonisation par l'empereur Trajan.

En effet, nous avons trouvé que les Roumains jouissaient, dans les anciens temps, de droits qu'ils perdirent dans la suite. Ainsi nous les voyons soumis à leurs chefs particuliers, les Knèzes, et gouvernés dans leurs districts par des seigneurs territoriaux, les Voévodes. Ils possèdent un droit coutumier qui règle leurs relations non-seulement entre eux, mais encore avec le fisc ou les propriétaires. Les Roumains possèdent une noblesse nombreuse et puissante qui se met souvent en hostilité avec l'autorité royale et que le roi tâche de gagner par des donations importantes. Enfin les Valaques, tant nobles que roturiers, prennent une part effective aux assemblées du pays ou à celles des districts ; ils sont chargés, pour la plupart, de défendre les frontières du pays, ainsi que les Saxons et lesSzèkles et jouissent, clans ce cas, d'immunités importantes qui les mettent au niveau du peuple conquérant.

Tous ces droits, dont l'importance n'a pas besoin d'être relevée, disparaissent avec le temps. L'élément principal qui constituait la plus puissante garantie du peuple roumain, sa noblesse, passe au peuple dominant et devient hongroise. Parmi les Knèzes, quelquesuns seulement entrent dans les rangs de cette noblesse; au contraire, le plus grand nombre d'entre eux tombe dans la condition des paysans. Par une évolution naturelle, ceux-ci deviennent les serfs des propriétaires, en même temps que les paysans hongrois qu'ils absorbent dans leur sein. La classe supérieure de la société où l'élément magyar était le plus nombreux, fait prévaloir cet élément et change tous les nobles en Magyares; la classe inférieure, où prédominaient les Roumains, exerce à son tour son influence sur les paysans hongrois pour les métamorphoser en Roumains. Après un certain temps, au lieu de deux classes à intérêts opposés, on trouve, en Transylvanie, deux nations qui joignent à la haine provoquée par des intérêts contraires celle qui a sa source dans la différence des races. L'oppression devient tous les jours plus cruelle, plus inhumaine et pousse les

opprimés à la révolte. Le sang coule, les incendies s'allument sur les tombes des morts; la haine s'enracine toujours plus profondément dans les cœurs; elle pousse, pour ainsi dire, dans le sang et devient instinctive, héréditaire.

Cet exposé suffit à lui seul pour renverser de fond en comble la théorie de Rœsler. Car si on admettait que les Roumains se sont insensiblement introduits en Transylvanie comme peuple nomade, comment serait-il possible de trouver ce même peuple jouissant, au commencement de son existence dans ce pays, de droits si importants et de le voir perdre ces droits par la suite?

La nature des choses veut, au contraire, qu'un peuple nomade soit appelé à être maltraité dans un pays lorsqu'il vient s'y établir et n'arrive que peu à peu à être toléré, pour obtenir dans la suite même quelques droits. Ainsi l'on sait que les Tsiganes furent dans tous les pays réduits en esclavage, et qu'ils ne s'émancipèrent que tardivement. Les Juifs furent, pendant tout le moyen âge, dans une condition des moins enviables et il a fallu notre siècle de lumière et de tolérance pour qu'ils fussent admis dans le sanctuaire des peuples européens.

On comprend la position privilégiée des colonies allemandes et szèkles de la Transylvanie. Celles-ci y vinrent comme des corps constitués auxquels il fallait assurer d'avance quelques droits pour les attirer dans le pays. Or, est-ce ainsi que l'on expose l'immigration des Roumains? Etaient-ce des colonies appelées par les rois hongrois, auxquelles ceux-ci auraient assuré des droits et des privilèges? Nullement. On présente les Roumains comme un peuple de bergers qui se serait introduit subrepticement dans le pays, à la manière des Tsiganes. Dans ce cas, comment expliquer les droits dont ils jouissent dès le moment où l'on fait d'eux la première mention en Transylvanie ?

Au contraire, si nous admettons que les Roumains furent soumis par les Hongrois, on s'explique aisément que leur condition soit devenue de plus en plus malheureuse. Un peuple soumis 'peut garder dans les premiers temps quelques-uns de ses droits, que l'avidité de ses maîtres lui fait perdre plus tard. Quelquefois même, les conquérants ont intérêt à ne pas lui faire sentir dès le début toute la pesanteur du joug qu'ils lui imposent, afin de le lui faire accepter plus facilement. Plus tard, lorsque l'élément dominateur a pris pied dans le pays, il jette le masque et devient tous les jours plus exigeant, plus oppresseur. C'est précisément ce qui est arrivé avec les Roumains. Tant que les Hongrois eurent devant eux une noblesse valaque puissante et insubordonnée, ils s'efforcèrent de l'attirer à eux, lui offrant, comme ré-

compense, la perspective de la l'aire vivre toujours davantage au préjudice du paysan. Lorsqu'ils eurent absorbé cette noblesse, la seule digue qui s'opposait à l'extension de leur pouvoir, celui-ci ne connut bientôt plus aucune limite.

