‹ Une énigme historiqueChapitre 97 sur 100 · MAGYARE · texte numérisé non relu

MAGYARE

rezsnyicze parancs

ROUMAIN

rîschnitzâ

poroncà

parasina

parna

prajmâ

perinâ

peeset

pecete

zamos

zàraos

zsumorka

zâmurcâ

moulin à bras, en slavon zernice, changé dans le mot roumain par une métathèse.

ordre. On reconnaît que le mot hongrois a été emprunté au roumain par l'introduction de Vu qui n'existe pas dans le prototype slavon : poraciti, poracà.

perche. Le mot roumain a été formé d'un radical slavon : pratù = verge, par le suffixe roumain ind. Les Magyares ont donc emprunté leur mot au roumain et non au slavon où il n'existe même pas.

coussin. En slavon se trouve seulement le mot pero = plume, d'où les Ronmains ont formé leur terme par le même suffixe inci.

cachet en slavon avec l'a : pecati.

juteux, succulent (du grec 'Cy.\J.6ç).

mauvais potage; ured est un suffixe roumain.

Nous pourrions continuer à former de longues listes de mots empruntés à l'élément latin du roumain ou de mots d'origine slave prispar l'intermédiaire du roumain. Mais comme nous n'avons nullement l'intention d'épuiser la partie philologique de la questionnes exemples cités jusqu'ici suffiront pour caractériser la méthode suivie par M. Hunfalvy. Maintenant on peut juger s'il a raison d'affirmer que le magyare ne contient pas un seul mot d'origine roumaine, à l'exception de quelques termes relatifs à la vie pastorale. Les exemples apportés par nous prouvent au contraire que l'élément roumain de la langue magyare s'étend à toutes les occupations de la vie, que le christianisme lui-même se présente à l'origine chez les Magyares revêtu d'une forme roumaine.

Si nous passons maintenant à l'élément magyare contenu dans la langue roumaine, la présence de cet élément nous servira précisément à établir d'une manière indubitable le fait que les Roumains ont dû être trouvés en Transylvanie par les Hongrois à leur arrivée et qu'ils n'ont pu y arriver du sud du Danube. En effet, l'élément magyare se trouve répandu dans la langue de tous les Roumains du nord du Danube, laquelle, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, porte un caractère profondément unitaire. Or les Magyares n'ont jamais occupé les ver-

sants extérieurs des Carpathes ; ils ne pouvaient donc communiquer l'élément magyare qu'aux Roumains avec lesquels ils vinrent en contact, ceux de la Transylvanie. Si les Roumains sont venus de l'autre côté du Danube, ils ont dû s'arrêter dans la plaine qui environne les Carpathes, et une partie seulement de ce peuple passa les montagnes pour s'établir en Transylvanie. Nous avons relevé plus haut le rôle isolateur des Carpathes par rapport aux différentes provinces habitées par les Roumains sur le cours inférieur du Danube. Si donc les Roumains en venant du sud s'arrêtèrent en partie à la base de ces montagnes, cette partie du peuple, restant isolée de celle qui les franchit, ne saurait contenir dans sa langue l'élément magyare avec lequel il n'a jamais eu de contact. Pour expliquer la présence universelle de ■l'élément magyare chez les Roumains, il faut absolument admettre que tout ce peuple forma sa nationalité en Transylvanie, sous l'influence du magyarisme qu'il emporta avec lui lorsqu'il descendit plus tard dans la plaine.

Pour faire concorder la théorie rœslérienne avec le fait que les Roumains de toutes les parties de la Dacie trajane présentent dans leur langue l'élément magyare, il faudrait faire faire aux Roumains un saut périlleux pour les transporter d'un seul bond de ce côté du Danube dans la Transylvanie où ils auraient pris Télément magyare qu'ils auraient, plus tard, apporté avec eux dans la plaine.

Nous verrons dans le chapitre suivant comment la présence de l'élément magyare dans la langue de tous les Roumains du nord du Danube concorde avec une autre circonstance, la fondation des principautés de Valachie et de Moldavie par des Roumains descendus des montagnes vers la plaine et non, comme l'exigerait l'hypothèse rœslérienne, par des Roumains montant de la plaine aux montagnes.

Exposons maintenanl, pour terminer cette élude, quelques considérations générales qui militent, elles aussi, en faveur de la continuité des Roumains dans la Dacie.

