‹ Une énigme historiqueChapitre 87 sur 100 · Isloria criticâ, pp. 303 et suiv · texte numérisé non relu

Isloria criticâ, pp. 303 et suiv

Albanais

Lutta

tra,

trabs,

mie,

aniicus,

kembe,

gamba,

giind,

gens,

ter,

infemum

Roumain

grindâ (slavon), poutre.

prieten (id.), ami.

glesnâ (id.), cheville, jarret,

neam (maghyare), gent, famille.

iad (slavon), enfer.

D'autres ibis le môme objet est désigné dans les deux langues par des termes d'origine latine, mais différents :

Albanais Latin Roumain Latin

grie. grex, turmà, turma, troupeau,

liume, flumen, riu, rivus, fleuve, rivière,

fat, fatum, soarta, sors, sort.

Ceci ne fait que confirmer l'observation relevée plus haut (p. 172) que l'albanais, ainsi que le macédo-roumain, puisa son latin à une source différente de celle où le daco-roumain prit le sien.

Il existe quelques mots roumains apparentés à l'albanais, qui prouvent précisément et d'une manière indubitable, que l'élément dit albanais de la langue roumaine n'a pu être pris chez ce peuple, mais qu'il appartenait à un autre de la même race, ce qui explique suffisamment l'analogie que l'on retrouve entre des termes roumains et ceux de la langue albanaise.

Ainsi le mot barzâ • signifie en Roumain cigogne et notamment la variété toute blanche de cette famille d'oiseaux. Ce mot ne trouve son étymologie que dans l'albanais bard, qui signifie blanc. Pourtant les Albanais ne nomment pas la cigogne avec un nom dérivé de bard, mais bien avec un autre tout différent, lelek. Il est évident que les Roumains durent emprunter le terme de barzâ à une autre langue d'origine identique à celle de l'Albanais, dans laquelle se trouvaient et l'adjectif bard = blanc et le substantif barzâ = cigogne, dont ils ne prirent que ce dernier; car ils ne pouvaient emprunter aux Albanais une signification dérivée que ceux-ci ne possédaient pas eux-mêmes;

1 . A. de Gihac, qui a un faible pour les étymologies slavones, dérive le mot barzâ du slave. Il dit [Dictionnaire, El. étrangers, p. 10) : « Cfr. poi. bag, cigogne noire, bocian, russ. buzan, cech. bocan, sorabe baczen, bosn. — cigogne; ptr. boejan, héron, buziko, buseli, buzeku = cigogne ». Cette dérivation est faite, à ce qu'il paraît, à l'aide d'une seule lettre, le b initial! Mais ne dérive-t-il pas aussi le nom des rivières de la Transylvanie comme l'Olte (lat. Aluta). Tisa (lat. Tisia) du Magyare? (voir Eléments étrangers, pp. 518 et 533). Il oublie seulement d'expliquer comment les Magyares ont pu recevoir ces noms des anciens pour les transmettre aux Roumains.

si c'étaient les Roumains qui ont donné naissance à cette signification dérivée barzâ — cigogne, ils devraient, a fortiori, posséder dans leur langue le mot primitif bard = blanc; mais il ne s'y trouve pas et il est remplacé par le mot alb (zr latin : albus). Les Albanais possèdent le mot originaire bard— blanc, et non son dérivé barzâ — cigogne. Les Roumains, au contraire, possèdent le dérivé barzâ sans posséder le primitif. Il nous semble évident que cet emprunt différent du même terme a été fait par les deux langues à une source commune, la langue thrace, qui était parlée au nord comme au sud du Danube. Il en est de même des mots suivants qui ont dans les deux langues roumaine et albanaise des significations différentes quoiqu'ils partent évidemment de la même racine :

Roum. Mire (fiancé), Alb. mire (beau), Zend. mlreh (marié). »

— Codru (forêt), — kodre (tumulus), Celt, kod (forêt).

— Mal (rivage, hauteur), — malli (colline), Scr. mala (crête d'une montagne).