Ensuite, nous avons vu que les Roumains ont de tout temps protesté contre leur oppression; ils n'ont cessé d'invoquer un état antérieur, dans lequel ils jouissaient des biens qu'on leur avait ravis. Dès le commencement de leurs révoltes, ils demandent, et jusque dans les derniers temps, ils continuent d'invoquer les prérogatives et les libertés qu'ils avaient auparavant. Leurs insurrections n'ont n'ont donc point pour but d'acquérir des droits nouveaux, mais de rétablir un état de clioses qui existait jadis. Ainsi nous les voyons, dans l'acte de 1437, invoquer les libertés concédées à eux par saint Etienne et ses successeurs.

Un peuple ne saurait avoir l'audace d'invoquer comme siens des droits qu'il n'aurait jamais eus, et le seul l'ait que nous voyons les Roumains prétendre à de pareils droits prouve certainement qu'il a dû les posséder dans un temps antérieur. Ces prétentions ont incontestablement pour base une tradition, un souvenir perpétué de père en fils, qui transmit de génération en génération la conscience du droit lésé et lui donna cette force vivifiante qui rapproche le passé du présent, et rend pour ainsi dire actuelles les souffrances et les injustices d'autrefois. La conscience du droit méconnu a toujours existé chez les Roumains ; ils ne demandent pas l'aumône d'une chose qu'ils n'auraient pas eue ; au contraire, ils réclament qu'on leur rende une situation qu'ils considèrent comme leur ayant appartenu de droit.

Voilà en quoi consiste le droit historique sur lequel les Roumains basent leurs aspirations à un état de choses autre que celui dans lequel ils végètent au milieu des Hongrois. Il n'y a donc pas seulement le fait brutal d'une simple occupation du sol par les Roumains, antérieure aux Hongrois. Cette ancienneté était entourée de droits que la conquête elle-même avait respectés. Les peuples sont appelés à progresser, à ouvrir toujours davantage leur esprit à la lumière, leur cœur aux sentiments humains ; le sort d'un peuple soumis ne saurait raisonnablement empirer avec le temps, et si un tel état de choses existait en Transylvanie à une époque cruelle et barbare, il est bien temps qu'il prenne fin au nom de la raison et de l'humanité.

Un argument des plus concluants pour prouver que la Dacie a été abandonnée par sa population consisterait à montrer l'absence dans le pays de noms de lieu d'origine dace ou romaine. En effet, objectet-on, si les Roumains avaient habité la Dacie sans interruption, ce pays aurait dû en garder des traces, car un peuple laisse toujours l'empreinte de son individualité sur les lieux qui ont abrité son existence. Si donc les Roumains n'avaient pas complètement abandonné la Dacie au commencement de l'invasion barbare, on retrouverait, dans les noms géographiques des pays habités par eux, des termes d'origine latine ou dace. Tous les pays qui ont été soumis à la domination romaine ont gardé, pour ainsi dire, dans les noms géographiques, le cachet de leur romanisation. Si la Dacie fait seule exception à cette règle, c'est qu'elle est presque le seul pays qui ait été totalement évacué par les Romains. Aussi les noms de lieu qu'on y trouve sont-ils d'origine slave, magyare ou allemande; les termes latins ou daces ont tous été perdus, car la Dacie n'avait conservé aucun de ses enfants qui pût les transmettre à la postérité l.

L'objection serait grave, en effet, si elle était fondée. Nous avons eu l'occasion de mettre plusieurs fois à nu le système suivi par nos adversaires : il consiste à passer sous silence les faits qui pourraient contredire leur thèse, à donner des autres une interprétation impossible, à éviter tous les rapprochements d'où pourrait surgir la vérité.

1 Rœsler, Rom. Slud , p. 129 Ilunfalvy, Die Rumacnen uni ihre Ansprtiche, p. 39.

Ils ont procédé de la môme manière à l'égard des noms de lieu, sans doute parce qu'ils ne connaissaient pas bien le pays dont ils parlaient, et qu'ils n'avaient garde de dissiper une ignorance si favorable à leur cause.

Rœsler soutient « qu'il n'existe pas dans la Transylvanie et dans le Banat une seule ville qui porte un nom roumain d'origine » '. Cette assertion est complètement fausse. Les noms romains ou daces se sont conservés dans plusieurs localités que nous allons énumérer.