Les Roumains de ce côté du Danube sont tous adonnés à l'agriculture ; ils semblent même, à l'exemple des Romains, leurs ancêtres, mépriser les occupations industrielles et commerciales. Cette tendance a existé de tout temps dans les pays roumains du nord du Danube et jamais le peuple roumain de cette région ne s'est adonné à d'autres occupations productives qu'aux travaux agricoles. Cet éloignement que la population roumaine manifeste pour tout autre travail que celui de la terre, n'a pas sa raison d'être seulement dans des causes économiques, — car alors toute lapopulation des pays roumains devrait être soumise à cette influence, —tandis que nous voyons celle d'origine étrangère se livrer avec profit à des occupations industrielles et commerciales. C'est le caractère du peuple roumain ou plutôt une habitude invétérée, qui lui fait fuir les autres occupations et diriger toute son activité vers la culture du sol. Une pareille habitude n'a pu être introduite dans ses mœurs qu'à la suite d'une longue pratique, qui lui fit considérer comme noble et belle la profession exercée par ses ancêtres. Cette préférence des Roumains pour l'agriculcullure montre donc que cette occupation a du être exercée de tout temps par ce peuple.

11 semble en effet que pendant les longs siècles que dura l'invasion des barbares, le travail de la terre fut, à côté de l'élevage des troupeaux, la seule occupation à laquelle ait pu se livrer la population

roumaine. L'industrie, sauf quand elle est encore tout à fait primitive, exige, pour pouvoir fleurir, des temps plus calmes ainsi qu'un bienêtre qui permette au peuple de rechercher les commodités et le luxe de la vie. Il en est de même du commerce, en tant qu'il ne se borne pas à l'échange des choses indispensables à la vie, journalière. Or, ces deux occupations étaient rendues impossibles aux Roumains qui, retirés dans leurs montagnes, ne pouvaient guère songer à adoucir leur existence.

Les Roumains, peuple autrefois sédentaire et agricole, ne pouvaient se résigner facilement à retourner à la vie nomade de bergers et ne le faisaient que poussés par la nécessité. Aussitôt que les Barbares s'établirent dans la plaine voisine de leurs refuges, ils en descendirent pour continuer sur une plus vaste échelle les occupations agricoles qu'ils n'avaient jamais négligées, même sur le haut de la montagne '. Plus tard, lorsque les Roumains constituèrent des états, ils continuèrent de se livrer à l'occupation qu'ils avaient exercée jusqu'alors. Celle-ci prit le caractère prédominant et exclusif de toute occupation à laquelle sont consacrées pendant longtemps les forces vives d'une nation.

C'est par- des causes analogues — les persécutions auxquelles elle était exposée dans le courant du moyen âge — que la race juive fut poussée au trafic de l'argent pour lequel elle acquit, avec le temps, des dispositions particulières fortifiées par l'hérédité. C'est encore la même circonstance qui explique le caractère profondément religieux et militaire que le peuple Espagnol acquit pendant sa lutte séculaire contre les Maures.

Cette tendance des Roumains à négliger toute occupation productive autre que la culture de la terre, est devenue, même de nos jours, l'obstacle le plus sérieux à leur développement, car, par suite de la division nécessaire du travail qui s'opère entre les peuples, les Roumains qui s'adonnent presque exclusivement à l'agriculture et importent tous les objets fabriqués à l'étranger, gardent pour eux le travail le plus rude et le moins profitable et deviennent par conséquent les vrais esclaves de la civilisation européenne.

Toute occupation productive réclame des conditions naturelles et économiques déterminées, sans lesquelles elle ne saurait exister. Ainsi il serait tout aussi impossible à un peuple de s'adonner à la

1. Nous avons vu plus haut (p. 48> les Valaques des Balkans exercer l'agriculture dans leurs monlnsrnes.

navigation sans une mer qui baignât les côtes de son pays, qu'à l'agriculture, s'il ne possède pas de terre qu'il puisse cultiver. Si donc nous voyons le peuple roumain d'en deçà du Danube adonné d'une manière si constante à l'agriculture, il faut nécessairement en induire qu'il a dû toujours posséder en propre un territoire sur lequel il a pu exercer cette occupation.

Les Irlandais paraissent être le seul peuple de l'Europe qui s'occupe d'agriculture, quoiqu'il n'ait presque pas de terres en sa propriété; mais cette situation anormale a été amenée par des causes historiques suffisamment connues, pour que nous puissions nous dispenser de les rappeler ici. Quand même l'histoire de l'Irlande serait ignorée, le seul fait que le peuple de ce pays est formé en grande majorité d'exploiteurs ruraux, permettrait de conclure qu'il a dû être, à une époque précédente, propriétaire du pays qu'il habite.