— Ciocârlie (alouette), — zok (petit oiseau), Perse, ciakur (perdrix).

— Sioparlà (lézard), — sapi (lézard), Grec, adizpa (lézard).

Ces deux derniers mots sont surtout importants. En effet, quoique le mot roumain ciocârlie soit identique à l'albanais zoc, il est évident qu'il a dû provenir en roumain d'une langue apparentée à l'albanais, mais qui possédait ce mot sous une forme plus ample, analogue au perse ciakur (c-|-k-}-r). Le nom du lézard sioparlà qui en Albanais a perdu IV, sapi, et l'a conservé en roumain ainsi qu'en grec prouve évidemment la même chose. Le terme qui désigne fiancé en roumain mire, ayant une signification bien plus rapprochée du zend que du mot identique albanais, démontre encore que ce mot n'a pu être emprunté par les Roumains à la langue albanaise, mais qu'il dérive d'une langue de la même origine que l'albanais, quoique différente. Rappelons enfin le nom du Danube, en roumain Dunâre, que nous avons analysé plus haut (p. 143, note 3).

L'élément prétendu albanais de la langue roumaine n'est donc que l'élément dace laissé par les anciens habitants do la Dacie dans l'idiome que les Romains leur imposèrent, et il n'y a nul besoin d'aller chercher au-delà du Danube l'explication de ce phénomène.

Passons aux éléments qui ont pénétré postérieurement dans le roumain et en premier lieu au slavon.

L'élément slavon qui se trouve dans la langue roumaine est celui

des Slavons du sud ou Slovènes et non de ceux du nord ou Ruthènes. Rœsler, pour pouvoir mettre ce t'ait d'accord avec sa théorie, soutient que les Slovènes n'ont jamais habité sur la rive nord du Danube et que ces régions ont été inondées au temps de l'invasion par la famille slavonne des Ruthènes. « La langue valaque a pu recevoir son élément slave tout aussi bien au nord qu'au sud du Danube. Mais les idiomes slaves qui résonnaient derrière la Theï'ss au nord et au sud étaient essentiellement différents; au nord habitaient les Ruthènes (Russes) qui appartenaient à la grande famille des Slaves septentrionaux, au sud s'étendaient les Slaves bulgares, appartenant avec les Serbes au rameau de la langue Slovène. Si le valaque a pris son élément slave dans le pays du nord, il devra porter les signes caractéristiques du dialecte septentrional; si, au contraire, il se l'est approprié au sud, il devra s'approcher de ceux du dialecte méridional. Or le slave dans le roumain apparaît comme Slovène au lieu d'être ruthène, ainsi que l'exigerait la prétendue continuité des Roumains dans la Dacie » •.

Nous l'avons déjà constaté plusieurs fois dans le cours de cette étude : Rœsler ne s'inquiète guère de ce que disent les textes lorsqu'il a intérêt à prouver quelque chose. Mais, cette fois, il se met dans une contradiction si flagrante avec les assertions les plus formelles des auteurs byzantins que la plus insigne mauvaise foi pouvait seule le pousser à soutenir une pareille thèse, à l'encontre des témoignages les plus précis.

Les auteurs byzantins rapportent que les Slaves commencèrent à envahir l'empire byzantin au temps de la domination des Avares en Pannonie. Ainsi Ménandre nous dit qu'en l'année 581, la quatrième du règne de Tibère, la Grèce fut ravagée parles Slovènes; pour cette raison, les Romains (Byzantins) prièrent les Avares de dévaster les pays des Slovènes pour forcer ceux-ci à abandonner l'empire romain. Le duc des Avares passe avec 60,000 cavaliers de la Pannonie dans l'Illyrie et de là il se dirige vers la Scythie, puis, repassant de nouveau le Danube, il dévaste de long en large les habitations des Slovènes -. Ce peuple habitait donc en ce temps au nord du Danube, dans la Valachie actuelle. Cette indication est confirmée par d'autres passages contenus dans les historiens byzantins. Ainsi Théophylacte rapporte que le général Priscus empêcha les Slovènes de franchir le

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