Dans le Banat, près du défilé qui perce les montagnes du côté de l'occident, par la vallée du Temèche, se trouve le village de Tapa ou Tapia, où se trouvait, au temps de l'expédition de Trajan, la localité nommée par Dion Tâ-at et par Jornandès Tapae 2. Dans la région du Samèche, au nord de la Transylvanie, se trouve le village de Pata (près de Glus, Klausenburg), et la Table de Peutinger donne ici à la vingtième station sur la route de Cerna (près du Danube) à Porolissum, dernière ville au nord de la Transylvanie, le nom de Patavissa ou Pataissa, lequel n'est autre que Patavicus ou viens Pata 3. L'emplacement de la station ancienne correspond donc à celui du village actuel qui se trouve sur la route ancienne qui conduisait de Cerna à Porolissum, en passant par Apulum (aujourd'hui Karlsburg). Quant à la forme du • nom, en vertu des règles phonétiques de la langue roumaine, elle ne pouvait changer : comparez casa =: casa, barba =: barba, caprarreapra.

Le village de Ctgmau, sur la rive droite du Mourèche, au nord d'Orestia (Broos), n'est autre que la Zeiujma de Ptolomée, quoique sur sa carte Zeugma paraisse un peu plus éloignée de Tibiscum que ne l'est aujourd'hui Cigmau. Le nom actuel a été formé d'après la même règle qui donna naissance à Cerna de Zerna. Celui de Rucar, près de l'Olte, rappelle le Rucconium du même géographe qui place cette ville près des Carpathes, dans le voisinage d'une rivière. La ville de Deva n'est

1. Rom. Stud. p. 130. A plus forte raison dans les autres pays roumains.

2. Dion Gassius, LXVIII, 10. Jornandès, De reb. Get., 12 : « Quae patria (Dacia) in conspectu Moesias sita est trans Danubium, corona montium cingitur, duos tantum habens accessus, unum per Bontas, alterum per Tapas ». — On sait que, dans sa première expédition, Trajan passa le Danube à Viminacium (aujourd'hui Krustolatzj, bien en amont des Portes de fer, et qu'il entra en Dacie par la route qui passait à Bersobim, Aïxin et Tibiscum, donc par la vallée du Temèche, à l'entrée de laquelle se trouve précisément le village de Tapa, correspondant de point en point à l'ancienne Tapae, où Trajan livra bataille aux Daces avant de pénétrer dans leur pays. Voir la grande édition de la Colonne trajane, par Frœhner.

3. Table de Peutinger. Comp. Akner etMùller, Rœnu Fnschr. 708 : Totaissa.

qu'un reste de l'une des nombreuses villes daces terminées en dava, probablement l'ancienne Decidava. Il en est de même des noms tels que Daca, Daia, qui rappellent aussi celui du peuple originaire de la Dacie. L'ancienne station de bains nommée par les Roumains Ad-Mediam, qui était précisément la même qui est connue aujourd'hui sous le nom de Mehadia (dans la langue populaire des Roumains de la Transylvanie : Media) prouve la continuité de cette dénomination; les nombreuses inscriptions retrouvées à 'cet endroit démontrent pleinement, en effet, que les Romains utilisaient les propriétés bienfaisantes de ces eaux 1, et comme cette station est indiquée sur la Table de Peutinger immédiatement après celle de Cerna, située sur le Danube, sa position géographique actuelle correspond de point en point à l'ancienne. Pourtant on élève des doutes sur l'identité de ces deux noms. Mediam, dit-on, aurait dû donner en roumain : meaza, comme mediam noctem a donné meazanoapte, et mediam diem meaza-zi. Mais on oublie que la métathèse de la syllabe ad a bien pu, en déplaçant l'accent, amener une formation différente : Ad-mé-diam — Me-âd-diam, d'où, par l'aspiration de l'a accentué, Mehadia, et par contraction Media.

Deux villes de la Valachie doivent leur nom aux empereurs romains qui les fondèrent : Caracal, ainsi nommé d'après l'empereur Garacalla 2 et Turnu Severinului, d'après l'un des deux Sévère qui régnèrent à Rome. Les partisans à tout prix de l'abandon de la Dacie veulent voir dans ce dernier nom un reste de la tribu slave des Sévéranes, qui n'ont pourtant jamais habité dans le voisinage de cette ville, mais bien dans la Dobroudcha, d'où les Bulgares les transplantèrent près du passage des monts Balkans nommé Beregava 3 ; en outre le génitif singulier du nom s'oppose à une pareille dérivation. On a découvert à Turnu Severinului plusieurs inscriptions qui prouvent que l'endroit était habité du temps des Romains, et l'une d'elles est même

1. Akner et Mùller, L c, nos 19-42. N° 21 : « Quod a longa infirmitate virtute aquarum numinis sui revocaverunt filiam ». N° 27 •• « Fontibus calidis ». N° 31 : « Ob restitutam valetudinem bonam ». L'Anonyme de Ravenne la nomme Medilas. Le district limitrophe de la Valachie s'appelle Mehedintzi.

2. Il existe près de cette ville des ruines d'une ancienne forteresse que le peuple roumain nomme Antina, nom qui dérive évidemment d'Antonina. Le nom de l'empereur Antoninus Garacalla a été donc partagé entre ces deux localités qui confirment mutuellement leur origine romaine. Comparez le nom propre roumain Anton du latin Antonius.

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