Ibid., p
LA TOPONYMIE I la
porlance qui ont gardé leur ancien nom ; ce sont aussi des rivières tout à fait insignifiantes parleur volume et leur longueur, de simples ruisseaux, dont les rives estaient habitées de la source à l'embouchure par la même population et dont le nom aurait dû changer d'autant plus facilement, qu'il n'était pas besoin de grands changements ethniques opérés sur leurs bords pour faire remplacer leurs noms par d'autres appartenant aux nouveaux habitants. Or comment veut-on que les Magyares et les Slaves aient connu ces noms anciens de rivières s'ils ne leur avaient été transmis par une population originaire dont ils formaient l'antique patrimoine »?
En commençant par la partie orientale de la Dacie, la Moldavie, nous rencontrons d'abord le Pruth, nom rapporté pour la première fois par Hérodote, sous la forme grecque de IIupéToç. La forme contractée Prut, qui se rencontre aujourd'hui dans la bouche du peuple roumain, existait déjà du temps de Gonst. Porphyrogénôte qui nomme ce cours d'eau Bpouxoç, dans son livre sur l'administration de l'empire, écrit en 95c2 -.
Immédiatement après cette rivière coule le second grand affluent du Danube, le Sereth (en roumain Siretiu), nom que l'on retrouve dans le 'lôpûtaoç de Ptolémée (avec l'esprit rude), le Gerrasus d'Ammien ; il prend dans le même Gonst. Porphyrogénète la forme qu'il possède actuellement, SépeTOç 3.
1. Tomaschek, Z. fur Oe. G , 1872, p. 150 : « Selbst die wenigen Spuren der Nomenclatur lassen sich nur durch ein langes Fortbestehen einer autochtonen Bevœlfcerung erklœren. Haben sich in Moesien, der einzigen Heimat der Romaenen nach Rcesler's Ansicht, deren mehr erhalten? Nein ! » C'est ainsi que M. Tomaschek argumentait auparavant. Maintenant on pourrait s'écrier avec le poète : « Quantum mntatus ab illo! »
2. Hérodote, IV, 48. Const. Porphyr., De adm. imp., édit. Bonn, p. 171.
3. Ptolémée, III, 8. Am. Marc, XVII, 13. Porphyr., hl. — Hérodote mentionne aussi sans aucun doute le Sereth sous le nom de Tiapaviéç; pourtant la relation qu'il établit entre cette rivière, le Pruth et d'autres cours d'eau, rendent ses indications confuses et jettent de l'incertitude sur l'identification à établir entre les noms qu'il donne et les rivières actuelles. IV, 48 : « o \>.h icpunoç Xe/jôeiç xwv koux- (m3v (OupÉTOç) t»i"YaÇ xat ^P'0? 'h& P^wv àvaxoivoutat -cîo "laxpcoxbuowp, 6§£§s6tepoç Xs/Oslç Tiapavicç rcpbç éarepYjç xe \>.3Xkoy y.ai IXacrcrwv, 6 Bè Sïj'Apapoç xs v.a\ ô Ndtaapiçttaî 6 'Opor^cc; 8ià [j.écou toûtwv léovcsç laSâWo'aai èç tcv "Isxpov ». Si l'on entend par les motsotà [xéffOU toûtwv (éovxe; « dans l'intervalle, entre ces deux rivières », alors le Tiarantos ne saurait être le Sereth, car entre cette rivière et le Prut aucun autre cours d'eau ne se jette dans le Danube. Si, au contraire, on admet l'interprétation de M. Hasdeu (Ist. crit., p. 183), qui traduit cette phrase par « his mediantibus = par leur intermédiaire », alors il paraît tout au
Le nom d'un affluent du Sereth, le Bouzéou nous a été aussi conservé par les anciens, sous la l'orme Museus, où nous rencontrons le changement du b en m que l'on trouve aussi dans d'autres mots roumains dérivés du latin '.
Hérodote nous a encore conservé l'ancien nom de YArgèehe qu'il nomme 'Opo-qa^ôq2.
Une autre rivière de la Valachie dont le nom se retrouve dans les sources anciennes c'est YOlte (roum. Oltul). La forme ancienne de ce nom est dans Ptoléméo 'A août a, facilement réductible à celle qu'il possède aujourd'hui. La chute du son ov, placé entre / et t est un phénomène qui se produisait déjà du temps des Roumains, car une inscription donne à cette rivière le nom d' Alt-inus 3.
Le Jiul reproduit aujourd'hui seulement la première syllabe de son nom ancien : Gil-pit. Gil-fil, tel qu'il nous a été conservé par le géographe de Ravenne et par Jornandès 4.
Citons encore parmi les rivières de la Valachie le Motru, qui tire son nom de l'ancienne ville dace Amutria, qui s'élevait sur ses bords et où les Romains établirent une colonie. La station d'Amutria est indiquée sur la table de Peutinger comme la seconde après Drobetis (Turnu Severinului) et la rivière Motrul coule à peu de distance
moins assez extraordinaire qu'Hérodote ait pu connaître de petits cours d'eau tels que les affluents du Sereth et du Pruth. Nous croyons qu'Hérodote a été ou mal renseigné ou n'a pas bien saisi les rapports qu'on lui faisait sur l'hydrographie de la Scythie. Ce qu'Hérodote a pu reproduire avec assez d'exactitude, ce sont les noms. Quant à la situation géographique des rivières, on comprend aisément qu'il ait pu se tromper. Voilà pourquoi, malgré les indications d'Hérodote qui ne concordent aucunement avec le cours des rivières actuelles, le Tiapavcéç = Ztapavroç = SspéTO;) est, à notre avis, le Sereth, et l'Opo'YJGTOÇ l'Argèche.
1. Acta S. Sabae Gothi, cité par Tomaschek, Zcilschr. fur Oe. G. 1872, p.. 150. — Tibiscus = Timesul, habeo= am. Comp. Gorssen, Vocalismus des Vulgœrlateins. I, p. 264.