Voir plus haut, p
lent mettre en danse les combinaisons les plus impossibles ' ». Pourtant ce même auteur reconnaît que « ce même mot de basilica s'est conservé dans le sens d'église dans le dialecte des Grisons sous la forme baselgia, baseilgia ». Nous ne saurions comprendre à notre tour et nous saurions gré à M. Tomaschek de nous expliquer pourquoi l'origine du mot chez les Roumains devrait nécessiter une « danse de combinaisons impossibles », tandis que sa présence chez les Grisons se comprendrait de soi-même. Et puis qu'est-ce que le sermo rusticus de M. Tomaschek, parlé par les Latins de la péninsule des Balkans, etdont l'élément romanique de lalangue roumaine porterait le caractère! Il nous semble bien que, pour en retrouver une seule phrase, le Hexentanz le plus furieux n'y aboutirait guère. En a-t-on jamais entendu parler, si ce n'est par les deux mots de « torna fratre » conservés par Théophylacte et Théophanes 2? Le texte le plus ancien de langue romane conservé jusqu'à nos jours est le serment de Charles le Chauve de l'année 842, et cela pour l'Occident qui possède une tradition littéraire si puissante. Et M. Tomaschek prétend reconnaître dans l'élément latin de la langue roumaine le caractère du dialecte romanique oriental du v° siècle! Avouons qu'une pareille prétention est tout bonnement absurde et que la question roumaine seule, où l'intérêt de la vérité n'est pas l'unique mobile des recherches prétendues savantes, pouvait donner lieu à de pareilles hallucinations.
Un autre élément dont la présence soulèverait des difficultés à la théorie de la continuité des Roumains dans la Dacie est l'élément dit albanais. Il est incontestable que la langue des Roumains du nord du Danube contient quelques mots qui se rapprochent de PAlbanais et qui paraissent en être dérivés. Le dictionnaire de M. Cihac en énumère une quarantaine dont la plupart pourtant sont contestables. Le peuple albanais étant complètement séparé géographiquementdu peuple daco-roumain, on ne saurait expliquer autrement la présence de l'albanais dans la langue roumaine que par la formation sud-danubienne de ce peuple. Examinons cette objection qui paraît très sérieuse au premier abord.
Nous ferons observer en premier lieu que l'élément dit albanais de la langue roumaine n'existe point seulement dans son vocabulaire, lequel, au contraire, parait en avoir été peu affecté, mais
1. Tomaschek, Zut Kuncle der Haemushalbinsel, Wien, 1882, p. 5i : « Wenn sie nicht einen Hexentanz der abenleuerlichslen Combinationen auffùhren Avollen ».