On prétend que, lorsque les Roumains arrivèrent dans la Dacie, ils y trouvèrent déjà établis les Slaves, les Hongrois et les Allemands. Or, l'établissement d'un peuple commence toujours par la prise de possession du territoire, et il est évident que si ces peuples étaient les maîtres du pays, ils devaient en être aussi les propriétaires. Comment expliquer alors que les Roumains, qui seraient venus postérieurement dans le pays, s'y adonnent à l'agriculture, ce qui suppose nécessairement, ainsi que nous l'avons vu, la propriété du sol? Et si plus tard les Roumains, surtout dans les pays hongrois, furent dépouillés de leur propriété, ce ne fut que par l'effet de la force ; ils n'en continuèrent pas moins, comme les Irlandais, de se livrer à l'agriculture, preuve qu'ils avaient possédé le sol autrefois.

Les Roumains seraient-ils donc devenus propriétaires après leur arrivée, en supplantant les autres peuples dans la possession du sol? Par quel moyen ces serviteurs, ainsi que nous devons nous imaginer les Roumains dans l'hypothèse roeslérienne, auraient-ils exproprié leurs maîtres? Ou bien on est forcé d'admettre que les Roumains auraient conquis la Dacie à main armée ; cette supposition ne saurait avoir lieu, car dans ce cas, les Roumains auraient dû former la classe dominante du peuple, tandis que nous les trouvons au contraire réduits pendant longtemps presque à l'état d'esclaves. Arrivant dans un pays antérieurement occupé, les Roumains auraient dû s'adonner, comme les Juifs ou les Tsiganes, à des professions autres que celle de l'agriculture, ce que l'on ne trouve nulle part.

Si nous étudions maintenant les occupations habituelles des Roumains qui vivent au sud des Balkans, nous les trouvons totalement

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différentes de celles qu'exercent ceux du nord du Danube. L'agriculture y est presque complètement négligée ; ceux qui vivent dans les montagnes sont pour la plupart des bergers ; ceux qui en descendent ne s'arrêtent pas dans la plaine pour la cultiver, ils habitent la ville où ils s'adonnent avec un grand succès aux occupations industrielles ou commerciales. Il est pourtant un l'ait hors de toute contestation, c'est que la vie de l'agriculteur, sédentaire et régulière, est la condition nécessaire de toute formation d'états, encore une preuve indirecte que les Roumains du nord du Danube, que nous voyons constitués en états dès la première mention qu'on rencontre d'eux clans ces régions, n'étaient point des nomades, comme se plaît à les présenter M. Hunfalvy. Ceux du sud des Balkans, au contraire, n'arrivèrent jamais à former un état, car chez eux la vie nomade et vagabonde l'avait toujours emporté sur la vie sédentaire. Nous avons vu plus haut à quoi se réduit le rôle des Valaques dans l'état valacho-bulgare '. Or, comment faire sortir un peuple sédentaire d'un peuple nomade et, qui plus est, d'un peuple immigré? Comment admettre que le tronc de ce peuple ait été incapable de donner naissance à une vie organisée et que ses rameaux aient pu le faire, quand dans une pareille émigration, tout à fait volontaire, entreprise pour chercher de meilleurs pâturages pour les troupeaux, il est évident que ce sont précisément les éléments les plus mobiles, les plus vagabonds qui durent émigrer? Comment peut-on seulement imaginer que ce sont justement ceux-ci qui arrivent à se fixer, pendant que leurs frères, qui montraient des dispositions plus sédentaires, persistent à mener dans leurs montagnes une vie quasi nomade? Et l'on ne saurait invoquer en faveur des Roumains cis-danubiens une vie plus exempte de dangers, qui aurait facilité leur établissement; car si l'invasion musulmane rend précaire le sort des populations transbalcaniques, celle des Tartares, qui se continua presque sans interruption jusqu'à la fin du siècle dernier, ne laissait pas à celles qui habitaient la rive gauche du Danube plus de calme ni de tranquillité.

•Donc l'hypothèse d'une immigration transdanubienne laisserait inexpliqués deux faits principaux de l'histoire des Roumains : le premier, que l'agriculture est l'occupation habituelle des Roumains cisdanubiens; le second que les Roumains arrivent à former des états au nord du Danube et non au sud des Balkans.

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