‹ Une énigme historiqueChapitre 62 sur 100 · Rogerius, /. c, xxv, Schwandtner · texte numérisé non relu

Rogerius, /. c, xxv, Schwandtner

romaine ne put rentrer dans ses demeures. La montagne protcctrico devint pour elle une nouvelle patrie, tandis que dans la vallée les monuments et les villes tombaient en ruine pour ne plus se relever.

Dans de pareilles conditions, il serait bien étonnant si l'on retrouvait un grand nombre de noms de villes daco-romaines dans la bouche du peuple roumain actuel. Le fait serait d'autant plus invraisemblable, qu'en Dacie la vie organisée de l'état romain a disparu totalement, et jusqu'au demie?* vestige. Toutes les institutions romaines qui ont trait à la vie politique ont complètement disparu de la mémoire du peuple roumain et l'état postérieur ne présente absolument pas la moindre trace qu'à l'origine la Dacie ait été une province romaine, soumise et organisée d'après les principes politiques de l'empire romain.

Ce qui resta latin chez le peuple roumain ce fut la langue et bon nombre de traits de mœurs et d'usages domestiques. La montagne, qui éteignit totalement la vie de l'état, donna asile précisément à ces éléments plus intimes.

Analysons un peu cette importante question.

En Occident, nous trouvons entre la vie et les institutions de l'état romain et celles des états barbares une continuité presque parfaite. M. Fustel de Coulanges s'exprime à ce sujet de la manière suivante : « La famille mérovingienne, devenue maîtresse de la Gaule, ne songea pas à détruire les institutions politiques qu'elle y trouvait établies. Elle prétendit au contraire gouverner à la manière romaine et continuer l'empire. Si nous voulons nous faire une idée exacte de ces princes, il faut nous représenter des hommes qui parlent le latin, qui s'habillent à la romaine, qui s'amusent à écrire en latin, qui se plaisent surtout à siéger sur leur prétoire à la façon des empereurs et à y dicter des arrêts. En conservant le titre de rois des Francs, ils y ajoutent volontiers les titres tout romains de prince, de patrice et d'homme illustre. Ils prennent les insignes impériaux, la couronne d'or, le trône d'or, le sceptre, la chlamyde et la tunique de pourpre. Il ont une cour qu'ils appellent, comme les empereurs, le palais sacré. On leur voit une suite de dignitaires et de courtisans qui s'appellent comtes, domestiques , chanceliers , référendaires , camériers. Tous ces noms sont romains, toutes ces dignités ont passé du palais des empereurs dans le palais des rois francs. Les mérovingiens, maîtres d'un tel pouvoir, n'eurent pas à chercher des moyens nouveaux pour gouverner les hommes ; ils usèrent de ceux dont l'empire romain s'était

servi. Les empereurs avaient organisé une administration centrale et une administration provinciale, les rois francs gardèrent Tune et l'autre. — Le seul impôt romain qui ait disparu est le chrysargyre. Le principal impôt direct était, comme au temps de l'empire, la contribution foncière. Non-seulement elle continua d'être perçue comme au temps des empereurs, mais encore elle le fut d'après les mômes registres de répartition qui avaient été rédigés par les fonctionnaires impériaux ■ », etc., etc.

En Dacie le peuple roumain ne garda pas le moindre souvenir des institutions romaines. On ne retrouve dans la langue de ce peuple aucun terme qui rappelle des institutions ou des fonctionnaires de l'ancienne Rome, tels que senatus, forum, senator, patricius, censor, consul. Le seul mot imperator a été conservé dans imparat; encore désigne-t-il, non le chef politique d'un état, mais le héros des contes populaires.

Ce qui est pourtant plus extraordinaire, c'est que même les termes désignant les magistratures provinciales et particulièrement celles que les inscriptions montrent comme ayant existé en Dacie ont été complètement oubliés par les Roumains. Ainsi le chef de la province était le legatus Augusti, titre qui se retrouve dans trentehuit inscriptions. Ce devait être un des mots qui revenaient le plus souvent sur les lèvres des Daco-romains. Il en est de même des procuratores Augusti, chargés de la levée des contributions, qui étaient en Dacie au nombre de trois, un pour chacune des trois Dacies : l'Apulensis, la Porolissensis et la Malvensis. Ils avaient pour subalternes une foule d'autres procuratores qui percevaient certains revenus spéciaux; tels étaient le procurât or vigesimae hereditatum, le procurator a caducis, le procurator vigesimae libertatum, le procurator aurariarum z. Les percepteurs d'impôts devaient donc être chaque jour en relation avec la population : le moi procurator était sans doute un de ceux qui étaient le plus souvent répétés parles Daco-Romains. Eh bien! ces deux mots ont été complètement oubliés. Il en est de même des magistratures communales telles que les decuriones, les duumviri, les quattuorviri, les defensores ou patrons des municipes et colonies ainsi que des collèges. Tout aussi complètement disparus sont les autres termes qui désignaient les fonctions publiques, tant provinciales que communales : curatores viarum, praetores urbani et peregrini, tribuni, trium-

1. Histoire des inslilutions de l'ancienne France, I, pp. 181, 193, 502.

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